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Pétition : Pour que les hommes agissent contre la sexualisation des femmes
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La déchéance de la FRANCE se mesure à la comparaison des futilités d’une époque ou l’ou réclamait le droit de se baigner nu, alors que 50 ans après des étrangers nous narguent pour se baigner tout habillé… nous avions cru à l’évolution des moeurs ! 

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Pour que les hommes agissent contre la sexualisation des femmes 
 Pétition : Pour que les hommes agissent contre la sexualisation des femmes
 
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Dans le débat qui fait rage sur la sexualisation du corps des femmes nous proposons deux postulats et un mouvement : 

« L’obscénité est dans nos yeux »

Le caractère obscène d’un corps ne dépend pas du corps lui-même, mais de celui qui le voit tel quel. Ainsi, le jugement appartient à celui qui le porte, non au sujet de celui-ci. 

« Prenons nos responsabilités »

Pour dénoncer un comportement discriminant il serait bien plus efficace que les individus faisant partie de la majorité clivante/discriminante agissent. Dans la lutte contre le racisme anti-noirs par exemple, il serait plus impactant que les blancs s’impliquent davantage, pour que, de manière collective, les actes et mentalités évoluent. 
En tant que membres d’une majorité discriminante, il est logique d’être moins sensibles à la cause de la minorité discriminée puisque ce ne sont pas leurs droits et libertés qui sont bafoués. 
Ainsi, pour faire évoluer les mentalités durablement et garantir l’égalité femme-homme, notamment, il appartient aussi aux hommes de s’impliquer et d’agir publiquement. 
Dans le cas présent, aux hommes de prendre enfin leur responsabilité sur le sujet du corps des femmes car nous sommes indéniablement l’origine de la sexualisation de celui-ci. 

« Un corps n’est pas obscène »

Pour défendre ces deux idées, nous proposons un mouvement : messieurs, armez vous d’un appareil photo, inscrivez « un corps n’est pas obscène » sur votre torse, prenez-vous en photo et partagez la sur les réseaux sociaux. 
L’objectif est d’envoyer un message : nous assumons notre responsabilité et nous voulons faire évoluer les mentalités ! 

Si vous souhaitez rejoindre le mouvement sur Facebook cliquez-ici !

«Clitoris», «vagin» et «utérus» sont des termes sexistes

Vous pensiez les parties intimes du corps féminin libres et indépendantes? Erreur. Par les termes choisis pour les définir, elles sont elles aussi l’incarnation de la domination patriarcale.

Si vous vous intéressez un peu au corps féminin, vous serez ravi·e d’apprendre que c’est un territoire sur lequel l’homme n’a évidemment pas pu s’empêcher de jouer à l’explorateur sexuel géographe en nommant de son propre chef les parties intimes comme si elles étaient une terre vierge à conquérir. Résultat: les noms de dieux mythologiques ou de vieux anatomistes blancs squattent aujourd’hui toute la zone du bassin féminin.

Pour cette raison, de plus en plus d’organismes et de personnalités comme la physicienne australienne Leah Kaminsky ou la professeure de sciences cognitives Lera Boroditsky (Université de Californie à San Diego) militent pour changer le nom des parties intimes féminines. L’été dernier, le très reconnu et suivi healthline.com, site médical américain, a proposé à son tour un guide sexuel dans lequel certaines parties génitales ont été renommées afin d’être plus inclusives.

L’idée? Sonner le glas des clichés liés au genre ainsi que la domination du masculin dans le corpus des connaissances médicales; car comme l’indiquait la sexologue américaine Kenna Cook dans un article pour le site Bustle, en janvier 2018: «Les mots liés au sexe dans l’anatomie sont faits pour renforcer l’hétéronormativité et une idée du sexe uniquement basée sur la reproduction.» Petit tour d’anatomie qui montre qu’il serait peut-être temps d’envisager une sérieuse séance de renaming (comme on dit chez les marketeux).

1. Le clitoris

Le nom de l’appendice le plus méconnu et incompris de l’histoire vient du grec ancien kleitoris: c’est-à-dire ce qui sert à fermer, un verrou ou une clé. Dans son étude «De l’anachronisme et du clitoris», issue de l’ouvrage collectif Le Français préclassique (éd. Champion, 2011), la professeure de littérature Michèle Clément explique: «Le verbe grec “cleitoriazein” et le substantif “cleitorida” apparaissent déjà chez Rufus d’Ephèse [médecin romain de renom, ndlr] dans son traité Du nom des parties du corps humain (vers Ier ou IIe siècle ap. J.-C.); il mentionne les deux mots lorsqu’il nomme les “parties honteuses de la femme”.»

La linguiste y rappelle également qu’à l’époque, l’utilisation du mot servait à désigner indifféremment les parties extérieures du sexe féminin, venant confirmer le désintérêt des médecins pour cette partie du corps et ce, jusqu’au milieu du XVIe siècle.

Et si on disait…
«Éminence». Puisque le mot sert en anatomie à désigner tout ce qui peut être une bosse, une excroissance ou un appendice et que, dans le langage courant, il désigne, selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales: «Le haut degré d’élévation, de grandeur et de supériorité de quelqu’un ou quelque chose.»

2. Le vagin

Dit à l’anglaise («veujaïïna»), le mot vagin sonne comme un synonyme d’empowerment féministe. Pourtant, le mot vient du latin vagina qui dénomme «une gaine, un fourreau où était enfermée l’épée». Une fois de plus, le mot désigne par extension la vision hétérosexuelle masculine et hétéronormée du sexe: le vagin ne servirait donc qu’à envelopper un pénis. La première occurence du mot vagin date de 1674 quand Nicolas de Blégny, essayiste et chirurgien français, l’a utilisé dans son ouvrage Observations curieuses et nouvelles sur l’art de guérir la maladie vénérienne. Info bonus: à la suite de ces travaux remarquables, le scientifique a été nommé chirurgien de la Reine en 1678.

Et si on disait… 
Le site médical américain Healthline propose sérieusement de remplacer le mot vagin par l’expression trash mais pragmatique «front hole» –comprenez «trou de devant». À vous de voir.

3. L’utérus

«Utérus» vient du grec ancien hysterica, un terme qui a aussi donné le nom hystérie (vous connaissez l’histoire par cœur). Hippocrate, le père de la médecine, et ses copains grecs ont été les premiers à avancer le fait que l’utérus était particulièrement enclin à perdre les pédales (ainsi qu’à produire des émanations toxiques) quand il était infructueux. Et que la seule solution pour y remédier était le mariage…

L’idée a persisté à travers les siècles au point que l’hystérie devienne un diagnostic médical automatique dans une profession dominée par des médecins hommes, qui, pour en guérir les femmes, prônaient un massage des parties génitales afin de déclencher des «paroxysmes». Pour rappel, l’hystérie n’a été enlevée de la liste des maladies modernes de l’association américaine psychiatrique qu’en 1952.

Et si on disait…
«Nidus», soit «nid» en latin. Parce que l’utérus est le nid de la vie et qu’on voulait que ça sonne ancien et scientifique.

4. Les trompes de Fallope

Les trompes de Fallope tirent leur nom de leur découverte par le chirurgien, naturaliste, botaniste et anatomiste Gabriel Fallope au XVIesiècle, établi dans les Pouilles. Il a aussi donné son nom au ligament qui touche lesdites trompes sous le nom de ligament de Fallope. On le connaît aussi pour avoir fait l’analogie entre le clitoris et la verge et pour avoir reconnu que celle-ci ne pénétrait pas l’utérus durant le coït. Mais ce n’est pas une raison pour mettre son nom partout.

Et si on disait…
«Salpinx». Selon le dictionnaire de l’Académie de médecine fondée en 1820, on ne parle plus de trompes de Fallope mais de tubes utérins ou de salpinx, le salpinx désignant ce petit instrument à vent de la famille des trompettes utilisé en Égypte antique. Et en grec ancien, salpinx signifie (on vous le donne en mille): trompette. CQFD.

5. Les glandes de Bartholin

Dans l’épaisseur des grandes lèvres de l’appareil génital féminin se cachent les glandes de Bartholin. Elles se nomment ainsi d’après l’anatomiste danois Caspar Bartholin le Jeune, qui en a simplement fait la description au XVIIe siècle en se rendant compte qu’elles étaient à l’origine de sécrétions filantes, incolores et lubrifiantes facilitant la pénétration du pénis lors de rapports sexuels.

Et si on disait… 
Aujourd’hui, d’après le dictionnaire médical de l’Académie de médecine (encore lui), on nomme désormais les glandes de Bartholin «glandes vestibulaires majeures». Un progrès. Cela dit, l’infection dont elles peuvent être victimes se nomme toujours «bartholinite»… Essaie encore.

6. L’hymen

L’hymen tire son nom du dieu grec Hymen ou Hyménée, le dieu du mariage, mort écrasé sous sa maison le jour de ses épousailles (ce qui en dit long sur l’obsession dont l’hymen féminin fait l’objet lors de la nuit de noces). On attribue au dieu Hymen de nombreuses légendes: il serait un magnifique jeune homme blond ayant délivré des jeunes filles vierges enlevées par des pirates et aurait exigé, pour les rendre à leurs parents, d’obtenir la main de sa préférée, même si celle-ci le dédaignait. Sympa. C’est André Vésale, considéré comme le plus grand anatomiste de la Renaissance, qui, au XVIe siècle, a mis le nom d’hymen au goût du jour en s’en servant pour désigner la membrane qui couvre partiellement l’ouverture du vagin.

Et si on disait… 
En 2009, l’association suédoise pour l’éducation sexuelle a sorti un livret d’information sur l’hymen qu’elle a préconisé de renommer «couronne vaginale». Problème: la couronne renvoie aussi au mariage et à la mythologie tout en étant associée au mot vaginal, lui aussi problématique. Voilà pourquoi l’autrice suédoise Therese K Agdler a prôné dans une chronique publiée dans l’Östersund Posten la même année, l’utilisation de l’expression «pli de la muqueuse».

En matière de vulve, la norme n’existe pas

Repéré par Thomas Messias — 

C’est le résultat d’une étude scientifique qui rassurera toutes les personnes effrayées à l’idée que la leur ne corresponde pas à certains standards.

C’est quoi, une vulve «normale»? On serait bien en peine de le dire, ce qui n’empêche pas bien des personnes à vulve (façon de rappeler qu’il n’y a pas que les femmes cisgenre dans la vie) de s’inquiéter sur l’aspect de la leur. Dimensions des lèvres, ouverture du vagin, taille de la partie visible du clitoris… les critères sont nombreux, ce qui multiplie les sources de préoccupation. Quand on possède un pénis, on se pose généralement beaucoup moins de questions: on veut qu’il soit long, large et dur comme un morceau de bois au moment opportun.

Heureusement, une étude suisse est là pour atténuer l’anxiété. À l’hôpital de Lucerne, l’équipe menée par la docteure Anne Kreklau a effectué des mesures sur 650 femmes caucasiennes âgées de 15 à 84 ans. Les mesures ont notamment porté sur les grandes et petites lèvres, le clitoris, le périnée ainsi que l’ouverture du vagin. Si des moyennes ont été calculées, c’est l’envergure des résultats qui a particulièrement intéressé les chercheurs et chercheuses, qui en ont conclu qu’il ne serait absolument pas pertinent d’établir une vulve-type à laquelle on pourrait comparer toutes les autres.

Toutes différentes, toutes normales

Prenons la partie émergée du clitoris, par exemple. Sur l’échantillon étudié, sa largeur moyenne est de 5 millimètres, mais elle varie entre 1 et 22 millimètres. Idem pour sa longueur, comprise entre 0,5 et 34 millimètres pour une moyenne de 7 millimètres. La répartition des différentes dimensions étant relativement harmonieuse, l’équipe suisse en est arrivée à cette conclusion toute simple: toutes les vulves sont différentes, et aucune n’est plus normale qu’une autre.

Cette étude tombe à pic lorsqu’on sait que la chirurgie esthétique de la vulve est de plus en plus utilisée. Au Royaume-Uni, raconte le site NewScientist, le nombre d’opérations de réduction des lèvres a été multiplié par 5 en 10 ans. En revanche, rassurer les personnes pourvues d’une vulve peut avoir des résultats plus que convaincants: le site rapporte qu’au Royal CHildren’s Hospital de Melbourne, 90% des personnes venues consulter à propos de l’apparence de leurs lèvres ont finalement décidé de ne pas subir d’intervention chirurgicales après s’être vues affirmer qu’elles étaient normales.

Il serait nécessaire d’ajouter à ces conclusions un message similaire sur la couleur des lèvres, du vagin et de l’ensemble des éléments de l’appareil externe. Dans des pays comme l’Inde, leur blanchiment est fortement encouragé pour des raisons esthétiques. La vulve n’a pas attendu 2018 pour devenir aussi un enjeu marketing.

Chafouin, grave, décéder, vagin: les mauvais mots sur le bout de la langue

Bérengère Viennot 

Certains mots sont victimes de glissements de sens et finissent par être dénaturés. Ce n’est pas bien grave. Mais c’est agaçant.

Votre meilleur ami, c'est lui. | sauvageauch0 via Pixabay
Votre meilleur ami, c’est lui. | sauvageauch0 via Pixabay

«Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement», disait Boileau. «Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots», répondait Dalida.

Chacun et chacune d’entre nous entretient une relation particulière, plus ou moins affective, avec le vocabulaire et a une façon très personnelle d’appréhender l’importance et la valeur des mots. Depuis que l’humain parle, il a érigé des règles selon lesquelles, en gros, un mot devait se référer à une réalité ou un concept désignant à peu près la même chose pour tout le monde. Qualité essentielle du mot, qui permet de ne pas recevoir une torgnole quand on demande un bisou (ou l’inverse) ou de se retrouver avec une banane alors qu’on pense avoir réclamé une pelleteuse. D’où l’utilité des dictionnaires, qui permettent de se mettre d’accord sur le sens de ce que les linguistes appellent le signifiant (le mot) par opposition au signifié (le concept).

Mais bien entendu, la sémantique, comme toutes choses relevant des sciences humaines, est pétrie d’exceptions et de variantes et ses règles sont faites pour être ignorées voire carrément violées. Car si un mot recouvre pour tout le monde un signifié d’ordre général, en fonction du contexte, souvent concept varie et bien fol qui s’y fie.

«La langue continue d’évoluer, les sens glissent, la société s’adapte.»

Et puis une langue, ça évolue. Ça vit dans la bouche de ses locuteurs, aussi nombreux que divers, et ça se transforme. Plus moyen d’entraver ce que raconte François Villon ou Rabelais sans explication de texte. Est-ce qu’à l’époque, des puristes se dressaient déjà sur leurs ergots, prêts à en découdre, lorsqu’un manant utilisait un mot mal-ta-propos? Il y a fort à parier que non, dans la mesure où quasi personne n’avait accès à l’écrit et où la vie purement intellectuelle était réservée aux religieux et à quelques nobles assez fortunés pour avoir reçu une éducation (et une paire de testicules).

Aujourd’hui en revanche, la majorité des Français et des Françaises ont accès à l’éducation et savent lire et écrire (sauf accident de la vie). La langue continue d’évoluer, les sens glissent, la société s’adapte, les autorités tentent de légiférer (vainement) sur le sujet et on arrive presque à se comprendre.

Ce qui n’empêche pas certains mots d’avoir une vie bien à eux et d’être employés de façon vague et floue, et parce qu’ils sont relayés par les médias, radios, télés, journaux, réseaux sociaux, etc., avant de partir vivre leur vie dans le parler plus ou moins populaire, de finir par devenir la norme et de s’éloigner à tout jamais de leur sens initial.

Alors ce n’est pas grave du tout. Mais pour une linguiste c’est souvent agaçant.

Abus sexuel

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, paraît-il. Ce qui signifie que s’imbiber un peu c’est acceptable (souvenez-vous: un verre, ça va, trois verres bonjour les dégâts), mais qu’il faut savoir s’arrêter. Un peu comme la gentillesse: abuser de la bonté de quelqu’un c’est prendre plus que la part qui nous est due, au détriment de la personne qui donne.

Voilà pourquoi je me retrouve en hyperventilation dans ma cuisine chaque fois qu’à la radio j’entends parler «d’abus sexuel sur des enfants» (coucou le Vatican). Comme dit le Larousse, abuser c’est «user mal de quelque chose, en user avec excès ou en tirer un profit excessif». Donc abuser sexuellement un enfant, c’est l’utiliser un chouïa trop par rapport à ce qui est autorisé au départ.

Or, petit rappel au cas où ce ne serait pas clair pour tout le monde: il n’est en aucun cas autorisé de se servir d’un enfant de façon sexuelle. Jamais. Même pas un petit peu. Donc un enfant n’est pas abusé sexuellement, sauf à ériger en principe qu’à la base c’est fait pour ça. Ce qu’il faut dire c’est qu’il est agressé ou violé.

