LIBERTÉ SEXUELLE & SENSUELLE

Face au séparatisme vestimentaire, Blanquer veut de la vêture républicaine
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Face au séparatisme vestimentaire, Blanquer veut de la vêture républicaine 

Par Michel Janva 

Face au séparatisme vestimentaire, Blanquer veut de la vêture républicaine

De Bernard Antony :

Nous l‘avons déjà écrit, le vocable « séparatisme » a été progressivement, largement substitué à celui de « communautarisme » lâchement utilisé pour ne pas dire « islamisation ».

Mais nous pouvons volontiers observer que s’il y a un domaine particulier où se manifeste certes une grandissante séparation de fait, c’est bien celui pour les jeunes personnes des façons d’être vêtues (ou dévêtues).

D’une part, souvent sous le contrôle des « grands frères », des jeunes filles islamiquement identifiables sous les différentes vêtures « musulmanement correctes », tchadors, hijabs et autres.

De l’autre, des gamines aux « jeans » troués avec des déchirures minutieusement effilochées ; beaucoup avec des jupes toujours plus rapetissées, leurs jambes sans vergogne toujours plus dévoilées, histoire pour certaines d’aguicher leurs profs et leurs petits camarades.

Un grand nombre, en jeans ou en mini-jupes, tiennent aussi à exhiber très ostentatoirement leur nombril. Sans crainte de prendre froid.

Jusqu’ou faudra-t-il se vêtir pour les unes ? Jusqu’où se dévêtir pour les autres ?

Sur ce registre, qui n’est pas mineur, une séparation en effet ne cesse de s’approfondir. Le ministre, Monsieur Blanquer de l’Éducation Nationale où l’on éduque si peu, et si peu nationalement, s’est ému hier de cet état de fait. Il annonce donc vouloir agir pour qu’au moins les élèves des lycées et collèges soient habillés « républicainement ». Mais qu’entend-il exactement par là ?

On peut penser qu’il ne s’agirait pas de vouloir faire adopter à nos gamins les bonnets phrygiens et autres usages vestimentaires de la mode « sans-culotte » et aux gamines ceux de leurs sœurs et compagnes que chante notre hymne national.

Jean-Michel Blanquer veut sans doute simplement prôner un peu de « décence » chez les élèves dans la manière de s’habiller. Mais il n’a pas osé prononcer ce mot. Sans doute de peur d’être taxé de « vieux schnock » (pour être poli). Il s’est épargné aussi, heureusement, d’en appeler à la « vertu républicaine » tant brandie par tous les corrompus et guillotineurs de la Révolution.

Comme toujours, le diable est dans les détails. De quelles directives d’application va donc être suivie sa déclaration de principe ? Certes il y a un bien triste conformisme et à vrai dire de laide uniformité dans la mode du raccourci, du troué, et de l’effiloché. Et lui substituer le retour à l’usage égalitaire de tenue uniforme, variable selon les établissements et les niveaux, serait-il impensable ?

Pourtant c’est ce qui se fait dans des dizaines de pays et dans les meilleures écoles du monde. Toujours est-il que Blanquer ne peut en rester à sa déclaration de principe.

Uniformes de la République

24 septembre 2020 | 1 commentaire

La République est partout, jusqu’à notre code vestimentaire

Dress code

Sitôt langé après notre premier cri, c’est diversement vêtus que nous traversons la vie jusqu’à notre dernier habit, en costume de sapin. L’habit fait le moine, c’est même le marqueur codifié de tous les aspects de notre vie. Aussi, chaque matin, tout un chacun se pose la question existentielle :
« Qu’est-ce que je vais me mettre aujourd’hui ? »… et c’est pas facile !

Fort heureusement, l’éventail des panoplies est large suivant l’impératif de la journée : richelieus, tongs, sneakers, rangers, espadrilles, babouches, poulaines… Aussi chacun trouvera chaussure à son pied, qu’il soit marin, bot, agile, de biche, etc… Quelques exemples de tenues à la ville :

Costume gai pour homme moderne

Dress code - modernité

12

Après le burkini à la piscine, le décolleté à l’entrée du musée, le costume de Fillon, voilà que Jean-Michel Blanquer revêt sa pélerine d’enseignant pour rhabiller les élèves fashion victims en une tenue républicaine adaptée compatible. Terminé les shorts et autres crop-tops.
« L’école n’est pas un lieu comme les autres. Vous n’allez pas à l’école comme vous allez à la plage ou en boîte de nuit… Chacun peut comprendre qu’on vient à l’école habillé d’une façon républicaine ».
Allons bon ! C’était déjà bien compliqué de s’habiller, mais si maintenant il faut être compatible avec la République. Je rends mon tablier.

