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MAROC

Voici une vue gauchiste de la protection des trafiquants de drogue dont la spécialité marocaine serait stigmatisée… comme les bretons seraient stigmatisés de produire des pommes de terre ?

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L’été aura été particulièrement fécond en réflexions et rebondissements autour de la modeste Marie-Jeanne, plus connue sous le nom de cannabis. Son statut juridique a suscité les passions en France, pays d’Europe où elle est par ailleurs particulièrement consommée malgré son illégalité.

Ainsi, soixante-dix personnalités –économistes, médecins et élu·es– ont publié une lettre ouverte dans L’Obs appelant à sa légalisation. Y était notamment dénoncé l’échec des politiques prohibitionnistes.

Quelques jours après, des économistes conseillant le Premier ministre publiaient un vademecum intitulé «Cannabis: comment reprendre le contrôle?».

Allant dans le même sens que la lettre ouverte, ce document soutient que la politique de la France en la matière a été un échec et appelle l’État à créer un «monopole public de production et de distribution du cannabis».

En juillet, c’était au tour de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) de s’exprimer. Elle a ainsi approuvé le lancement d’essais médicaux sur le cannabis en France –réclamés depuis 2013 par de nombreux médecins et activistes.

Ce mouvement fait écho à celui qui, aux États-Unis, a finalement conduit une douzaine d’États à légaliser et réglementer le cannabis depuis 2014.

Mais en France, les responsables politiques comme les intellectuel·les ont, à mon sens, éludé du débat l’histoire coloniale du cannabis, en omettant de se pencher sur les raisons politiques –et racistes– de son interdiction, et donc de réfléchir aux stigmatisations qui continuent de l’entourer.

Hashischins

Comme je le soutiens dans ma thèse de doctorat ainsi que dans mon livre sur l’histoire du haschisch en France, les Français du XIXe siècle croyaient que le cannabis, plus précisément le haschisch, sa résine, engendrait la folie, la violence et la criminalité chez les Maghrébins musulmans (les sources ne font pas spécifiquement mention de son usage parmi les populations juives et chrétiennes). En réalité l’aspect sauvage de ces gens tarés viens de leur frustration de bite coupée… Un truc débile de secte satanique.

Au début des années 1800, le célèbre érudit français Antoine-Isaac Silvestre de Sacy a popularisé l’idée que le mot «assassin» dérivait du mot arabe haschisch et que les deux termes étaient liés à une secte musulmane appelée «Assassins d’Alamut», qui opérait pendant les croisades.

La secte des Assassin d’Alamut a nourri de nombreuses productions culturelles, comme la série de jeux vidéo Assassin’s Creed (Ubisoft). | BagoGames via Flickr

Décrits pour la première fois en 1298 dans le Devisement du monde, récit des voyages de Marco Polo, les Assassins d’Alamut auraient utilisé une potion intoxicante pour duper les fidèles en Irak et en Syrie afin qu’ils deviennent assassins à leur tour.

Sacy croyait que la potion était faite de haschisch, citant une référence arabe contemporaine à la secte comme al-Hashishiyya, «mangeurs de haschisch», écrit par le savant syrien Abu Shama Shihab al-Din (1203-1268).

Ces assassins, soutenait Sacy, «ont été spécifiquement entraînés pour tuer»par leur chef, connu sous le nom du Vieux de la Montagne à qui ils se soumettaient sans condition, drogués au hashish.

Bien qu’il s’agisse en grande partie d’une fiction, les dires de Sacy sur ces assassins musulmans consommateurs de cannabis ont fait des émules en France, en particulier dans le milieu médical.

Ce récit ignore pourtant le fait que la consommation de haschisch était loin d’être aussi généralisée parmi les populations du monde arabe. Ainsi, certaines communautés aux pratiques confessionnelles et culturelles très variées condamnaient la prise de substances au même titre que l’alcool. D’autres, bien que musulmanes, se l’appropriaient dans des rituels ou traditions précises.

Un fantasme orientaliste

Mes recherches historiques montrent que des dizaines de médecins contemporains de Sacy se sont appuyés sur ses thèses. Ils croyaient que la science pharmaceutique occidentale pourrait apprivoiser le haschisch –curieux intoxicant venu d’Orient– afin d’en faire une substance médicinale pour traiter des maladies aussi redoutables que la folie, la peste et le choléra.

Le haschisch médical, principalement utilisé sous forme de teinture-mère ou alcoolatures’est ainsi répandu en France entre 1830 et 1840.

Le plus célèbre aliéniste et homéopathe, le savant Jacques-Joseph Moreau de Tours, croyait par exemple que l’intoxication au haschisch reproduisait la folie, offrant ainsi un moyen d’étudier et de traiter les maladies mentales.

Son usage récréatif a quant à lui été particulièrement développé grâce aux activités du club des Hashischins, organisé par Moreau à l’Hôtel de Lauzun à Paris. Ses membres renommés comptaient notamment Théophile Gautier, qui a relaté ses expériences dans plusieurs récits, ou Charles Baudelaire. Ces intellectuels se réunissaient régulièrement pour prendre du haschich et «jouer aux Orientaux» sur les bords de Seine.

Hotel de Lauzun, à Paris (1892). | Paul Robert via Wikimedia Commons

Un échec médicamenteux

Mais les scientifiques de l’époque –et les patient·es– n’ont pas tardé à être désabusés par ce médicament miracle. Le cannabis, nous le savons maintenant, atténuaient bien les symptômes de certaines maladies, comme la peste, le choléra, et la folie. Mais il ne pouvait guérir du choléra, particulièrement fatal en cette fin de XIXe siècle.

