PETAIN

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Pétain ou le…
Naufrage de la vieillesse

Lorsqu’il accepte, en 1940, de faire « le don de sa personne » à la France, le vainqueur de Verdun, a 84 ans.
Et plus forcément toute sa raison.

Quand, le 10 juillet 1940, les députés et sénateurs de la République confient à Philippe Pétain une sorte de régence de la France le maréchal a 84 ans, 2 mois et 14 jours. Le 20 août 1944, il est enlevé de force par les Allemands et contraint de s’installer outre-Rhin sous leur garde : le régime de Vichy, qu’il avait créé, a duré quatre ans et dix jours, quatre années de tragédies nées de l’occupation ennemie.
Comment s’est comporté le maréchal pendant ces quatre années ? Son grand âge lui a-t-il permis d’embrasser les différents problèmes de la période ? De les surmonter ou de les subir ? Était-il capable politiquement et diplomatiquement de gouverner notre pays ? Ou une sénilité intermittente limitait-elle ses possibilités d’action ? Était-il à la hauteur de sa charge ? 
Quand il prend le pouvoir, Pétain est dans une forme physique étonnante : chaque jour, il fait une promenade d’une heure au pas gymnastique; se servant de sa canne comme d’une compagne, non d’une aide. Il a un appétit de paysan ; quand on repasse le potage, il en reprend : Ses plats préférés ? Le pot-au-feu, le gigot. Il boit du vin modérément, ne fume pas. Parfois, une cigarette après le café.
Sa santé ? Parfaite. Dans le passé, une typhoïde en 1891, il y laissera ses cheveux. Une chute de cheval en 1914, nécessitant une intervention chirurgicale au genou. Une certaine fragilité de l’appareil respiratoire. Pendant les quatre ans de Vichy, il présentera quelques catarrhes et quelques grippes — moins d’une dizaine. 
Dernier détail, toute sa vie Pétain, a semble-t-il, connu nombre d’expériences amoureuses. Il confiera même à son geôlier, Joseph Simoni : C’est en 1942 [il a 86 ans] que j’ai fait l’amour pour la dernière fois avec une jeune femme dont je ne vous dirai pas le nom. Et il ajoutera : « Évidemment, pour cela, il faut être exercé. » Voilà pour le physique. Restent le mental et le moral. Intellectuellement, Pétain qui s’est frotté à de nombreux personnages au gré de ses fonctions a, sans doute, beaucoup appris et beaucoup retenu. De 1940 à 1944, il aura des formules étonnantes. Avant d’aller rencontrer Hitler à Montoire, il dira à du Moulin de la Barthète : « Tilsit… Mon petit ami, ça ne vous dit rien ! »

Des fléchissements de la volonté
Les comptes rendus officiels de ses différents entretiens (Hitler, Franco, Goering) nous racontent un homme prudent, prodigue de paroles certes, mais ne s’engageant pas, circonspect et méfiant. Pour le reste, il a les idées de son époque et de son passé : conservateur, attentiste, peu imaginatif. Son triptyque Travail, Famille, Patrie qui, soit dit en passant,. figure textuellement dans la loi votée par les députés et les sénateurs à Vichy le 10 juillet 1940, résume assez bien sa doctrine. 
Mais derrière cette façade, des légendes sont très vite apparues, avec des défaillances de deux ordres : « Le matin, note dès 1940 Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères, il avait l’esprit très clair ; le soir, il avait des défaillances de mémoire ou bien des fléchissements de la volonté. » En novembre 1942, après l’invasion Lavagne, chef de son cabinet civil, note : « Si le Maréchal, à son grand âge, a gardé une vigueur physique et une intelligence miraculeuses, il n’a plus de volonté. Jardel nous révèle avec désespoir que le Maréchal ne réagit plus, qu’il a beau le remonter avant le Conseil des ministres ou les conversations avec Laval,,Pétain cède tout s’il ne va pas au-delà. Il n’a plus d’énergie [ …]»
Défaillances de la mémoire, volonté émoussée, « ce sont là des maladies de vieillard, incurables, confie le Dr Bernard Ménétrel au secrétaire d’État aux Transports, Berthelot […] L’âge a ruiné la volonté, on l’a à l’usure […] » Et Pétain de confier à Pierre Dominique : « Je ne peux plus m’imposer ». Ainsi les ministres « collabos » de son entourage peuvent-ils lui arracher des signatures ou des accords favorables aux Allemands, après un siège en règle : il se comporte de la même façon avec les Allemands devant lesquels il finit par céder…

Un souvenir poignant
Dans ce naufrage de la vieillesse, comme l’écrivit de Gaulle, un souvenir poignant, celui de Georges Villiers, alors maire de Lyon, recevant le maréchal en visite officielle dans sa ville : « Pétain s’arrête brusquement dans un couloir où nous nous trouvions tous les deux […] Il pleure et s’accroche à mon bras, me demandant en tremblant :
Où sommes-nous ? Qu’est ce que je fais ici ? Qui suis-je ?
Vous êtes le maréchal Pétain… Et vous visitez Lyon… Je suis le maire de la ville, ne vous inquiétez pas…
Qui suis-je ? »
Cette éclipse totale de la conscience a duré moins d’une minute, Pétain retrouve alors sa lucidité. Mais cet épisode est significatif : parfois, l’esprit est totalement absent… et le Dr Bernard Ménétrel ne peut rien contre ces épisodes pathologiques, signes classiques de l’aboulie des vieillards.
Pétain joue de son âge
Mais, en contrepoint, certains des collaborateurs du chef de l’État observent que Pétain affecte d’être fatigué ou distrait quand un visiteur le gène : il somnole… ou fait semblant ! Dans d’autres occasions, il n’entend pas… 
Au fond, pour résumer la situation, il y a des moments où Pétain joue de son âge et d’autres où son âge se joue de lui. On sait qu’à son procès, en août 1945, il a décidé de ne pas répondre à l’interrogatoire du président ; parfois, il somnole, mais on ignore s’il dort réellement. En revanche, il a gardé une extraordinaire causticité. Il interviendra trois fois ; il coupera le général Campet, témoin à décharge, d’un « Assez ! » impérieux, le général Vauthier d’un « Assez de tactique » coléreux, et désavouera le général de Lannurien par ces phrases : « Je prends la parole… pour dire que je ne suis pour rien dans la présence du général de Lannurien ici… Tout ceci s’est passé en dehors de moi. »

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