Normalité

Nicole Bricq - ex-ministre du commerce extérieur de François Hollande

Nicole Bricq – ex-ministre du commerce extérieur de François Hollande123

Si vous ne voulez pas sortir en faisant une faute de goût, très simple, n’oubliez pas votre masque. Ne négligez pas cette épineuse problématique, il peut vous en coûter quelques violentes agressions devenues coutumières dans la rue.

Élisabeth - tabassée Strasbourg

Attention, soyez républicain·e mais pas sans-culotte et couvrez ces seins que l’on ne saurait voir à la plage.
Ici à Strasbourg cette jeune femme en jupe n’avait pas le dress-code néo-républicain, faut pas charia tout de même ! Avertissement sans frais, un simple œil au beurre noir.
La prochaine fois, c’est la lapidation pour tenue non conforme.

Michel Lebon

1 commentaire

  1. liberte d’expression le 24 septembre 2020 à 07:57 République des francs maçons bancaires, l’heure de ta disparition arrive, nous vous habillerons avec du goudron et des plumes !
    Les tribunaux populaires vont vous mettre l’Histoire dans votre face de traîtres !!

Les filles peuvent s’habiller comme elles veulent, c’est un droit, pas une opinion

Titiou Lecoq — 25 septembre 2020 à 12h41

Leur interdire des tenues sous prétexte qu’elles risquent d’exciter les garçons hétéros, c’est ce qu’on appelle la culture du viol.

Avant, c'était le pantalon pour femmes qui était jugé obscène. Maintenant, c'est le crop top. | Ben Weber via Unsplash
Avant, c’était le pantalon pour femmes qui était jugé obscène. Maintenant, c’est le crop top. |

Oyez, oyez braves gens, venez écouter les palabres sur la nouvelle polémique en royaume de France et de Navarre. Enfin… Polémique… Est-ce bien le terme adéquat? Je veux dire, regardons les choses en face: depuis dix jours, dix putains de jours, la France se demande si les filles ont le droit de s’habiller comme elles veulent.

Mais vous êtes sérieux? On vit dans quel monde pour que cette question soit simplement évoquée plus de vingt secondes? Alors dix jours à s’interroger dessus…

Pire encore, au bout de dix jours, on n’a toujours pas trouvé la réponse. (Indice, elle tient en trois lettres et il y a un U au milieu.)

J’ai résisté deux semaines, je n’ai rien publié sur le sujet parce que je me disais que bordel de merde je n’allais pas donner mon avis sur «les filles peuvent-elles choisir librement leurs vêtements?». Vous imaginez en interview?

– Bonjour Titiou Lecoq, donc vous pensez que les filles doivent s’habiller comme elles veulent, c’est bien cela?
– Oui, tout à fait. Évidemment, ce n’est que mon opinion personnelle.

Mais non, bordel de poil à cul. C’est un droit. C’est pas une opinion. Il faudrait arrêter de demander leur opinion aux gens sur n’importe quoi. Bientôt on aura «vous êtes pour ou contre le droit de vote pour les femmes?».

Excusez-moi, je m’énerve. Mais c’est totalement aberrant. Ça me rappelle les témoignages sur le pantalon pour femmes qui a longtemps été jugé obscène (voir l’excellent livre de l’historienne Christine Bard, Une histoire politique du pantalon). Et puis, le short, le crop top et les brassières, mais quoi de neuf sous le soleil? Où étaient ces gens ces trente dernières années?

Salut 1990!

(À noter qu’à mon époque, dans les médias, il y avait des vieux messieurs comme, je sais pas, disons Philippe Sollers, qui nous disaient que l’étalage de notre viande ce n’était pas du tout excitant ni érotique, que limite nous étions écœurantes.)

Je suis donc totalement atterrée par le débat actuel qui, n’en doutons pas une seconde, aboutira à:
1. «pour ou contre l’uniforme à l’école?», puis
2. «pour ou contre la mixité à l’école?».

Évidemment, le plus aberrant c’est que des membres de l’Éducation nationale se permettent de sanctionner des élèves à cause de leurs tenues. C’est honteux. On vivrait sous mon régime politique, la titioucratie, ces personnes écoperaient d’un blâme. Que des profs, que des encadrants transmettent ainsi la culture du viol… Parce que contrôler les tenues des filles sous prétexte qu’elles risquent d’exciter les garçons hétéros, c’est exactement ce qu’on appelle la culture du viol. Au passage, on notera que c’est une approche totalement hétérocentrée. Visiblement, il n’y a que les garçons hétérosexuels qu’il faut protéger de la tentation.