Au début du XXe siècle, les échecs successifs des différentes tentatives de traitements, l’abandon également de certaines philosophies scientifiques –comme l’anticontagionisme, qui légitimaient ces recherches –ont peu à peu conduit à l’arrêt total des essais médicinaux à base de cannabis.

En 1953, un arrêté rend illégal le haschisch médicinal. La substance est ensuite classée dans la catégorie des stupéfiants, entrant dans la liste des produits illégaux à la fin de 1970. Plus de trente ans plus tard, circulation, consommation, vente et détention de cannabis demeurent prohibées, en dépit d’une évolution de la législation.

La folie haschischique

Officiellement, le cannabis est banni. A-t-il pour autant été effacé des consciences? Mes recherches montrent qu’au contraire, son association avec le monde arabe et nord-africain, par extension monde musulman, perçu comme violent –nous sommes alors en pleine ébullition décoloniale– est demeurée bien ancrée dans l’imaginaire collectif. Ce dernier a ainsi continué d’influencer les politiques publiques en France pendant des décennies et jusqu’à nos jours.

Dès le début du XIXe, les officiels et médecins œuvrant en Algérie coloniale française considéraient l’usage du haschisch comme une cause de folie et de criminalité violente.

Vers la fin du XIXe siècle, les hôpitaux psychiatriques en Algérie française se remplissent d’Algériens musulmans censés souffrir de «folie haschischique». Comme l’a écrit un médecin français en poste à Alger en 1855, «les Arabes sont en état de dégradation morale et physique… le vol et le meurtre infestent l’ordre moral, la syphilis et la gale l’ordre matériel… Ces effets produits par l’utilisation du haschisch sont vraiment désastreux».

Ces raisonnements ont nourri la création en 1875 du Code de l’indigénat, une loi institutionnalisant le racisme et l’apartheid en Afrique du Nord française, désignant officiellement les Maghrébins comme sujets plutôt que citoyens.

«Note sur la folie haschischique. À propos de quelques arabes aliénés par le haschisch», Nouvelle Iconographie de la Salpêtière, Tome XX (Paris, 1907), 252. | Auguste Marie de Villejuif

Ces individus étaient alors soumis à des codes juridiques distincts et inégaux qui favorisaient la ségrégation, le travail forcé et les restrictions des droits civils. L’association stigmatisante entre musulmans, haschisch et criminalité a ensuite persisté jusqu’après la fin de l’Empire colonial français en 1968.

Cette idée a aussi suivi les Maghrébins immigrés en France. Ces derniers étaient considérés comme plus vulnérables à la violence et à la délinquance que d’autres et, à ce titre, soumis à une surveillance excessive de la police.

Au niveau du gouvernement, cette peur s’est traduite par une criminalisation du cannabis à la fin des années 1960. Un membre de l’Assemblée nationale française a même, en octobre 1969, cité Sacy en se référant à la supposée secte des Assassins.

Les parlementaires ont alors décrit la consommation de drogue, à la hausse dans les années 1960, comme un «fléau étranger» qui se propageait à cause des trafiquants maghrébins.

À LIRE AUSSI Existe-t-il vraiment un «cannabis légal» en France?

Toutefois, comme indiqué dans le livre récent d’Alexandre Marchant, un grand nombre de ces trafiquants étaient des jeunes Français, qui passaient clandestinement du hachisch et d’autres drogues à leur retour de leurs tournées en Orient.

Beaucoup se réjouiront certainement d’une prochaine dépénalisation, voire d’une légalisation du cannabis. Mais il faudrait aussi se rappeler pourquoi, en premier lieu, le cannabis a été interdit et comment il a conduit à la stigmatisation de nombreux jeunes Français d’origine nord-africaine.

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MAROC

PALMIER-DATTIER: NOUVEL ELDORADO OU MIRAGE DU DÉSERT ? Les Algériens font chier les Marocains pour des dattes !

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Par Fahd Iraqi et Youssef El Harrak le 21/04/2021 à 12h48

Jeunes palmier-dattiers (Phoenix dactylifera), dans une oasis marocaine. © Copyright : MAP

Or brun du Tafilalet, une variété très appréciée de dattes, la «Mejhoul», attire de plus en plus d’investisseurs connus, dont de grands groupes financiers et industriels. Les pouvoirs publics ont également mis le paquet, côté subventions, pour redonner un nouvel élan à cette filière qui était en déperdition. Enquête.

Une datte sur quatre, posée sur votre table de ftour, provient de l’étranger. Elle peut-être cette «Sukkari» importée d’Arabie saoudite, des Emirats Arabes Unis ou de Jordanie. Ou encore la «Deglet Nour», arrivée de Tunisie dont le premier marché d’exportation pour les dattes, d’ailleurs, n’est autre que le Royaume. «Avec les grandes quantités produites dans ces pays et l’absence de barrières douanières, leurs variétés se vendent au Maroc entre 10 et 30 dirhams le kilo. Cela est attractif pour le consommateur marocain, mais ne favorise pas forcément la production locale qui se positionne autrement», nous explique un opérateur du secteur.

Les variétés marocaines sont effectivement bien plus onéreuses. Les plus accessibles démarrent à 50 dirhams le kilo, comme la «Boufegouss» ou la «Nejda». Il y a aussi cette «Aziza», typique à l’oasis de Figuig, qui a tant fait couler d’encre récemment. Mais il y a aussi la «Majhoul», la Rolls des dattes, mondialement prisée, au point qu’elle est clonée en Israël ou en Californie, dont la production se fraye, depuis quelques années, un chemin sur les étalages marocains, allant parfois jusqu’à 200 dirhams le kilo.