(Bonus: pourquoi ce mauvais emploi du mot? La faute à l’anglais pardi. Sexual abuse en anglais signifie agression sexuelle. Alors c’est bien la peine de pleurer qu’on est envahi par les anglicismes si c’est pour les fabriquer soi-même).

Chafouin

«T’es tout chafouin ce matin.» De plus en plus on entend ou lit le mot chafouin comme s’il voulait dire «pas content». Ce joli mot qui désigne au départ la fouine (version mâle) signifie en réalité une «personne qui a une mine sournoise, rusée», affirme Robert. «Son visage chafouin qui s’amincissait en triangle jusqu’au menton», écrit Roger Martin du Gard. «Hillary Clinton est chafouine, collez-la en taule», n’a pas du tout tweeté Donald Trump. «Benalla n’a rien de chafouin, on lui donnerait un passeport diplomatique sans confession», ai-je envie d’ajouter.

Grave

Comment cet adjectif qui signifiait au départ «qui a de l’importance, du poids» (Robert), ou encore «lourd, pesant» (Centre national de ressources textuelles et lexicales), voire «qui met en danger la vie de quelqu’un»(Larousse), et j’en passe des plus austères, en est-il aujourd’hui venu à servir de superlatif («il fait grave beau pour un mois de février») ou d’exclamation approbative: «Tu le trouves sexy toi Houellebecq?» «Grave.» (Variante: «Trop»).

À ce moment de mes recherches je n’ai pas percé le mystère de ce glissement sémantique. En cas d’indice probant à proposer, merci d’écrire à la rédaction qui fera suivre.

Décéder

D’accord, décéder signifie encore mourir. Mais comme le fait remarquer le Petit Robert, c’est un terme «employé surtout dans l’administration ou par euphémisme, au passé composé et au participe passé». Sauf que ça, c’était avant. Dans une société qui accepte de moins en moins de voir la mort en face (tout en la représentant de plus en plus dans les images qu’elle propose en guise de divertissement, mais c’est du faux sang alors c’est pas pareil), on meurt de moins en moins et on décède de plus en plus. Certes, quand le deuil frappe sauvagement, le temps de s’habituer à sa douleur, user d’un euphémisme ou un d’un mot «officiel» permet sans doute de prendre des pincettes psychologiques pour nommer l’innommable: la mort d’un être cher. Mais ouvrez les esgourdes et constatez: de nos jours on décède à tour de bras. On ne périt plus, on ne trépasse pas, plus personne ne casse sa pipe ou ne ferme son parapluie, comme disait ma mémé. Quant au bouillon d’onze heures, la recette s’est perdue. Quand même la camarde se met au politiquement correct, c’est triste à crever.

Vagin

Oui, vagin. Apparemment, plein de gens s’y perdent encore. La preuve? La nouvelle tendance du «maquillage vaginal» qui est en réalité du maquillage vulvaire (oui, ça existe), ou encore les jeunes filles qui veulent avoir le «vagin invisible de Barbie». (Les filles, votre vagin est déjàinvisible. C’est un trou). Dans Grazia, on parle carrément du «Complexe du vagin» (et on apprend que «nous serions de plus en plus nombreuses à vouloir nous offrir le vagin de nos rêves». À quoi ça tient le bonheur, hein). Mal nommer la vulve, c’est se donner une chance de moins de trouver le chemin de lui faire plaisir.

L’archaïque accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir

Louise Tourret — 7 septembre 2018 à 17h16 — mis à jour le 10 septembre 2018 à 9h41 

À l’origine, l’accord du participe passé avec avoir n’était qu’une marque de distinction que (quasiment) personne n’appliquait.

La Grammaire et son amphithéâtre d'élèves. | Wikimedia Commons License by
La Grammaire et son amphithéâtre d’élèves. | Wikimedia Commons License by

Temps de lecture: 5 min

L’orthographe, la grammaire, les règles, les erreurs… une grande passion nationale. Cette semaine, deux Belges francophones ont remis une pièce dans la machine à débat sur l’écriture avec une tribune publiée dans Libération: et si on arrêtait avec l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir? «Les crêpes que j’ai mangées» deviendrait alors «Les crêpes que j’ai mangé».

Vous avez un avis sur la question? Moi aussi. Tout le monde en fait. Le ministre de l’Éducation, qui a compris que l’opinion française était largement conservatrice sur l’orthographe, la grammaire, la conjugaison, et qui l’est tout autant, s’est rapidement positionné sur le sujet: non, non, non, on ne change pas les règles.PUBLICITÉ

Interrogé par nos confrères de France Info, il s’est néanmoins pris les pieds dans le tapis (à 21’05):https://embed.radiofrance.fr/franceinfo/player/aod/1dd87fdf-ff34-4b82-a674-43d1fb799edd

Si vous ne connaissiez pas ces règles attachées à la conjugaison du verbe coûter au participe passé, visiblement, lui non plus. Bien sûr, on fait comme si on le savait, on ne fait pas de faute, personne jamais, les autres se trompent mais pas nous, pas moi hein.

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Le problème de la similitude à l’oral

Mais entre ce que nous aimerions être et ce que nous sommes vraiment, il y a un gouffre. Lire la prose d’élèves de collège ou se balader un peu sur Twitter, sur des forums divers, montre que le participe passé avec le verbe avoir, c’est un grand festival de l’erreur. Très souvent, le verbe n’est tout simplement pas conjugué et les verbes du premier groupe se retrouvent à l’infinitif… du fameux «Omar m’a tuer» à «j’ai manger un grec».https://platform.twitter.com/embed/index.html?creatorScreenName=louisetourret&dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1037339190629937153&lang=fr&origin=http%3A%2F%2Fwww.slate.fr%2Fstory%2F166907%2Faccord-participe-passe-ma-tuer-auxiliaire-avoir-grammaire-histoire-marque-distinction-difficile&siteScreenName=Slatefr&theme=light&widgetsVersion=219d021%3A1598982042171&width=550px

La terminaison er et ce é qui s’entend pareil, c’est toute la complexité du français. Une langue où, à l’oral, un très grand nombre de lettres ne se prononcent pas. Vous pouvez les compter dans les phrases que vous venez de lire, ces lettres muettes. C’est la première difficulté de notre langue à l’écrit et le son é porte particulièrement à confusion, comme l’explique Sylvie Plane, professeure émérite de sciences du langage à Sorbonne Université.

«C’est ce qu’on appelle les homophones et ce sont les finales en é qui représentent les zones de danger les plus importantes. C’est vraiment ce qui fait commettre le plus de fautes. Il y a eu des recherches là-dessus, ce sont des fautes que tout le monde fait, même des gens lettrés et évidemment les élèves!»

Pour avoir de temps en temps des copies sous les yeux, je sais que la confusion peut être impressionnante, parfois même entre des terminaisons en é ou è, par exemple c’est/sait/ces/ses. Quand un élève écrit comme ça, on est déjà bien content si on arrive à lui faire distinguer le verbe dans la phrase, le temps et la personne auxquelles il est conjugué.

Bérénice, professeure de français en collège REP [réseau d’éducation prioritaire, ndlr], témoigne de la difficulté d’enseigner ces subtilités: «J’avoue qu’une réforme me ferait un peu mal après dix-huit ans d’enseignement, d’arrachage de cheveux ET de victoires, dans l’apprentissage de l’accord du participe passé… Mais je suis pour la simplification. À bas l’accord avec le COD! L’article de Libé m’a convaincue cet accord n’a pas lieu d’être».

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Une marque distinctive

Mais pourquoi tout le monde se trompe? Sylvie Plane explique que cette histoire de COD et de rendu à l’oral n’est pas si simple:

«Cet accord n’a rien d’intuitif. La langue française, c’est d’abord l’accord entre le sujet et le verbe. Elle est construite ainsi, comme toutes les langues indo-européennes (ce qui n’est pas le cas de toutes les langues au monde). Cette règle est donc une exception qui a une histoire: au XVIe siècle, le poète Clément Marot utilisait cet accord à une époque où ça ne se faisait pas…»

La règle n’était même pas en usage chez les écrivains et les gens du monde

L’accord du participe passé était donc une marque de distinction. Un siècle plus tard, Claude Favre de Vaugelas, l’un des premiers membres de l’Académie française, le défendait dans ses Remarques sur la langue française, à l’intention des provinciaux qui souhaitaient parler comme à la cour. L’accord était alors perçu comme quelque chose d’aussi élégant que difficile, car personne ne parvenait à l’appliquer:PUBLICITÉ

«En toute la Grammaire Françoise, il n’y a rien de plus important, ny de plus ignoré. Je dis, de plus important, à cause du fréquent usage des participes dans les preterits, et de plus ignoré, parce qu’une infinité de gens y manquent.»

Il cite Marot pour justifier l’accord du participe passé avec «le terme qui va devant», mais note: «Neantmoins ie m’estonne de plusieurs Autheurs modernes, qui faisant profession de bien escrire, ne laissent pas de commettre cette faute». La règle n’était ainsi même pas en usage chez les écrivains et les gens du monde censés savoir bien écrire.

«Malherbe, qui défendait une vision très pure de la langue française, était partisan de cette règle», continue Sylvie Plane. Mais le fait qu’il soit originaire de Basse-Normandie n’y est peut-être pas pour rien: dans cette région, la prononciation des finales en é et en ée était différente. Autrement dit, on entendait l’accord pour la plupart des verbes, alors que dans les autres régions de France, seuls les participes du type pris/prise avaient une prononciation différente selon qu’ils étaient au masculin ou au féminin.

Pacte sacré

Difficile, dès lors, de tenter de convaincre qu’une chose qui a toujours été compliquée est simple. Sylvie Plane nous invite à faire un peu d’observation réfléchie de la langue:

«Cet accord se fait toujours avec un pronom relatif ou un pronom personnel: “la robe que j’ai achetée”; “cette robe, appartenant à ma mère au tissu si fragile, je l’ai donnée”. Dans le deuxième cas, le mot “robe” est un peu loin du verbe, et “que” et “l’” ne portent pas de marque de genre ni de nombre. Cela oblige à un calcul plus complexe que ceux que l’on réalise habituellement pour accorder.»

Et si vous vous dites «Mais c’est super facile! Il suffit de répondre à la question “quoi?” parce que c’est un COD», il faut rappeler que la notion de complément d’objet direct fut créée pour pouvoir énoncer la règle d’accord. Ainsi Sylvie Plane explique que «les grammairiens parlaient de l’accord avec “le relatif”, “la chose”, “l’accusatif”, “l’objet”, le “correspondant” pour enseigner cette règle. On finira par inventer la dénomination “complément d’objet direct” qui n’est véritablement utile que pour traiter de cet accord».https://06b20c3992380b1ef267d32312530fab.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

À ceci s’ajoute le fait qu’au XIXsiècle, l’orthographe est devenue un critère de sélection scolaire et pour les concours (de fonctionnaires par exemple). Elle s’est alors cristallisée sur ses difficultés. Longtemps, les dictées scolaires ont été pleines de pièges, une tradition à laquelle plusieurs ministres de l’Éducation ont tenté de mettre fin au XIXe, me raconte Sylvie Plane. C’est d’ailleurs ce qui rend si populaire la dictée de Pivot: elle est pleine d’anomalies et de difficultés qui montrent combien celles et ceux qui la réussissent sont de véritables experts.

«L’école républicaine a longtemps maintenu cette tradition de la dictée difficile et maintenu ces anomalies dont le respect signifiait la preuve de son excellence», atteste Sylvie Plane.

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C’est cette alliance historique entre l’école et les règles du français à l’écrit, qui fait qu’on parle encore de dictée quotidienne pour rassurer les parents et qui explique notre attachement à ces règles comme un savoir. Le pacte originel entre l’école et la République rend ces règles très difficiles à modifier, et fait de l’orthographe –et donc de l’accord du participe passé– un sujet politique.

À la source de la règle «le masculin l’emporte sur le féminin»

Pierre Marti — 10 novembre 2017 à 14h47 — mis à jour le 11 janvier 2019 à 11h34 

Je crois que je me suis auto-radicalisé sur Gallica, en lisant les 719 pages de «Liberté de la Langue Françoise, dans sa pureté», un pamphlet de 1651 signé Scipion Dupleix.

Via Gallica.
Via Gallica.
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Temps de lecture: 11 min

Depuis quelques jours, Slate.fr s’est engagé en faveur d’une forme plus inclusive d’usage de la langue française, en choisissant de privilégier l’accord de proximité. Étrangement, la question suscite la colère de personnes ne s’intéressant d’ordinaire guère à la grammaire mais désormais fermement opposées à ce que l’on admît de légères modifications dans son usage.

Sous un article publié en ligne par un quotidien français, on ne décolère pas: «Aucun débat à avoir là dessus, une règle de grammaire ne se change pas, même pour complaire les désirs de féministes frustrées». Un commentaire mentionnant l’accord dit «de proximité» longtemps usité en français est réfuté par l’argument: «Arrête de raconter des conneries, la grammaire ne doit pas changer». Plus bas, on songe aux dégâts à venir: «Comment débiliser encore davantage le peuple, en appauvrissant la langue».PUBLICITÉ

Pendant ce temps sur certaines plateformes vidéoludiques, la dialectique continue: «Le jour j’apprends que la prof apprends cette écriture nocive à mon gosse je vais la voir et lui met deux baffes», courageuse menace violentant pour le moment surtout l’accord des verbes apprendre et mettre. D’autres critiques dévastatrices portent ici et là des coups terribles à la «rééducation idéologique» à l’œuvre, mais on ne peut que constater le caractère composite de la résistance aux «féminazis».

Malgré de nombreuses lectures de remarques passionnées issues d’articles de presse, de la vénérablement stérile Académie française et de son antichambre de nouveaux fans sur Twitter, il m’a semblé extrêmement difficile de trouver une synthèse cohérente des arguments des opposantes et opposants au mode de pensée, au parler et à l’orthographe inclusives.

Au prix d’un voyage dans le passé rendu aisé par les technologies modernes, j’ai heureusement pu trouver trace d’un tel argumentaire, dont je fais don aux militantes et militants qui en auraient l’usage.

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Décadence

Sa langue étant paraît-il aujourd’hui sous la menace d’un «péril mortel», la France peut du moins se consoler par le fait de disposer de son histoire à portée de quelques clics grâce à Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.

Les traces des grands hommes ayant contribué à l’édification de notre idiome commun s’étendent parmi un grand foisonnement. Il y a les grands auteurs et auteures du XIXsiècle, les philosophes du XVIIIe siècle, les poètes et poètesses, les philologues, les dramaturges. Notre langue est universelle, comme le démontrait Rivarol en 1784, dans sa perfection sculptée par MalherbeBoileau et les autres.

C’est au XVIIe siècle que se joue une grande partie de son cisèlement minutieux, notamment avec Vaugelas et ses Remarques sur la Langue Françoise (1647), alors que commence à étendre son influence l’ineffable Académie française, fondée par Richelieu en 1635.PUBLICITÉ

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Liberté de la Langue Françoise, dans sa pureté est l’œuvre de «Messire Scipion Dupleix, Conseiller du Roy en ses Conseils d’État & Privé, & et Historiographe de France», polygraphe en croisade contre la bien-pensance et la décadence du pays: «C’est que j’ay considéré que la corruption du siècle paroit si extreme en France pour ce qui est de l’exercice des bonnes letres».

Ce qui suit est la petite histoire du volumineux (719 pages) pamphlet d’un écrivain attaquant violemment certaines figures en vue à la cour royale, «beaux esprits de ce temps» affairés à réformer la langue française au lieu de la prendre comme elle est, semblables «à ceux qui ne se trouvant pas assez adroits pour joüer du lut, apprennent à joüer de la guiterre»!

Les linguistes et les idéologues pinaillent, les babos font de la guiterre: nous sommes en 1651 et il est déjà certain que tout fout le camp au pays de Richelieu, Louise Labé et Nuit debout.

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Source: gallica.bnf.fr

De la bizarrerie grammaticale

Près de quatre siècles plus tard, le nom de Scipion Dupleix est largement oublié, mais on se souvient parfois que cet auteur participa à l’élaboration de la tradition selon laquelle «le masculin l’emporte sur le féminin» dans la morphologie flexionnelle du français.

Ce livre ne parle pas que de cela, loin de là, mais s’il n’est la seule source de la tradition masculiniste chez les grammairiens français, il montre bien quel rôle a joué l’autorité de celle-ci dans au sein d’un débat sur l’évolution et la stabilisation de notre langue.

Pour Dupleix, la question du genre dans la langue n’est qu’un des aspects d’une bataille générale dont l’enjeu est un ensemble de «bizarreries Grammaticales, par lesquels certains Critiques syllabaires, raffineurs de style, enervent & affaiblissent notre langue». Non contents de «l’affaiblir», ceux-ci «la destruisent» et «dressent des crois aux esprits studieux de l’elegance, au lieu de leur produire quelque instruction methodique» (p.iii).

