Tous les jours nous avons des nouvelles de feujs qui ont échappés à la Shoah ? Et ça fait beaucoup de monde ?

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Une artiste juive méconnue de l’âge d’or de la BD a échappé à la Shoah… mais pourquoi vouloir absolument être juif ?… alors que le seul lien qui n’a rien d’ethnique est la circoncision ?

Lily Renée Philipps a fui l’Autriche en 1938 ; arrivée en Angleterre via un réseau clandestin de sauvetage d’enfants, elle retrouve ses parents en 1940 à New York

Par KAREN CHERNICKAujourd’hui, 13:40

Lily Renée Phillips. (Bundesministerium für Europa, Integration und Äußeres/CC) et l’un de ses personnages, Señorita Rio, qui a combattu les nazis. (Collection Lily Renée/via JTA)

Comme nombreux de leurs héros, plusieurs auteurs de BD juifs avaient une identité secrète (du moins un nom caché). Ce fut le cas des créateurs de Superman, Joe Shuster et Jerome Siegel, qui signèrent leur BD des noms de Joe Carter et de Jerry Ess. Bob Kane, le créateur du célèbre Batman, est né Robert Kahn. Jacob Kurtzenberg, plus connu sous le pseudonyme de Jack Kirby, a quant à lui inventé Capitaine America.

Bien que moins connue, l’héroïne de bande dessinée Señorita Rio était à la fois la starlette d’Hollywood Rita Farrar le jour, et un agent secret combattant les nazis la nuit. L’artiste qui dessinait les planches pleines d’action de Rio dans les années 1940, et qui signait sous le nom de L. Renée, vivait elle aussi une sorte de double vie.

« Tout le monde pensait que j’étais un homme », a déclaré l’artiste Lily Renée Phillips à propos du courrier des fans qu’elle recevait à l’époque, et qui était toujours adressé à « M. Renée ». Les fans ne connaissaient ni le genre de Renée ni son incroyable histoire, qui rivalisait avec l’intrigue de Señorita Rio.

Dans les bureaux new-yorkais de Fiction House, la maison d’édition de bande dessinée où a travaillé Renée, elle était une immigrée débrouillarde qui a gravi les échelons, passant à un poste qui consistait à effacer des marques de crayon sur les dessins, à celui d’auteure.

En dehors du travail, son histoire est celle d’une survivante de la Shoah née à Vienne qui a fui l’Autriche après l’Anschluss de 1938, l’annexion de l’Autriche par les nazis. Elle s’est enfuie en Angleterre via un Kindertransport et a retrouvé ses parents à New York en 1940.Lily Renée Phillips honorée par le ministère fédéral autrichien des Affaires européennes et internationales, à New York, en 2018. (Bundesministerium für Europa, Integration und Äußeres/CC)

Renée essayait simplement de gagner sa vie en faisant ce qu’elle avait toujours fait : dessiner.

Ces dessins sont présentés dans une exposition qui se tient depuis le 11 mars jusqu’au 3 septembre au Forum culturel autrichien de New York. « Three with a Pen » met en lumière trois dessinateurs juifs qui ont grandi à Vienne et se sont réfugiés en lieu sûr après 1938 : Renée, Paul Peter Porges et Bil Spira. L’exposition a initialement été présentée au Musée juif de Vienne en 2019.

Les esquisses à la plume de Renée ont voyagé jusqu’au lieu de naissance qu’elle a fui à l’âge de 17 ans et sont revenues dans sa maison adoptive, où elle vit toujours et fêtera son 100e anniversaire en mai.

Sa fille et ses collègues ont échangé avec la JTA au sujet de sa vie improbable. Renée, disent-ils, se souvient encore de l’époque où elle dessinait sous la table à manger de sa famille lorsqu’elle était enfant à Vienne, croquant des ballerines et des artistes costumés qu’elle avait vus au théâtre. Dix ans plus tard, à New York, elle a utilisé ces talents de dessinatrice pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses parents, qui avaient remis leurs biens aux autorités nazies en Autriche et vivaient dans un petit appartement de l’Upper West Side. Elle a commencé par décorer des boîtes en bois pour un magasin, puis a dessiné des documents publicitaires pour le grand magasin Woolworth.Un aperçu de la bande dessinée « Kitty » de 1949, dessinée par Renée. (Collection Lily Renée/JTA)

Un jour, la mère de Renée a vu un avis dans un journal annonçant que Fiction House recherchait des illustrateurs et a encouragé sa fille à postuler. Renée a apporté un dessin de Tarzan et Jane qu’elle avait fait à l’entretien et a été engagée après une brève période d’essai.