Somme toute, le Maroc importe annuellement 40 à 50.000 tonnes de dattes, et en produit jusqu’à 140.000 tonnes, avec des exportations ne dépassant pas les 300 tonnes. Et encore, la balance commerciale aurait penché davantage, n’était l’effort phénoménal consenti cette dernière décennie par les pouvoirs publics. Car jusqu’à récemment, le Royaume importait le tiers de sa consommation, qui avoisine les 3 kg par an et par habitant. «Et encore, c’est la consommation dans les zones de production traditionnelles, de l’ordre de 15 kg/hbts, qui permet de booster la moyenne nationale», nuance Ismaïl Rachidi, originaire d’Errachidia, et qui fait partie de ces nouveaux promoteurs qui ont investi cette filière du palmier-dattier.

Sauvegarde et plantations

La filière a en effet été parmi les premières à faire l’objet d’un contrat-programme, en 2010, dans le cadre du déploiement du Plan Maroc Vert. L’idée était de développer et valoriser ce secteur tout en préservant et en modernisant les zones de production traditionnelles dans le Draâ, le Tafilalet ou encore à Figuig. «Les 15 millions de pieds qui peuplaient historiquement les oasis marocaines avaient été décimés par la maladie du Bayoud. Moins de 4 millions de pieds étaient encore fertiles au début du XXIe siècle avec une productivité des plus modestes», nous explique une source de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’Arganier (Andzoa).

Depuis 2010, il a ainsi été procédé au nettoyage de plus de 1,8 million de touffes au niveau des oasis. La culture y est devenue encore plus moderne suite au renforcement du rythme de production de souches de vitro-plants, rendue possible grâce au travail de l’Institut national de recherche agricole (INRA). En plus de l’instauration de huit variétés de signe distinctif d’Indication Géographique Protégée (IGP), le paquet a été mis sur les capacités de production de bourgeons végétatifs à travers la création de plusieurs laboratoires dédiés.

Impact social palmier

© Copyright : Source: ministère de l’Agriculture

Cet effort est venu accompagner un ambitieux plan de plantation, lancé par le roi Mohammed VI, en novembre 2009, dans la commune de Sifa à Errachidia. Depuis le premier arbuste planté par le souverain, ce sont plus de 3 millions de pieds qui ont pris racine, dépassant l’objectif fixé par le Plan Maroc Vert, bien avant son arrivée à échéance en 2020. «La superficie a connu, de son côté, une progression de plus de 50% pour dépasser désormais les 65.000 hectares», affirme-t-on du côté du ministère de l’Agriculture.

Stars du business dans le Mejhoul

Au-delà de la modernisation et l’intensification des cultures dans les zones traditionnelles, une assiette foncière de 28.400 ha de terrains adaptés à la culture du palmier a été mise à la disposition des investisseurs. C’est ainsi que sur la route reliant Errachidia et Boudnib, le paysage désertique s’est transformé en une véritable oasis verdoyante. Des exploitations modernes sont sorties de terre, s’étendant sur des centaines d’hectares. Ces nouveaux investisseurs de la Mejhoul sont loin d’être des investisseurs anonymes. En plus des domaines royaux, on retrouve de grands groupes comme Saham de Moulay Hafid Elalamy (Saham Agri), ou encore Palmeraie de la famille Berrada (Palmagro) ainsi que le groupe Asta des Belhassan (Sibel). A ceux-là s’ajoutent des domaines plantés par des familles de notables politiques comme les Derham de l’USFP, ou les Qayouh, de l’Istiqlal.

Ces exploitations de 100 à 500 hectares ont été plantées pour la plupart entre 2013 et 2014. Rares parmi elles sont celles qui ont déjà commencé à produire, sachant qu’un palmier dattier n’arrive à maturité qu’au bout de sept ans. «Nos premières dattes de Mejhoul ne pourront être sur le marché que dans deux ans. Et encore il va falloir attendre sept autres années, avant que la production ne puisse atteindre son rythme de croisière estimé à 6000 tonnes par an», nous confie une source de Saham Agri.

La filiale de Saham, qui a lancé son projet de «Majhoul» en 2014 (55.000 arbustes sur 500 hectares), a jusqu’ici investi dans les 200 millions de dirhams. Son innovation dans le domaine lui a même permis de rafler un prix à l’international, le prix Khalifa, à Abu Dhabi, pour un projet de digitalisation des process et de bancarisation de l’ensemble de ses collaborateurs. Et maintenant que la récolte est proche, le groupe est en train de finaliser la station de conditionnement, adossée au domaine. «C’est ainsi dans ce secteur, il y a un long cycle d’investissement qu’il faut respecter pour espérer en récolter les fruits. Et parfois, c’est éreintant», explique Ismaïl Rachidi, notre jeune entrepreneur.

Financement public

Contrairement aux grands groupes, Ismaïl Rachidi a profité des terres collectives de sa famille pour lancer son domaine de 23 hectares en 2012. Le Domaine Rachidi s’est par la suite étendu de 90 hectares additionnels au fil des ans. «J’en suis déjà à 23 millions de dirhams d’investissement, et là je dois encore mettre de l’argent dans une station de conditionnement sachant que mes premières récoltes remontent à l’année dernière», nous raconte Ismaïl.

Pour cette nouvelle étape, comme pour la précédente, son domaine devrait bénéficier des aides publiques. Car si grands et petits investisseurs se lancent dans cette filière, c’est que les autorités leur déroulent le tapis rouge. L’Etat a effectivement mis en place une série de mesures incitatives, notamment la prise en charge de 30% des coûts d’épierrage des terrains, une subvention de 80 à 100% de la mise en place de systèmes d’irrigation, la distribution gratuite de plants, en plus de la prise en charge jusqu’à 50% des équipements et machines.