On l’a compris, Scipion Dupleix a mal à sa France: il lui semblerait que les professeurs de grammaire feraient mieux d’enseigner selon les méthodes ancestrales au lieu de compliquer les choses pour notre jeunesse. Celle-ci est visiblement en perte de repères, comme le montre son goût pour les œuvres littéraires les plus viles et les moins dignes d’intérêt. En effet, l’incurie est totale: «De là vient que les Romans (dont la pluspart ne tendent qu’à dresser des pieges à la jeunesse pour la desbaucher) tissus d’un style à la mode, sont plus curieusement feüilletés que les livres qui instruisent à la pieté, aux bonnes moeurs, & aux disciplines speculatives» (p.5-6).

Dupleix se refuse d’abord à nommer ses adversaires, «afin qu’il ne semble pas qu’en les nommant je les veuille flater», mais c’est bien du terrible grammairien Claude Favre de Vaugelas qu’il s’agit. Celui-ci, des ouvrages de ses contemporains, avait publié précédemment son précis de grammaire et d’orthographe aux conclusions opposées à celles que Dupleix défendait et, tel un lâche élitiste, les considérait valides parce qu’elles étaient approuvées par les courtisanes et courisans.

Dupleix ne se montre guère plus sympathique, débutant son développement par quelques menues pages d’autocongratulation où il se félicite de ses oeuvres passées et invite qui veut bien le croire à plaindre celui qui a «donné au jours divers ouvrages d’excellent, haut & serieux argument» et se trouve maintenant contraint de s’abaisser à s’occuper de grammaire.https://d07773589c10909651b54b94e808bb90.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Le français de Dupleix

La façon-même dont Dupleix parle du «François» trahit une langue qui n’est pas encore tout à fait la nôtre: même pour 1651, Dupleix est un littéraire à l’ancienne. Il dit par exemple «Oiez» et «Oyez» (p.116) pour qu’on l’écoute bien, utilise l’expression «beaucoup meilleure» (p.701) et affirme doctement qu’il faut «toujours dire “je puis”, & non pas “je peux”» (p.683).

Son ennemi Vaugelas se prononce quant à lui contre le maintien dans le français correct d’expressions qui ne «s’employent plus guerres dans le beau style» (mais redeviendront à la mode plus tard): en somme, finalement, bref, Dupleix n’aime pas trop les contraintes. Il préfère la langue inventive et touffue des humanistes du XVIe siècle plutôt que la rigueur du XVIIesiècle et dit du français de son temps qu’il est trop «grammatizé».

Il faut reconnaître que Dupleix se veut d’abord un défenseur de la liberté d’écrire selon l’usage de chacun. Il cite la Mothe-le-Vayer, qui affirme à juste titre: «En verité il n’y rien de plus ennemi des productions ingenieuses ces soins trop exquis du langage.» Et poursuit: «Un homme qui travaille de la sorte dans une crainte perpetuelle de pecher contre les regles de Grammaire, ressemble proprement à ceux qui cheminent sur la corde, que l’apprehension de tomber ne quitte jamais» (p.19).

En dépit de ses rigidités, Dupleix a une philosophie linguistique assez ouverte à l’usage plutôt que centrée sur la norme. Il affirme notamment que «celuy qui a droit de destruire, la pareillement d’édifier comme respectivement celuy qui a droit d’édifier, l’a aussi de destruire» et se réclame du poète latin Horace qu’il cite en traduction française:

«Plusieurs mots abolis de nouveau floriront
Et les plus florissans soudain se fletriront
Si l’usage le veut, qui a et droit et titre
De regler la langage en souverain arbitre
»

Source : gallica.bnf.frPUBLICITÉ

Oui, il est bien écrit «LA langage» (p.95), usage étrange à nos oreilles qui en évoque beaucoup d’autres abordés par Dupleix. Peuvent être alors tant féminins que masculins par exemple «erreur» (p.344), «Absinthe» et «Poison» (p.121), «Aigle» et «Fourmy» (p.148), tout comme «Foudre» (p.667), tandis que «L’amour» est «indifferemment masculin ou féminin», quoique son pluriel invite souvent au féminin comme dans le proverbe «il n’y eut jamais de laides amours, ny de belles prisons» (p.142).

On apprend au passage qu’il y eut un jour un débat sur la graphie du mot «hirondelle», qui s’est imposé face à «Arondelle» et «Herondelle», comme le souhaitait Dupleix par conformité au mot latin Hirundo.

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Masculin/Féminin

Contre la glottophobie de Vaugelas, Dupleix défend les langues régionales, en l’occurrence le gascon, qui est, parmi d’autres, «une façon de parler propre à certaine nation, païs, ou province» (p.168).

Il lutte même contre le parisianisme en préférant le parti des écrivains à celui des jet-setteurs: «Le sieur de Vaugelas donne la preference aux Courtisans. Mais pour moy, je voudrois en ce doute laisser le choix à la liberté d’un chacun: avec cete distinction que parmy les Courtisans je parlerois comme eux, & qu’ailleurs, mais principalement en escrivant, j’imiterois les doctes Auteurs, qui avec cela excelleroient en la pureté & en l’elegance du style» (p.48). C’est là que le bât blesse.

La critique de Dupleix n’est pas bien sûr une anachronique attaque contre les élites, mais contre les salons parisiens où l’on parle de belles lettres dans un milieu raffiné. Un milieu hautement féminin, à l’image du salon littéraire de Catherine de Rambouillet, moment important dans l’histoire de l’accès des Françaises à la vie littéraire. Qu’une proposition issue de ce milieu soit défendue par Vaugelas et Dupleix y voit une forme de «complaisance envers les femmes», rien à voir avec les forumeurs de 2017. 

Heureusement pour Dupleix, «les hommes judicieux trouvent ce changement aussi effeminé que ridicule & tiennent cet adoucissement ou plustot ramolissement de langage pour une preuve du relaschement de la generosité & vigueur masle des François» (p.320).

Pour notre grammairien, favorable à la liberté de création, à l’usage, au changement linguistique, l’élaboration du français correct ne peut être qu’une affaire d’hommes. Dès lors, l’ouverture de Vaugelas à l’opinion des femmes de la cour et à la féminisation du langage ne peut selon Dupleix être qu’une affaire d’arrivisme plutôt que de grammaire. Il condamne: «C’est plustot un excez de complaisance ou de flaterie envers les Courtisans & envers le sexe feminin, qu’un axiome pour establir l’elegance & la pureté du style» (p.10).

Lettres classiques et misogynie

On comprend que chez Dupleix, les femmes ne doivent éventuellement qu’en dernier recours être consultées sur les questions de langue mais, de préférence, pas du tout. Et de railler Vaugelas qui, sur une certaine question lexicale avait voulu l’«appuyer de l’autorité des femmes, qu’il avoit consultées (dit-il) sur ce sujet: comme si à la Cour & à Paris il n’y avoit point d’homme assez capables de donner advis touchant la regularité &pureté d’une locution Françoise» (p.266).

Permettre d’associer les femmes de lettres de Paris à la définition de la langue française était «ridicule», à moins que les femmes ne puissent «de tout temps», remplir deux conditions:

– «L’une, qu’elles soient bien instruites aux regles de la Grammaire, pour sçavoir sa congruité; & et aux preceptes de la Rhetorique, pour juger de l’elegance & de la pureté des termes & des phrases.»

– «L’autre, qu’elles soient bien versées en la langue Latine, & mesmes en la Greque, afin de sçavoir la force de l’expression d’une infinité de mots que la nostre emprunte de l’un, & de bon nombre qu’elle a tiré de l’autre.»

Conclusion:

«Et de Cela etant ainsi, où se trouveront des femmes qui aient ces deux conditions? & s’il y en a quelques-unes aujour-d’huy (dont je n’ay pas la cognoissance) qui nous asseurera de la succession d’autres de pareille capacité?» (p.25).

Dupleix n’envisage évidemment pas que les femmes soient formées au même titre que les hommes et croit pouvoir se contenter de constater que la principale étude du langage par les femmes «consiste en lecture des romans du temps» (p.191)…

Voilà le contexte intellectuel de l’origine du principe ayant abouti à la croyance que selon laquelle, en matière de genre grammatical, «le masculin l’emporte sur le féminin».

Dupleix n’est pas le seul à avoir exprimé cette idée, et il faut pour se faire une idée de la violence de ce principe dans son contexte mettre sa diffusion en perspective. Sa formulation exacte est la suivante:

«Parce que le genre masculin est le plus noble, il prevaut tout seul contre deux ou plusieurs feminins, quoy qu’ils soient plus proches de leur adjectif. Par exemple, le travail, la conduite & la fortune joints ensemble peuvent tout» (p.696-697).

Source: gallica.bnf.fr

Comme cela est désormais bien connu et sera sans doute répété un peu trop tant que cela s’avérera nécessaire, un siècle auparavant, Ronsard privilégiait l’accord de proximité, ainsi que Racine, parmi d’autres bien entendu, en fit l’usage.

Ce n’est que plus tard que l’accord masculin s’imposa, avec des auteurs comme Napoléon Landais qui suivirent l’esprit et la lettre de l’argument de Dupleix pour affirmer que «quand les deux noms auxquels un adjectif se rapporte sont de différents genres, on met l’adjectif au pluriel et au masculin. […] La raison qu’on en donne est que le masculin est le genre le plus noble». 

Que retenir donc de Dupleix? Pas grand-chose, ses livres ayant sûrement aujourd’hui une valeur surtout documentaire, mais un passage dans son œuvre et celle de ses contemporains permet tout simplement de constater la réalité du lien entre l’évolution de la langue française dans son histoire et les moments de réaction masculiniste primaire face aux rares tentatives de féminisation de celle-ci.

Ceux qui ont besoin de croire qu’il faut médailler les mâles lorsqu’ils ne se montrent pas misogynes pourront toujours se consoler de lire sous la plume de Dupleix une règle de grammaire aux accents inclusifs: «Un homme parlant à une fille, peut dire fort bien, je suis plus beau que vous: & une fille à un homme, je suis plus vaillante que vous» (p.129), preuve s’il était besoin d’en apporter qu’il n’est d’homme sans qualité, de système sans exception, de tradition sans évolution.

Pour mieux juger de la réelle possibilité que le progressisme, l’usage et l’histoire alliées fassent doucement leur œuvre, il faudra se reporter à des travaux plus sérieux que cette chronique, tels ceux d’Éliane Viennot, ou encore le numéro des Cahiers de Linguistique publié sur ce sujet en 2015.

La lente conquête médiatique du tabou de la jouissance féminine

Christelle Murhula 

Ces deux dernières années, la question des sexualités au féminin a pris une place considérable dans les espaces public et médiatique.

Jouir. Tout simplement. Ce mot est aujourd’hui le titre d’un ouvrage publié en octobre dernier aux éditions Zones. Préfacé par la journaliste Maïa MazauretteJouir, en quête de l’orgasme féminin, est un véritable plaidoyer pour la libération du sexe féminin, alternant entre enquête sur la sexualité féminine et récit socio-historique sur la connaissance du clitoris. Traduit trois ans après sa sortie originale, en 2016 au Canada, le livre s’inscrit dans une logique de beaucoup de maisons d’édition et de médias: déconstruire les tabous liés aux sexualités féminines.

Connais-toi toi-même de Clarence Edgard-Rosa, Je m’en bats le Clito de Camille Aumont-Carnel, ou encore Le Clitoris, c’est la vie de Julia Azan.

#CulturaEvents À vos agendas ! Le Clito Tour de Camille @jmbleclitodémarre ce samedi à Champagne au Mont d’Or. Retrouvez toutes les infos sur les dédicaces sur les pages Facebook des magasins pic.twitter.com/fuhlGLzQ2x— Cultura (@Cultura) 25 septembre 2019

Oui, ces dernières années ont vu éclore une certaine démocratisation de la parole sur ce sujet en France. Le numérique n’y est pas pour rien.

Des comptes Instagram tels que Gang du Clito, Jouissance ClubOrgasme et moi ou encore Clit Révolution ont permis une certaine prise de parole des femmes sur leur sexe, mais aussi sur la manière de «faire du sexe». Des témoignages aux analyses en passant par des conseils santé ou une remise en question du corps médical, la sexualité féminine n’avait jamais été abordée avec une telle fréquence dans les espaces médiatique et public.

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Un tabou qui vient de sauter

Pourtant, il y a encore cinq ans, parler à ce point du sexe des femmes était presque inconcevable. Selon Julia Pietri, militante, créatrice du collectif Gang du Clito et autrice de l’ouvrage Le Petit guide de la masturbation féminine, des initiatives sont toujours remises en question. «Je n’aurais pas pu sortir mon livre il y a cinq ans, cela aurait été plus difficile. J’ai quand même affronté beaucoup d’obstacles avant de pouvoir le sortir en mai dernier. Aucun éditeur ne voulait mettre “masturbation féminine” en titre.»

L’autrice décide alors de publier son livre à compte d’auteur. «On me disait qu’il y avait trop de consonnes dans le titre, on me proposait des titres avec le mot “plaisir” dedans. Quand je refusais, on me disait que ça ne se vendrait pas.» Finalement, elle réussit à publier son livre rempli de 6.000 témoignages en juin 2019.

Depuis des années, il existe néanmoins des initiatives similaires, mais qui sont passées sous silence. Selon la journaliste et spécialiste des questions de sexe Maïa Mazaurette, la parole relative à la sexualité féminine a toujours été présente.

Ce qui est en train de changer, c’est que, dorénavant, elle est beaucoup plus audible. «Quand j’ai sorti 200 pages sur le clitoris, c’était il y a dix ans. C’est un sujet dont on pouvait dire à l’époque qu’il était clivant, alors qu’il touche la moitié de la population, déplore la co-autrice de La Revanche du clitoris, sorti en 2007 et réédité dix ans plus tard aux éditions La Musardine. Aujourd’hui on a l’impression que tous les éditeurs ont senti le vent tourner.»

Des clitos plein les réseaux

Ce qui a changé? Selon la réalisatrice Ovidie, la prise de parole sur internet y est pour beaucoup: «Sur les réseaux sociaux, les questions des violences gynécologiques, de masturbation, ou de coït sont abordées comme les autres. Elles ont permis aux femmes de libérer leur propre sexualité. On n’a jamais autant parlé de leur sexe qu’aujourd’hui. Le sujet demeurait tabou, car on diffusait peu d’info à ce sujet. On estimait que ce n’était pas une priorité. Qu’on devait faire jouir plutôt que jouir.»

La remise en cause de ces idéaux ancrés dans la société doit beaucoup à la nouvelle vague du féminisme. Selon la sociologue de la sexualité et du genre Cécile Thomé, ce courant a permis une prise de parole. «Après #MeToo, un questionnement général s’est ouvert sur la condition des femmes. Le plaisir devient progressivement une problématique aussi légitime que l’est l’égalité dans d’autres domaines.»

Un questionnement qui a également touché la sphère scientifique: «Les découvertes récentes sur le clitoris montrent que la distinction entre jouissance vaginale et clitoridienne n’a pas sens d’un point de vue anatomique, alors qu’il y a quinze ans, on pouvait demander aux femmes de se classer d’un côté ou de l’autre», analyse la sociologue.

«Aujourd’hui, les filles ont compris qu’elles avaient une partie de leur anatomie qui leur servait à jouir.»

Ovidie, réalisatrice

Aujourd’hui, force est de constater que le fonctionnement du sexe féminin est présenté de manière bien plus précise. Dans les médias, sur les réseaux sociaux, même dans certains manuels scolaires, tous les organes génitaux féminins sont désormais évoqués. Vulve, point G, mais aussi clitoris. Ce dernier étant devenu une véritable arme féministe –quand il ne sert pas de support de revendication.

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Dans la rue, sur des vêtements, des bijoux ou des manuels scolaires, le clitoris, organe trop souvent négligé, s’affiche désormais partout. «Il y a plus de communication, davantage d’interventions en milieu scolaire. Aujourd’hui, les ados savent ce qu’est cet organe. Les filles ont compris qu’elles avaient une partie de leur anatomie qui leur servait à jouir», déclare Ovidie.

Pour Julia Pietri, il est synonyme de pouvoir. «C’est un organe érectile, qui se gorge de sang et qui provoque l’orgasme. Il est puissant. Il a pour les femmes la même fonction que le pénis pour les hommes», argumente la créatrice du collectif Gang du Clito.Voir cette publication sur Instagram

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L’écueil de la surreprésentation

Les femmes peuvent désormais elles aussi représenter leur organe érectile comme les hommes ont pu représenter le leur à qui mieux mieux. Le clitoris est même en train de gagner ses lauriers de symbole pop.

Certaines femmes, comme la réalisatrice Ovidie, en viennent à craindre une dérive relative à cette surreprésentation: «En à peine cinq ans, on est passés du “ça n’existe pas” à “tout orgasme provient de cette partie du corps”», regrette Ovidie, qui s’inquiète à l’idée que, à force de revendiquer leur clitoris, les femmes en viennent à nier une partie de leur vécu. «Depuis deux ans, le discours qui domine partout se résumé à “tout vient du clitoris”. Ça en devient culpabilisant. On risque de répondre aux femmes qui se posent des questions qu’elles ne devraient pas, car c’est la mode du moment.»

