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ARNAQUES

LIBAN

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MACARON marionnette des Rothschild est payé à la commission pour placer le fric de leur FMI et ainsi prendre la main sur le pays endetté et redevable… Rothschild aura encore plus de pouvoir sur le monde et le commis Macron se sucre au passage tout en jouant au matou avec son maître…


Pourquoi Emmanuel Macron s’est emparé du dossier libanais 

Par Michel Janva le 14 septembre 2020

Pourquoi Emmanuel Macron s’est emparé du dossier libanais

Une des grandes faiblesses du système démocratique, c’est que tout dirigeant élu pense d’abord à une chose : sa réélection. Fort logiquement, le Président Macron a donc un objectif prioritaire : se faire réélire en 2022.

De nombreux écueils sont à éviter pour arriver à bon port. Ne pas tenir ses promesses et être battu sans gloire dans la course au deuxième mandat, comme Nicolas Sarkozy en 2012, ou rater sa rencontre avec le peuple et être hors d’état de se présenter à nouveau, comme François Hollande en 2017.

Un troisième écueil inquiète davantage Macron : ne pas être qualifié pour le deuxième tour. Le socle électoral de Marine Le Pen semble solide et il suffirait de l’arrivée inopinée d’un troisième larron pour tout remettre en cause. Lionel Jospin, à qui la fonction suprême semblait destinée en 2002, en sait quelque chose.

Or, après un début virevoltant, les nuages se sont accumulés sur l’Élysée : gilets jaunes, crise sanitaire puis crise économique, explosion de l’insécurité enfin. Et l’on ne peut pas dire que la gestion de ces dossiers ait été brillante. La violente répression des manifestations de gilets jaunes (combien de borgnes par LBD tirés en pleine face ?) suivie d’un laisser-aller complet lorsque les casseurs et les Black Blocs sont apparus (où étaient les LBD ?) ont provoqué un profond malaise.

Ce fut encore pire avec la crise sanitaire et les épisodes grand-guignolesques des masques et des tests. Les Français ont réalisé qu’ils étaient en train de devenir un pays du tiers-monde. Les sommités médicales se succèdent dans les médias, se contredisent tous, ne savent pas grand-chose mais ont de fortes exigences. La dictature sanitaire est toute proche.

Ce n’est guère mieux sur l’insécurité. Les banlieues de toutes les grandes villes, voire les centres-villes eux-mêmes, sont gangrenés par des trafics impunis et « l’ensauvagement » devient une réalité de plus en plus lourde. Tout le monde le sait mais peu agissent, et en tout cas pas au plus haut niveau où l’on est resté au concept si rassurant des « incivilités ». La situation est extrêmement grave et l’État n’a plus de réponse après des décennies de laxisme.

Alors, pour donner l’impression qu’on fait quelque chose, on s’inquiète du climat et l’on construit des éoliennes, horribles symboles d’un monde déboussolé.

Alors, il reste la politique extérieure pour tenter de se donner une stature d’homme d’État. Mais là aussi, le bilan n’est guère brillant.

L’Europe est totalement en panne et le fameux couple franco-allemand un lointain souvenir. Merkel et Macron n’ont à peu près rien à se dire et cela se voit. Les agressions turques en Méditerranée, en particulier contre une frégate française, ont certes provoqué des protestations indignées de nos dirigeants, mais ils ont été lâchés par leurs partenaires de l’OTAN : huit sur trente ont soutenu la France. Il serait, d’ailleurs, temps de réaliser que l’OTAN n’est que le bras armé des États-Unis et que nous n’avons rien à y faire.

Alors, le Liban peut être l’occasion de redorer un blason bien terne. Ce pays qui nous est si cher sombre dans le chaos et, sans impulsion extérieure, n’arrivera pas à se réformer. Emmanuel Macron l’a bien compris et multiplie les démarches pour obliger une classe politique corrompue et incompétente à agir ou passer la main.

Vaste programme que le peuple libanais suit de près et qu’il ne faudra pas décevoir.

«Les réformes du FMI ne feraient que consolider le pillage oligarchique»

Publié par wikistrike.com sur 1 Octobre 2020,

Liban: «Les réformes du FMI ne feraient que consolider le pillage oligarchique»

Dans son édito pour «Russeurope Express», Jacques Sapir revient sur la crise libanaise, amplifiée par les explosions du 4 août. Si l’économiste insiste sur la nécessité de réformer en profondeur le système politique et économique du pays, il craint en revanche que les recettes du FMI n’aggravent la situation si elles venaient à être appliquées.

Un édito de Jacques Sapir à retrouver en podcast dans l’émission Russeurope Express du 29 septembre.

Le Liban a fait tragiquement l’actualité au mois d’août. L’explosion survenue sur le port de Beyrouth est venue meurtrir un peu plus un pays qui s’enfonçait déjà dans une crise économique, mais aussi politique, depuis plus de dix-huit mois.

La crise économique est le produit de désordres tant conjoncturels que structurels. Le rapatriement de fonds placés par l’Arabie saoudite et les Émirats est venu se combiner avec une fuite des capitaux, essentiellement pour des raisons fiscales, mais aussi avec le produit d’une corruption et surtout d’un népotisme et d’un clientélisme qui n’a fait que s’aggraver depuis vingt ans.