Réalisations Palmier

© Copyright : Source: ministère de l’Agriculture

«Il faut néanmoins tenir compte des plafonds pour ces subventions. Pour les plants, par exemple, j’ai dû dépenser 85.000 dirhams par hectare, alors que l’aide publique est limitée à 35.000 dirhams», nuance Rachidi. Et de poursuivre: «idem pour le système d’irrigation pour lequel la subvention ne m’a permis de couvrir que 40% des dépenses, alors que théoriquement elle est de 80%». L’entrepreneur a pu néanmoins compter sur une formule de financement assez adaptée, développé par le Crédit Agricole du Maroc (CAM). Le principal partenaire de l’agriculture marocaine offre des crédits dédiés à la production –assortis d’un délai de grâce pouvant atteindre 7 ans– mais aussi des crédits dédiés à la valorisation ainsi qu’à la labellisation et à la certification, en plus d’avances sur les récoltes et sur les subventions.

Malgré tous ces efforts qui ont mobilisé des investissements publics de plus de 3 milliards de dirhams, l’engagement du secteur privé reste empreint de prudence. Les dernières statistiques officielles du ministère de l’Agriculture font état de près de 1,5 milliard d’investissements, soit à peine 55% de l’objectif fixé dans le cadre du Plan Maroc Vert. Idem pour le foncier mis à la disposition par les pouvoirs publics qui n’a, jusqu’ici, été valorisé qu’à hauteur de 50%. C’est dire qu’il reste encore du chemin pour la «Mejhoul» marocaine, avant qu’elle ne se fasse la place qu’elle mérite sur le marché mondial. Mais dans le désert, plus qu’ailleurs, la patience est la mère de toutes les vertus…

Par Fahd Iraqi et Youssef El Harrak

VIDÉO. FIGUIG: VOICI LES VERTUS DES DATTES “AZIZA” D’EL ARJA, UNE ZONE SPOLIÉE PAR L’ARMÉE ALGÉRIENNE

Par Mohammed Chellay le 20/03/2021 à 15h13 (mise à jour le 20/03/2021 à 15h15)

cover: تمور أزيزا.. تعرف على أجود تمور واحة فكيك التي نهبتها الجزائر

© Copyright : Le360

Située à 6 kilomètres du centre de Figuig, la région d’El Arja regorge de variétés de dattes de qualité. La “Aziza”, par exemple, est une datte rare, ne se cultivant que dans cette zone, qui fait aujourd’hui l’objet des provocations du régime militaire algérien. Le360 s’y est rendu. Voici un précieux témoignage, recueilli sur place.

Agriculteur de père en fils, Mustapha Krab a fait de la culture du palmier-dattier son métier. Voilà des décennies qu’il travaille, avec assiduité, à cultiver des “Aziza”, spécifiques à ce terroir. Devant Le360, ce sexagénaire explique que les dattes d’El Arja sont les meilleures de tout Figuig, voire de tout l’Oriental.

“La ville de Figuig et ses régions sont connues pour la qualité de leurs dattes. Les fruits d’ici se distinguent par leur goût et leur couleur lumineuse. Mais surtout, la terre où sont cultivées les dattes est à nul autre pareil. Plusieurs agriculteurs ont essayé d’implanter les mêmes palmiers dans d’autres localités, mais ils n’ont jamais obtenu le même résultat”, témoigne l’agriculteur. 

La récolte des dattes de Figuig commence généralement entre le 20 et 25 octobre et se poursuit jusqu’à la mi-novembre. Quant au prix des “Aziza”, il varie entre 120 et 150 dirhams le kilogramme. “Ce prix n’est pas du tout élevé, compte tenu de la qualité du produit. La preuve est que la demande est plus importante que l’offre, car tous ceux qui goûtent pour la première fois à ces dattes, en deviennent presque accros”, explique encore Mustapha Krab, selon lequel cette zone, sur laquelle l’Algérie vient de faire main basse, regorge de variétés de dattes de qualité dont l'”Aziza”. Cette spoliation, c’est “une grosse perte”, regrette-t-il.

“Aujourd’hui, j’approche des 70 ans. Depuis toujours, j’opérais, ainsi que nombre de mes concitoyens, dans cette terre que le régime algérien considère comme la sienne. Il s’agit tout simplement d’une revanche de ce régime après les victoires du Maroc dans le dossier du Sahara. C’est aussi une tentative de détourner l’attention des Algériens, en plein Hirak, vers un problème qui ne les concerne pas de près”, juge-t-il avec beaucoup de clairvoyance. 

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MAROC

Un Marocain confirme… les Algériens se conduisent comme des enfoirés… idem les Tunisiens ne peuvent pas les blairer !

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CONFLIT PERPÉTUEL

Par Tahar Ben Jelloun(@Tahar_B_Jelloun) le 19/04/2021 à 12h00

© Copyright : DR

La France de Macron découvre avec stupeur ce dont sont capables les généraux qui tirent les ficelles du pouvoir derrière M. Tebboune. Elle a une petite idée de ce que le Maroc subit depuis presque un demi-siècle, tout en gardant son calme.