Au-delà de son talent artistique, la carrière de Renée dans la bande dessinée est en partie due au fait qu’elle se trouvait au bon endroit au bon moment. L’industrie américaine de la bande dessinée, en plein essor depuis les années 30, était concentrée à New York. Les années 1940 sont également l’âge d’or de la bande dessinée, et la guerre qui a fait de Renée une réfugiée a également ouvert des emplois d’illustrateurs, car de plus en plus d’hommes se sont engagés dans l’armée.

« Avant la Seconde Guerre mondiale, les femmes dessinatrices de bande dessinée étaient une espèce très rare », a déclaré Michael Freund, co-conservateur de « Three with a Pen ». « C’était surtout le terrain de jeunes hommes affamés de succès. »Señorita Rio, l’un des nombreux personnages de Lily Renée, a combattu les nazis. (Collection Lily Renée/via JTA)

Pendant ce temps, les soldats sur le front étaient impatients d’avoir de quoi lire, pour se divertir.

Les premières missions de Renée à Fiction House étaient subalternes, comme par exemple colorier des arrières-plans. Mais elle a gravi les échelons, et la première héroïne qu’on lui a demandé de dessiner elle-même était Jane Martin, une courageuse infirmière de guerre.

« Elle a percé dans le milieu lorsqu’elle a embelli – dans tous les sens du terme – le personnage de Señorita Rio, une espionne et agent secret des forces alliées », a déclaré la co-commissaire de l’exposition, Sabine Bergler. « Rio n’a pas été inventée par Lily, mais elle a contribué à l’intrigue et aux caractéristiques spécifiques de l’héroïne – qui était aussi une projection de son propre désir de combattre les pouvoirs fascistes. »

C’est son collègue Nick Cardy qui a conçu Rio, mais c’est Renée qui a façonné son look : une brune athlétique qui s’est battue contre les nazis et leurs alliés en Amérique latine.

« Je pouvais vivre un fantasme, ne serait-ce que sur le papier », a déclaré Renée à Freund au sujet de l’illustration de cette féroce espionne, qui combattait les propres persécuteurs de l’artiste sur la page. « C’était une forme de vengeance. »

Je pouvais vivre un fantasme, ne serait-ce que sur le papier. C’était une forme de vengeance

En fin de compte, Renée ne considère pas son travail sur Señorita Rio et d’autres héroïnes de bande dessinée comme le couronnement de sa vie de près d’un siècle.

« C’était une artiste, avant tout », dit Nina Phillips, la fille de Renée.

Nina Phillips a grandi en regardant sa mère dessiner, mais elle n’a appris l’existence de ses illustrations de bande dessinée qu’à l’adolescence, lorsqu’elle a ouvert le mauvais tiroir. Un tiroir rempli des vieux croquis de sa mère.

« Le dessin de BD n’était pas du tout considéré comme une profession à part entière », a déclaré Mme Phillips. « Elle l’a vraiment effacé de sa vie et s’est consacrée à toutes sortes d’autres activités créatives. »Une couverture que Renée a dessinée pour une BD d’Abbott et Costello de 1948. (Collection Lily Renée/JTA)

À partir des années 1950, Renée a travaillé en tant qu’artiste indépendante et designer textile. Elle a suivi des cours d’écriture avec Philip Roth, et a écrit des pièces de théâtre et des livres pour enfants. Elle s’est liée d’amitié avec des artistes contemporains, dont la photographe Diane Arbus. Elle a continué à dessiner et à peindre jusqu’à il y a quelques années.

Quelle que soit la manière dont Renée se présente, son statut unique en tant que l’une des rares femmes artistes de l’âge d’or de la bande dessinée a été ravivé ces dernières années. L’historienne de la BD Trina Robbins l’a redécouverte en 2005 et a fait de la vie de Renée un roman graphique. Renée a été invitée à s’exprimer lors de panels à Comic Con, elle a reçu des récompenses tardives et a fait l’objet d’un court documentaire.

Pour une génération de fans avides de davantage d’héroïnes de bande dessinée dans les livres et à l’écran, Renée représente un super pouvoir matriarcal, pas moins que Wonder Woman.