Les services publics ont été partagés entre divers clans oligarchiques qui mettent le pays en coupe réglée. La crise bancaire, qui conduit à une situation de forte inflation, témoigne avant tout de la capacité de l’oligarchie à se partager une rente et à la mettre à l’abri en cas de besoin. La révolte d’une partie de la jeunesse contre les élites montre bien que la population est à bout.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Karim el Mufti, professeur de sciences politiques et de droit international à l’université La Sagesse de Beyrouth, spécialiste des constructions d’États dans les sociétés multicommunautaires.

Mais les réformes proposées par les institutions internationales pourraient en réalité détériorer encore plus la situation. Ces réformes, qui ont été soutenues bruyamment par Emmanuel Macron lors de ses deux voyages au Liban, ne feraient qu’entériner la privatisation de fait d’une large partie des services publics. Pourtant, le pays a des avantages économiques incontestables, qui tiennent tout autant à sa géographie qu’a une sphère économique qui reste malgré tout extrêmement vivace.

De la propriété de fait à la propriété de droit

Si la logique du FMI était mise en place, celui-ci prétendrait imposer des réformes visant à assainir le système bancaire, la banque centrale, les services publics. Mais compte tenu de la structuration de la scène politique libanaise, on peut craindre que ces réformes soient détournées de leur sens: par exemple, la privatisation des services publics profiterait essentiellement à l’oligarchie libanaise. On transférerait ainsi une propriété de fait, liée au clientélisme, à une propriété de droit, qui consoliderait encore plus le pouvoir de ladite oligarchie.

Ces difficultés économiques sont le fruit amer d’une crise du système politique libanais. Le pays a été fondé sur un compromis confessionnel qui, en 1943, était probablement inévitable. Mais au lieu de n’être qu’une solution provisoire, ce compromis s’est enraciné avec les années.

La situation géopolitique régionale, l’attitude d’Israël mais aussi des pays arabes, qui se sont déchargés d’une large partie des refugiés sur le Liban, n’a fait qu’empirer les choses. La Syrie, qui n’a accepté qu’à contrecœur l’indépendance du Liban, et qui a occupé le pays pendant de nombreuses années, a aussi été un facteur délétère. La guerre civile syrienne, depuis maintenant plus de sept ans, a aussi déversé un autre flot de réfugiés sur le pays. Il est donc remarquable que dans cette situation, un sentiment national libanais, indépendant des diverses communautés, se soit maintenu et qu’il ait même progressé.

La crise actuelle montre néanmoins à quel point l’économique et le politique sont liés. Sans une réelle et profonde réforme politique, il sera impossible de mettre fin à ce pillage oligarchique dont souffre le Liban. Mais sans une économie plus juste et qui distribue mieux les richesses, le système politique sera toujours confronté à une crise de légitimité, dont le système communautaire profitera.

C’est surtout que Macron joue le jeu hypocrite de l’intermédiaire VRP de son maitre Rothschild pour soumettre le pays à la dette en échange de fausse monnaie… ce qui pose le problème actuel mondial dont Trump ( après Poutine ) montre la volonté d’en sortir. Car Rothschild à son habitude ne vous prête pas sa fausse monnaie pour vous en sortir mais pour vous mettre en esclavage… car par définition les intérêts de la dette sont tellement handicapants que plus la dette augmente plus Rothschild met son nez dans vos affaires. C’est ce qu’à voulu éviter Boutéflika qui a vite remboursé sa dette pour que le FMI ne mette pas le nez dans ses magouilles ou il a détourné plusieurs milliards.
Nous voyons ici à quel point l’exploitation du peuple est une mine financière… le peuple a besoin d’essence, de gaz, de nourriture, de soins, de ramassage des ordures, de protection civile et militaire… et tout cela il faut le payer à des oligarques qui se donnent l’exclusivité du fournisseur à des prix toujours calculés au maximum du possible… Hors l’équilibre économique au bénéfice du peuple, se trouve entre l’équilibre des fournisseurs étatiques ou privés. Le tout Etat ou le tout privé c’est la dictature ! Mais comment trouver un équilibre économique quand on est en conflit religieux ? C’est là encore une fois que l’on remarque l’extrême faiblesse de l’homme qui a besoin de religion pour exister alors que cette même religion lui empêche de vivre normalement sans guerre et sans conflit.

Sans notre dette à Rothschild le peuple français n’aurait pas d’impôts directs à payer !  Imaginez comme on vivrait mieux ! 