Le président Macron, bien naïf, découvre depuis quelques jours qu’il n’y aura jamais de paix entre la France et l’Algérie. Il a cru bon de soutenir le nouveau président, M. Tebboune, élu avec 60% d’abstention, mais les bonnes paroles ont glissé sur le dos d’un chef d’Etat qui n’est que l’alibi civil d’une armée qui tient le pouvoir sans discontinuer depuis 1962. Tous les présidents qui l’avaient précédé, ont cru pouvoir réussir des relations normales avec l’Algérie. Ils ont tous déchanté. Aucun n’a pu faire baisser une tension permanente et contre-productive. L’Algérie officielle ne veut pas de relations normalisées. Elle tient au conflit, au ressentiment et à la culpabilisation.

Quelques jours avant la visite d’Etat du premier ministre français accompagné de plusieurs ministres, M. El Hachemi Djaaboub, ministre du travail, n’a rien trouvé de mieux que de déclarer que «la France est l’ennemi traditionnel et éternel de l’Algérie». Une façon de signifier à Jean Castex et à la délégation qui l’accompagne qu’ils sont indésirables.

Rancœur et haine sont à l’œuvre au sein de l’armée qui accuse «la France d’avoir massacré plus de la moitié de la population algérienne». (Voir Le Monde du 16-17 avril 2021).

Ainsi la France de Macron découvre avec stupeur ce dont sont capables les généraux qui tirent les ficelles du pouvoir derrière M. Tebboune. Elle a une petite idée de ce que le Maroc subit depuis presque un demi-siècle, tout en gardant son calme.

Rien n’est possible avec ces généraux. Ni la diplomatie, ni les intérêts financiers. Ils cultivent une haine rance contre une France qui fait tout pour apaiser les mémoires, comme ils provoquent quotidiennement le Maroc parce qu’il a réussi à damer le pion à une diplomatie faite de mauvaise foi et de mensonge.

Non, les généraux algériens, très majoritairement âgés entre 75 et 90 ans, ne renoncent pas à exploiter un passé douloureux tout en culpabilisant la France malgré sa bonne volonté d’apaisement.

Ainsi le rapport de Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, remis le 20 janvier 2021 à Macron, a été considéré par le pouvoir algérien comme un «rapport franco-français». C’est à désespérer.

Le Maroc pourrait raconter à la France toutes les diverses manigances que ce pouvoir haï par le peuple entreprend sur la scène internationale afin d’empêcher la consolidation de son intégrité territoriale. Aucune négociation n’a été possible. Aucune main tendue n’a été accueillie. Aucune volonté d’ouvrir les frontières n’a été acceptée. Refus systématique. Insultes et diffamations en tous genres contre le Maroc et son peuple.

Tous les compromis avancés par le Maroc pour une solution politique et juste dans l’affaire du Sahara n’ont pu aboutir. Le lobby pro-algérien est dynamique. Il a essayé, en vain, de faire annuler par le nouveau président américain Joe Biden les accords d’Abraham où l’Amérique reconnaît la marocanité du Sahara. Des préparatifs à la guerre sont connus. Le Maroc a toujours tout fait pour éviter un affrontement avec soi-disant «un pays frère». Mais les généraux n’ont que faire de cette fraternité et d’un passé où le Maroc a tant fait pour le FLN et sa guerre de libération.

A mon humble avis, il est temps que la France réalise que l’Algérie s’érigera toujours en ennemi de sa politique. Le mieux à faire est qu’elle se libère de ce conflit permanent, un fardeau qui pèsera toujours très lourd et qu’elle suive l’exemple américain et reconnaisse la marocanité du Sahara. De toute façon, la France ne sera jamais considérée par le pouvoir des militaires comme une nation amie. Il a besoin d’un ennemi «traditionnel et éternel» –un véritable fonds de commerce– pour masquer ses magouilles que le courageux peuple algérien ne cesse de dénoncer dans des manifestations dignes et disciplinées, depuis plus de deux ans.