À LIRE AUSSI C’est quoi, une tenue correcte?

Pour ou contre le droit de vote des hommes?

On parle de culture parce que, malgré ce que certains et certaines veulent nous faire croire, ça n’a rien à voir avec la «nature». L’argument principal qu’on entend, c’est que la vue des cuisses et des nombrils des filles, ça excite les garçons, ça les déconcentre et les pauvres se retrouvent ainsi pénalisés. Il faut donc les protéger contre la tentation, contre ces vilaines pécheresses à la peau découverte.

Enfin, mes braves gens, s’il fallait interdire tout ce qui peut exciter sexuellement un garçon de 16 ans, vous devriez commencer par lui crever les yeux. C’est quand même l’âge où le simple fait de croiser un paquet de Kleenex peut suffire à leur filer une érection. Un courant d’air et hop, monsieur ne peut plus se lever pour aller au tableau parce qu’il a eu la bonne idée de mettre un jogging. (D’ailleurs, je m’étonne que les établissements n’interdisent pas le jogging aux garçons vu comment cela détaille leur anatomie et ses variations de forme et de taille au cours de la journée.)

Je vais vous dire un truc incroyable: c’est pareil pour un paquet de filles. Alors certes, ça se voit moins, mais je vous assure qu’avoir 15 ans pour une fille, c’est aussi penser au sexe à peu près non-stop. Mais pour autant, elles ne se jettent pas sur l’objet de leur excitation. Comment font-elles?

Eh bien… elles se contrôlent.

C’est un truc fou, mais ça fonctionne pareil pour les garçons. Cette vision du garçon dépassé par ses pulsions, incapable de se contrôler, est très culturelle. En Occident, au Moyen Âge (et même pendant l’Antiquité), on pensait que si une partie de l’humanité était totalement débordée par ses pulsions sexuelles, c’était les femmes.

«Allez Lancelot… Laisse-toi faire mon coquin…» | Illustration en couverture de Fabliaux érotiques (Hachette)

Elles étaient contrôlées par leur utérus et leur vagin, elles étaient insatiables, perpétuellement humides, prêtes à tout pour obtenir ce qu’elles voulaient. Il était donc très important qu’elles soient placées sous l’autorité d’un homme qui les dresse. Les hommes, eux, pouvaient garder le contrôle d’eux-mêmes parce qu’ils avaient eu la chance d’être dotés par la nature de qualités nommées intelligence, volonté et force. La sexualité dévorante des femmes était un signe de leur faiblesse congénitale.

Le renversement avec les normes actuelles est donc intéressant. Désormais, ce sont les filles qui sont perçues comme déconnectées de la sexualité, privées de pulsions, et sachant se contrôler. Et ainsi, elles deviennent responsables du comportement des garçons, créatures faibles.

Mais bizarrement, alors qu’au Moyen Âge cette vision justifiait la domination masculine, de nos jours, l’inverse n’implique pour personne une domination féminine.

Je veux dire, si vraiment les hommes sont des créatures faibles, sans volonté, incapables de rester concentrés face à une fille en short, totalement soumis à leurs pulsions, il serait peut-être temps de poser la question: êtes-vous pour ou contre le droit de vote des hommes?

À LIRE AUSSI En 2019, certains profs n’ont toujours rien compris à l’égalité filles-garçons

Une punition de leur affirmation

Le seul avantage que je vois à cette histoire, c’est qu’elle renforce encore plus la détermination des jeunes. Les nouvelles générations de féministes ont une force qui ne cesse de nous étonner et ce n’est pas en leur interdisant le port du short que vous allez les affaiblir.

Parce que c’est sans doute aussi le but. Je vois dans ces interdictions un mini backlash, ce qui expliquerait que des tenues portées depuis trente ans posent brusquement problème. C’est parce que ces jeunes filles sont déjà en révolte, en pleine affirmation, que leurs tenues deviennent objets de punition.

Il ne faut pas se leurrer: quand la société, quand des adultes en situation d’autorité s’arrogent le droit de décider à la place des femmes ce qu’elles peuvent mettre, il s’agit aussi d’inculquer à ces femmes l’obéissance. C’est leur dire que la société leur refuse leur liberté, qu’elles n’ont pas le droit de se soustraire au jugement général, qu’elles doivent se soumettre. Au-delà du short, il s’agit de les faire plier pour qu’elles n’oublient pas qu’elles ne s’appartiennent pas, qu’elles appartiennent avant tout aux autres.

Les lycéennes et collégiennes qui luttent sans rien céder l’ont bien compris.