Mise à jour: Nouvel Ordre Mondial sioniste :Israël frappe Beyrouth avec un missile nucléaire, Trump et le gouvernement libanais ont confirmé

Trump confirme qu’il s’agissait d’un bombardement, pas d’un accident et est immédiatement flagellé par la presse pro-israélienne …et ce n’est pas par hasard que Joe Biden a choisi Kamala Harris ,une juive,comme colistière

Autre vidéo d’origine libanaise:

Voici ce que nous savons depuis:

Des preuves accablantes que les F 16 israéliens venaient de terminer une attaque contre l’entrepôt 12 lorsque la grande explosion s’est produite. Nous avons des dizaines de témoins oculaires fiables et de nombreuses vidéos, du son et même des avions qui sortent d’une plongée, pas des oiseaux, ils ne volent pas à 350 nœuds, pas normalement. (Beaucoup d’oiseaux s’envolaient, ils ressemblent exactement à des oiseaux)

Le gouvernement libanais et le Hezbollah acceptent maintenant que le nitrate d’ammonium n’était en aucun cas impliqué. Le Liban est construit sur la roche et tout doit être détruit. Les Libanais connaissent les explosifs, savent comment utiliser l’AN et tout le monde au Liban sait que c’est un canular. AN n’est pas explosif, il brûle même dans une suspension explosive (ANFO) à moins que de très grandes charges de TNT ne soient utilisées pour l’initier.

Tous impliqués dans l’histoire de l’AN, le conte du navire russe ou prétendant qu’il a explosé sont maintenant des suspects de terrorisme, bien que la plupart soient simplement des idiots d’Internet. AN est démystifié.

Cette vidéo a la vraie déclaration de Trump, il est à 100% derrière VT (embarrassant)

Les enquêteurs examinent maintenant une attaque israélienne complexe et à deux volets utilisant un probable missile Rampage à pointe nucléaire (nouvelle conception) tout en se couvrant d’une attaque F 16 et d’un éventuel explosif conventionnel. À ce stade, c’est très probablement comme le voient les enquêteurs.

Et maintenant, à l’histoire originale qui a été piratée, comptée à rebours par Google et bien plus encore. Nous adorons ça… VT avait raison une fois de plus alors que les médias mondiaux viennent de publier du slop bon marché. Cela ne se serait jamais produit avant que la démence précoce de Reagan ne prenne le train de la «libre entreprise» pour consolider les médias indépendants locaux et régionaux merveilleusement diversifiés de l’Amérique.

#Breaking #Syrie Le président Assad ordonne que toutes les frontières et tous les ports du pays soient ouverts au #Liban, ordonne à des caravanes d’ambulances de se rendre à #Beirut et à un ferry transporter les blessés vers les hôpitaux de #Damas, et lance un pont aérien de fournitures médicales et alimentaires entre les deux villes

L’absurdité au carré: les «Fact Checkers» de YouTube et Facebook, employés par les personnes qui, selon VT, ont mis en scène l’attaque, effacent les preuves d’Internet… qui l’aurait deviné.

Voici  l’image vidéo originale, jamais publiée nulle part, qui prouve que tout ce qui a été retiré sur Facebook et YouTube est réel.

Voici des Images infrarouges du missile lui-même avant l’impact:

Set II Caméra différente, angle différent

Il s’agit d’une vidéo infrarouge qui montre, à 6 secondes, le missile entrant et frappant…

Cette vidéo infrarouge a beaucoup plus de sens que le nitrate d’ammonium en soi. Oui NH4NO3 est un agent oxydant et explosif dans les bonnes conditions, il est également très stable.

Jugez par vous-même. Vidéo médicalisée? Emplacement différent? Ou #Beirut attaqué? 

– Darren of Plymouth  (@DarrenPlymouth)

Il s’agit de la vidéo qui a été supprimée de YouTube pour « violation de contenu ».https://www.youtube.com/embed/ztzzbAacv_4?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparent

«La première explosion a été causée par le missile anti-navire Gabriel d’Israël. La deuxième explosion a été causée par le missile israélien Delilah du F16. Notre pays est complètement menacé par ce régime paresseux et corrompu. 

Il s’agit de la signature de rayonnement de l’explosion reçue d’une source en Italie, soumise à VT par l’Agence internationale de l’énergie atomique (ONU)

 Un général de l’armée libanaise rapporte qu’Israël a largué une arme nucléaire tactique sur le port de Beyrouth aujourd’hui. Il rapporte que cela a été fait pour faire tomber le régime politique actuel et se révolter contre le Hezbollah.

Leur déni, presque identique à celui d’Israël, soutient cette hypothèse.

Alors que les mensonges commencent, rien dans cette explosion, le nuage de champignon ou la force de l’explosion n’est un feu d’artifice, qui était le premier mensonge, puis un engrais au nitrate d’ammonium, disent-ils sous 3k tonnes, qui a été stocké pendant des années pour être utilisé sur les terrains de golf du Liban. , quand ils décident de les construire. Non, rien d’aujourd’hui n’est drôle.

Nous ajoutons également que plus tôt dans la journée, la déclaration de Netanyahu qui, selon nous, est qu’Israël s’attribue le mérite de l’attaque. Beyrouth est toujours une bombe endommagée par Israël à partir de 2006. Comment vous prenez les déclarations de Netanyahu telles que décrites dans le Times of Israel aujourd’hui, est une question de foi, de confiance ou de conjecture.

Cependant, ce que me disent des sources influentes et crédibles de Beyrouth, c’est ceci:
«L’explosion de Beyrouth représente environ 100 fois plus d’énergie que l’explosion de Tianjin en 2015, soit 5,4 kilotonnes d’équivalent TNT (en utilisant une extrapolation linéaire de Tianjin, qui impliquait 800 tonnes d’ammonium nitrate).