Par Tahar Ben Jelloun

VOS RÉACTIONS

  • Driss 19 April 2021 22 h 09 minLe meilleur soutien que la France peut nous apporter est la défense, au niveau du CS,de la proposition Marocaine d’une ” autonomie avancée” pour nos provinces du sud. Les Américains ont les moyens de leur politique. Ce n’est pas le cas des Européens. Dans nos relations internationales, nous devons considérer les intérêts de nos amis. En plus d’une histoire commune, la France a d’importants intérêts économiques en Algérie et, environ le 1/5ème de la population française a des liens directs ou indirects avec l’Algérie.Donc,aidons nos amis à mieux nous aider! Quant aux relations strictement franco-algériennes, je trouve maladroit de s’y immiscer. Les uns et les autres sont suffisamment majeurs et vaccinés pour régler leurs différends. Ce qui nous importe, c’est d’abord ” Hrirtna”.Répondre
  • Sahraoui 19 April 2021 21 h 57 minLa France est la mére génétrice de son ancienne colonie;le territoire français d outre mer;appelée aujourd hui;l Algérie.Répondre
  • Hamdaoui 19 April 2021 21 h 42 minQuand on se promène du côté du Palais de justice à Rouen il est impossible de ne pas voir les traces de la guerre avec l’Allemagne. En Alsace aussi. Sans parler des cimetières témoignant des nombreuses victimes de la guerre avec l’Allemagne, sans parler des humiliations etc. … Et pourtant, il y a eu la paix des BRAVES. Aujourd’hui il est impossible de parler de l’Europe sans l’Allemagne. Le Québec échange avec la France dans tous les domaines et en Français. Le Sénégal a adopté la langue française parmi les langues nationales. Même les Palestiniens et les Israéliens finiront par s’entendre … ET les Algériens déclarent la France « ennemi éternel » … bientôt ils vont le dire pour le Maroc aussi. C’est tout simplement PATHOLOGIQUE… MerciRépondre
  • CHERIF IDRISSI 19 April 2021 17 h 07 minJe pense dur comme fer ,que l’Algerie incarnée tristement par son régime militaire,souffle de quelque chose qui ressemble au choc post-traumatique bien connu,du fait de son passé douloureux, pour ne citer que la domination Ottomane dépassant les trois siècles,conjuguée à la cruelle colonisation française pendant 132 ans …comment voulez-vous après tout cela,inventer un pays avec une identité sûre et solidement ancrée dans l’histoire, c’est un truc qui est né de façon tout à fait étrange,après certes une lutte de libération inspirée par le président égyptien Jamal Abdennasser et soutenue par les pays de voisinage,dont essentiellement le Maroc à l’histoire millénaire , le problème est une affaire d’identité,d’histoire qui doit être appréhendé sous l’angle de la psychothérapie collective Répondre
  • maghribikoh 19 April 2021 16 h 57 min le pouvoir harki d”alger ne sait pas ce qu”est un état,ce sont des bandits qui gouvernent en algérie fille illégitime de la france ,c”est la france qui a enfanté de cette algérie qui a été une possession ottomane pendant 55o ans,comment concevoir un état en algérie qui manque d”histoire,le pouvoir harki d”alger est le pire au maghreb,c”est une dictature de la corruption ,pouvoir anti sémite,pouvoir anti noir,pouvoir anti méghrébin, a t on jamais vu un état qui se respecte dépenser des milliards de dollars pendant 45 ans pour armer et financer son valetsario pour s”opposer au peuple marocain qui a récupéré son sahara,le pouvoir harki d”alger hait tout le monde dans le but de se considérer comme supérieur au maghréb,pensée qu”il veut inculquer aux algériens victimes de sa haine bestiale!Répondre
    1. CHERIF IDRISSI 19 April 2021 19 h 55 minL’Algérie ne peut se considérer supérieure aux autres pays, bien au contraire elle nourrit un complexe abyssal,essentiellement à l’égard du Maroc millénaire 
  • Kalam Hak 19 April 2021 16 h 54 minTexte magnifique… Normal. Parlant de sa mission, un ambassadeur algérien a dit à son collègue marocain : “gêner le Maroc pour toute question, en tout temps, en tout lieu” . Si c’était la France, au lieu de tout question, on aurait eu : pour tout et pour rien. La France devrait cesser de croire aux retombées bénéfiques de la main tendue. Nous Maghrébins , freres disons, on subit tous les jours un système bizarre; l’on se dit qu’est ce qui attend, la France. Elle doit finir par comprendre qu’elle n’est qu’aux tous premiers échelons, période sucrée-salée, d’une échelle sans fin,… mais aussi bien tordue. Répondre
  • De-Passage 19 April 2021 16 h 52 minTres bien vu Mr. Ben Jelloun.Répondre
  • Belkbir, Avec Une Ordonnance Tout Azimut Efficace Et Éprouvée 19 April 2021 16 h 40 minMr. Tahar Ben Jelloun sait de quoi il parle. Et l´explique très bien. Cependant Mr. Ben Jelloun est tenu par sa position respectable en France et dans le monde. Son analyse est pertinente. Mais, il est tenu par sa retenue d´homme de lettres. Pour nous autres habitués aux milieus mafieux, on a compris depuis 1920 (!) que les clans mafieux ne comprennent pas par définition la notion de dialogue.Ou de respect. Ou de bon sens. Pour une raison simple , que Mr. Ben Jelloun qui a travaillé dans la psychanalyse parmi les immigrés en France a du confronter mais sur un plan intellectuel. Cette raison repose sur une certitude: un clan mafieux possède un systéme nerveux plus proche de celui du serpent venimeux que du cerveau humain. Patience….Répondre
  • Kardi Hassan 19 April 2021 16 h 17 minBjr M.Benjelloun.La seule solution pour arrêter cette parodie de politique des vieux militaires est que le peuple frère s’insurge et se débarrasse d’eux.Sinon,le pays voisin court à sa perte.Ce qui serait dommage pour nos frères qui ont assez souffert comme ça.Bonne journée.Répondre
  • Farid 19 April 2021 14 h 29 minL’Algérie est une exception dans le Monde. Elle prêche officiellement la violence et la haine depuis son indépendance et elle désigne des ennemis. Elle l’enseigne dans les écoles. Le langage des ministres est violent. Elle dépense l’argent contre ses ennemis et non pour son avenir. La France a fait aussi des erreurs. Elle a créé ce pays du néant en lui donnant des moyens disproportionnés, mais pour les intérêts de la France. Elle en paie les conséquences. La solution avec l’Algérie est simple, ne pas en être dépendant, et lui opposer une politique ferme. Pour le cas du Maroc, le plus dur est derrière, on a presque gagné la bataille politique. Le reste est une affaire interne à l’Algérie.Répondre
  • Muslim marocain 19 April 2021 14 h 25 minLe ministre algérien de la justice a déclaré que la France sera toujours l´ennemie de l´Algérie. Quoi de plus clair? Je suis choqué que le secrétaire d´état français des relations avec le Parlement déclare , en son nom et contrairement au MAE que le gouvernement désapprouve l´ouverture du bureau LREM à Dakhla. Je suis choqué que le PCF considère cela comme une honte. Que ce parti soit antimonarchique et à l´extrême opposé de cela, la dictature communiste ne me fait pas envie! il doit respecter l´histoire et les droits des peuples. La France a,largement, abusé des droits du Maroc. Je crains que Macron déclare, un jour, comme Sarkozy qu´il a toujours pensé que le Sahara est marocain. Quelle lâcheté, quelle leçon de courage et de démocratie. Cette démocratie est bien pire qu´une dictature.Répondre
  • toto2021 19 April 2021 12 h 43 minC’est excellemment bien dit … un seul petit commentaire … il existe une différence culturelle monstre entre le peuple marocain et le peuple algérien … le notre ( le Maroc) est pacifiste et est conforme aux percepts de l’islam modéré et de l’autre côté vous avez un peuple imprégné et marqué par l’idéologie Marxiste leniniste qui ne reconnait aucune fidélité si ce n’est à la kalach et pour qui les conflits et les divergences ne se règlent que par le sang …sic …souhaitons le meilleur au peuple civil algérien car il a trop souffert des conflits idéologiques qui ont marqué l’histoire de l’Afrique …que ce mois sacré soit source de sagesse…Répondre
  • Saad 19 April 2021 12 h 42 minDernière la longévité d’une dictature un peuple marionnette ni plus ni moins Répondre
    1. Saad 19 April 2021 17 h 35 minDerrière la longévité 
  • Bentaza 19 April 2021 12 h 31 minTahar Benjaloun: “il est temps que la France réalise que l’Algérie s’érigera toujours en ennemi de sa politique. Le mieux à faire est qu’elle se libère de ce conflit permanent, un fardeau qui pèsera toujours très lourd et qu’elle suive l’exemple américain et reconnaisse la marocanité du Sahara. De toute façon, la France ne sera jamais considérée par le pouvoir des militaires comme une nation amie. Il a besoin d’un ennemi «traditionnel et éternel» –un véritable fonds de commerce– pour masquer ses magouilles que le courageux peuple algérien ne cesse de dénoncer dans des manifestations dignes et disciplinées, depuis plus de deux ans”Répondre