Go girls!

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

Affichez ce mail dans votre navigateurOyez, oyez braves gens, venez écouter les palabres sur la nouvelle polémique en royaume de France et de Navarre. Enfin… Polémique… Est-ce bien le terme adéquat? Je veux dire, regardons les choses en face: depuis dix jours, dix putains de jours, la France se demande si les filles ont le droit de s’habiller comme elles veulent.

Mais vous êtes sérieux? On vit dans quel monde pour que cette question soit simplement évoquée plus de vingt secondes? Alors dix jours à s’interroger dessus…

Pire encore, au bout de dix jours, on n’a toujours pas trouvé la réponse. (Indice, elle tient en trois lettres et il y a un U au milieu.)

J’ai résisté deux semaines, je n’ai rien publié sur le sujet parce que je me disais que bordel de merde je n’allais pas donner mon avis sur «les filles peuvent-elles choisir librement leurs vêtements?». Vous imaginez en interview?

– Bonjour Titiou Lecoq, donc vous pensez que les filles doivent s’habiller comme elles veulent, c’est bien cela?
– Oui, tout à fait. Évidemment, ce n’est que mon opinion personnelle.


Mais non, bordel de poil à cul. C’est un droit. C’est pas une opinion. Il faudrait arrêter de demander leur opinion aux gens sur n’importe quoi. Bientôt on aura «vous êtes pour ou contre le droit de vote pour les femmes?».

Excusez-moi, je m’énerve. Mais c’est totalement aberrant. Ça me rappelle les témoignages sur le pantalon pour femmes qui a longtemps été jugé obscène (voir l’excellent livre de l’historienne Christine Bard, Une histoire politique du pantalon). Et puis, le short, le crop top et les brassières, mais quoi de neuf sous le soleil? Où étaient ces gens ces trente dernières années?


Salut 1990!

(À noter qu’à mon époque, dans les médias, il y avait des vieux messieurs comme, je sais pas, disons Philippe Sollers, qui nous disaient que l’étalage de notre viande ce n’était pas du tout excitant ni érotique, que limite nous étions écœurantes.)

Je suis donc totalement atterrée par le débat actuel qui, n’en doutons pas une seconde, aboutira à:
1. «pour ou contre l’uniforme à l’école?», puis
2. «pour ou contre la mixité à l’école?».

Évidemment, le plus aberrant c’est que des membres de l’Éducation nationale se permettent de sanctionner des élèves à cause de leurs tenues. C’est honteux. On vivrait sous mon régime politique, la titioucratie, ces personnes écoperaient d’un blâme. Que des profs, que des encadrants transmettent ainsi la culture du viol… Parce que contrôler les tenues des filles sous prétexte qu’elles risquent d’exciter les garçons hétéros, c’est exactement ce qu’on appelle la culture du viol. Au passage, on notera que c’est une approche totalement hétérocentrée. Visiblement, il n’y a que les garçons hétérosexuels qu’il faut protéger de la tentation.

On parle de culture parce que, malgré ce que certains et certaines veulent nous faire croire, ça n’a rien à voir avec la «nature». L’argument principal qu’on entend, c’est que la vue des cuisses et des nombrils des filles, ça excite les garçons, ça les déconcentre et les pauvres se retrouvent ainsi pénalisés. Il faut donc les protéger contre la tentation, contre ces vilaines pécheresses à la peau découverte.

Enfin, mes braves gens, s’il fallait interdire tout ce qui peut exciter sexuellement un garçon de 16 ans, vous devriez commencer par lui crever les yeux. C’est quand même l’âge où le simple fait de croiser un paquet de Kleenex peut suffire à leur filer une érection. Un courant d’air et hop, monsieur ne peut plus se lever pour aller au tableau parce qu’il a eu la bonne idée de mettre un jogging. (D’ailleurs, je m’étonne que les établissements n’interdisent pas le jogging aux garçons vu comment cela détaille leur anatomie et ses variations de forme et de taille au cours de la journée.)

Je vais vous dire un truc incroyable: c’est pareil pour un paquet de filles. Alors certes, ça se voit moins, mais je vous assure qu’avoir 15 ans pour une fille, c’est aussi penser au sexe à peu près non-stop. Mais pour autant, elles ne se jettent pas sur l’objet de leur excitation. Comment font-elles?

Eh bien… elles se contrôlent.

C’est un truc fou, mais ça fonctionne pareil pour les garçons. Cette vision du garçon dépassé par ses pulsions, incapable de se contrôler, est très culturelle. En Occident, au Moyen Âge (et même pendant l’Antiquité), on pensait que si une partie de l’humanité était totalement débordée par ses pulsions sexuelles, c’était les femmes.