Les armes nucléaires conventionnelles contre le Japon avaient 15 à 21 kilotonnes. Mais cette explosion est différente, c’est à cause de l’arme nucléaire tactique moderne qui contient jusqu’à 10 kilotonnes de matière hybride, y compris de l’uranium. C’est pour cette raison que nous avons encore de l’acide et des radiations dans l’air. Les installations de stockage à proximité du silo à grains ne sont PAS marquées pour le stockage des matières dangereuses, mais sont plutôt marquées pour les marchandises générales. Par conséquent, vous pouvez le deviner, de quoi nous serons nourris dans les heures à venir. – Ghayet Ali

«La première explosion a été causée par le missile anti-navire Gabriel d’Israël. La deuxième explosion a été causée par le missile israélien Delilah du F16. Notre pays est complètement menacé par ce régime paresseux et corrompu.

L’arme faisait 6 kilotonnes. Ce rapport maintenant:

«En obtenant des rapports de Beyrouth, une bombe nucléaire tactique miniature a été utilisée pour attaquer le port, des experts nucléaires et des chercheurs ont signalé au hasard les particules ayant réagi dans la boule de feu.

On s’attend à ce que le Hezbollah, nous dit-on, riposte contre Israël et ils disent qu’il n’y a aucun moyen pour que la Syrie ne soit pas introduite.

Jeff Smith de l’AIEA confirme qu’il s’agit d’une explosion nucléaire. Les mensonges sur les feux d’artifice dans les navires et les engrais sont ce que nous obtenons toujours. Vous ne stockez en aucun cas un centre-ville dans une grande ville comme Beyrouth. Pas beaucoup d’agriculture à Beyrouth et on n’y fête pas le 4 juillet.

La fumée pourrait bien être du carburant pour missiles, ce qui pourrait signifier qu’une installation de stockage de missiles a été touchée par Israël. Nous avons la confirmation d’Israël qu’ils prévoyaient d’attaquer Beyrouth il y a 5 jours en représailles aux attaques militaires du Hezbollah sur le Golan, qui n’ont été signalées nulle part.

On nous dit que le Liban a demandé des enquêteurs nucléaires de la Russie, mais il n’y a aucune tentative de protéger le site qui, même s’il s’agissait d’une arme propre moderne, est encore radioactif.

Le gouverneur de Beyrouth qualifie l’explosion de «  catastrophe nationale proche d’Hiroshima  »

«Une brigade de pompiers de 10 personnes est arrivée sur les lieux. Ce qui s’est passé est très similaire à ce qui s’est passé dans les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Ils se sont rendus sur les lieux et ont disparu. C’est une catastrophe nationale pour le Liban. Nous ne savons pas comment nous allons gérer cela », a déclaré le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud. (Spoutnik / Moscou)

«Israël n’a rien à voir avec l’explosion massive qui a secoué Beyrouth le 4 août, a annoncé la chaîne de télévision parlementaire du pays. Une déclaration similaire a été faite par un responsable israélien anonyme dans une interview à Reuters, tandis que le ministre des Affaires étrangères du pays, Gabi Ashkenazi, a affirmé que l’explosion était probablement un accident causé par un incendie. (Spoutnik / Moscou)

Auparavant / VT : Deux explosions à Beyrouth, une bombe guidée conventionnelle suivie d’une petite arme nucléaire. Il est maintenant confirmé que la cible est une installation de stockage de missiles du Hezbollah.

On s’attend à ce que le Hezbollah, nous dit-on, riposte contre Israël et ils disent qu’il n’y a aucun moyen pour que la Syrie ne soit pas introduite.

Jeff Smith de l’AIEA confirme qu’il s’agit d’une explosion nucléaire. Les mensonges sur les feux d’artifice dans les navires et les engrais sont ce que nous obtenons toujours. Vous ne stockez en aucun cas un centre-ville dans une grande ville comme Beyrouth. Pas beaucoup d’agriculture à Beyrouth et on n’y fête pas le 4 juillet.

La fumée pourrait bien être du carburant pour missiles, ce qui pourrait signifier qu’une installation de stockage de missiles a été touchée par Israël. Nous avons la confirmation d’Israël qu’ils prévoyaient d’attaquer Beyrouth il y a 5 jours en représailles aux attaques militaires du Hezbollah sur le Golan, qui n’ont été signalées nulle part.

On nous dit que le Liban a demandé des enquêteurs nucléaires de la Russie, mais il n’y a aucune tentative de protéger le site qui, même s’il s’agissait d’une arme propre moderne, est encore radioactif.

Le gouverneur de Beyrouth qualifie l’explosion de «  catastrophe nationale proche d’Hiroshima  »

«Une brigade de pompiers de 10 personnes est arrivée sur les lieux. Ce qui s’est passé est très similaire à ce qui s’est passé dans les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Ils se sont rendus sur les lieux et ont disparu. C’est une catastrophe nationale pour le Liban. Nous ne savons pas comment nous allons gérer cela », a déclaré le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud. 