« Elle fuyait le mot ‘féministe’ », a déclaré Phillips à propos de sa mère. « Mais elle l’était absolument. »

Décès de Kurt Salomon, survivant suisse de la Shoah

L’homme, auquel il « importait de ne jamais se taire », avait un seul regret à la fin de sa vie : « celui de ne pas être allé témoigner dans les écoles plus tôt »

Par TIMES OF ISRAEL STAFF11 août 2021, 17:47  

Kurt Salomon. (Crédit : Fondation Gamaraal)

Kurt Salomon, un des derniers Genevois survivants de la Shoah, est décédé le 2 août dernier à Genève, a rapporté la Tribune de Genève. Il était âgé de 86 ans.

Né en décembre 1935 à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, il a fui alors enfant avec sa famille en Hollande et en Belgique suite aux persécutions nazies.

Pour leur propre protection, sa sœur Ruth et lui ont été baptisés pendant la guerre et ont ensuite été cachés dans un couvent. Ils ont ensuite rejoint leurs parents dans le camp de rassemblement pour Juifs de Malines, en Belgique. Après la libération du camp par les soldats américains, Kurt et sa famille sont retournés à Aix-la-Chapelle.

Ingénieur en textile, il a déménagé en Suisse en 1963 où il s’est marié. Il a eu un fils et une fille, ainsi que deux petits-enfants.

Il a notamment témoigné de son histoire dans les écoles suisses et pour la Fondation Gamaraal, qui soutient les survivants de la Shoah et qui est engagée dans l’éducation sur la Shoah.

« L’histoire de sa vie a ému plus d’un écolier et plus d’une écolière », a écrit la présidente de la fondation, Anita Winter, dans un hommage à M. Salomon publié dans le journal Le Temps. « Ces élèves ont compris ce que cela signifie de se faire priver de sa dignité humaine et de ses droits. Ces élèves ont compris ce que signifie l’humiliation. Ces élèves ont compris que l’Holocauste a encore des conséquences sur la société d’aujourd’hui. »

Si Mme Winter explique qu’il souriait en permanence, il avait cependant déclaré dans un entretien : « Lorsque quelqu’un me demande comment j’ai fait face à l’Holocauste, je réponds toujours que je n’en ai gardé aucune blessure, parce que j’ai le cuir épais. Mais ce n’est pas la vérité. J’ai été profondément meurtri. Je ne fais plus confiance aux êtres humains. Je n’ai confiance qu’en moi-même. »

« Il a toujours gardé l’étoile jaune de sa jeunesse sur lui, car c’est le symbole même du racisme et de l’antisémitisme », a expliqué Mme Winter. « Il plaçait tous ses espoirs dans les générations futures. Juste avant son décès, il m’a dit au téléphone qu’il avait un regret : celui de ne pas être allé témoigner dans les écoles plus tôt. Il lui importait de ne jamais se taire, de ne jamais être indifférent, de ne jamais haïr et de ne jamais oublier. Jamais. »

Les obsèques de Kurt Salomon ont eu lieu au cimetière Saint-Georges à Genève ce 11 août dans l’intimité familiale.EN SAVOIR PLUS SUR :

Les véritables hipsters de Williamsburg ? Ce sont les hassidim, selon ce livre

Pour les auteurs de « A Fortress in Brooklyn », les hassidim représentent une autre version du « Juif de New York » dans un shtetl ancien et nouveau, création purement américaine

Par SHIRA HANAU11 août 2021, 15:20

Illustration : Des piétons marchent près de l’école Yeshiva Kehilath Yakov dans le quartier de South Williamsburg, le 9 avril 2019, dans l’arrondissement de Brooklyn à New York. (Drew Angerer/Getty Images)

New York Jewish Week via JTA – Le quartier Williamsburg de Brooklyn est connu pour être un centre de gentrification et un lieu de rassemblement pour les jeunes branchés de New York. À quelques pas du Lower East Side, en passant par le pont de Williamsburg, il abrite également l’une des communautés juives hassidiques les plus concentrées de New York.

Dans leur nouveau livre, A Fortress in Brooklyn: Race, Real Estate, and the Making of Hasidic Williamsburg, Nathaniel Deutsch et Michael Casper dévoilent l’histoire de la communauté juive de Williamsburg et la collision de sa pieuse communauté juive avec les forces du commerce et du développement urbain.