«Allez Lancelot… Laisse-toi faire mon coquin…» | Illustration en couverture de Fabliaux érotiques (Hachette)

Elles étaient contrôlées par leur utérus et leur vagin, elles étaient insatiables, perpétuellement humides, prêtes à tout pour obtenir ce qu’elles voulaient. Il était donc très important qu’elles soient placées sous l’autorité d’un homme qui les dresse. Les hommes, eux, pouvaient garder le contrôle d’eux-mêmes parce qu’ils avaient eu la chance d’être dotés par la nature de qualités nommées intelligence, volonté et force. La sexualité dévorante des femmes était un signe de leur faiblesse congénitale.

Le renversement avec les normes actuelles est donc intéressant. Désormais, ce sont les filles qui sont perçues comme déconnectées de la sexualité, privées de pulsions, et sachant se contrôler. Et ainsi, elles deviennent responsables du comportement des garçons, créatures faibles.

Mais bizarrement, alors qu’au Moyen Âge cette vision justifiait la domination masculine, de nos jours, l’inverse n’implique pour personne une domination féminine.

Je veux dire, si vraiment les hommes sont des créatures faibles, sans volonté, incapables de rester concentrés face à une fille en short, totalement soumis à leurs pulsions, il serait peut-être temps de poser la question: êtes-vous pour ou contre le droit de vote des hommes?

Le seul avantage que je vois à cette histoire, c’est qu’elle renforce encore plus la détermination des jeunes. Les nouvelles générations de féministes ont une force qui ne cesse de nous étonner et ce n’est pas en leur interdisant le port du short que vous allez les affaiblir.

Parce que c’est sans doute aussi le but. Je vois dans ces interdictions un mini backlash, ce qui expliquerait que des tenues portées depuis trente ans posent brusquement problème. C’est parce que ces jeunes filles sont déjà en révolte, en pleine affirmation, que leurs tenues deviennent objets de punition.

Il ne faut pas se leurrer: quand la société, quand des adultes en situation d’autorité s’arrogent le droit de décider à la place des femmes ce qu’elles peuvent mettre, il s’agit aussi d’inculquer à ces femmes l’obéissance. C’est leur dire que la société leur refuse leur liberté, qu’elles n’ont pas le droit de se soustraire au jugement général, qu’elles doivent se soumettre. Au-delà du short, il s’agit de les faire plier pour qu’elles n’oublient pas qu’elles ne s’apparti ennent pas, qu’elles appartiennent avant tout aux autres.

Les lycéennes et collégiennes qui luttent sans rien céder l’ont bien compris.

Go girls!

Congé deuxième parentEn réalité, cet article s’intéresse seulement aux pères. Il s’agit d’une étude à toute petite échelle certes, mais tout de même intéressante, menée auprès des nouveaux pères pendant le confinement. Ils ont, de fait, profité d’une sorte de congé paternité long, en même temps que leurs compagnes et, autre point intéressant, dans des circonstances où, confinement oblige, personne d’autre ne pouvait venir filer un coup de main. S’ils s’en félicitent tous, ils ont des approches très différentes du rôle qu’ils considèrent comme naturel ou pas.À lire aussi sur SlateAlors qu’on commence à discuter du fait de discuter ou non de la 5G, une comparaison intéressante du rapport à la technologie entre les courants écologistes français et allemands, ou comment l’Allemagne n’a pas du tout la même approche que nous (sans doute liée à son histoire industrielle).Super article sur le fonctionnement des États-Unis et son manque de démocratie. Ou comment la mort d’une personne, R. B. Ginsburg, peut affecter la vie de millions d’autres.Sur TF1, le spécialiste éco a dit, grosso modo, que le vélo allait créer des chômeurs. C’est faux pour plein de raisons, d’abord parce que pour l’instant le vélo ne remplace pas l’auto, ensuite parce qu’il crée aussi des emplois.L’article qui donne envie d’écrire un roman: ces gens contents d’avoir eu le Covid-19 parce que ça les rendait intéressants. Sur mes internets personnelsÀ lire absolument, cet article sur l’absence de #MeToo dans la communauté gay.