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MAROC

Les marocains sont particulièrement touchés par les troubles psychiatriques

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VIDÉOS. COVID-19 ET SANTÉ MENTALE: QUAND LES MAROCAINS PERDENT PIED

Par Qods Chabaa et Tarik Qattab le 19/04/2021 à 16h14

Depuis le début de la pandémie, 1 personne sur 2, qui consulte un professionnel de la santé mentale, le fait pour un problème lié au Covid-19. Et les jeunes et les enfants ne sont pas épargnés.© Copyright : DR

Le constat est sans appel. L’épidémie du Covid-19 a lourdement impacté la santé mentale des Marocains. La preuve. Les consultations ont augmenté de 50%. Et la vente de psychotropes a explosé. Plongée au cœur d’un mal qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Depuis que l’épidémie du Covid-19 a fait son apparition il y a un peu plus d’un an, la vente des psychotropes, médicaments destinés à soigner ou à soulager les troubles psychiques, a connu une forte hausse. Mehdi El Berray, pharmacien à Tamaris, à la sortie de Casablanca, le confirme. “Nous avons noté une augmentation de 30% à 50% dans la vente des médicaments traitant la dépression et l’anxiété”, explique-il après avoir consulté soigneusement ses chiffres.

https://youtube.com/watch?v=k72Cyxi-f2g%3Frel%3D0%26showinfo%3D0%26wmode%3Dtransparent%26enablejsapi%3D1

Vidéaste: Khadija Sebbar

Cette tendance démontre clairement que le Covid19 a eu, et continue à avoir, des effets dévastateurs sur le moral et le mental des Marocains. Et ce n’est pas le professeur Hashem Thyal qui va contredire cet état de fait. “Nous commençons à voir de plus en plus de cas ou de malades mentaux qui considèrent que leur problème a débuté avec le Covid-19”, déclare le psychiatre casablancais, fondateur de l’une des plus grandes cliniques spécialisées, dans la métropole.

Vidéaste: Abderrahim Ettahiri

Il est donc certain que depuis le déclenchement de l’épidémie au Maroc en mars 2020 jusqu’à aujourd’hui les Marocains ont beaucoup souffert psychiquement. “Nous remarquons de plus en plus de consultations pour des troubles anxieux, des troubles dépressifs, des problèmes de psychose délirante autour du Covid-19”, précise Hashem Thyal.

Explosion du nombre des “première fois”

Passé la période de confinement stricte qui a eu lieu au Maroc entre mars et juin 2020, plusieurs Marocains se sont retrouvés dans l’obligation de sauter le pas et de frapper à la porte d’un psychiatre. Et pour nombre d’entre eux, pour la première fois dans leur vie. “Vous ne pouvez même pas imaginer le nombre de personnes qui m’ont personnellement révélé qu’ils viennent consulter pour la première fois et qu’ils n’avaient jamais mis les pieds chez un psychiatre”, confie l’assistant d’un psychiatre réputé à Casablanca.

C’est dire jusqu’à quel point le Covid-19 a fait perdre aux Marocains leur équilibre psychique. Le changement des habitudes de vie, la distanciation sociale, ne pas voir sa famille, ses parents, l’isolement, la peur d’un lendemain incertain, le deuil, ne pas savoir quand l’épidémie et son “cauchemar” vont prendre fin… Autant de conséquences de cette pandémie qui agit sur le mental.

Santé mentale: Des experts tirent la sonnette d’alarme

Tout cela pèse lourd sur le moral. “Et c’est parti pour durer. On s’achemine vers quelque chose de plus en plus difficile. Tous les psychiatres du monde entier voient le nombre de personnes qui souffrent s’accroître”, précise Hashem Thyal.