Ils montrent comment le mouvement Satmar et d’autres mouvements hassidiques représentaient une version alternative du « Juif de New York » – la cohorte assimilée qui se dirigeait déjà vers les banlieues lorsque Williamsburg a commencé à se remplir de réfugiés strictement orthodoxes en provenance de l’Europe d’Hitler. De plus, alors que leurs compatriotes juifs rejoignaient en grande partie le monde du travail, les hassidim avaient davantage en commun avec les résidents portoricains et afro-américains en tant que partisans et bénéficiaires de l’aide fédérale et étatique aux pauvres.

« Plutôt qu’un shtetl d’Europe de l’Est miraculeusement transporté à Brooklyn, l’enclave hassidique de Williamsburg est une création nettement américaine, et son parcours des années 1940 à nos jours est une histoire classique de la ville de New York », écrivent-ils.

Nous avons parlé de leur livre à Deutsch, professeur d’Histoire à l’université de Californie, Santa Cruz, et à Caspar, écrivain titulaire d’un doctorat en histoire de l’UCLA, lors d’un événement organisé à l’American Jewish Historical Society le 23 mai. Cette conversation a été éditée et condensée à partir d’une transcription de cette discussion.

Jewish Week : Comment avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Casper : Nathaniel et moi vivions tous les deux à Williamsburg ou dans les environs il y a plus de 10 ans, et séparément nous avions passé du temps dans la communauté hassidique. Nous y avions noué des contacts. J’aimais beaucoup m’y promener, acheter des journaux yiddish et parler un peu yiddish. Lorsque Nathaniel et moi nous sommes rencontrés, c’était au moment du crash [économique] et de l’énorme vague de saisies dans et autour de Williamsburg. Certains de ces codes postaux avaient le taux le plus élevé de saisies de la ville. Tout le quartier a subi une transformation massive, que nous avons observée en temps réel. Je pense que nous avions tous les deux des intérêts distincts pour les différents aspects du quartier, les aspects religieux, la dynamique sociale et l’embourgeoisement. Et la façon dont les hassidim eux-mêmes s’étendaient dans d’autres quartiers comme Bed-Stuy nous intéressait vraiment.

Deutsch : Je vivais à Williamsburg depuis les années 1990, mais dans la partie hipster de Williamsburg, à quelques rues de la partie hassidique. Je me suis lié d’amitié avec un membre de la communauté hassidique, et lui et moi apprenions ensemble dans un shtiebel, une petite synagogue, qui est devenue l’épicentre de ces hassidim qui ont fini par s’opposer à la gentrification. Il avait l’habitude de m’emmener dans différents endroits du quartier et de me présenter à des gens.

Et la deuxième chose, c’est que lorsque ma femme était enceinte de notre deuxième fille, elle avait une sage-femme qui était dans la partie hassidique du quartier et qui avait mis au monde 3 000 bébés de femmes hassidiques, dont une femme qui avait 17 bébés. C’était donc une autre entrée et cela m’a rendu curieux d’un aspect totalement différent de la communauté.Illustration : Des personnes marchent dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, à New York, le 8 avril 2020. (AP/Mark Lennihan)

Il peut être très difficile d’avoir accès aux communautés hassidiques. Comment avez-vous construit ces relations et obtenu que les gens vous fassent confiance et parlent franchement, en particulier avec les femmes ?

Casper : Certaines personnes étaient prêtes à répondre, d’autres non. Certaines femmes ont répondu, d’autres non. Nous avons également interviewé quelques grands promoteurs immobiliers hassidiques, et nous les avons approchés de différentes manières. Certains par des contacts, dans un cas par un contact hassidique. Dans un autre cas, il s’est avéré que le frère de mon amie vivait dans un immeuble développé par quelqu’un sur lequel nous avions déjà écrit et qui nous intéressait. J’ai constaté que les gens nous parlaient franchement.