«Israël n’a rien à voir avec l’explosion massive qui a secoué Beyrouth le 4 août, a annoncé la chaîne de télévision parlementaire du pays. Une déclaration similaire a été faite par un responsable israélien anonyme dans une interview à Reuters, tandis que le ministre des Affaires étrangères du pays, Gabi Ashkenazi, a affirmé que l’explosion était probablement un accident causé par un incendie. (Spoutnik / Moscou)

Auparavant / VT : Deux explosions à Beyrouth, une bombe guidée conventionnelle suivie d’une petite arme nucléaire. Il est maintenant confirmé que la cible est une installation de stockage de missiles du Hezbollah.

C’est la deuxième explosion, qui ressemble à la boule de plasma d’une explosion nucléaire pour moi, notez la couleur blanche indiquant des températures extrêmement élevées – aucune explosion conventionnelle ne brûle si chaud. Notez également la grande hauteur de la boule de plasma – elle est plus haute que le silo à grains. Je me souviens très fortement du bombardement de Tianjin il y a quelques années. L’entrepôt à l’est dont il parle est le bâtiment noir montré dans les images vidéo ci-dessus.

Cela sent comme un article de couverture, je doute fort qu’il y ait eu des feux d’artifice, les petites explosions vues dans les vidéos étaient plus susceptibles d’avoir été des munitions cuisant à cause des incendies déclenchés par la première explosion.

RT vient de couvrir les explosions et cite un gouvernement libanais. ministre:

https://www.rt.com/news/497080-beirut-explosion-lebanon-videos /

Le ministre de la Santé Hamad Hassan a déclaré aux médias locaux qu’un navire transportant des feux d’artifice avait explosé dans le port. La séquence vidéo donne du poids à son explication, car elle montre une petite explosion suivie du crépitement de feux d’artifice, avant une seconde explosion massivement destructrice.

Les résidents locaux ont partagé des images montrant d’importants dommages matériels. Le bureau du journal Daily Star a été détruit par l’explosion, avec des fenêtres soufflées et des meubles jetés au sol. La correspondante de France24, Leila Molana-Allen, a déclaré que son appartement avait été «détruit par l’explosion», ajoutant qu’elle pensait que l’explosion avait été causée par un «missile à réaction».

On dirait que les Libanais ont inventé le navire rempli d’histoire de feux d’artifice pour couvrir la vérité. Molana-Allen a presque certainement raison – qu’il s’agissait d’une sorte de missile ou de bombe guidée larguée par un chasseur-bombardier à réaction.

Ou vont-ils avec celui que nous avons entendu tant de fois auparavant lorsque des armes nucléaires tactiques ont été utilisées – que c’était un stock d’explosifs qui a augmenté: bien sûr, ils nieraient qu’il s’agissait d’une attaque, personne n’admet jamais qu’une arme nucléaire est partie off, c’est terriblement mauvais pour l’opinion publique.

Des fenêtres soufflé à 7 km indique une énorme explosion, encore une fois, suggérant qu’il s’agissait bien d’une bombe atomique.

Donc,peu importe les morts et les milliards de  perdus,Joe Biden,le pédophile opportumiste va serrer les mains sionistes juives  de l’AIPAC pour tout tenter afin de battre Donald Trump!Ces milliardaires de politiciens US sont totalement pourris!

Slave labour? Death rate doubles for migrant domestic workers in Lebanon

Alice SuAn Ethiopian migrant domestic worker holds a child during the annual Migrant Workers’ March, held in Beirut on Workers’ Day every year to advocate for better working conditions and accountability for migrant abuse and deaths (Anti-Racism Movement)

Also available in BEIRUT

A woman with a pink cloth wrapped around her head climbs out of a window on the fourth floor of a residential building. She peers at the ground far below, clutching onto the window ledge as voices in the background yell at her to come inside. Instead, she jumps, her scream lingering for four seconds before she hits the ground.

The video was broadcast on Lebanon’s Al-Jadeed TV in March, with a voiceover explaining that the woman was an Ethiopian domestic worker in Khalde, an area south of Beirut.

According to statistics obtained by IRIN from General Security, Lebanon’s intelligence agency, migrant domestic workers in Lebanon are dying at a rate of two per week. Many of the deaths are suicides or botched escape attempts in which migrant women choose to jump off buildings rather than continue working in abusive and exploitative situations.

Human Rights Watch reported on the situation of migrant domestic workers in Lebanon in a 2008 report that put the death rate at one per week. Since then, heightened activism and advocacy on the issue seems to have had little impact. The bodies of 138 migrant domestic workers were repatriated between January 2016 and April this year.

Rights groups have been advocating for better protections of migrant workers in Lebanon for years and in 2014 domestic workers managed to found their own union – the first of its kind in the region. Yet little has changed. Women coming from Ethiopia, Bangladesh, Sri Lanka, the Philippines, Kenya, and other developing countries are still bound by the kefala (sponsorship) system, which gives employers total control over their lives.

Beaten and sexually abused

Rahwa*, a 37-year-old from Eritrea, escaped after five years as a domestic worker for a wealthy family in Tripoli. She received no salary, no days off, and slept on the kitchen floor. She suffered beatings from her “madam” and sexual harassment from the woman’s husband. “It was hell,” said Rahwa, who was not allowed to contact her family in Eritrea. Now she’s a registered refugee and is informally leading a migrant workers’ church in Beirut. She told IRIN that many of the women who come to her church feel trapped by the conditions of live-in domestic work. “Many are going crazy. Even when they run away, they live in rooms with six or seven people stuck together. That makes you crazy too,” Rahwa said.