«Fatigué d’avoir honte d’un crime que je n’ai pas commis, bouleversé mais renforcé par le discours puissant d’Adèle Haenel en novembre dernier, je rêve depuis de longs mois non pas d’une guerre fratricide mais d’une libération de la parole, d’une prise de conscience et d’une réflexion collective au sein de ma communauté. Et, alors que le mouvement contre les violences sexuelles continue de prendre de l’ampleur grâce aux féministes, quelle place pourraient y trouver les gays, comment articuler ces questions et quelles complicités éventuelles tisser?»Elles ont entre 16 et 19 ans, elles habitent les Hauts-de-France, elles se destinent aux métiers des services à la personne. Lors d’une rencontre avec la journaliste Clémence Leleu, dans le cadre de la caravane des médias, elles ont ouvert les vannes. Elles avaient envie et besoin de parler, d’être écoutées, avec l’impression de ne pas exister dans les médias. Alors, elles ont écrit un manifeste qui reflète leurs envies, leurs colères et leurs douleurs qu’on devine en sous-texte.

Je suis ravie et honorée de pouvoir relayer leurs paroles parce qu’elles ont le droit d’occuper l’espace et qu’on les oublie trop souvent.La newsletter de la semaine dernière m’a valu beaucoup, beaucoup de messages, me confortant ainsi dans l’intuition première que je ne devais pas être la seule à galérer en ce moment. Alors, quand j’ai lu ce texte, j’ai eu envie de dire «dans mes bras!».Je me fais également vigie médicale: à celles qui n’ont pas vu passer l’alerte, les femmes qui prennent ou ont pris comme pilule du Lutéran ou du Lutényl (ou génériques) doivent vérifier qu’elles n’ont pas de symptômes neurologiques. C’est important. C’est l’Agence nationale de sécurité du médicament qui le dit. 

Et j’en profite, pour celles et ceux que ça intéresse, très bon papier sur un sujet pas du tout sexy: le nucléaire. Avec la sécheresse et le Covid, plein de centrales sont à l’arrêt forcé. Donc on a dû relancer les centrales à charbon bien plus tôt que d’habitude.Conseil cultureEn ces temps difficiles et incertains, mes soirées ont été sauvées par une série. Little Fires Everywhere (dispo sur Amazon prime).Déjà, le duo Reese Witherspoon et Kerry Washington (et ok, Joshua Jackson qui n’a pas grand-chose à jouer mais qui le fait très bien) c’était un énorme oui. Elles me fascinent. Je les regarde jouer et je suis scotchée. Ensuite, petit bonus plaisir pour la vieille, ça se passe en gros en 1997/98 avec la BO et les références qui vont avec.

Bref, ça aurait pu être simplement agréable mais sans plus. Au début, je me suis dit que c’était pas mal mais quand même un chouia caricatural et puis, très vite, il s’est passé quelque chose.

L’histoire a pris un virage inattendu. 

Les scènes se sont mises à ne plus finir comme ce qu’on voit d’ordinaire. 

Je secouais la tête en me demandant laquelle était la plus méchante. Et puis je me disais «non mais je comprends pourquoi elle réagit comme ça», et cinq minutes plus tard je changeais complètement d’avis. 

Sous ces allures un peu soap, c’est violent. 

Et puis, sur la maternité, c’est assez grandiose. Dans Big Little Lies, il y avait une scène où Reese Witherspoon évoquait son amour pour ses filles et sa détresse de les voir grandir qui m’avait bouleversée. Là encore, elles ont une scène à deux où elles parlent de leur amour étouffant pour leurs enfants qui est géniale. 

Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un gros coup de cœur pour une série. Et c’est vraiment un bonheur et psychologiquement hyper nécessaire de voir d’autres personnages féminins. (Ou ici des personnages qu’on connaît déjà mais traités différemment.) 

C’est quoi, une tenue correcte?

Audrey Renault — 25 septembre 2020 à 8h00

Exigée dans certains établissements scolaires, la bienséance des vêtements repose largement sur des stéréotypes de genre.

Dans les règlements scolaires, les injonctions concernent principalement le vestiaire féminin.| Free-Photos via Pixabay
Dans les règlements scolaires, les injonctions concernent principalement le vestiaire féminin.

Jean-Michel Blanquer doit s’en mordre les doigts. Depuis sa sortie polémique du 21 septembre en réaction au mouvement #14septembre, demander à ses ami·es ou à ses followers de juger si sa tenue est suffisamment républicaine est devenue la blague du moment. Mais derrière les plaisanteries se cache un vrai débat: c’est quoi une tenue correcte? Quels vêtements sont valides, autorisés, justifiés dans l’enceinte d’un établissement scolaire?

