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UE : « l’inquiétude » de Michael Martin face à certains Etats membres

Par Shona Murray  •  Dernière MAJ: 25/11/2020 – 19:10

Depuis 4 ans le Brexit est omniprésent dans l’actualité européenne, et dans les semaines à venir on espère qu’un accord sur les futures relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni puisse enfin être négocié. Mais à quel prix pour chacun ? Et que se passera-t-il si les négociations échouent ? Michael Martin, le Premier ministre irlandais a répondu à nos questions.

Shona Murray : Je pense qu’à ce stade on peut dire que les négociations ont largement dépassé le temps imparti. Savez-vous depuis combien de temps l’Union européenne négocie ?

Michael Martin : Et bien parfois vous obtenez un résultat satisfaisant dans le temps additionnel. Et je crois que c’est important étant donné l’ampleur des problèmes, l’énormité des implications en cas de « no deal ». Je dirais même, en ce qui concerne l’économie du Royaume-Uni, d’Irlande et d’Europe, que nous devons utiliser tout le temps dont nous disposons pour trouver un accord.

Parce que je crois qu’un « no deal » serait catastrophique pour notre économie, pour l’économie du Royaume Uni mais aussi pour l’Europe. Donc, les politiques ont l’obligation de trouver un accord vis-à-vis des personnes qu’ils représentent.

Shona Murray : Nous sommes déjà presque au stade où il ne sera peut-être possible pour chaque état membre de ratifier l’accord, et pour le Parlement d’avoir son mot à dire sur cet accord. Que se passera t-il si cela prend une semaine de plus ? Y aura-t-il une transition ? Pourriez-vous appliquer l’accord qui a été conclu avant la ratification en janvier ? Quelle est la situation ? Quels sont les scénarios possibles ?

MM : Ce qui nous préoccupe le plus évidemment en ce moment, c’est d’essayer de faire en sorte que l’Union européenne et le Royaume Uni arrivent à un accord satisfaisant sur leurs futures relations. L’Europe a la capacité de développer des procédures de ratification appropriées.

Je reconnais que le temps presse. Mais je crois qu’avec une bonne dose de créativité on peut faciliter la ratification d’un accord, peut-être par étape. Je crois que c’est un problème que nous pouvons résoudre de manière satisfaisante une fois un accord conclu.

SM : Les questions en suspens restent bien entendu, la pêche, où il y a eu très peu de progrès depuis mars, et bien sûr trouver des règles du jeu équitable, les subventions de l’Etat et la question de la gouvernance. Pouvez-vous nous dire où on en est sur ces questions et pourquoi on ne trouve pas de solution ?

MM : Nous sommes tous conscients des craintes des deux côtés en ce qui concerne l’avantage de l’un sur l’autre au sujet des l’application par exemple de l’aide de l’Etat. Mais je crois qu’on peut trouver un terrain d’entente qui aiderait à régler les différends et permettrait aux deux parties de réagir si l’un des deux portait atteinte à l’accord ou le violait. Je pense que derrière cela il y a un besoin de confiance et de reconstruire la confiance entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. C’est sur la base d’une confiance solide que la future relation entre le Royaume-Uni et l’Europe fonctionnera le mieux.

SM : Et cette confiance justement a été mise à l’épreuve quand on pense à ces 4 années de négociations avec des avancées et des reculs mais aussi et surtout avec le projet de loi sur les marchés intérieurs, qui, s’il est adopté, violera probablement le protocole irlandais ?

MM : Je pense que le projet de loi britannique sur les marchés intérieurs a érodé la confiance. Cela dit je pense que la réponse mesurée de l’Union européenne a été importante ici pour régler les choses et rester concentrés sur l’essence même des négociations autour de la future relation commerciale. Parce que si une future relation commerciale peut être envisagée, celle-ci devrait gommer les clauses problématiques du projet de loi britannique sur le marché intérieur. Donc pour moi, ça a été géré de manière mesurée et appropriée étant donné de l’importance des enjeux du Brexit pour beaucoup de gens.

SM : Mais bien sûr vous dites que ces clauses seraient annulées par un accord commercial. Le Royaume-Uni a déjà dit qu’il n’enlèverait pas ces clauses. Et c’est ce que veut l’Union européenne. C’est un pré-requis. C’est bien ça ? Le Royaume Uni affirmé avec force qu’il ne reverrait pas cet aspect de la loi.

MM : Oui je crois que nous devons avancer étape par étape. Je voudrais aussi signaler que la Chambre des Lords britannique a rendu un verdict très catégorique sur les clauses incriminées et sur le projet de loi sur le marché intérieur. Le projet de loi lui-même a connu un parcours chaotique jusqu’à présent, dans le contexte de l’Ecosse par exemple et du Pays de Galle et lors de la récente réunion du conseil Britannico-irlandais qui a été très claire. Mais si on laisse ça de côté, je crois que la nature de l’accord est telle, que nous avons une future relation commerciale viable avec le Royaume-Uni, et que beaucoup de choses pourront en découler. Par conséquent les craintes et les affirmations du Royaume Uni ne seront pas fondées s’ils obtiennent un accord commercial avec l’Europe.

SM : A propos des autres problèmes en Europe, on a vécu en juillet un moment sans précédent avec l’accord de budget de l’Union européenne et du fonds de sauvetage de 750 milliards d’euros. Deux pays s’y opposent, interrompent sa mise en oeuvre alors que de nombreux états membres ont vraiment besoin d’accéder à cet argent. Que pensez-vous du véto de la Hongrie et de la Pologne la semaine dernière ?

MM : Je suis très très déçu par cette attitude. Je pense que ce n’est pas justifié. C’est une enveloppe très importante. C’est une percée historique sur la manière dont on traite la dette collectivement et avec tous les états membres qui travaillent ensemble pour lever des fonds sur les marchés. Voir cela ralenti ou bloqué par deux états membres qui n’approuvent pas l’accord entre le Parlement et le conseil est très regrettable.

SM : A propos de ces deux pays, en particulier sur le fait qu’ils sèment des embûches aux état membres qui ont accès à cet argent, le fait qu’il poursuivent des politiques anti-démocratiques, qu’ils diminuent les droits des personnes LGBT… des réfugiés, en Hongrie l’expulsion d’une université. Tous deux violent constamment l’état de droit alors qu’on leur demande simplement d’obéir au droit fondamental. Quelle est votre position sur ces deux pays ?

MM : Ma position c’est de dire qu’ils devraient retirer leurs objections sur ce plan de relance et faciliter la cirulation de l’argent entre les états membres. Je crois que le traité existe pour lutter contre les violations des valeurs fondamentales de l’UE. J’ai une réelle inquiétude quant à l’attitude des états membres. En particulier de la Pologne sur les questions LGBT. C’est inacceptable pour beaucoup de monde en Irlande. Et plus largement je dirais qu’il existe dans le traité des mécanismes qui permettent de remédier aux atteintes faites aux valeurs de l’UE.

Et selon moi, étant donné la gravité de la crise liée au Covid 19, il est très très important de vaincre ces obstacles. Et je crois aussi que la Pologne et la Hongrie devraient prendre connaissance des points de vue des autres états membres sur ces questions.

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