The increase in migrant workers’ deaths coincides with a decrease in public reporting and enquiry. The only NGO actively tallying migrant domestic workers’ deaths is KAFA, a Lebanese women’s rights group, which relies on local news reports to map cases. They have found only 10 to 12 cases a year on average since 2010, and hadn’t detected the recent increase.

At a migrant community centre in Beirut, 37-year-old Ethiopian Rahel Zegeye, a volunteer with the pro-migrant rights Anti-Racism Movement, said that suicides are difficult to document because many women who die never left their employers’ homes. Zegeye has tried to follow up on several suicide cases but said: “I don’t have power to ask the government anything here.” She swiped through photos of injured Ethiopian domestic workers on her phone: some unconscious and bruised, others pregnant, sick, or bleeding on the floor – all of them women, many of whom Zegeye said had since died.

A hidden crisis

Ethiopia has banned labour migration to the Middle East, but migrant women continue to arrive illegally from there every day. Unseen and unrecorded, they are locked into work situations that often end in abuse, imprisonment, deportation or even death.

“So many Ethiopians come here… Why doesn’t the Lebanese government stop them?” said Zegeye. “Our young generation is dying here.”

KAFA communications coordinator Maya Ammar said her organisation had tried to gather more information about migrant deaths reported in the media from General Security, “but the file is closed after 24 hours, with no further investigation. We don’t know the girl, her name, her family or how to reach them. We ask the Ethiopian embassy, and they don’t cooperate much. No one is following up.”

General Security declined to comment on the causes of death and the Ministry of Labour could not be reached for comment.

Halima Mohamed, Ethiopia’s Consul General in Lebanon, refused to discuss details of deaths, saying there were only a few each year and that the embassy cannot pressure Lebanese authorities to investigate or prosecute. “If the girl dies, we are always looking for a report. But in a country where there is no rule of law or accountability, how do you trust [it]? You cannot verify anything,” Mohamed told IRIN. “These girls are locked into homes for years. They are young ladies with no knowledge who cannot protect themselves.”

Ineffective travel bans

Ethiopia’s approach of banning citizens from going to work in Lebanon has been tried by Nepal, the Philippines, and Madagascar at different times, and yet the number of migrant domestic workers in Lebanon rose from just under 130,000 in 2014 to nearly 170,000 in 2016, according to the Ministry of Labour – and that is excluding those who arrive without formal work permits. “We banned sending working girls to all of the Middle East years ago, but unofficially, there is trafficking,” Mohamed said. She explained that Ethiopians can easily come as tourists, or via third countries, and then obtain a work visa after arriving in Lebanon.

Zeina Mezher of the International Labor Organization said travel bans actually increase migrant workers’ vulnerability. “We’re not at all supportive of bans in countries of origin. They put migrants at more risk of exploitation and trafficking,” she told IRIN.

Instead, ILO advocates for comprehensive bilateral agreements between origin and destination countries to regulate recruitment, migration, and working conditions. Such agreements “should have the migrants’ rights at their heart”, said Mezher.

No legal standing

Farah Salka, executive director of the Anti-Racism Movement, said the Lebanese government has little interest or capacity to change its migrant labour system. “There is nothing called law for migrant domestic workers here. It’s not that there is bad law; there is no law,” Salka explained.Anti-Racism MovementA migrant worker from the Philippines participating in a march in Beirut organised by the Anti-Racism Movement

Domestic workers are excluded from Lebanon’s labour law, which means they have no guarantees to a minimum wage, days off, or recourse in cases of withheld salaries, sexual, verbal or physical abuse. Instead, they have the kefala system, which stipulates that migrant workers must live with their employers, and cannot change workplaces without their employers’ consent.

Workers often try seeking help from their agencies, only to be ignored or further exploited. After being beaten and locked inside by her employer, 22-year-old Kenyan Tenesia* asked her agency to help her. Instead, they confiscated her passport and sent her to work for other families without pay. “The agent told me to wait and work, and he will get money for my ticket to go home,” Tenesia said. She worked another year and four months before getting in touch with the Kenyan embassy, which helped her escape to a women’s shelter run by Caritas. She still doesn’t have her passport or money for a flight home.

NGOs provide some assistance to migrant workers, but real changes to their conditions would require top-down policy change, which is not a priority for the Lebanese government according to Ammar of KAFA. “There’s no intention at all to reconsider any of the kefala system. The government and public security are convinced that it protects the worker by controlling them,” she commented. “There are lots of racist assumptions – that these women are weak and need to be kept with a family, for example.”