Officiellement, à l’exception de la loi de 2004 interdisant les vêtements et signes religieux ostentatoires, il n’existe aucun texte national réglementant la tenue des élèves. Le règlement vestimentaire de chaque collège ou lycée est laissé à l’appréciation des différentes directions d’établissement qui réclament généralement une simple tenue «correcte», «convenable» ou «appropriée». Derrière ces termes vagues, les mêmes interdits reviennent invariablement: pas de décolletés trop prononcés, pas de jupes trop courtes, pas de pantalons déchirés, pas de débardeurs à fines bretelles ou bustiers… Des injonctions qui concernent principalement le vestiaire féminin.

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«Sexiste et oppressant»

Marin, 17 ans élève dans un lycée de l’est parisien, se dit favorable au règlement vestimentaire qu’il juge indispensable, mais déplore un manque d’équité flagrant entre les filles et les garçons: «Je suis pour qu’on nous impose quelques règles pour que ça ne devienne pas carnaval, mais il faut reconnaître que les filles ont beaucoup plus de contraintes que nous. Par exemple je peux venir en marcel mais elles ne peuvent pas mettre un débardeur, alors que c’est pareil», explique le jeune homme selon qui la mode actuelle complique les choses. «Depuis deux ou trois ans, c’est la mode des crop tops. Je ne trouve pas ça incorrect ou indécent, mais ce n’est pas forcément ce que j’imagine quand on me dit “tenue pour l’école”. C’est une évidence que les filles doivent pouvoir s’habiller comme elles le souhaitent sans être jugées pour ça, mais je peux comprendre que venir le ventre à l’air à l’école puisse choquer les adultes, ils ne sont pas habitués.» https://4435292f88dc3d51941e397ee5579f7f.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Maeva, sa camarade de classe, est plus directe: «Le règlement est oppressant et sexiste. Nos vêtements n’influencent pas notre motivation ou notre sérieux. Si je viens avec un crop top c’est parce que ce style de fringue me plaît, pas pour provoquer, me faire remarquer ou manquer de respect aux enseignants», peste la jeune femme qui aimerait qu’on «arrête de [lui] prendre la tête pour son haut» et qu’on la laisse étudier tranquillement. «Surtout que pour moi ma tenue est tout ce qu’il y a de plus correcte. Je sais qu’on me préférerait en col Claudine mais vous savez, je peux m’habiller en première communiante et faire les pires conneries du monde, et au contraire mettre un crop top et finir première de la classe.» 

«C’est toujours aux filles et aux femmes que l’on demande de démentir la sexualisation de leur corps.»

Noémie Aulombard, docteure en science politique

Pour Noémie Aulombard, docteure en science politique, spécialiste des mouvements sociaux et des questions liées au genre et au corps, «il est très difficile de définir ce qu’est une tenue correcte ou décente. Comme toute notion qui a trait à la morale, il y a autant de définitions de la décence que d’individus; et c’est cela qui pose problème, au fond. Comme il y a un flou juridique sur cette question, c’est laissé à la discrétion de chaque responsable d’établissement, voire de chaque CPE ou de chaque pion, et c’est leur propre vision du corps des adolescents qui prévaut».

Un libre arbitre qui pose problème au vu de la différence de traitement social entre les corps. «Le corps dit féminin est souvent vu et vécu comme un problème, notamment du fait de l’imaginaire sexualisant qui lui est assigné. Du coup, on va vouloir protéger les corps féminins du désir masculin, en les faisant se couvrir. On remarque que c’est toujours aux filles et aux femmes de démentir la sexualisation de leur corps, jamais aux garçons et aux hommes de s’habituer à regarder autrement les corps féminins», observe Noémie Aulombard, qui milite pour impliquer directement les adolescentes dans la discussion, voire la conception, des règles vestimentaires: «Cela pourrait être un bon moyen de les amener à s’emparer de leur corps, à dire la place de leur corps dans la société, et à composer avec les représentations sociales et genrées du corps. Il y a beaucoup d’enjeux dans ces luttes pour une plus grande liberté vestimentaire. Cependant, il ne faut pas oublier de dire que le dévoilement du corps n’est pas forcément signe de liberté et de modernisme. Toute injonction à se découvrir participe tout autant d’un certain contrôle sur les corps que l’injonction à le couvrir; et selon moi, le droit à la pudeur doit être aussi pensé dans ces luttes-là.»PUBLICITÉ

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Ni trop ci, ni trop ça

Les injonctions envers les corps féminins ne datent pas d’hier, comme le rappelle Ariane Fennetaux, chercheuse spécialisée dans l’histoire du vêtement et des pratiques vestimentaires, maîtresse de conférences à l’université de Paris: «Les femmes font toujours l’attention d’une plus grande discipline corporelle et vestimentaire. Carl Flügel, un psychologue qui était l’un des premiers théoriciens du vêtement, dit dès les années 1930 que le corps féminin est érotisé diffusément et dans son ensemble, ce qui entraîne une vigilance et une discipline plus systématiques qui portent sur une multiplicité de zones corporelles comme les épaules, le décolleté, les jambes, le nombril… Le corps masculin en revanche, est érotisé de manière plus localisée, à savoir les parties génitales.» Adieu donc crop top, bustier, minijupes ou dos nu qui, en dévoilant les peaux féminines, ne cadrent pas avec l’imaginaire que charrie la «tenue correcte» qui se doit d’être féminine, mais pas trop.