Deutsch : Dans le cas d’un certain nombre de femmes que j’ai interrogées, j’ai rencontré certaines d’entre elles par l’intermédiaire de parents masculins et d’autres de manière indépendante. Il y avait quelques différences en termes de lieu des entretiens. L’apprentissage était un moyen pour moi d’entrer dans la [communauté] masculine. C’est une communauté où la ségrégation entre les sexes est très forte. En ce qui concerne les femmes, la plupart des entretiens que j’ai menés se sont déroulés chez les gens ou dans un café à l’extérieur du quartier hassidique de Williamsburg, ou même plus généralement dans le sud de Manhattan. Mais les gens étaient en fait très disposés à parler en général. Ils étaient assez curieux à notre sujet. Les gens demandaient souvent, quel est votre nom de famille ? D’où viennent-ils ? Et quel est votre statut familial ? Par exemple, êtes-vous marié, avez-vous des enfants, ce genre de choses. C’est toujours intéressant, lorsque vous interrogez des gens, de voir comment ils vous situent.Illustration : La militante transgenre Abby Stein commande dans un restaurant casher à emporter dans le quartier hassidique de Williamsburg, à New York. (capture d’écran YouTube)

Les relations entre la communauté hassidique de Williamsburg et les dirigeants communautaires ou les politiciens non juifs étaient souvent meilleures que les relations avec les élus juifs mais non hassidiques. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet et pourquoi ?

Deutsch : Il y avait auparavant une communauté juive à Williamsburg, c’était l’une des plus grandes communautés juives de la ville de New York, et elle était connue comme la communauté juive la plus orthodoxe déjà dans les années 1920 et 1930. C’est l’une des raisons pour lesquelles les hassidim ont été initialement attirés par elle. Et pourtant, il y avait des tensions. Les groupes hassidiques craignaient beaucoup que leurs adeptes soient influencés par les Juifs locaux, plus encore que par les non-Juifs, car les autres Juifs représentaient une voie juive différente. Vous verrez des récits où les enfants traitent les autres Juifs, y compris les Juifs orthodoxes, de « shgutzim », terme péjoratif pour désigner les non-Juifs. Et il s’agissait d’autres Juifs !

Dans le même temps, les Satmar [Hassidim] sont devenus très connus pour leur profond anti-sionisme à une époque où le sionisme gagnait en popularité parmi les Juifs américains. Ils se sont donc éloignés des autres Juifs des États-Unis à cet égard également. Il y a donc toute une série de raisons pour lesquelles ils finissent par prendre leurs distances, et ils y voient un moyen de se protéger, eux et leur communauté, des influences négatives. Et ironiquement ou non, les influences les plus négatives provenaient sans doute d’autres Juifs, dans leur esprit, et non de non-Juifs.Photo illustrative de juifs ultra-orthodoxes dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, NY. (AP/Joe Kohen)

Vous écrivez comment ce sentiment de danger extérieur pour la communauté évolue au fil du temps, pour finalement céder la place aux artistes, aux hipsters et à la gentrification, qui a entraîné une hausse du coût du logement et des dangers spirituels. Quelle est la menace extérieure à Williamsburg aujourd’hui ?

Casper : Je pense que la menace des hipster est un peu dans le passé, aussi, de manière intéressante. Mais oui, pendant de nombreuses décennies, les hassidim ont vécu principalement avec des voisins latinos et afro-américains. Et lorsque les artistes, puis les diplômés d’université et les jeunes embourgeoisés ont commencé à s’installer dans le quartier, les Hassidim, de la même manière qu’ils voyaient les autres juifs non orthodoxes à une époque antérieure, ont considéré ces personnes tatouées avec des chiens qui rient bruyamment dans la rue comme une menace potentielle pour leurs enfants en particulier. … C’était aussi une question de modestie, dans de nombreux cas, et ils écrivaient sur la façon dont les femmes s’habillaient dans le quartier, ce qui était une sorte de menace pour le caractère modeste général qu’ils essayaient de maintenir.

Deutsch : L’embourgeoisement de Williamsburg s’est produit en même temps que d’autres changements qui ont eu un impact sur la communauté hassidique du quartier ainsi que sur les haredim [la communauté ultra-orthodoxe dans son ensemble]. Il s’agissait de choses comme l’Internet et l’exposition à toutes sortes d’influences différentes, de produits de luxe et de choses qui n’étaient pas disponibles auparavant pour les hassidim – l’embourgeoisement général de la communauté. Ainsi, un certain segment de la communauté en particulier s’est enrichi. Si vous regardez les médias hassidiques, vous commencez à voir des publicités pour des choses comme des vacances en Suisse, ou passer Pessah à Miami, ou des aliments qui sont photographiés à la manière des magazines gastronomiques.

