Peine de mort

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Peine de mort : les Français voudraient-ils abolir l’abolition ?

Un récent sondage donne 55 % des Français favorables au retour de la peine capitale. Un taux aussi élevé est une première depuis son abolition en 1981. En voici les raisons.

Par Pierre Farge. 

La peine de mort a été abolie un 30 septembre. Le 30 septembre 1981. Soit depuis bientôt 40 ans.

Cette avancée mettait à l’époque la France en conformité avec la Convention européenne des droits de l’Homme. Mais à l’époque, ce qui importait plus que la peine de mort jugée impopulaire c’était l’emploi, les hausses de salaires, l’abaissement de l’âge de la retraite et des conditions de vie meilleures dans un pays sous mandat socialiste depuis quelques mois.

Autrement dit, des attentes concrètes au quotidien de l’opinion publique et un contexte social difficile. Autrement dit encore, ce que nous ont rappelé la crise des Gilets jaunes, puis la crise sanitaire, notamment.

Dans ces conditions finalement comparables à celles d’il y a 40 ans, voilà donc qu’un sondage témoigne du renversement des Français qui seraient maintenant favorables au rétablissement de la peine de mort.

Dès lors, trois observations.

  1. Ce sondage posait d’abord de nombreuses autres questions sur le rapport à l’ordre, à la sécurité, et donc était une occasion de manifester son insatisfaction aux politiques qui nous dirigent. Les Français viennent donc de clamer leur mécontentement.
  2. Effectivement, les chances sont minces qu’un tel résultat de l’opinion soit suivi d’effet. La France des droits de l’Homme se bat dans le monde pour faire prévaloir cette image. À ce titre, elle a notamment ratifié la Convention européenne des droits de l’Homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’ONU, qui s’opposent fermement à la peine de mort. Qui plus est, l’abolition est inscrite depuis 2006 dans la Constitution, et impliquerait donc sa révision.
  3. Si l’on imagine que la peine de mort soit la meilleure solution pour régler le problème de l’inflation carcérale, ou celle des multirécidivistes qui une fois éliminés ne pourraient plus faire de mal à personne, combien de vies gâchées au titre de l’erreur judiciaire ? Voltaire n’assurait-il pas, sur fond de cette peine de mort en vigueur à son époque, qu’il valait mieux acquitter cent coupables que de condamner un innocent ?

La condamnation à mort d’un innocent est l’injustice de la justice, c’est la défaite de l’État de droit. Certains verront dans mon propos d’avocat une analyse biaisée puisque je suis censé par vocation défendre le criminel plutôt que les honnêtes gens. Mais c’est une réalité, et Voltairen’était pas avocat !

En résumé, ce sondage doit être interprété plutôt comme un mécontentement à l’ordre établi, une réaction aux institutions en général, imposant une réaction pour la réapparition de la légitimité du maintien de l’ordre républicain.

Et en aucun cas donner lieu à une révision de la Constitution, au bénéfice d’une loi qui obéirait à un effet de mode, aux caprices de l’opinion, ou encore à l’urgence de l’actualité.

NON À LA PEINE DE MORT!

Par Karim Boukhari le 19/09/2020 à 09h54

Karim Boukhari

© Copyright : DR

Le plus dur, dirions-nous, est de réaliser que l’humain sommeille aussi au fond du monstre de Tanger…et qu’un petit monstre repose au fond de chacun.https://tinyurl.com/y4tkrgmb

Le meurtre, après viol, du jeune Adnane à Tanger a débouché sur un nouveau débat, le énième, sur la peine de mort. Le mot «débat» est peut-être déplacé. A côté d’une ou deux voix opposées à l’exécution du coupable, des centaines, des milliers de voix, réclament vengeance.

Tuons le coupable, décapitons-le, lynchons-le, castrons-le, torturons-le et lapidons-le sur la place publique…

Il n’y a pas débat puisque tout le monde à peu près pense la même chose. La moindre voix dissonante est violemment prise à partie. Quelqu’un comme Ahmed Aassid, abolitionniste de la première heure, est traité de chien, de monstre, et il s’est même trouvé…un militant de l’ancien parti communiste pour appeler à son exécution.


Exécutons celui qui s’oppose à l’exécution!

Nous avons des voix qui disent: «Après tout, tuer le monstre de Tanger serait trop doux puisqu’il n’aura pas le temps de souffrir, alors ne le tuons pas, faisons-le souffrir atrocement et longuement». Comme le célèbre Bou Hmara, vrai-faux sultan surgi à l’orée du XXe siècle, traîné de place en place dans une petite cage avant d’être tué, découpé, et de voir ses restes brûlés?