Selon la chroniqueuse du sexe Maïa Mazaurette, mieux vaut trop en parler que pas assez. «Que le clitoris soit ancré dans la culture pop est positif. Il fallait en parler. Cette effervescence est loin d’être terminée, car le discours est toujours utile aux femmes et aux jeunes filles, qui en ont besoin. Le clitoris prend enfin la place qu’il méritait dans l’éducation sexuelle.»

Si vous croyez vraiment qu’il faut «éduquer» les hommes hetero à « identifier » le clitoris c’est 1, les prendre pour des gros débiles 2, oublier que s’il y a un orgasm gap c’est lié à des siècles d’idéologie, pas à une ignorance de l’anatomie.

La libération sexuelle, pour de bon?

Peut-on parler de révolution? Il est trop tôt pour le dire, selon la sociologue Cécile Thomé. «Beaucoup de choses ne sont pas questionnées, comme les pratiques peu majoritaires concernant l’obtention de l’orgasme»,souligne la sociologue, qui précise que la dernière grande enquête statistique ayant été effectuée en France par l’Inserm en collaboration avec l’Ined, date déjà d’il y a près de quinze ans.

De son côté, Ovidie est plus optimiste. «On vit un période intéressante, liée à la révolution numérique. L’idée que l’on mérite mieux se généralise, à tous les niveaux, même celui de l’intime.» Selon la réalisatrice, il existe un avant et un après, et la représentation des corps féminins dans les espaces public et médiatique ne seront plus jamais les mêmes. «Nous n’avons jamais été aussi informées que maintenant. Ce phénomène nouveau est lié à la multiplicité des témoignages et à la diversité des représentations.»Voir cette publication sur Instagram

Clitoris minuscules, fendus, enfouis, aplatis, en perle, en triangle, insensibles, émergents, mutilés, atrophiés, douloureux ou recousus. Vous êtes tous beaux. #jemenbatsleclito

Mais l’on peut s’interroger sur le profil des personnes les plus touchées par cette révolution. «Je me demande si la portée politique de ces changements n’est pas limitée à un certain milieu. Les femmes les plus touchées et représentées correspondent à un profil type: des femmes blanches de classe moyenne supérieure», analyse la sociologue Cécile Thomé.

La diffusion récente de ces savoirs qui ne sont pas nouveaux ne serait réservée qu’à une seule partie de la population féminine? «La couverture médiatique de ces sujets est encore trop circonscrite à des médias engagés et qui s’adressent à un public ayant un certain capital culturel. Ils atteignent certaines catégories sociales plus que d’autres, atteste la sociologue. La majorité de la population ne s’informe pas et ne consulte pas ce type de médias. Ce n’est malheureusement pas sur les chaînes mainstream que nous entendrons parler d’orgasme clitoridien ou de vulve», conclut-elle.

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Preuve que la population n’est pas forcément prête, la dernière publicité de la marque d’hygiène féminine Nana, sobrement nommée «Vive la vulve» est loin d’avoir fait l’unanimité, jugée trop obscène. Comme un hommage au sexe féminin, elle le représente à travers des images aussi implicites qu’un coquillage, une pêche coupée en deux ou encore un origami. Ce qui a valu à la marque plus de 1.000 signalements auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), tandis qu’une pétition lancée sur Change.org pour «demander le retrait de la publicité des écrans» a recueilli 15.000 signatures. La route est encore longue.

La galanterie à la française est-elle une forme de sexisme?

Aujourd’hui, la galanterie est réduite à un jeu de séduction, et parfois perçue comme une invitation insidieuse à se taire et se laisser faire.

Selon certaines voix anglo-saxonnes, la galanterie invite avec des gestes aimables les femmes à laisser les hommes agir pour elles. | juan pablo rodriguez via Unsplash
Selon certaines voix anglo-saxonnes, la galanterie invite avec des gestes aimables les femmes à laisser les hommes agir pour elles.

La libération de la parole féminine qui a accompagné le mouvement #MeToo ou les récents remous liés à la dernière cérémonie des Césars invitent à réfléchir sur l’histoire de la galanterie en France, et son influence sur la parole portée par des femmes. Inventée dans les salons du XVIIe siècle, la galanterie, dans sa forme actuelle, est-elle l’alliée ou l’ennemie de la libération des femmes?

La naissance de la galanterie

La galanterie est née dans les salons où recevaient des dames de la noblesse: dès 1608, Catherine de Rambouillet, puis Madeleine de Scudéry, suivie par Marie-Madeleine de La Fayette ouvrent leur salon. Dans ces lieux de sociabilité, hommes et femmes se divertissent et s’instruisent: Pellisson, Voiture et Corneille y sont célébrés. La galanterie se développe alors comme un comportement social adopté par les hommes et les femmes, partageant la noblesse de l’âme et du sang.

La cour de Louis XIV travaille la distinction, le raffinement et l’art de plaire aux dames en reprenant des traditions de l’amour courtois et du Livre du courtisan de Castiglione, un modèle qui s’exporte en Europe. Pour orienter les mœurs vers plus de politesse et de respect des dames, on lit les romans à la mode et on en discute: L’Astrée d’Honoré d’Urfé, ou la Cléliede Madeleine de Scudéry. Avec La Carte de Tendre, on trace le parcours d’un galant amant qui veut rendre hommage à sa dame. La conversation adopte le naturel de l’expression des dames, par opposition au langage des pédants. C’est le rôle des dames d’éduquer les honnêtes hommes à moins de rudesse et plus de politesse.

La Carte de Tendre ou Carte du pays de Tendre.

Une influence sujet de moquerie

Certains auteurs se moquent de ces prises de parole féminines et de cette influence accrue des femmes. C’est le cas de l’abbé de Pure avec La Prétieuse en 1656, de Somaize avec Dictionnaire des Prétieuses, suivi par Molière avec Les Prétieuses ridicules en 1659. La mode des précieuses ridicules est lancée. Leurs héroïnes se piquent d’avoir des lumières de tout et n’entendent rien. Elles sont accusées d’avoir des prétentions nobiliaires et de vouloir régenter la sphère lettrée.

Les grandes dames lettrées, comme Madeleine de Scudéry ou Madame de La Fayette, loin de s’insurger contre ces images, en rient et proposent en retour des modèles de dames instruites mais sages, sans excès, valorisant la modestie et la douceur que l’on associe alors au sexe féminin.

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Molière, avec L’École des femmes, puis Les Femmes savantes, rencontre un franc succès quand il met en scène l’affrontement entre la jeune génération, galante, et l’ancienne, dont les hommes sont prompts à enfermer les femmes. On rit des bourgeoises qui imitent les nobles; elles idolâtrent un pédant ridicule, tandis que le mari est dépassé par les lubies scientifiques de sa femme (dans Les Femmes savantes).

À la fin du XVIIe siècle, la querelle des anciens et des modernes divise la bonne société. Les modernes lancent avec des femmes la mode des contes de fées (Perrault, Mademoiselle Lhéritier) et les anciens (Boileau, La Fontaine) défendent une culture de forme et d’héritage antique, à laquelle les femmes n’ont pas accès, faute d’éducation classique. Dans les salons du XVIIe, les femmes ont donc pu s’exprimer et parfaire leur éducation grâce à une galante compagnie; un modèle français né à la cour de Versailles qui s’est même exporté.

Au XVIIIe siècle, la galanterie change de sens

Alain Viala a montré comment la galanterie avait évolué (dans La France galante en 2008 et La Galanterie, une mythologie française en 2019). L’idéal galant, cette éthique fondée sur le mérite personnel, l’esprit et le respect envers les dames, se diffuse peu à peu dans différentes classes sociales grâce aux journaux, au théâtre (avec Marivaux notamment) et dans les arts.

Mais au XVIIIe siècle, il se réduit progressivement au libertinage. Le galant homme devient l’homme galant, l’adjectif change de place et la notion de sens. Dans les fêtes galantes de Watteau, le libertin courtise des femmes galantes qui abandonnent vite vertu et honneur.

Fêtes vénitiennes, vers 1717. Watteau s’est lui-même représenté, assis, jouant de la musette de cour, à droite du tableau. | Antoine Watteau via Wikimedia Commons

Certains dénoncent la galanterie comme un simulacre hypocrite: c’est pour Montesquieu «le mensonge de l’amour», pour Rousseau «le contraire du sentiment», pour Germaine de Staël «de la bassesse». Simulacre de jeux de l’amour, la galanterie poursuit son chemin dans les salons du XVIIIe, où l’ironie est à la mode (on se souvient du film Ridicule).

La marquise du Deffand, connue pour son esprit caustique, tient un grand salon. Voltaire lui présente sa compagne, la physicienne Émilie du Châtelet, souhaitant les voir devenir amies. Mais Marie du Deffand dresse d’elle un portrait au vitriol: «Née sans mémoire, sans goût, sans imagination, elle s’est faite géomètre pour paraître au-dessus des autres femmes, ne doutant point que la singularité ne donne la supériorité.» Le salon n’est pas forcément un lieu de solidarité entre femmes. Jalousie de la plus âgée faisant barrage aux élans de la plus jeune, elle condamne les discours de la passionnée de sciences.https://d575ce1c2b513d34085b55c112f5def9.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Au XIXe siècle, on se moque des femmes qui prennent la parole dans les salons; c’est le temps des bas-bleus. Avec la Restauration, des discours invitant les femmes à ne pas pérorer dans les salons au nom du respect des règles de bienséance refont surface. La galanterie envers les dames n’est plus qu’apparence, elle est enseignée par des baronnes comme l’art de bien se tenir en société.

Michelle Perrot l’expliquait dans l’émission «Lieux de mémoire» en 1996: «La galanterie n’est plus véritablement un rapport entre les hommes et les femmes. La galanterie va devenir une coquille vide. […] des mots, des gestes de plus en plus superficiels: ouvrir une porte, faire asseoir une dame, lui dire des compliments.»

Au XXe siècle, Simone de Beauvoir présente la galanterie française comme un système de domination des femmes, qui les empêche de s’exprimer et n’est plus qu’un modèle de séduction. Elle écrit dans Le Deuxième sexe: «La femme est vouée à la galanterie du fait que ses salaires sont minimes tandis que le standard de vie que la société exige d’elle est très haut […] il faut qu’elle plaise aux hommes pour réussir sa vie de femme.»

Gisèle Halimi lui emboîte le pas dans La Cause des femmes (1973), même si elle dira plus tard qu’elle accepte la galanterie si femmes et hommes sont également galants.

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Mona Ozouf, dans Les Mots et les femmes (1995), veut croire quant à elle que la galanterie et le féminisme peuvent se mêler et constituer une singularité française. Élisabeth Badinter semble du même avis, dans XY(1992): «Le rapport entre hommes et femmes en France est plus doux, plus solidaire, plus ­empreint de séduction que dans d’autres cultures européennes. Rien ne fait plus horreur aux Français, hommes et femmes, que la guerre des sexes ou la séparation physique entre eux.»

Que reste-t-il de la galanterie aujourd’hui?

Les Anglo-Saxon·nes (Susan Fisk et Peter Glick) définissent la galanterie comme une sorte de sexisme bienveillant, particulièrement insidieux car il invite avec des gestes aimables les femmes à se taire et à laisser les hommes agir pour elles.

Les féministes françaises sont divisées sur ce point depuis plus de cinquante ans. La tribune sur la «liberté d’importuner» publiée dans Le Monde en 2018 ravive le débat dès ses premiers mots: «Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.» Catherine Deneuve, qui avait participé en 1971 au «Manifeste des 343» (femmes avouant leur avortement), a rejeté ainsi avec Ingrid Caven, Catherine Millet et une centaine d’autres un féminisme qui fustigerait les hommes et diviserait les sexes, au nom du maintien d’une forme de la galanterie à la française.

La récente prise de parole liée au mouvement #MeToo et la 45e cérémonie des Césars mettent au jour de nouvelles divisions.

D’un côté, certaines icônes du cinéma, qui ont représenté en leur temps la liberté sexuelle et bâti leur carrière sur des images de galanterie au cinéma (Brigitte Bardot, Fanny Ardant). De l’autre, une jeune génération, soutenue par les deux sexes, essaie de faire entendre la voix des victimes d’agression et de harcèlement sexuel (Adèle Haenel, Swann Arlaud).

En jouant sur la dépendance des actrices à des sélections et à des prix pour progresser dans le métier, on les invite à se taire, leur parole est condamnée, si bien que même certaines associations féministes préfèrent garder le silence.

https://youtube.com/watch?v=r6egDFqI1Bo%3Fwmode%3Dtransparent%26start%3D0

Dans le même temps, on produit des directives, des cours, pour éduquer les hommes et les femmes à des comportements non sexistes. On parle de rééduquer la société à plus de vraie civilité, comme au XVIIe, c’est même une «grande cause du quinquennat».https://tpc.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Anciens et modernes s’affrontent toujours sur les modalités d’accès à la parole pour les femmes, et sur les comportements adéquats à leur égard, en particulier lorsqu’on est un homme. Mais aujourd’hui, la galanterie est associée aux anciens et, dans sa version héritée du XIXe, réduite à un jeu de séduction.

Pour maintenir ce mythe de la galanterie d’antan, il ne faudrait pas évoquer les sujets qui fâchent dans les salons de la bonne société, mais plutôt dissocier l’homme et l’œuvre. Comment, dans ces conditions, parler des violences sexuelles faites aux femmes? Les femmes, même très en vue, n’auraient-elles pour seule solution que de se lever et se barrer ou de lâcher un laconique «écœurée» sur les réseaux sociaux, en 2020?

En réalité, des solutions existent:

  • Condamner sévèrement le viol, tout en respectant la présomption d’innocence et en se méfiant de l’acharnement médiatique. Les tweets se diffusent vite, comme les pamphlets en leur temps.
  • Éduquer à bien distinguer jeux de séduction et harcèlement, et à la vraie civilité moderne, égalitaire: je tiens la porte en sortant du métro à tout le monde, hommes ou femmes; ou enseigner à dire: «non, ce n’est pas ma tasse de thé».
  • Ne pas avoir peur de la parole féminine libératrice, déjà appelée de ses vœux par Hélène Cixous dans Le Rire de la Méduse. Nos autrices comiques françaises l’ont bien compris: Blanche Gardin (deux fois Molière de l’humour), Valérie Lemercier, Laura Laune, Claudia Tagbo, Nora Hamzaoui, Nicole Ferroni, Florence Foresti ou Caroline Vigneaux s’empressent de rire de tout, surtout d’elles-mêmes, et connaissent un franc succès. Au pays de Molière, c’est peut-être par l’esprit et le comique que nous savons le mieux dénoncer les travers de la société.

Les ventes de poupées sexuelles ont explosé pendant le confinement

Si les entreprises du secteur se portent aussi bien, c’est aussi que leur clientèle s’est diversifiée.

Un nombre croissant de femmes investit dans les poupées sexuelles. | Joël Saget / AFP
Un nombre croissant de femmes investit dans les poupées sexuelles. | Joël Saget / AFP

Pendant les quelques mois de confinement, la solitude a parfois été dure à supporter. Sans personne à câliner, certain·es se sont tourné·es vers un choix original: les poupées sexuelles.

En Australie, des entreprises du secteur affirment n’avoir jamais été aussi prospères que depuis le début de l’épidémie de Covid-19. «Nous avons doublé les ventes de nos Cherry Doll depuis mars. Aujourd’hui, nous en vendons quatre à cinq par semaine», indique Matt, qui travaille pour le boutique en ligne Cherry Banana, au site américain de Vice.

Le constat est partagé par d’autres enseignes: «Depuis la période de restrictions strictes en Australie, nous avons remarqué une augmentation des ventes de 30% à 40%», développe Andrew, de Sex Doll Australia.

Que ce soit pour assouvir des désirs sexuels freinés par le Covid-19 ou simplement pour combler un besoin de contact physique, les poupées «se vendent comme des petits pains», se réjouit Ryan, employé du site Southern Treasures.

Achat de couple

Les ventes ont décollé grâce au confinement, mais aussi en raison de l’apparition de nouveaux profils de consommateurs… et consommatrices. Adieu le stéréotype du célibataire endurci, bonjour aux couples qui s’achètent une poupée à deux pour pimenter leur vie sexuelle.

«Nous avons beaucoup de maris achetant une poupée femme avec leur épouse, pour eux, et des couples mariés achetant des poupées ensemble, une pour chacun», observe Andrew. Les femmes célibataires sont également de plus en plus nombreuses à être tentées par ce type d’article.À lire aussiMoins de sexe mais plus d’expérimentations pendant le confinement

Si la clientèle change, les demandes évoluent également –et de façon parfois surprenante. Au cours des derniers mois, Cherry Banana a reçu des commandes pour une poupée sans organes génitaux, avec une queue animale, trois seins ou encore un visage personnalisé.