Michael a particulièrement étudié ce phénomène à partir des années 1950. Les Satmar en particulier avaient cette idéologie d’être opposés aux luksus, au luxe. Leur idéal est très ascétique, et le rebbe Satmar [Rabbi Yoel Teitelbaum], leur chef, a essayé de vivre cet idéal. Pourtant, au fil du temps, on constate un affaiblissement de cette opposition, du moins dans certains camps de la communauté hassidique de Williamsburg, ainsi qu’une résistance à cette opposition.Illustration : Des personnes font la queue pour entrer dans la quincaillerie Segedin Discount Hardware dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, le 7 avril 2020, pendant la pandémie de coronavirus à New York. (AP/Mark Lennihan)

Ces dernières années, la communauté juive s’est demandée si les Juifs étaient considérés comme des Blancs, compte tenu de leur passé de minorité et de persécution. Avez-vous demandé aux gens s’ils se considéraient comme blancs ?

Deutsch : Les hassidim de Williamsburg, leur expérience, surtout dans les années 50 jusqu’à l’embourgeoisement, ressemble beaucoup plus à celle de leurs voisins afro-américains et portoricains qu’à celle, disons, des juifs ashkénazes, d’Europe de l’Est ou allemands, ou encore des juifs séfarades vivant dans les banlieues à la même époque.

Ils vivent dans des projets de logements publics à un moment où les Blancs quittent en masse les projets de logements publics à New York et ailleurs. Et c’est exactement à ce moment-là qu’ils emménagent dans ces tours de logements sociaux et que presque tous leurs autres voisins dans ces projets sont des Afro-Américains et des Latinos.

Au cours des programmes de la Grande Société de Lyndon Johnson dans les années 1960, les hassidim se sont distingués [des autres Juifs] en participant à ces programmes gouvernementaux de lutte contre la pauvreté. À un certain moment, sous Reagan, ils ont même été officiellement désignés comme un groupe de « minorités défavorisées » par une agence gouvernementale, ce qui leur a valu des avantages. Et au cours de la même période, ils ont fait l’expérience du désinvestissement des services municipaux dans des quartiers comme Williamsburg, ils souffrent également de la pollution environnementale qui a une forte dimension raciale et raciste dans des zones comme Williamsburg en termes d’installation d’incinérateurs, etc.

Donc, à ces égards, sont-ils ou ne sont-ils pas blancs ? Ils ont vécu beaucoup de choses que ces groupes définitivement non-blancs vivent aujourd’hui, qu’ils se considèrent comme blancs ou non.

J’ai posé cette question très explicitement récemment à un hassidique que je connais. Il m’a répondu que ce n’était pas exactement la bonne question dans le sens où, pour lui, la distinction entre juif et non-juif, et entre hassidique et non-hassidique, est beaucoup plus importante. Je pense que la réponse est probablement « les deux, et ». Se considère-t-il comme blanc de la même manière que les Blancs ? Je dirais que non, mais ces dernières années, l’une des choses que je trouve intéressantes dans le glissement politique vers la droite chez de nombreux hassidim, c’est de savoir dans quelle mesure cela impliquera finalement une plus grande identification avec une sorte d’identité blanche qu’auparavant. Je vais laisser cette question ouverte. Mais je me demande si c’est ce qui est en train de se produire aujourd’hui, du fait qu’ils soutiennent Trump en grand nombre, etc.Illustration : Des partisans posent pour une photo avant que le président américain Donald Trump ne prenne la parole lors d’un rassemblement de campagne à l’aéroport régional de Manchester-Boston, le 25 octobre 2020, à Londonderry, dans le New Hampshire. (AP Photo/Elise Amendola)

Vous avez écrit que la communauté hassidique couvre toute la gamme des revenus, de la dépendance à l’égard de l’aide sociale, de la dépendance à l’égard du logement public. Vous avez les promoteurs immobiliers très riches d’un côté et les personnes qui cherchent un logement abordable et qui échouent souvent de l’autre. Alors, comment comprenez-vous comment cette communauté s’inscrit dans cet ensemble de soutien à Trump ?

Casper : Je pense qu’il y a toujours eu des inégalités de richesse au sein de la communauté hassidique. Et cela a certainement été exacerbé par le crash économique de 2008 et la montée subséquente d’une classe de promoteurs immobiliers hassidiques extrêmement riches. Il y a donc toujours eu des hassidim riches et beaucoup plus de hassidim de la classe ouvrière, dont beaucoup utilisent les bons de logement de la section 8 ou vivent dans des logements publics. Je ne sais pas quel est le degré de dissonance cognitive chez les Hassidim qui, disons, utilisent la section 8 et votent également pour des républicains qui seraient idéologiquement opposés à l’aide sociale. Je pense que les hassidim votent de manière très pragmatique, notamment lors des élections locales, et qu’ils votent donc pour des républicains ou des démocrates. Et même s’il y a eu un grand basculement vers Trump, il y avait des membres éminents de la communauté hassidique qui ont soutenu Clinton [en 2016].