Speaking up

The domestic workers’ union was set up in late 2014 under the wings of the National Federation of Worker and Employee Trade Unions in Lebanon (FENASOL) with the aim of empowering domestic workers to protect and advocate for themselves, said Farah Abdallah, a FENASOL representative. But as migrants are not allowed to unionise under Lebanese law, the union’s president is Lebanese and it has primarily provided migrant domestic workers only with access to Lebanese people who can speak up on their behalf.Anti-Racism MovementEthiopian migrant workers hold up the Ethiopian flag at the annual Migrant Workers’ March in Beirut

“We report problems to FENASOL, and they talk to the employers,” said 44-year-old Filipina Idan Tejano, president of the union’s general assembly. She came to Lebanon in 2012 as a migrant worker, but left her employer after six months because she wasn’t receiving her salary or any days off. Under the kefala system, she is now considered an illegal runaway. “We don’t have papers, so we cannot go to report our problems. If we tell the police that the employers did not give us salaries, they will arrest us,” Tejano said.

Last December, Lebanese authorities deported Nepalese migrant domestic worker and activist Sujana Raja on International Human Rights Day, expelling another Nepalese migrant domestic worker, Roja Limbu, a few days later. Both had legal status and work visas, but were also known union members and community organisers, which Human Rights Watch suggested was the reason for their deportation.

Fear of arbitrary detention and deportation has limited migrant workers’ ability to advocate for legal reforms and better working conditions. “No one wants to take risks in any kind of organising,” Salka said. Most migrant domestic workers who are still with their employers can’t leave the house, so those who can attend events like marches are mostly illegal “runaways”, and thus at risk. “What if we have a candlelight vigil with 20 workers, then police show up and take them? What can we do for them?” Salka asked. “Nothing.”

[TOP PHOTO: An Ethiopian migrant domestic worker holds a child during the annual Migrant Workers’ March, held in Beirut every year on Workers’ Day to advocate for better working conditions and accountability for migrant abuse and deaths. Credit: Anti-Racism Movement]

*Full names withheld for the source’s own safety 

Comment la Turquie infiltre le Liban

Antoine de Lacoste

Dans le monde moderne envahi d’anglicismes (merci à Radio Courtoisie d’être une sentinelle implacable), il y a le soft power et le hard power pour qualifier certains comportements dans le cadre des relations internationales.
Les nouvelles routes de la soie chinoises par exemple constituent une manière pacifique d’étendre sa puissance (soft power). L’invasion de l’Irak par les États-Unis relève bien sûr de la deuxième attitude (hard power).
Toutes les grandes puissances savent alterner les deux stratégies. Notre bon sultan Erdoganpar exemple : guerrier en Libye ou en Syrie, mais pacifique au Liban.

Depuis plusieurs années, la communauté sunnite est ainsi l’objet de toutes les attentions de la part de la Turquie. Un hôpital financé par Ankara doit bientôt être inauguré dans le sud du pays, à Saïda nous apprend par exemple le grand quotidien libanais L’Orient-Le Jour.
Les Turkmènes sont également courtisés. Cette communauté est importante en Syrie et plusieurs milices islamistes présentes dans la province d’Idleb et sous contrôle turc sont composées de Turkmènes. Moins implantés au Liban, ils y comptent toutefois quelques dizaines de milliers de membres et Erdogan leur a proposé de leur accorder la nationalité turque sur simple demande. Près de dix mille d’entre eux ont fait la démarche.
Au fil du temps, l’influence turque se développe et devient agressive. Ainsi, plusieurs rassemblements arméniens (nombreux au Liban) ont fait l’objet de contre-manifestations, drapeaux turcs en tête. Un comble pour ces Arméniens dont beaucoup descendent de rescapés du génocide qui avaient trouvé refuge au pays du cèdre lors du mandat français. Des slogans très menaçants ont été entendus par les médias libanais.

On peut d’ailleurs noter en passant qu’un phénomène similaire s’est passé en France cet été : à Décines, près de Lyon, des manifestants turcs ont perturbé et menacé un grand rassemblement arménien…
La Turquie investit aussi pour l’avenir en offrant notamment des bourses pour des étudiants sunnites.
Politiquement, elle reste encore relativement prudente. Ainsi, le parti libanais affilié aux Frères musulmans (la confrérie islamiste préférée d’Erdogan), Jamaa islamiya, n’est pas officiellement soutenu par Ankara qui préfère développer un réseau plus large. La Turquie a par exemple proposé son aide après l’explosion du 4 août qui a ravagé Beyrouth et Erdogan a vivement critiqué Emmanuel Macron lors de ses déplacements dans la capitale libanaise, l’accusant de vouloir restaurer l’influence coloniale de la France. Quelle ironie quand on se souvient que pendant des siècles toute cette région a subi un joug ottoman qui n’était guère suave…

Erdogan tisse sa toile et entretient des relations personnelles avec plusieurs hommes politiques importants. L’ancien premier ministre sunnite, Saad Hariri, a ainsi été témoin du mariage de la fille d’Erdogan.
L’enjeu est de taille. La Turquie a conquis la Tripolitaine en Libye, occupe la province d’Idleb en Syrie, a des bases militaires et navales au Qatar, en Somalie et tente de spolier le gaz au large de Chypre… Et cela ne fait que commencer. C’est l’occasion pour la France de s’affirmer à nouveau comme la protectrice du Liban.