Tout n’est pas rose pour autant: si le trafic sur les boutiques en ligne de poupées sexuelles et les demandes de renseignements sont en nette hausse, les perturbations en matière de transports et d’envois postaux causées par la crise sanitaire ont eu un impact important sur l’expédition et la livraison des produits.

«Il n’a pas été inhabituel que des poupées attendent jusqu’à une semaine entre deux vols, là où cela aurait d’ordinaire pris quelques jours tout au plus», souligne Kirk, de Pleasure Dolls Australia.

Y A-T-IL UN LIEN ENTRE LES HUÎTRES ET LA VIRILITÉ DE NOS HOMMES?

 Soumaya Naamane Guessous

Je vois des mollusques à coquille: huître, coquille Saint-Jacques, couteau, moule, palourde, coque et même des oursins! Je questionne délicatement le vendeur qui m’envoie balader méchamment: «c’est pas pour les femmes comme toi!»

Casablanca. Joteya de Derb Ghalef. Un chariot poussé par un homme à la barbe bien fournie, au tchamère style Arabie Saoudite. J’hallucine! Je m’approche. Vous ne devinerez jamais le contenu du chariot.  Wiiiiili ! Depuis quand ces produits raffinés et coûteux se promènent-il ici? Pour quelle clientèle? Ces produits facilement avariés et toxiques doivent être conservés selon le processus de respect de la chaîne du froid.

J’écarquille bien mes yeux et, wa Allah, je vois des mollusques à coquille: huître, coquille Saint-Jacques, couteau, moule, palourde, coque et même des oursins! Je questionne délicatement le vendeur qui m’envoie balader méchamment: «c’est pas pour les femmes comme toi!». Comme quoi? Je suis comment, moi? J’abandonne. C’était une journée où j’avais décidé de rester zen.

Ma réponse, je l’ai eue 8 mois plus tard !

Un hypermarché à Sidi Maârouf. Un rayon de poissons où se bousculent les clients. Jusqu’ici, rien d’anormal. Mais depuis que je fréquente ce lieu, j’observe une foule dense au rayon des huîtres. Et alors, me diriez-vous? Eh bien, je vois des hommes se faisant ouvrir les huîtres et les gobant l’une après l’autre sur place. Ok! Et alors? Eh bien ça m’a paru chelou, comme disent les jeunes, za3ma louche. Pourquoi? Très peu de Marocains mangent des huîtres, même quand ils habitent les zones côtières où les huîtres prolifèrent.    

L’ostréiculture a débuté dans les années 50 à Oualidia, réputée au niveau national et international pour sa production d’huîtres dans des parcs spécialisés. Aujourd’hui, la plus grande production d’huîtres est à Dakhla, au potentiel énorme et qui fournit 80% de la production nationale.

Mais revenons à notre hypermarché et à nos dévoreurs d’huîtres. Ce qui m’a frappée d’abord, c’est que les clients étaient tous des hommes. Je vois très rarement des femmes en consommer sur place. J’en ai conclu naïvement que les hommes aimaient les huîtres plus que les femmes. Ma curiosité m’a poussée à faire du tberguigue sur le profil de ces hommes. En principe, et selon des préjugés condamnables, je l’avoue, les huîtres font partie de mets fins, consommés par un profil de population particulier. Mais là, mes avaleurs d’huîtres avaient des profils différents. La manière de gober les huîtres ne correspondait pas non plus aux habitués, qui prennent le temps de savourer chacune d’entre elles et de s’en délecter. J’avais l’impression d’être face à une carroussa où on vend al karmousse alhandi (figues de barbarie) que j’adore, mais où le client se gave sans savourer. Certains grimacent comme en avalant un médicament amer! Awe! C’est quoi ça?

Mon audace légendaire me pousse à m’informer. Ouah! J’vais pas partir sans élucider le mystère, sinon «ma tête va me brûler!». Je m’adresse à l’un des deux employés,  d’origine subsaharienne, qui ouvre les huîtres avec une dextérité et une vitesse étonnantes: «pourquoi il y a autant d’hommes ici?». Réponse: «c’est surtout vendredi et le week-end». Incrédule, je continue: «pourquoi ces jours-là?». J’obtiens comme réponse un sourire moqueur, laissant penser que ma question est impertinente.

Mon alarme de sociologue se déclenche. Motivée davantage, j’inspecte visuellement la foule d’hommes en attente d’être servis. Je repère un jeune qui semble accessible: «Khouya,  pourquoi il y a tant d’hommes ici ?». « C’est l’approche du week-end !» «Ok, mais quel lien avec les huîtres?». Il éclate de rire: «Khti, tu es mariée?». «Oui, pourquoi?». «Il a quel âge ton mari?». Je réfléchis et annonce un âge auquel je soustrais une décennie, allez savoir pourquoi! Mon jeune homme, éclatant de rire: «si tu l’aimes, amène-le ici deux fois par semaine et laisse-le se gaver. Mais après, tu le surveilles. Il peut t’échapper entre les mains!». Les questions se bousculent dans ma petite tête: «Khouya, khtèque chouiya mkalkha (je suis un peu bête!». Il regarde autour de lui, s’assure que personne ne nous écoute et me souffle à l’oreille: «Maziane li ennafs diale arjale!». Je feins ne pas comprendre. Il perd patience: «Awili! Wa had chkouffe, houma viagra dialna!» («ces coquilles sont notre viagra!»).

OK, Vous avez saisi… Le chariot de Derb Ghallef, l’hypermarché, la foule, la quantité d’huîtres absorbée tel un médicament…

Ennafs, le souffle… Ainsi est nommée la virilité en darija (arabe dialectal). C’est dire l’importance de la virilité, assimilée au souffle, le souffle de la vie, sans lequel survient la mort. J’ai tout compris! 3la slama me diriez-vous! Mais encore un mystère, «Agi a khouya, pourquoi vendredi et week-end?». Toujours avec un sourire malicieux: «ce sont les jours des bertouches !». Ouaouhh! J’ai tout compris. Le bertouche est pour les plus jeunes ce que la piaule et la garçonnière étaient pour les moins jeunes! Donc ces hommes viennent renforcer leur virilité, ici, dans cet hypermarché, pour une fin de semaine érotique!

La morale de cette histoire? Les huîtres seraient aphrodisiaques!

J’ai fait ma petite recherche et j’ai appris que les huîtres et les moules contiennent du zinc en grande quantité. Un minéral important pour la production de sperme et pour la fertilité. Selon des informations glandées sur Internet, mais de source paaaaas très sûre, la quantité d’huîtres à avaler par jour pour l’apport nécessaire quotidien en zinc serait de 30 pièces!  Il faut vraiiiiiiiiment être motivé et en avoir les moyens. Une seule huître coûte 10 dirhams!

Messieurs! Pitié, si par hasard vous me rencontrez dans cet hypermarché, ne m’attaquez pas à coup de tomates. En ces temps particuliers, j’essaye seulement de garder le moral en m’accrochant à l’humour et en vous offrant des sujets éloignés de ceux de l’actualité dominante! Sans rancune!

«Mon nom est clitoris», «I May Destroy You» et «PEN15», ces œuvres qui brisent les tabous féminins

Si la masturbation et les règles ont longtemps été les grandes absentes de la pop culture, de plus en plus de séries et de films explorent dans toute sa complexité la puberté côté filles.

Dans PEN15, Maya découvre sa sexualité en se frottant frénétiquement contre son oreiller. | Capture d'écran via YouTube
Dans PEN15, Maya découvre sa sexualité en se frottant frénétiquement contre son oreiller.

«J’ai appris à la fête du Nouvel An 2015 qu’on avait les règles et qu’on faisait pipi par deux trous différents. Donc c’est pour dire qu’on est très peu au courant de notre anatomie.» Dans Mon nom est clitoris, documentaire belge en salle depuis le 22 juin, plusieurs jeunes femmes échangent leurs souvenirs, connaissances et impressions sur la sexualité féminine.

Toutes font preuve d’un recul et d’une intelligence remarquables, et pourtant, on comprend dès les premiers instants (alors qu’elles doivent dessiner un clitoris) qu’elles ont souvent dû composer avec un manque d’information.

En laissant ses jeunes intervenantes réfléchir à voix haute et relater leurs expériences, Mon nom est clitoris montre que les filles sont encore assez peu au fait de leur propre anatomie, de leur désir et du parcours semé d’embûches de la puberté féminine.

Le clitoris aux abonnés absents

Première preuve de ce tabou: les manuels scolaires. Ceux mis en avant dans le documentaire sont souvent incomplets et contiennent des affirmations parfois effarantes, telles que «la masturbation, c’est quand un garçon se déclenche lui-même une érection et se fait éjaculer». La plupart représentent le clitoris de manière erronée… voire pas du tout.

À un moment du film, une interviewée ressort l’un de ses livres d’anatomie, dans lequel l’organe érectile est décrit comme un «petit renflement […] de la taille d’un pois». Sur les schémas internes du corps féminin, il n’est même pas mentionné.

Le clitoris est pourtant le seul organe humain entièrement dédié au plaisir, recouvert de plus de 8.000 terminaisons nerveuses. Alors qu’il est le plus souvent présenté comme un petit bouton se cachant en haut de la vulve, sa plus grande partie est en fait interne et mesure en moyenne une dizaine de centimètres.

Ce n’est qu’en 2016 qu’Odile Fillod crée un modèle 3D et en dimension réelle du clitoris, aidant un peu plus le monde à se figurer cet organe féminin dans sa totalité. Car à cause de son invisibilisation, son fonctionnement est encore peu connu: en 2016, un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes soulignait que la moitié des filles de 13 ans et un quart des filles de 15 ans ne savaient pas qu’elles avaient un clitoris.

Du côté des représentations culturelles, qui pèsent si lourd dans l’imaginaire collectif et la construction identitaire des jeunes, on ne fait pas beaucoup mieux. Alors que la puberté masculine a été mille fois représentée et tournée en dérision, que ce soit dans des récits initiatiques ou dans des comédies potaches, l’équivalent féminin est bien trop rare.

Malgré la quantité de séries pour ados mettant en scène une héroïne féminine, peu d’entre elles rentrent vraiment dans les détails les plus intimes de cette période pourtant si particulière: règles, épilation, masturbation et premiers émois en tous genres.

La culotte qui pulse

Heureusement, les temps changent. En 2017, Netflix nous a déjà offert Big Mouth, une série animée irrévérencieuse sur la puberté, qui aborde celle des filles avec beaucoup d’humour. PEN15, sur Canal+ depuis juin, s’attaque quant à elle frontalement au sujet et révolutionne la manière dont les adolescentes sont montrées à la télé.

La série raconte l’adolescence en l’an 2000 de ses deux créatrices, Anna Konkle et Maya Erskine. Détail amusant: ce sont elles, trentenaires, qui incarnent les héroïnes de 13 ans, tout en étant entourées d’un casting véritablement en âge d’aller au collège.

De la découverte de la sexualité au premier chagrin d’amour, la série tourne en dérision les moments les plus fondateurs comme les plus gênants de la préadolescence féminine, avec une exactitude si impitoyable qu’on est parfois tentée de détourner le regard. Ce serait pourtant une erreur.https://www.youtube.com/embed/m_vKV1joc2E

L’épisode «Ojichan» démarre sur un plan qui ne dure que quelques secondes mais fait l’effet d’un séisme. Maya est en train de jouer avec deux chevaux en plastique, qu’elle fait s’embrasser. Soudainement, son regard change, et elle fait l’expérience d’une sensation jusqu’alors inédite: l’excitation.

La caméra suit le regard interloqué de la jeune fille, qui jette un œil à sa culotte et semble la voir pulser sous le coup du désir, comme un cœur qui bat. Une scène aussi simple qu’importante, puisque l’excitation féminine n’est presque jamais représentée de manière explicite à l’écran.

Dans Mon nom est clitoris, l’une des jeunes femmes interrogées emploie une image similaire pour évoquer la sensation du jet d’eau effleurant son entre-jambe, lors d’un bain pris quand elle était petite: «Je sentais qu’il y avait mon cœur qui battait dans mon kiki.»

PEN15 ne s’arrête pas là. Après cette vision subjective et imagée de la culotte qui pulse, on voit Maya se masturber pour la première fois, puis contempler avec intérêt ses doigts recouverts de cyprine (le liquide communément appelé «mouille»).

Après son premier essai, Maya se lance dans une découverte de la sexualité que beaucoup d’anciennes jeunes filles reconnaîtront: elle embrasse ses posters, se frotte frénétiquement contre son oreiller. Tout un monde semble s’ouvrir à elle, et même la nourriture semble l’exciter.

À lui seul, cet épisode d’une vingtaine de minutes contient sans doute plus de scènes de masturbation féminine que l’intégralité des séries pour ados des trente dernières années.

Malheureusement, Maya fait la découverte de la masturbation féminine sans aucun repère. Son exploration est à la fois solitaire et baignée de honte: elle craint que son grand-père décédé ne la surveille.

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Alors que la jeune fille partage habituellement tout avec Anna, sa meilleure amie, elle se retrouve pour la première fois à porter un lourd secret. Pendant que les garçons du collège parlent ouvertement du porno qu’ils consomment à la maison et s’échangent de nombreuses blagues salaces, Maya n’a personne à qui parler.

La jeune fille se sent d’autant plus gênée que sa meilleure amie ne semble pas ressentir le même intérêt pour le sexe et exprime vocalement son dégoût pour ce genre de conversations. À la fin de l’épisode, elles finiront pourtant par s’avouer l’une à l’autre qu’elles se masturbent, lors d’une scène particulièrement tendre.

Ce sentiment de honte, de «faire quelque chose de sale», comme le décrivent beaucoup de jeunes femmes dans Mon nom est clitoris, est forcément difficile à surmonter lorsque la masturbation féminine n’est jamais montrée, ni même abordée.

Dans le film, l’une des intervenantes se souvient d’un cours d’éducation sexuelle dans son école catholique, où la masturbation masculine était mentionnée. Curieuse, elle a alors demandé comment les filles, elles aussi, pouvaient se faire plaisir. Énervée, la nonne l’a grondée et lui a rétorqué qu’elle n’avait qu’à «se référer aux bruits de couloir».

Le sang des règles

Le documentaire belge ne parle pas seulement du clitoris; il évoque tout le spectre de la sexualité: le consentement, le vaginisme, l’épilation ou encore les règles.

Même si leur mention s’est démocratisée dans les médias depuis quelques années, les règles restent un sujet tabou pour de nombreuses personnes, notamment chez les ados. Et mettre un tampon pour la première fois peut être une expérience terrifiante, surtout si l’on n’a jamais exploré son anatomie et que l’on ne sait ni à quoi elle ressemble, ni comment elle fonctionne. Dans Mon nom est clitoris, une jeune femme explique avec humour que son premier tampon a dû être inséré par une sage-femme.

La série PEN15 nous montre également ce rite de passage, lorsque Maya a ses règles pour la première fois. Après avoir tapissé sa culotte de papier toilette à plusieurs reprises, la jeune fille se résout à tenter de mettre un tampon. Mais lorsqu’elle le déballe et l’examine, ce dernier fait une taille monstrueuse, soulignant le caractère intimidant et insurmontable du geste.


Capture d’écran via Canal+

Une autre série récente va encore plus loin dans la représentation des règles –qui, on le rappelle, étaient jusqu’à très récemment figurées par du liquide bleu dans les publicités pour produits hygiéniques.

I May Destroy You, série percutante de Michaela Coel, traite elle aussi de la sexualité féminine. Son axe principal n’est pas la puberté mais le consentement –et toutes les manières dont il peut être bafoué au cours d’un rapport intime.

La série suit Arabella, une jeune autrice ayant subi un viol après avoir été droguée dans un bar. I May Destroy You est un visionnage incontournable pour le sujet qu’elle aborde, son montage, son écriture et ses performances brillantes, et surtout pour l’honnêteté avec laquelle elle filme ses protagonistes.

https://youtube.com/watch?v=Ymk81TSpT68

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Dans le troisième épisode, Bella et sa meilleure amie sont en Italie, en train de se préparer pour une soirée. On reconnaît immédiatement l’intimité féminine dans tout ce qu’elle a de plus réjouissant: Terry se maquille dans la salle de bains, tandis que Bella change sa serviette hygiénique à quelques centimètres d’elle. Un acte on ne peut plus banal, répété par des millions de personnes plusieurs fois par mois. Il est pourtant si rare à la télé que la scène interpelle.

Elle est suivie, plus tard dans l’épisode, par une séquence encore plus marquante. Après une soirée arrosée, Bella s’apprête à coucher avec Biagio, un bel Italien. Elle le prévient qu’elle a ses règles et précise qu’elle a un flux abondant. Le duo pose une serviette sur le lit, et Biagio retire la culotte (et la serviette) d’Arabella. Le garçon lui dit alors «Je peux?», avant d’insérer ses doigts dans le vagin de la jeune femme et de retirer un tampon ensanglanté.