Le Covid-19 à l’origine d’une consultation sur deux

Si le ministère de la Santé n’a toujours pas réalisé d’étude détaillée et chiffrée sur l’impact de cette épidémie sur la santé mentale des Marocains, les professionnels tentent chacun à leur manière d’étayer ce qui semble désormais s’imposer comme une certitude. “Malgré le manque de statistiques précises, on peut évaluer le taux de consultations en rapport avec la pandémie d’environ 50%”, écrivait Nadia Kadiri et Jamal Chiboub dans leur livre Des Peurs et des hommes sous l’influence du Covid-19, paru aux éditions Le Fennec, en juin 2020, tout pile à la sortie du confinement général. Onze mois plus tard, la psychiatre Nadia Kadiri fait toujours le même constat, cette fois-ci face caméra pour Le360. “Dans nos consultations, et que ce soit dans le public ou le privé,  5 personnes sur 10  qui viennent consulter le font pour un problème lié au Covid-19”.

Vidéaste: Adil Guedrouz

Mais face à son psychiatre, de quoi se plaint le patient marocain dans ce contexte d’épidémie? “Souvent, les personnes qui viennent pour la première fois nous disent avoir du mal à s’endormi, vivre un niveau de stress jamais expérimenté auparavant, ne pas avoir d’appétit ou souffrir d’une boule aux entrailles”, relate Nadia Kadiri tout en soulignant que ses confrères, professionnels de la santé mentale ont tous, sans exception, constaté une recrudescence clairement palpable de nouveaux cas de personnes aux symptômes d’anxiété et de dépression.

Tous ceux qui ont perdu leur équilibre psychique, ou homéostasie psychique, ont tout simplement été débordés, dépassés dans leur capacité à absorber leurs problèmes.

Les jeunes, principales victimes

Ils appartiennent à plusieurs catégories sociales et contrairement à ce que l’on pourrait croire, la dépression n’a pas épargné les jeunes. Les professionnels de santé l’ont bien constaté sur le terrain.

Certains cas sont même alarmants. Lors d’un webinaire en octobre 2020, Ghita Benjelloun, chef du service pédo-psychiatrique de l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca, a livré des chiffres plus qu’inquiétants. “Trois fois plus de tentatives de suicide, sept hospitalisations en 20 jours, dont une patiente hospitalisée à deux reprises. (…) Nous avons hospitalisé durant le confinement deux fois plus d’enfants âgés de 6 à 12 ans ayant présenté des tentatives de suicide. Ce qui est quand même rare à cet âge-là. Au moment du déconfinement, il y a eu 7 fois plus d’hospitalisations pour tentative de suicide chez cette catégorie d’enfants”, ajoute-t-elle.

La pédopsychiatre a expliqué qu’elle a été surprise de recevoir en consultation des enfants extrêmement anxieux, déprimés et suicidaires. “Il ont vécu le confinement avec décalage, comme quand on vit un stress post-traumatique”.

Le suicide au bout du chemin

Les jeunes âgés entre 15 et 18 ans ont particulièrement souffert de cette épidémie du Covid-19, du confinement et de ses effets sur leur quotidien, complètement chamboulé du jour au lendemain. Meriem Bahri en sait quelque chose. La présidente de l’association Sourire de Reda, dont la mission est de venir en aide aux jeunes en souffrance et de prévenir les suicides, affirme sans ambages que le centre d’écoute, StopSilence, accessible via une application sur internet a explosé tous les compteurs. “Durant la période allant de mars à juin 2020, nous avons noté une augmentation record du nombre d’appels que nous avons reçu au niveau de la helpline StopSilence. Il s’agit d’une augmentation de 92% par rapport à la même période de l’année 2019”.

Vidéaste: Adil Guedrouz

Autre taux très évocateur: 65% des jeunes appelant la helpline avaient des idées suicidaires. “Le taux de jeunes appelants qui avaient commis une tentative de suicide pendant l’année ou qui pensaient commettre un suicide durant l’appel, avec intention de passer à l’acte, est resté inchangé. Il est toujours de 35%. Les 65% concernent les jeunes appelant qui ont des idées suicidaires, sans forcément intention de passer à l’acte, mais dont le  nombre a été substantiellement plus important depuis l’éclatement de la pandémie”, explique Meriem Bahri.

Le Covid-19 a donc clairement eu un impact très négatif sur le moral des jeunes. “Les jeunes se sont beaucoup plaints du manque de visibilité sur leur avenir. C’était une année particulièrement anxiogène car ils ne savaient pas comment allaient se passer les examens, si les examens allaient avoir lieu ou pas, s’ils allaient pouvoir terminer leurs études à l’étranger ou pas…”, résume la présidente de Sourire de Réda.

Enfermement, écrans, cyber-harcèlement 

Enfermés chez eux avec impossibilité de sortir ou de rencontrer leurs pairs, les jeunes étaient surexposés aux écrans et à internet. “Nous avons constaté la recrudescence de situation de cyber harcèlement et de cyber intimidation”, précise la présidente de Sourire de Reda.

Nadia Kadiri, fait également part de cette réalité. “Plusieurs adolescents ont plongé dans les réseaux sociaux et internet, avec des risques d’addiction assez caractéristiques”, note-t-elle.

Les professionnels de santé craignent que les séquelles psychiques du Covid-19 durent dans le temps et exhortent à la prise en charge et au suivi des patients. Certains, comme c’est le cas de Imane Kendili, vont jusqu’à avouer que leurs connaissances en gestion de situations aussi inédites que les crises liées au Covid-19 sont dépassées et que de nombreux terrains de recherches, et donc de psychothérapie, restent encore à explorer.

Par Qods Chabaa et Tarik Qattab

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