Nous avons aussi ces voix, qui effacent cinq ou six siècles d’évolution de la pensée humaine, et qui dénient au meurtrier son humanité: non, disent-ils, «il (le meurtrier de Tanger) n’est pas humain, il n’est pas comme nous». Donc massacrons-le et profanons son corps pour essayer de calmer notre colère et notre soif de sang?

Et puis, disent-ils, pour ne pas être d’accord, il faut être soi-même un monstre. Ou ne pas avoir d’enfant. Ceux qui n’ont pas d’enfant ne peuvent pas comprendre. Ils doivent s’abstenir. Seuls les pères et les mères peuvent «juger» le monstre de Tanger.

Juger, ça veut dire tuer…

Ce déferlement de… (de quoi au juste? De colère ou de haine? De douleur ou de barbarie?) montre à quel point la culture humaniste a du mal à s’implanter dans notre cerveau. Elle est trop récente, sa greffe reste artificielle. Même des esprits qui se veulent libres, des gens de gauche, des soi-disant militants des droits humains et des laïques appellent au meurtre.

Il faut tuer celui qui a tué. Point barre. Pour venger la victime et pour dissuader les candidats au meurtre de passer à l’acte. Comment est-il possible de penser autrement?

Et pourtant oui, il est possible de penser et faire autrement. Le mouvement abolitionniste a des siècles de lutte derrière lui. Ses victoires ont mis un temps fou avant de se dessiner. Parce que le plus dur est d’arriver à vaincre ses instincts de vengeance. Le plus dur, dirions-nous, est de réaliser que l’humain sommeille aussi au fond du monstre de Tanger…et qu’un petit monstre repose au fond de chacun.

Ce billet abolitionniste déplaira au plus grand nombre. Ce n’est pas vraiment à eux qu’il s’adresse mais aux autres, à cette minorité qui bataille pour vaincre ses instincts de vengeance.

Par Karim Boukhari

VIOL ET MEURTRE DU PETIT ADNANE: POUR OU CONTRE LA PEINE DE MORT? LES ARGUMENTS DE DEUX AVOCATS

Cover_Vidéo: اغتصاب وقتل عدنان هذه مواقف المؤيدين و المعارضين للحكم بالاعدام

Le viol et le meurtre du petit Adnane à Tanger ont bouleversé tout le Maroc. Ce cas de pédocriminalité a relancé le débat opposant les partisans de la peine de mort, et les abolitionnistes de la peine capitale. Voici l’avis de deux avocats, exerçant l’un au barreau de Rabat, l’autre, à Casablanca. https://tinyurl.com/y4tkrgmb

Sans entrer dans les fondements juridiques liés à cette sentence, Le360 a demandé leur avis aux deux parties, en interrogeant en premier lieu deux avocats: Mohamed Karrot, partisan du maintien de la peine de mort, et Meryem Jamal El Idrissi, favorable à son abolition.

Me Mohamed Karrot, avocat au barreau de Rabat, estime que la peine de mort contient plus d’aspects positifs. Pour lui, l’explication selon laquelle la peine de mort devrait être abolie en raison de possibles « erreurs de jugement » dans lesquelles tomberaient les tribunaux en prononçant la peine capitale n’est pas convaincante ».

Selon cet avocat, « le droit à la vie doit être appliqué à la victime et au criminel, sur un même pied d’égalité ». Il rappelle que « le Code pénal actuel a réduit à 12 le nombre d’actes criminels punissables de la peine capitale, alors qu’il était de 32 par le passé ».

Meryem Jamal El Idrissi, avocate au barreau de Casablanca, estime quant à elle que la peine de mort « n’est pas un châtiment ou une sanction. Il y a d’autres punitions de substitution, plus utiles et plus efficaces ».

« La peine de mort s’oppose aux conventions internationales, au droit essentiel à la vie, aux droits de l’homme », argumente cette avocate.

Selon Me El Idrissi, il existe en outre des cas de personnes que l’on découvre avoir été « exécutées injustement après que des enquêtes complémentaires aient ensuite conclu à une erreur judiciaire ».https://www.youtube.com/embed/PaCrV8sV02A?rel=0&showinfo=0&wmode=transparent&enablejsapi=1

Au Maroc, la peine de mort n’est plus appliquée depuis 1993, le dernier cas étant celui du commissaire Mohamed Tabit. Le nombre total des condamnés à la peine capitale, toujours dans l’attente de l’exécution de leur peine dans différentes prisons du Royaume, s’élève à 130 cas, selon les statistiques d’ONG.

Le petit Adnane, 11 ans, a été violé puis assassiné la semaine dernière à Tanger par un homme âgé de 24 ans, originaire de Ksar El Kébir, qui a été présenté lundi dernier devant le procureur du Roi à Tanger, sous l’accusation « d’agression et d’assassinat ».

Trois complices présumés ont été déférés devant ce même parquet pour « non-dénonciation de crime ».

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