Zoé, 29 ans, qui fait régulièrement des missions d’hôtessariat, où une tenue correcte est exigée, se souvient de ses débuts compliqués: «Je venais en jean avec une chemise noire en soie, très sobre, bien coiffée, bien maquillée. Je pensais que cela convenait, se souvient la jeune femme. Mais on m’a tout de suite dit que le jean, ça faisait négligé. Sauf que quand je suis revenue avec une robe, on m’a expliqué qu’elle était trop moulante et que cela faisait vulgaire. J’ai mis du temps à savoir instinctivement ce que les employeurs entendaient par “tenue correcte”: quelque chose qu’on ne remarque pas, qui ne fait pas de vague, ni trop couvert, ni trop dévoilant, ni trop coloré…» 

«Le matin, j’ai l’impression de mettre un uniforme, je ne m’amuse même plus à choisir mes vêtements.»

Manon, 27 ans, employée de banque

Ces «trop» vestimentaires, une exposition du musée des Arts décoratifs les avaient justement explorés en 2017. «Trop serré, trop court, trop ample, trop révélateur, toutes ces injonctions sont évidemment totalement construites socialement, relève Ariane Fennetaux. Ce qui est “trop” dans une culture ou à une certaine époque ne l’est pas dans une autre.»https://4435292f88dc3d51941e397ee5579f7f.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

En Asie du Sud, des hommes portent par exemple le sarong, une jupe traditionnelle, alors qu’en Occident, la jupe masculine demeure marginale ou stigmatisée. Il en va de même pour le corset, autrefois accessoire indispensable pour toutes les femmes occidentales de bonne famille, et que l’on associe aujourd’hui au contraire à un imaginaire plus érotique.«Le vêtement a toujours servi à classer les gens, socialement, d’un point de vue du genre, mais aussi des opinions politiques, explique Ariane Fennetaux. Au XVIe siècle, c’était les lois somptuaires qui régulaient qui pouvait porter quoi en mesurant les tailles des manches, le type de couleurs ou de matériaux utilisés –il y avait des couleurs prestigieuses, car coûteuses– avec l’idée de rendre lisibles les hiérarchies sociales. Bien sûr, ces lois n’étaient jamais respectées et ont fini par être abandonnées.» 

Se conformer aux normes

Il demeure pourtant certaines associations d’idées inconscientes qui construisent un imaginaire de la tenue correcte répondant à des normes sociales favorisant en particulier les populations aisées, blanches et masculines, comme l’a observé la chercheuse en sciences sociales Camille Lavoipierre. Les décolletés ou le maquillage ne sont pas valorisés, car ils sous-entendent une jeune femme frivole; les tenues sportives ou urbaines renvoient à l’image négative des «jeunes de cité»; et les tenues trop élaborées, excentriques ou colorées peuvent laisser supposer une certaine superficialité, forcément féminine.

Selon Ariane Fennetaux, la tenue correcte au lycée, comme au travail, est ainsi liée à la notion de «power suit» ou «power dressing», une tendance apparue dans les années 1980 au cours desquelles beaucoup de femmes ont adopté le costume masculin des hommes d’affaires, pour être plus prises au sérieux dans leur travail. «L’idée est alors pour les femmes de s’habiller de manière masculine, sans être non plus trop masculines de peur d’être vues comme des menaces par les hommes et d’être accusées de se montrer agressives ou trop ambitieuses», détaille Ariane Fennetaux.

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C’est la solution adoptée par Manon, 27 ans, qui travaille dans une banque: «Mes employeurs exigent une tenue élégante et sobre. Je ne pouvais pas porter mes blouses à fleurs au bureau alors j’ai décidé de me tourner vers le dressing masculin. Je porte des tailleurs très stricts, noirs, avec tout de même des talons, car la direction insiste sur ce point. Le matin, j’ai l’impression de mettre un uniforme, je ne m’amuse même plus à choisir mes vêtements. Mais je n’ai pas de remarques sur mes habits. Ma tenue est triste à mourir, mais au moins elle est correcte.»

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