D’un seul geste, la série semble briser tous les tabous liés aux règles (ok, le livre Cinquante nuances de Grey l’avait déjà fait, mais est-ce que ça compte vraiment?). Mais le meilleur est à venir: loin d’être dégoûté, Biagio s’avère fasciné par un caillot de sang qui vient de s’écouler, s’exclamant qu’il n’a jamais vu ça.


Capture d’écran via OCS

Pour beaucoup de femmes, le sujet du sexe pendant les règles a longtemps été relégué à des conversations entre copines, à voix basse ou à l’apéro. La représentation des règles à la télé est tellement taboue que la série Crazy Ex-Girlfriend, connue pour ses parodies musicales, n’a d’ailleurs jamais pu diffuser sa chanson «Period Sex» («Le sexe pendant les règles») en intégralité. Pourtant, la même série avait sans problème diffusé un morceau listant tous les endroits de la maison où Rebecca, l’héroïne, s’était faite prendre par derrière.

Excepté American Honey de la Britannique Andrea Arnold, presque aucune œuvre de pop culture n’a franchement représenté l’acte sexuel pendant les règles. La scène de I May Destroy You apparaît donc d’autant plus subversive et rafraîchissante.

Après douze épisodes dévastateurs, la saison 1 de la série s’achève sur OCS ce 25 août. Aux côtés de PEN15 et de Mon nom est clitoris, elle rejoint un canon de plus en plus large de programmes qui éclairent des expériences féminines longtemps tues. Pourvu que ça dure.

Pourquoi les manuels de SVT ont-ils peur du clitoris?

Aucun manuel de SVT ne représente correctement le clitoris. La faute des programmes, trop axés sur la procréation? Ou des maisons d’édition, trop timorées?

* Sur huit manuels de SVT consultés, deux ne mentionnent jamais le clitoris. Aucun ne représente le clitoris de manière correcte. 

* Le Syndicat national des éditeurs et le ministère de l’Éducation nationale se renvoient la balle, et aucun éditeur contacté n’a souhaité répondre à BuzzFeed News. 

* Au-delà de l’absence du clitoris dans les manuels, des experts regrettent une timidité dans la manière dont on évoque la sexualité avec les élèves. Selon une chercheuse, «c’est l’hyper-sensibilité catholique qui est redoutée».

En juin dernier, le Haut Conseil à l’égalité entre femmes et hommes (HCE) rendait un rapport sur l’éducation à la sexualité, avec un constat plutôt alarmant sur l’état des connaissances des élèves français. Parmi les chiffres marquants cités par le texte, ceux d’une enquête menée auprès d’élèves de 4e et 3e dans un collège de Montpellier: une fille de 13 ans sur deux et une fille de 15 ans sur quatre ne savait pas qu’elle a un clitoris. Et 83% des filles et 68% des garçons interrogés ne connaissaient pas la fonction de cet organe…

Surprenant? Pas forcément quand on regarde la façon dont sont enseignés les organes génitaux féminins dans les établissements français. Nous avons étudié huit manuels de SVT* (deux ouvrages de 4e et six de 1ère) et, pour trouver le clitoris, il faut bien chercher.

Au collège, les questions de sexualité et de reproduction sont abordées en classe de 4e. Pour la rentrée 2016, seulement deux éditeurs ont sorti des manuels prenant en compte les nouveaux programmes (les autres ont préféré repousser la sortie de leur ouvrage à la rentrée 2017). Dans le manuel de cycle 4 (qui correspond à la 5e, 4e, 3e) de SVT de Hatier, on ne trouve aucune mention de la vulve, encore moins des petites et grandes lèvres ou du clitoris (photos ci-dessous).

Celui de Nathan, ci-dessous, fait un peu mieux: on peut y voir un schéma à compléter, avec la vulve et le clitoris. Mais la représentation de ce dernier est erronée: seul son gland est représenté.

En effet, depuis les années 2000, et notamment grâce au travail de la Française Odile Buisson qui a réalisé des échographies du clitoris, on sait que cet organe –le seul dédié uniquement au plaisir– ne se résume pas à ce petit bout apparent sur la vulve, mais qu’il est est formé d’une paire de corps caverneux et d’une paire de bulbes, qui entourent partiellement le vagin. 

Au lycée, c’est en 1ère que les élèves étudient à nouveau la sexualité. Et les manuels ne font pas bien mieux que ceux de collège. Dans l’ouvrage de Nathan destiné aux élèves de 1ère ES et L (ci-dessous), il n’est tout simplement pas question de la vulve ou du clitoris.

Dans la plupart des manuels, ce n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, sur un schéma représentant l’appareil génital féminin que l’on retrouve une mention du clitoris, mais… au chapitre sur la mise en place des organes génitaux externes chez les fœtus. 

En effet, lors de la grossesse, le «tubercule génital» évolue en clitoris chez les filles et en pénis chez les garçons. Dans les manuels de 1ère ES/L des éditions Hatier et Belin, on trouve donc le terme «clitoris» sur une représentation de l’appareil génital d’un fœtus, mais sans plus d’informations sur cet organe, qui reste bien mystérieux.

Parmi les huit manuels que nous avons étudiés, aucun ne comporte une représentation de face du sexe féminin. Deux manuels proposent une définition du clitoris mais, encore une fois, les informations sont erronées. 

Bordas (à droite ci-dessous) explique aux élèves de 1ère qu’il s’agit d’un «petit organe allongé (5 à 10mm) situé à la partie supérieure de la vulve» tandis que Nathan (à gauche) évoque un «petit organe sexuel externe», localisé «en avant de la vulve». Or le clitoris fait en moyenne 10cm et est aussi interne, puisqu’il entoure en partie le vagin.

«Il n’existe aucun manuel scolaire, sans exception, représentant correctement le clitoris», confirme Alexandre Magot, professeur de SVT au lycée français de Barcelone et co-animateur du site SVT-égalité, qui propose des ressources pour «un enseignement plus égalitaire». Et de détailler: 

«Il y a un tabou concernant la sexualité féminine dans notre société, qui se retrouve complètement dans nos enseignements. Le clitoris, uniquement dédié au plaisir, est peut-être l’organe le plus représentatif de ce tabou.»

Est-ce la faute des programmes, trop axés sur la procréation? Ou bien celle des éditeurs, trop timides pour représenter les organes génitaux féminins tels qu’ils sont réellement? 

Visiblement, la question gène aussi bien les maisons d’édition que le ministère de l’Éducation nationale. Parmi les quatre éditeurs d’ouvrages scolaires que nous avons contactés, deux (Nathan et Belin) ont indiqué qu’ils ne souhaitaient pas répondre à nos questions et les deux autres ne nous ont jamais répondu (Bordas et Hatier), malgré nos relances.

Du côté de l’Éducation nationale, on insiste sur le fait que le contenu des manuels «relève de la responsabilité des éditeurs» et que rien n’empêche, en théorie, de représenter le clitoris «puisque la connaissance anatomique sexuelle est dans les programmes dès le cycle 4». 

Même avis du côté du Conseil supérieur des programmes (CSP), l’organe chargé de fournir au ministère les propositions de textes. «Les programmes ne rentrent pas jusqu’à ce niveau de précision, sur ce qui doit être représenté ou non, ce sont les choix éditoriaux des éditeurs», nous répond Véronique Fouquat, la secrétaire générale. 

Les éditeurs seraient donc trop frileux. Le ministère nous renvoie vers le Syndicat national de l’édition. Qui, lui, nous glisse que «le terme “clitoris” n’est pas dans les programmes» et nous redirige vers le CSP. Bref, tout le monde se renvoie la balle.

Quant aux erreurs de représentations du clitoris, elles s’expliqueraient tout simplement «parce que son anatomie est méconnue, y compris des agrégés de sciences naturelles et autres enseignants de SVT qui sont sollicités par les éditeurs pour faire les manuels», lâche Odile Fillod, chercheuse indépendante en sociologie des sciences et de la vulgarisation scientifique, qui a travaillé sur un modèle de clitoris.

La discrétion des manuels sur le clitoris est aussi révélatrice de la timidité de ces outils –et plus généralement de notre société– sur la sexualité. 

Selon Alexandre Magot, «on est tous et toutes issu-e-s d’une culture au sein de laquelle la sexualité féminine n’est jamais prise en compte. Peu de personnes sont finalement habituées à parler de vulves et de clitoris, alors qu’on est tous et toutes habitué-e-s au schéma d’un pénis en coupe et de la coupe des organes génitaux internes des femmes. 

Une partie des rédacteurs et rédactrices de manuels ne doivent donc tout simplement pas y penser… et reprennent les schémas classiques.»

Ce professeur regrette que, bien que les programmes de 1ère incluent le thème des bases biologiques du plaisir, ils demandent «à ce qu’on aborde ça pour parler du système de récompense, c’est-à-dire de la partie cérébrale. C’est, ici, le programme lui-même qui gomme le clitoris.» Il évoque également le recul du gouvernement concernant les ABCD de l’égalité qui «a fait beaucoup de mal à tout-e celles et ceux qui voudraient que les cours soient moins normatifs, plus égalitaires». 

«Peut-être, et surement, y a-t-il une certaine frilosité des maisons d’édition et de certain-es collègues à parler de clitoris, en anticipant une réaction épidermique de parents réactionnaires?»

Pour Odile Fillod, «ce qui pose problème de manière générale est toute information concernant la dissociation entre reproduction et désir/plaisir sexuel, y compris dans d’autres espèces que la nôtre –ce qui concerne par exemple les rapports sexuels entre individus de même sexe, mais aussi, plus largement, toute activité sexuelle non reproductive (masturbation, sexe oral…)». 

Pour la chercheuse, «c’est l’hyper-sensibilité catholique qui est particulièrement redoutée». Et de détailler: 

«J’ai eu l’occasion de faire des entretiens avec des contributeurs aux manuels de SVT, qui lorsque je les ai questionnés sur la raison pour laquelle certains biais dans la présentation de la sexualité étaient présents, m’ont expliqué très clairement qu’ils avaient subi une censure, et que celle-ci était directement liée à la puissance de l’enseignement privé catholique en France.»

Pas moins de 17% des élèves sont scolarisés dans des établissements privés (chiffres de 2011-2012). Selon cette chercheuse, qui a étudié de manière détaillée les manuels de SVT, la part de marché que ces établissements représentent serait «trop importante pour que les éditeurs puissent se permettre d’introduire dans les manuels des choses qui risquent de déplaire à leur clientèle». 

Contacté par BuzzFeed News, le Syndicat national de l’édition nie toute influence des établissements catholiques sur le contenu des ouvrages: 

«Ce que les éditeurs prennent en compte, c’est le bulletin officiel, c’est ça notre bible. Ce sont les exigences du programme qui constituent notre ligne directrice, pas les demandes des uns et des autres.»

Plusieurs initiatives proposent des supports éducatifs sur lesquels peuvent s’appuyer les profs. Odile Fillod a réalisé il y a quelques mois un modèle 3D d’un clitoris, dont elle a mis le fichier à libre disposition sur le web.

Le site SVT-égalité, tenu par des enseignants et une éditrice, propose également des ressources représentant correctement le clitoris. Libre ensuite aux enseignants de les utiliser. Ou pas. La portée de ces initiatives reste, forcément, limitée et dépend uniquement de la volonté de chaque enseignant. Pour que l’anatomie correcte du clitoris soit enseignée dans toutes les classes, il faudrait qu’elle se trouve dans les manuels. Or, pour Odile Fillod, cela ne peut passer que par une modification des programmes. 

«On ne peut contraindre les éditeurs à parler de quelque chose qu’en le mentionnant dans les programmes», juge-t-elle, regrettant que le gouvernement soit «tétanisé par un mouvement conservateur à forte composante religieuse (catholique essentiellement) qui s’est notamment déployé avec la Manif pour tous, les Journées de retrait de l’école et la mobilisation (réussie) contre le déploiement des ABCD de l’égalité».

Pour défendre sa politique en matière d’éducation à la sexualité, le ministère de l’Éducation nationale insiste sur le fait que les manuels de SVT ne sont pas la seule ressource à laquelle les élèves ont accès à l’école. Depuis une loi de 2001, des séances d’éducation à la sexualité sont censées être assurées trois fois par an, au collège et au lycée. Mais la réalité est un peu différente…

«Dans les faits, une extrême minorité d’établissements organise réellement ces trois séances», raconte Alexandre Magot. «Ce n’est absolument pas appliqué», confirme Cécile Guerpillon, conseillère conjugale et familiale au Planning familial à Paris. Elle intervient depuis cinq ans dans le cadre de ces séances. «Dans certains établissements, on arrive à en faire deux, mais jamais trois», détaille-t-elle. 

Durant ces animations, la militante salariée du Planning constate que certains élèves «ne savent pas du tout ce qu’est le clitoris».

«Plusieurs n’ont jamais entendu le mot, d’autres si, mais ne savent pas vraiment à quoi ça correspond. Ce n’est pas quelque chose dont on discute en famille. Donc si on ne le mentionne pas dans les manuels scolaires, c’est assez facile de ne pas en entendre parler».

Sa collègue du Planning familial Isabelle Louis, qui intervient dans les établissements depuis sept ans, explique que ces trois séances annuelles ne sont pas respectées «pour des raisons d’organisation pratique». Mais aussi par manque de volonté. 

«Certains considèrent encore que c’est aux familles de s’occuper de ces questions-là, et pensent que « information » veut dire « incitation », qu’il est dangereux de donner trop d’informations.»

Elle regrette la vision qu’ont certains adultes de la sexualité des jeunes. «Tant qu’on posera un regard méprisant sur eux, on aura ces dispositifs éducatifs qui se font croire à eux-mêmes qu’ils parlent de sexualité alors qu’ils ne parlent, en réalité, que de reproduction.» 

*Pour cet article, nous avons étudié les manuels de SVT de cycle 4 de Nathan et de Hatier, les manuels de sciences pour 1ère ES/L de Nathan, Hatier, Bordas, Belin, et les manuels de SVT pour 1ère S de Nathan, Bordas et Belin.

Le «clit test», indicateur féministe du plaisir féminin 

Il servira à célébrer les films, séries et livres qui représentent de manière réaliste la jouissance des femmes dans les scènes de sexe.

«Ce scénario sexuel trompeur est l'une des principales raisons pour lesquelles les femmes et les filles qui ont des relations sexuelles avec des hommes ont des taux alarmants de rapports sexuels décevants, mauvais et même douloureux.»  | Charles Deluvio via Unsplash
«Ce scénario sexuel trompeur est l’une des principales raisons pour lesquelles les femmes et les filles qui ont des relations sexuelles avec des hommes ont des taux alarmants de rapports sexuels décevants, mauvais et même douloureux.» 

Le «clit test», comprenez «test du clitoris», propose de célébrer les œuvres culturelles respectueuses des réalités du plaisir féminin.

De la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas, dit-on. Mais en matière de représentation de la jouissance féminine, l’écart entre fiction et réalité est abyssal. Les scènes de sexe à la télé se concentrent principalement sur la pénétration vaginale et l’accès des femmes à la jouissance y est présenté comme facile et rapide.

Dans la vraie vie, l’orgasme féminin se produit rarement de cette façon: pour au moins 80% des femmes, il est déclenché par la stimulation du clitoris. Pour encourager des représentations plus réalistes du plaisir dans la culture populaire, deux femmes ont créé ce test dont le principe est déjà connu.

Comme le test de Bechdel mais pour les scènes de sexe

Le test de Bechdel évalue la représentation des femmes dans une œuvre audiovisuelle. Le «clit test» suit le même principe: il vise à mettre en avant les émissions de télévision, les films, les livres et la musique qui considèrent le clitoris comme source de l’orgasme.

Frances Rayner, 34 ans, cocréatrice du concept, l’a élaboré par frustration, lassée de voir des films mettant en scène des femmes qui atteignent l’orgasme principalement grâce à la pénétration. Irene Tortajada, 25 ans, a décidé de la rejoindre parce qu’elle pense, elle aussi, que peu de progrès sont faits pour aider sa génération à comprendre le plaisir féminin.

«Dès mon plus jeune âge, je connaissais les fellations, la pénétration et la masturbation masculine, mais rien de ce que je consommais culturellement ne m’a appris comment le corps des femmes fonctionnait au-delà des règles et de la grossesse».

«Ce scénario sexuel trompeur est l’une des principales raisons pour lesquelles les femmes et les filles qui ont des relations sexuelles avec des hommes ont des taux alarmants de rapports sexuels décevants, mauvais et même douloureux« .

Quels critères pour réussir le test?

Les œuvres qui passent avec succès l’épreuve du «clit test» sont celles dans lesquelles le clitoris est mentionné et représenté, expliquent ses conceptrices. Cela peut se traduire par une tête ou une main qui disparaît sous la couverture, une femme en train de se masturber ou même une personne exprimant sa déception face à une expérience sexuelle centrée exclusivement sur la pénétration.