Deutsch : Je me demande si maintenant, cependant, dans ce moment actuel, nous voyons un changement, chez certains au moins, loin de ce pragmatisme qui a typiquement caractérisé le vote hassidique à Brooklyn. Il a été profondément pragmatique, surtout sur les questions de fond, comme l’éducation, le logement, etc. Dans une certaine mesure, on peut le voir dans le soutien à Trump, dans la mesure où il a fait des gestes en faveur des écoles privées et ce genre de choses, mais il y a aussi pour moi une composante idéologique plus forte, ainsi qu’une affinité presque personnelle. Une chose que j’ai entendue de la part d’un certain nombre de personnes, c’est cette idée que Trump est le premier candidat, du moins à ce niveau, « qui nous voit comme une communauté. » Je ne pense pas qu’il nie le pragmatisme. Et vous voyez, par exemple, dans la course actuelle à la mairie de New York, les préoccupations pragmatiques reviennent souvent.Illustration : Andrew Yang, candidat à la mairie de New York, en haut, troisième à partir de la gauche, rencontre des dirigeants juifs orthodoxes haredi à Borough Park, Brooklyn, sur une photo non datée fournie par sa campagne. (Yang pour New York via JTA)

Mais en même temps, les communautés hassidiques de la ville de New York se sont largement ralliées à Andrew Yangdans la course à la mairie, plutôt qu’à l’un des candidats plus progressistes, qui auraient pu être plus intéressés par l’augmentation des logements publics. Je me demande si cela a surpris l’un d’entre vous ?

Deutsch : J’ai parlé à un tas de gens ces derniers jours à ce sujet et dans différentes communautés spécifiques, et tous ceux à qui j’ai parlé disent que le soutien se situe entre Yang et [le président de l’arrondissement de Brooklyn Eric] Adams.

Adams entretient une vieille relation avec les différentes communautés hassidiques de Williamsburg, de Borough Park, de Crown Heights, qu’il cultive depuis longtemps. Il existe également une longue histoire, remontant au moins à Shirley Chisholm, de politiciens afro-américains du nord de Brooklyn bénéficiant du soutien des hassidim. Les hassidim de Crown Heights ont soutenu très fortement ses différentes candidatures, par exemple.

Et puis Yang est arrivé comme une sorte de joker et il s’est distingué en disant plus ou moins sans équivoque qu’il allait adopter une attitude non interventionniste envers l’éducation [yeshiva]. Et il y a une grande controverse en ce moment sur la question de savoir si les écoles hassidiques seront obligées de se conformer aux normes de l’État en ce qui concerne le programme d’études et les matières laïques. En fait, si vous preniez tous les élèves des écoles hassidiques, cela constituerait le deuxième plus grand district scolaire public de l’État de New York, plus grand que Buffalo, le deuxième plus grand après la ville de New York. Cela fait donc beaucoup d’élèves, et cela fournit aussi beaucoup d’emplois aux personnes qui enseignent dans ces écoles. Et bien sûr, l’éducation des enfants hassidiques est peut-être la clé de la poursuite des traditions et de la reconstitution de la communauté, puis de sa recréation à chaque génération. Donc je pense que c’est pourquoi Yang a obtenu tant de traction.

Pourquoi ne soutiennent-ils pas quelqu’un qui serait plus progressiste en matière de logement public ? C’est une bonne question à certains égards, et cela pourrait être un peu similaire à l’argument « Quel est le problème avec le Kansas ? », à savoir que certaines personnes semblent voter contre leurs intérêts. Mais alors je pense que nous devrions également élargir la notion de ce que sont les intérêts. Ils peuvent penser que la menace qui pèse sur l’éducation est plus immédiate et que la probabilité qu’un maire de la ville de New York soit capable de fournir des logements abordables, alors que cela se fait réellement au niveau fédéral, est beaucoup plus mince et plus lointaine, et qu’il vaut donc mieux se concentrer sur la menace la plus immédiate.

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