Léonard de Vinci avait-il tout compris
aux organes génitaux?

L’artiste a été un précurseur des études anatomiques du pénis.

Léonard de Vinci  (1452–1519), L'Homme de Vitruve (1492), Gallerie de l'Académie. | lucnix.be via Wikimedia
Léonard de Vinci  (1452–1519), L’Homme de Vitruve (1492), Gallerie de l’Académie.

La question du jour«Quelles sont les anecdotes les plus fascinantes sur Léonard de Vinci ?»

La réponse de Alexandre Sombardier:

Il y aurait beaucoup d’anecdotes à raconter sur l’artiste et savant, mais la première qui me soit venue à l’esprit est la suivante: Vinci fut un précurseur de l’anatomie du… pénis.

Comme chantait l’autre, grâce à Léonard de Vinci «on saura tout sur le zizi»… ou pas. Le génial artiste florentin avait une passion dévorante pour l’étude de l’anatomie humaine en bon homme universel qu’il était. Comme il le disait souvent, le cœur de ses efforts et de ses travaux restaient l’étude et l’imitation de la nature. Les organes reproductifs mâles n’échappaient pas à cette curiosité insatiable.

Ainsi, notre polymathe n’hésita pas à disséquer des pénis de pendus pour en comprendre la structure et le fonctionnement. Cela nous vaut quelques très belles études et théorisations sur la reproduction humaine.

Léonard de Vinci a d’abord pensé que le pénis était relié aux testicules, aux poumons, à la moelle épinière et au cerveau. Le zizi était pour lui autant un canal pour la semence que pour les forces spirituelles qui animaient les futurs fœtus. L’étude des fameux cadavres de pendus lui permit de revenir sur ses constatations et d’affiner ses observations qui restèrent longtemps en pointe de la recherche.

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Le mystère de l’érection

Néanmoins, malgré tout son génie, Léonard de Vinci n’a jamais percé le mystère de l’érection. S’il fut le premier à constater qu’elle était due à un afflux de sang dans la verge, il pensait comme beaucoup d’hommes au cours des siècles que «le pénis n’obéit pas aux ordres de son maître, qui essaie d’avoir une érection sur commande, mais se dresse librement pendant le sommeil de son maître. Il semble avoir son propre cerveau», soit la fameuse théorie du «avoir une b… à la place du cerveau». Théorie erronée.

En réalité la science a prouvé plus tard que le pénis n’était pas autonome mais bien aux commandes du système nerveux central.

Certains diront que la raison réelle d’un tel intérêt du père de La Joconde pour l’étude du zizi était l’homosexualité refoulée de l’artiste. En réalité, tout cela reste de l’ordre de la conjecture et rien ne permet de l’affirmer avec certitude. Et, surtout, cela ne nous regarde pas ! En plus son homosexualité n’est pas un mystère ?

L’homme doit réaliser qu’une femme qui se lie à lui, se lie à lui par amour

L’homme doit réaliser qu’une femme qui se lie à lui, se lie à lui par amour. Je parle universellement, une femme qui se donne, qui donne son corps, qui donne ses émotions, qui donne son esprit et ainsi de suite, se lie par amour. La femme c’est un être qui se lie par amour, elle ne peut pas dans sa nature fondamentale exclure l’amour de la sexualité, l’un va avec l’autre.
Donc à partir du moment ou un être se donne facilement à un autre c’est celui qui reçoit qui est responsable de la délicatesse de l’expérience.
C’est l’homme, oui, et tant que l’homme ne comprendra pas ceci il vivra son couple par rapport à une mentalité purement mâle, purement macho, purement dominatrice et il ne pourra pas évoluer.
Un homme qui n’est pas capable de réaliser la fondamentalité de l’amour chez la femme n’est pas suffisamment intelligent pour se créer un couple.
Il est suffisamment homme pour s’accoupler, il est suffisamment homme pour bénéficier du couple mais il n’est pas suffisamment intelligent pour créer un couple parce que pour créer un couple il faut être intelligent de sa propre nature et aussi de la nature de l’autre.
Si l’homme est intelligent de la nature de la femme effectivement ceci demande qu’il soit intelligent de la sienne, à ce moment-là créer le couple devient une action, une résultante, un échange égalitaire entre les deux. Il n’y a plus ce facteur de domination qui entre en jeu, il n’y a plus ce facteur de domination qui épouse la physicaliste de l’homme, ou qui épouse son caractère, ou qui épouse sa prédominance sur le plan matériel, c’est simplement l’esprit de l’homme en relation avec l’esprit de la femme. 

Bernard de Montréal

Obsédés asexuels

Le revers de la médaille soixante-huitarde

Le sigle LGBT ne cesse de se rallonger au gré des caprices des minorités sexuelles. Jamais en retard d’un combat sociétal, le Canada y regroupe douze orientations sexuelles dont certaines paraissent pour le moins fantaisistes : LGBTTIQQ2SAAP ! Quésaco ? Le second T signifie « travesti.e ou transexuel.le », le Q « questioning » (ceux qui n’ont pas encore décidé de leur orientation), 2S désignent les « bi spirited » (« bi spirituel »), c’est-à-dire tous ceux qui se sentent tantôt homme, tantôt femme dans la culture amérindienne… Gare à l’appropriation culturelle !

Et ce n’est pas fini : P regroupe les « pansexuel.e.s » et A les asexuels.

Cette dernière tribu fait justement l’objet d’un long d’article d’Agnès Giard sur son excellent blog Libé« Les 400 culs ». Au fond, qu’est-ce qu’un asexuel ? Loin de l’abstinent occasionnel ou du serial loser à la Jean-Claude Dusse, l’asexuel revendique ne pratiquer aucun sport horizontal. Dès 1980, le manuel des troubles mentaux américain DSM classait l’absence de désir sexuel parmi les pathologies. « Dans notre société, une vie conjugale sans sexe est considérée comme insalubre et une relation sexuelle sans orgasmes comme malsaine voire suspecte », y lisait-on. Rien d’étonnant à ce que les asexuels se disent discriminés en raison de leur état… Revers du jouir sans entraves de Mai 68, l’asexualité nous rappelle que l’Occident a troqué la morale religieuse contre une injonction au plaisir. Lorsque l’orgasme devient obligatoire et que des féministes confectionnent des clitoris en pâte à sel pour expliquer comment les faire jouir, on comprend que certains passent leur tour.

5 raisons de se masturber plus souvent

Même si le sujet est de plus en plus abordé, la masturbation reste encore taboue et pourtant elle peut vous aider à améliorer, multiplier les orgasmes et bien d’autres bénéfices sous la couette. Voici 5 raisons de se laisser aller au plaisir solitaire selon Tracey Cox, sexologue britannique. 

85% des français pratiqueraient la masturbation occasionnellement et 35% chaque semaine. Si les chiffres révèlent que beaucoup de personnes le font, le sujet reste malgré tout tabou et pourtant il est bénéfique à la sexualité. Autre que pour le simple plaisir, la sexologue britannique Tracey Cox, révèle sur son blog cinq raisons de ne pas s’en priver.

C’est la meilleure façon pour les femmes d’atteindre l’orgasme : selon Tracey Cox 95% des femmes qui se masturbent atteignent l’orgasme de cette façon. « C’est une façon de connaître votre corps et savoir ce qui vous donne du plaisir ou non », ajoute la spécialiste.

Ca aide à mieux dormir : chez l’homme atteindre l’orgasme déclenche la libération de neurostramsetteurs qui favorisent l’endormissement. Pour la femme la masturbation est un excellent moyen de se détendre.

Ca vous rend plus beau : et oui ! la masturbation favorise la circulation sanguine, combat les effets du stress et rend la peau plus lumineuse. Un véritable soin beauté. 
Ca vous empêche de faire des erreurs : « Si vous êtes célibataire, être capable de vous donner du plaisir et le faire évite d’être guidé par ses pulsions et de coucher avec quelqu’un dès la première occasion », explique la sexologue.

Ca déclenche encore plus d’orgasmes : « plus on se masturbe plus on est capable d’atteindre l’orgasme plusieurs fois avec ou sans partenaire », selon Tracey Cox.

Orgasme clitoridien : qu’est-ce que c’est ?

Le clitoris est la principale zone érogène de la femme, si bien que l’orgasme clitoridien est généralement le plus facile et le plus rapide à atteindre parmi les différents types d’orgasmes (orgasme anal, orgasme des seins, etc.) : la masturbation permet souvent de le provoquer en quelques minutes. Pendant de nombreuses années, il a été totalement différencié de l’orgasme vaginal, mais aujourd’hui, on considère plutôt que l’orgasme vaginal est une prolongation de l’orgasme clitoridien (le plaisir part toujours du clitoris, mais s’étend jusqu’au vagin et peut durer de longues minutes chez certaines femmes). Le clitoris est l’élément central déclencheur… le maitre d’oeuvre, tout comme le prépuce chez l’homme… raison pour laquelle il est complètement fou de couper le clitoris, tout comme le prépuce !

La fellation, banale mais toujours fascinante

L’écart entre la fascination qu’elle génère après les bourdes médiatisées (Dati, Skyrock) et sa pratique est étonnant. 

Wallpaper, Luis.Vieira via Flickr CC License by
Wallpaper, Luis.Vieira via Flickr CC License by

En prononçant le mot fellation à la place d’inflation, Rachida Dati est sans le vouloir entrée dimanche 26 septembre «dans les annales du buzz politique», la vidéo de son lapsus étant même reprise par les sites étrangers les plus sérieux. Le simple fait qu’une femme politique prononce de manière non-intentionnelle le mot «fellation» a déclenché une fascination de la part des médias et du public presque inédite. 

Le Conseil d’État a confirmé que Skyrock allait bien devoir payer les 200.000 euros d’amende —un record— que lui a infligés en 2008 le CSA pour avoir parlé de fellation de 21h07 à 21h27 un soir de 2008. Le CSA n’autorise ce genre de propos crus susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans qu’à partir de 22h30.

Etonnant décalage entre le choc du mot, la lourdeur de cette sanction et le poids des pratiques. Selon les chiffres de la dernière grande enquête sur la sexualité menée en 2006, plus de 80% des Français ont en effet déjà fait l’expérience de cette pratique sexuelle. Pourquoi la fellation fascine-t-elle tant alors qu’elle semble faire partie de la vie sexuelle de beaucoup de Français? Quelles sont les représentations de cette pratique et comment ont-elles évolué au cours des dernières décennies? 

Un premier constat s’impose: la fellation s’est largement banalisée au cours des dernières décennies, pour devenir aujourd’hui «une composante très ordinaire du répertoire sexuel des individus et des couples», comme l’explique Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm et co-auteure de l’enquête «Contexte de la sexualité en France». Les chiffres sont sans appel: 80,4% des femmes et 83,3% des hommes de 18 à 69 ayant déjà eu des relations sexuelles affirment avoir déjà expérimenté la fellation, tandis que plus de la moitié des Français interrogés déclare avoir pratiqué parfois ou souvent la fellation au cours des 12 derniers mois.

«Plus on est jeune, plus on suce.» Cette hypothèse plutôt intuitive se vérifie en grande partie par les résultats de l’enquête. En fait, les tranches d’âge entre 25 et 49 ans sont celles qui déclarent le plus avoir eu une expérience fréquente de la fellation dans les 12 derniers mois (plus de 60%), une proportion qui descend à 22% chez les femmes de 60-69 ans. 

Si la fellation est donc aujourd’hui largement répandue, des différences persistent dans les pratiques et la propension à les déclarer selon l’appartenance sociale, le degré d’instruction, la religion ou encore le sexe. La sexualité orale est ainsi moins souvent déclarée par les personnes sans diplôme et les femmes de milieu populaire. En revanche, la fellation l’est beaucoup plus chez les femmes ayant un diplôme supérieur, les cadres et les professions intellectuelles. Une des explications à ce phénomène tient dans le fait que les personnes des milieux sociaux les plus favorisés ont une aptitude sociale à se distancier de la norme dominante, en l’occurrence celle d’une sexualité pénétrative. 

Histoire

Au-delà des chiffres et des niveaux de pratiques, on arrive ici sur la question des représentations culturelle et sociale de la fellation, qui ont elles aussi fortement évolué au cours des dernières décennies. Comme l’explique Jacques Waynberg, directeur de l’institut de sexologie de Paris, les pratiques sexuelles, et donc la fellation, ne peuvent être envisagées comme des pratiques individuelles, mais plutôt dans le cadre de comportements collectifs et sociaux. Ainsi, si la dernière enquête montre une nette diffusion de la fellation chez les Français, il faut garder à l’esprit qu’il est aujourd’hui plus facile de citer cette pratiques dans une étude que cela ne l’était il y a trente ans, parce que son image a changé. Et c’est sans surprise dans les années 1960 et 1970 qu’une vraie révolution s’est produite.

Jusqu’à cette époque, la fellation a souffert de façon presque permanente d’une image négative et interdite dans nos sociétés. A l’époque romaine, elle avait une connotation particulièrement humiliante. Pour les soldats, qui pratiquaient notamment le viol en terre conquise, elle était considérée comme étant pire que la sodomie, plus impure. Thierry Leguay, auteur de Histoire raisonnée de la fellation, rappelle qu’on retrouve dans des poèmes latin comme les épigrammes de Martial l’expression «va sucer», l’équivalent du désormais célèbre «va te faire enculer». Autre preuve qu’il s’agissait d’une pratique mal considérée: les tarifs des prostituées de Pompéi, chez qui la fellation était très peu chère. 

Plus près de nous, dans les années 1960, les hommes allaient chez les prostituées notamment pour la fellation, qui était une pratique impossible avec leur conjointe. Aujourd’hui encore, la fellation reste une des deux prestations «classiques» proposées par les prostituées, avec le coït, avec toujours une différence de prix. Parmi les autres facteurs qui ont longtemps joué contre la diffusion de la fellation, la désapprobation de l’Eglise à cause de la nature non reproductive de la pratique ou encore le manque d’hygiène, qui a longtemps été un frein à son développement.

Dissociation entre sexe et procréation

Que s’est-il passé pour que la fellation soit aujourd’hui si répandue? Nathalie Bajos explique que la banalisation de la fellation «s’inscrit dans un mouvement d’une plus grande dissociation entre la sexualité et la procréation qui a été autorisée avec la légalisation de la contraception et de l’avortement, mais aussi dans le mouvement plus général d’évolution du statut social des femmes». En d’autres termes, on ne fait plus l’amour (que) pour faire des enfants, mais aussi et surtout pour le plaisir, qui est également le seul but de la fellation. Autrefois considérées uniquement dans le cadre des «préliminaires», la sexualité non pénétrative et donc la fellation ne sont que depuis récemment étudiées en tant que pratiques autonomes. 30% des femmes et 33% des hommes déclarent qu’il leur arrive d’avoir des rapports sans pénétration avec leur dernier partenaire (fellation, cunnilingus et caresses mutuelles). 

Michel Bozon rappelle qu’il faut également prendre en compte l’élargissement général du répertoire sexuel, et pas seulement pour ce qui est de la fellation, qui trouve ses causes dans des phénomènes tels que «la généralisation de l’expérience de la sexualité juvénile, de l’importance croissante de l’activité sexuelle dans la vie des couples, de l’autonomie sociale grandissante des femmes et du déclin du poids des préceptes religieux». 

Pornographie

Pour Jacques Waynberg, au-delà de ces évolutions sociales, on peut dégager un responsable pour le changement de regard sur la fellation: l’avènement de la pornographie dans les années 1960. «La fellation, qui avait jusqu’ici toujours été associée à la prostitution, a changé d’image avec l’apparition de la pornographie de masse», estime le sexologue. En 1972, Gorge Profonde (Deep Throat), film culte du cinéma pornographique, donnait une place centrale à la fellation à travers son personnage principal (interprété par Linda Lovelace), dont le clitoris se trouvait dans la gorge. Depuis, la pratique s’est petit à petit imposée pour devenir incontournable dans les pornos, où elle est décrite comme le centre du plaisir masculin, et précède de manière quasi-systématique toute pénétration. 

Mais, malgré le développement de la pornographie, il semblerait que l’image de domination de l’homme dans la fellation qui y est souvent véhiculée ne se reflète pas dans la vie sexuelle des Français. L’étude sur la sexualité de 2006 montre ainsi une tendance nette au rapprochement des pratiques chez les hommes et chez les femmes et la réciprocité du sexe oral. Les femmes qui pratiquent souvent la fellation sont aussi celles qui ont un partenaire qui pratique souvent le cunnilingus, et vice versa. «La fellation n’est pas un acte à sens unique, et les femmes y ont souvent un rôle actif», estime Thierry Leguay. Jacques Waynberg confirme: «La représentation de la fellation comme pratique humiliante est stupide: il n’y a pas de pratique humiliante, seulement des relations consenties ou non. Si la relation est consentie, alors l’aspect “humiliant” d’une position est accepté et même recherché.»

L’image de la fellation comme plaisir ultime pour l’homme véhiculée par le porno ne semble pas non plus vérifiée dans les faits: la fellation est la pratique qui procure le plus de plaisir pour seulement un homme sur dix, loin derrière la pénétration et les caresses mutuelles. 

Une chose est sûre, la fellation n’a plus l’image d’une perversion ou d’une pratique réservée aux prostituées et s’est largement répandue dans la population, et ce depuis plusieurs décennies. Mais, souligne Jacques Waynberg, son côté transgressif et les représentations liées notamment à la prostitution existent encore, et font même partie de son attrait érotique. Le sexologue rappelle que quand les femmes ont commencé à se montrer seins nus sur les plages, le sein féminin a perdu de son pouvoir érotique sur les hommes car il est devenu moins mystérieux et trop banal. Heureusement pour les amateurs, on ne voit pas encore des couples pratiquer des fellations dans les lieux publics comme on s’embrasse devant une bouche de métro. 

Biphobie, des stéréotypes aux conséquences psychologiques

Si la fluidité des genres et la bisexualité tendent à gagner en visibilité dans les fictions et les médias, la biphobie demeure un mal invisible aux conséquences lourdes.

Les personnes bisexuelles sont discriminées y compris au sein de la communauté LGBT+. | Oleg Ivanov via Unsplash
Les personnes bisexuelles sont discriminées y compris au sein de la communauté LGBT+.

En 1990, sortait aux États-Unis l’ouvrage Gender Trouble (Trouble dans le genre). L’autrice, Judith Butler, y posait les bases de la théorie queer. Elle définissait alors la bisexualité queer comme une attitude naturelle et fondamentale de l’être humain avant que des discours symboliques normatifs ne contraignent sa libre expression. Le sociologue Éric Macé y fait référence en ces termes: «On considère alors que lorsque l’on a du désir ou que l’on tombe amoureux dune personne, le genre et le sexe de cette personne ne devraient pas être importants. Si tout le monde est bisexuel en puissance, il ne devrait pas y avoir de discrimination.»

Pourtant, trente après, alors que le sigle LGBTQI+ désigne à la fois le «B» de «bisexuel» et le «Q» de «queer» –ou plutôt de «queerisation» comme outil de déconstruction des normes tel que l’envisage Sam Bourcier–, la bisexualité reste non seulement taboue et invisibilisée, mais aussi source de violences et de discriminations. Les personnes bisexuelles subissent des actes qui vont de la simple remarque déplacée à l’agression sexuelle. Des actes qui, quelle qu’en soit la gravité, affectent leur santé mentale.

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Des stéréotypes spécifiques

L’un des stéréotypes spécifiques relatifs à la bisexualité consiste à penser que cette orientation sexuelle ne serait pas légitime, mais correspondrait à une sorte de phase. Les personnes bisexuelles n’auraient pas encore réussi à faire un choix entre les sexualités homo et hétéro, en somme elles se chercheraient encore. Une étude américaine de 2016 relève que ce stéréotype concerne un tiers des personnes sondées à ce sujet.

L’hypersexualisation, la promiscuité et l’infidélité font partie des autres préjugés auxquels ont affaire les bi. Un cinquième à un quart de la population estime que ces personnes sont incapables de rester fidèles ou qu’elles sont prêtes à avoir des relations sexuelles avec n’importe qui: il faudrait donc s’en méfier, principalement des hommes, parce qu’ils seraient davantage sujets aux maladies sexuellement transmissibles, particulièrement au sida. Parmi les participant·es, 43,5% nourrissent cette peur envers les hommes bisexuels et 30,9% envers les femmes. Ces stéréotypes agissent aussi comme repoussoir lors du choix d’un·e partenaire, a fortiori lorsqu’une personne envisage de s’engager dans une relation suivie.

Selon Maxence Ouafik, interne en médecine générale, doctorant en sciences médicales et militant LGBT+, les bi seraient discriminé·es y compris par leurs pairs: «Au sein même de la communauté LGBT+, certains considèrent que les bi profiteraient du meilleur des deux mondes avant de se caser avec un ou une partenaire de l’autre genre afin de bénéficier des privilèges de l’hétérosexualité. Il existe également cette notion selon laquelle la biphobie nexisterait pas en tant que telle mais serait simplement une manifestation de lhomophobie et serait donc réglée en même temps, ce qui invisibilise la spécificité des discriminations biphobes et le vécu des personnes bisexuelles.»

«Au sein même de la communauté LGBT+, certains considèrent que les bi profiteraient du meilleur des deux mondes avant de se caser.»

Maxence Ouafik, doctorant en sciences médicales et militant LGBT+

Caroline, la trentaine, en témoigne: «Quand j’ai commencé à vouloir avoir une vie amoureuse, je ne compte plus les filles lesbiennes qui m’ont rejetée d’emblée. Ce n’est pas que je ne leur plaisais pas, mais parce que j’étais bi. Celles qui m’ont m’expliqué pourquoi se sont justifiées en me sortant des arguments tels que: “Tu n’es qu’une hétéro qui veut faire une expérience comme toutes les bi. Je vais m’attacher et tu vas me briser le cœur et finir avec un mec.” “Vous les bi, on le sait bien, vous sortez avec les lesbiennes et après vous les trompez avec des mecs.” “Moi je ne crois pas aux bi, t’es une lesbienne qui ne s’assume pas ou une hétéro qui veut expérimenter”

En quelques mots, elle résume ces stéréotypes et les considérations qui en découlent: «Les hommes comme les femmes se protègent de cette menace imaginaire en bannissant la femme bi de leur espace de confiance, de peur qu’elle soit l’ennemie de l’autre camp, feintant l’amour pour les piéger et les briser en les reléguant à un involontaire exil de l’intimité.» 

Pour Maxence Ouafik, les personnes bi sont victimes d’une double peine en subissant le rejet à la fois de la société hétéronormée et d’une partie de la communauté LGBT+. Cela s’exprime d’abord par des paroles déplacées ou des comportements stigmatisants. «La chose que j’ai le plus rencontrée, témoigne Arthur, 33 ans, c’est l’attitude “bro” sympathique entre collègues qui disparaît chez certains. Les propositions à aller boire une bière en groupe après le travail diminuentIl y a aussi parfois des blagues directes ou rapportées.»

Victimes de violences sexuelles

Mais ces personnes sont surtout particulièrement exposées aux violences, en particulier les femmes, lorsque la biphobie se mêle au sexisme. Ainsi les femmes bisexuelles sont particulièrement victimes de violences conjugales, 61% ayant déjà été agressées, stalkées ou violées par un partenaire, contre 44% des lesbiennes et 35% des hétéros. De plus, 76% d’entre elles ont subi de la violence psychologique de la part de leur partenaire et 69% ont été victimes de coercition (menaces, contrôle économique et isolement) contre 48% des lesbiennes et 41% des hétéros.

Cette violence s’appuie parfois directement sur la spécificité de leur sexualité. Les conjoints des femmes bisexuelles n’hésitant pas à brandir la menace de l’outing, voire celle d’utiliser leur bisexualité pour les discréditer en tant que mères lorsqu’il existe des désaccords concernant la garde des enfants après une séparation. Les bisexuelles ont en outre plus de risques que les femmes hétérosexuelles et lesbiennes d’être victimes de violences sexuelles. Une étude de 2013 montre que 46,7% des bi avaient subi une agression sexuelle dans les six mois précédents, tandis qu’une étude de 2019 établit que 49% des femmes bisexuelles ont été violées au moins une fois dans leur vie.

À ce titre, les femmes bisexuelles ont 3,7 fois plus de risques de subir une agression sexuelle que les femmes hétérosexuelles. «Les pistes proposées pour expliquer ce taux énorme d’agression reposent pour une part sur les stéréotypes biphobes d’hypersexualisation, explique Maxence Ouafik. Plus spécifiquement, la bisexualité féminine nest pas perçue comme une manière de vivre sa sexualité de manière autonome mais plutôt comme une manière de satisfaire le désir masculin ou de réaffirmer la normalité et la suprématie de lhétérosexualité après une phase dexpérimentation

Les hommes bisexuels, bien que moins affectés que les femmes, ne semblent pas épargnés par les violences sexuelles, dès le plus jeune âge. Une étude portant sur 16.977 jeunes hommes de 13 à 18 ans, relève que 30% des hommes bi se sont déjà fait agresser physiquement par leur partenaire dans les douze derniers mois et 33,1% ont déjà été violés, des taux plus élevés que chez les hommes hétérosexuels et homosexuels de l’échantillon.

Isolement, anxiété et dépression

Les conséquences notables sur la santé des personnes bisexuelles se manifestent de manière spécifique. Comme l’explique Maxence Ouafik: «Le modèle le plus reconnu pour expliquer ces troubles est celui du stress minoritaire, théorisé par Meyer en 2003. Daprès ce modèle, les personnes appartenant à une minorité sexuelle sont soumises à un stress supplémentaire par rapport aux personnes hétérosexuelles.» Ce stress qui touche particulièrement les minorités comporte deux dimensions: des facteurs objectifs de stress dits «externes» ou «distaux» qui correspondent à des expériences de discrimination, violence, harcèlement ou rejet, et des facteurs subjectifs de stress «internes» ou «proximaux» relatifs à l’intériorisation de ce stress: biphobie internalisée, anticipation d’événements négatifs et dissimulation de l’orientation sexuelle.

«L’idée est que ce stress supplémentaire aurait à la fois un coût en matière de ressources mentales, fragilisant ainsi lindividu et lexposant à des problèmes de santé mentale tels que la dépression et les troubles anxieux, tout en favorisant des stratégies dysfonctionnelles pour échapper à ce stress, comme labus de substances», explique Maxence Ouafik.

La plupart des études montrent qu’une plus faible acceptation de l’orientation sexuelle par la famille et les proches est associée à une plus faible acceptation de sa propre sexualité, une tendance plus forte à rester dans le placard et une moins bonne santé mentale.

«Ce qui est dur, c’est l’isolement. J’avais coupé les ponts avec les hétéros. Mais la communauté lesbienne ne m’acceptait pas pour autant.»

Caroline, bisexuelle

Or, les personnes bisexuelles semblent en moyenne moins bien accepter leur sexualité, un phénomène qui se vérifie aussi auprès de leurs proches, générant un facteur de stress proximal. En outre, le fait de subir sa biphobie, de ressentir qu’elle est intériorisée ou de la cacher va de pair avec un sentiment de solitude, de dépression, d’anxiété ainsi qu’avec des comportements et idées suicidaires.

«Ce qui est dur, c’est l’isolement, témoigne Caroline. J’avais coupé les ponts avec le monde des hétéros parce que c’était fatiguant de devoir se justifier. De toute façon, mes attentes ne collaient plus avec celles de mon entourage hétéro. Mes copines cherchaient un mec, une histoire sérieuse pour se poser après la fac et faire des enfants. Ce n’était pas mon schéma. Mais la communauté lesbienne ne m’acceptait pas pour autant. Elles ne me voyaient pas comme l’une des leurs mais un peu comme un espion infiltré. J’avais l’impression de devoir constamment prouver que j’étais légitime à être là alors qu’on avait partagé le même parcours. J’étais tenue à distance. Et c’est épuisant, ce manque sur le plan intime.»

«Les personnes bisexuelles subissent un stress qui leur est propre et qui découle de la biphobie. Sachant qu’elles peuvent également subir de lhomophobie lorsquelles sont perçues comme homosexuelles, on comprend, à la lumière de la théorie du stress minoritaire, quelles jouissent en moyenne dune moins bonne santé mentale», conclut Maxence Ouafik.

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La tentation du suicide

Des études montrent que les hommes bisexuels ont une prévalence 4,22 fois plus élevée de trouble dépressif majeur par rapport aux hétérosexuels. Les femmes bisexuelles, pour leur part, ont une prévalence d’épisode dépressif majeur 2,74 fois plus élevée que les hétérosexuelles, comparé à 1,43 fois pour les lesbiennes. Les personnes bisexuelles ont 4,44 fois plus de risque de faire une tentative de suicide que les hétéros et 1,25 fois plus de risque que les gays et lesbiennes, les femmes bisexuelles enourant un risque encore plus accru que les hommes bi.

«Les expériences plus fréquentes de violences sexuelles ainsi que l’impact délétère du sexisme sur la santé mentale étaient deux pistes avancées par les auteurs de la publication pour expliquer que les femmes bisexuelles se retrouvaient face à un risque de suicide plus élevé que les hommes», explique Maxence Ouafik. Les comportements d’automutilation, les troubles du comportement alimentaire ainsi que les phénomènes de dépendance à l’alcool ou aux drogues sont également plus fréquents chez les bi, à commencer par les femmes. «Ces chiffres plaident en faveur d’une discrimination spécifique qui se mêle aux autres discriminations que les personnes bisexuelles peuvent rencontrer, estime Maxence Ouafik. Il est urgent de le reconnaître et dessayer daméliorer les choses.»

Questionner la norme hétéro

Les réponses manquent en matière d’améliorations. Celles-ci passeront sans doute vers une «queerisation» de la société, comme l’estime Éric Macé. «Le véritable problème vient de la part des personnes stigmatisantes et plus largement de l’hétéronormativité/genro-normativité. D’un point de vue politique, les luttes à mener portent sur la légitimité de cette normativité.» 

Le sociologue épouse le point de vue exposé par Howard Becker dans Outsiders. «Il y a deux manières de définir le rapport à la norme: soit on stigmatise les “déviants”, soit ceux qui sont désignés comme “déviants” se retournent contre ceux qui les stigmatisent et leur demandent au nom de quelle légitimité et de quelles normes ils les désignent comme tels.» Le raisonnement est imparable: rien ne justifie la police des genres et des sexualités.

Le mystère de l’orgasme féminin enfin résolu…
grâce aux lapins

Le mystère de l'orgasme féminin enfin résolu...grâce aux lapins

MYSTÈRE – Chez l’homme, l’orgasme est indispensable à la fonction reproductive : sans elle, pas d’éjaculation. Mais qu’en est-il de l’orgasme féminin ? Grâce à une expérience menée sur des lapins, des chercheurs américains affirment avoir trouvé un début de réponse.

Discret ou sonore, régulier ou quasi-inexistant… Depuis toujours, l’orgasme féminin fascine. Contrairement aux hommes, qui atteignent le coït dans le but de se reproduire, « l’utilité » de ce moment de jouissance chez la femme a toujours posé question. Si beaucoup ont émis des hypothèses, personne n’a vraiment trouvé la réponse. Jusque-là.

Dans une étude parue le 30 septembre dernier dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, des chercheurs américains affirment l’avoir en partie découverte. Ils sont partis du postulat que l’orgasme féminin serait une sorte de cadeau hérité de l’évolution. Chez certaines espèces animales, le coït serait en effet directement lié à la libération d’ovules. Chez les lapins, les chats et les furets par exemple, le clitoris est situé dans l’appareil reproducteur et favorise, lorsqu’il est stimulé, la libération des hormones nécessaires pour l’ovulation. Avec le temps, le clitoris de la femme se serait déplacé du centre de l’activité reproductive, tout en conservant néanmoins sa capacité de relâcher les hormones qui déclenchent le plaisir.

Moins d’orgasme pour moins d’ovulation chez les lapines

Pour mettre à l’épreuve de la pratique cette théorie que le clitoris est un élément essentiel à la reproduction chez certaines espèces, les chercheurs ont injecté à douze lapines de la fluoxétine (Prozac), un antidépresseur connu pour réduire la capacité des femmes à atteindre l’orgasme. Selon eux, s’il y avait bien un lien biologique entre l’ovulation induite par la copulation et l’orgasme féminin, les lapins traités auraient dû moins ovuler lors de leur copulation avec le lapin mâle embauché pour l’étude.

Ce qu’ils ont fait. Une baisse de l’ovulation de 30% a été observée chez ces animaux, comparés à un autre groupe de neuf autres lapines non traitées, révèle l’étude. Face à ces résultats, l’équipe de chercheurs a conclu que leur théorie selon laquelle les lapins devaient expérimenter ce qui s’apparentait à un orgasme pour avoir une poussée hormonale et une ovulation était correcte, bien qu’ils ne soient pas sûrs que cela procure du plaisir aux animaux.

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Alors que Freud émettait l’hypothèse que l’incapacité à atteindre l’orgasme était le résultat d’une immaturité psychologique chez les femmes et que d’autres de ses confrères soutenaient qu’il s’agissait d’un signe d’infériorité génétique ou sexuelle du mâle, les travaux de ces chercheurs américains montrent qu’il n’en serait rien, l’orgasme ayant avant tout une fonction biologique. Leurs conclusions devront cependant être vérifiées par le biais d’autres études.

2 Commentaires

    • Merci… et quelles sont vos recherches dans le sexe ?
      Je prépare un site que vous pourrez lire en traduction dans votre langue et la possibilité d’acheter des gros dossiers sous forme de magazine en PDF pour 5 € !

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