Comment le Hamas Planifie la Destruction du Liban

par Khaled Abu Toameh

Traduction du texte original: How Hamas Plans to Destroy Lebanon

  • En visite au camp d’Ain al-Hilweh, Haniyeh a déclaré que le Hamas soutenu par l’Iran « possède des missiles pour frapper Tel Aviv et au-delà de Tel Aviv ».
  • Les analystes politiques arabes … pensent que l’Iran est sur le point d’utiliser ses supplétifs, le Hamas et le Hezbollah, contre les Émirats arabes unis, Bahreïn et tous les pays arabes qui établissent des relations avec Israël.
  • « Qui est cet Ismail Haniyeh qui, entouré d’hommes en armes, vient rouler des muscles dans un camp [de réfugiés palestiniens] … Personne au sein du gouvernement ne s’est demandé ce qu’il faisait dans notre pays, ni qui l’avait laissé entrer ? » – Rita Mokbel, une Libanaise, Twitter, 7 septembre 2020.
  • « Le Liban est un État indépendant et non un terrain de jeux pour l’Iran et les Palestiniens. » – Le général libanais Asraf Rifi, Twitter, 7 septembre 2020.
  • « La Syrie a payé un lourd tribut pour avoir défendu le Hamas et d’autres mouvements de résistance ; en remerciement de son soutien, ces mouvements de résistance ont comploté contre la Syrie et participé à sa destruction. C’est ce qu’on enseigne à l’école des Frères musulmans et [du président turc] Erdogan. » – Wiam Wahhab, ancien ministre libanais de l’environnement, Twitter, 7 septembre 2020.
La présence au Liban d’Ismail Haniyeh, le chef du Hamas, a suscité l’indignation. Haniyeh a tenu une série de réunions avec des responsables libanais et palestiniens. Il a également rencontré Hassan Nasrallah, chef du groupe terroriste Hezbollah soutenu par l’Iran. Photo : Haniyeh (chemise bleue), entouré de miliciens armés, défile dans le camp de réfugiés d’Ain al-Hilweh au Liban, le 6 septembre 2020 (photo de Mahmoud Zayyat / AFP via Getty Images)

La présence au Liban du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, a suscité l’indignation. Citoyens et responsables libanais ont été nombreux à exprimer leurs craintes que cette présence soit le prélude d’une nouvelle guerre avec Israël. Une peur qui n’a rien d’injustifié. Les Libanais connaissent les désastres que le Hamas inflige aux Palestiniens de la bande de Gaza chaque fois qu’il tire des roquettes sur Israël. Aujourd’hui, le message des Libanais au Hamas est le suivant : « Lancez des attaques terroristes contre Israël si tel est votre bon plaisir, mais ne le faites pas à partir de notre territoire. Nous refusons d’en payer le prix »

Les Libanais se montrent particulièrement réfractaires à l’idée que des groupes armés palestiniens se réinstallent au Liban. Ils craignent que le Hamas, sur instructions de l’Iran, ne transforme le Liban en rampe de lancement de missiles contre Israël. Les Libanais se souviennent des années 70 et 80 quand l’OLP et d’autres factions armées palestiniennes contrôlaient le Liban et utilisaient son territoire pour lancer des attaques terroristes contre Israël, son voisin du sud.

Haniyeh, qui est actuellement basé au Qatar, est arrivé au Liban début septembre pour une série de réunions avec des responsables libanais et palestiniens. Il a également rencontré Hassan Nasrallah, secrétaire général du groupe terroriste Hezbollah soutenu par l’Iran, et s’est rendu dans le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Hilweh, où il était entouré de dizaines de miliciens armés.

Haniyeh a également participé à une réunion de dirigeants des différentes factions palestiniennes. La réunion a eu lieu par vidéoconférence et Haniyeh s”est adressé à ses homologues depuis un bureau de l’ambassade de l’Autorité palestinienne (AP) à Beyrouth. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a participé lui aussi à la réunion et a été filmé depuis son bureau de Ramallah, la capitale de facto des Palestiniens de Cisjordanie.

Au cours de sa visite du camp palestinien d’Ain al-Hilweh, Haniyeh a déclaréque le Hamas (soutenu par l’Iran) qui règne à Gaza « possède des missiles pour frapper Tel Aviv et au-delà de Tel Aviv ».

A Beyrouth, Haniyeh a aussi rencontré Hassan Nasrallah. Après la réunion, le Hamas et le Hezbollah ont vanté dans une déclaration commune la « stabilité et la solidité de l’axe de la résistance ». Ils ont aussi expliqué que « la force de la relation entre le Hezbollah et le Hamas est basée sur la foi, la fraternité et le djihad (guerre sainte) ». Les deux mouvements terroristes se sont également engagés à « développer des mécanismes de coordination ».

La visite du chef du Hamas a eu lieu au cœur d’une des pires crises de l’histoire du Liban. Après qu’une explosion ait dévasté le port de Beyrouth le 4 août, la colère de la population a été telle que le gouvernement libanais a été contraint de démissionner. L’explosion, qui a tué 200 personnes au moins et blessé 5 000 autres, s’est produite au moment même où le Liban faisait face à l’épidémie de coronavirus – laquelle dure encore – et à une grave crise économique, qui dure encore elle aussi.

Nombre de Libanais sont furieux que leur gouvernement ait autorisé l’entrée de Haniyeh dans le pays. Rita Mokbel, une Libanaise vivant aux Émirats arabes unis a écrit sur Twitter :

« Qui est cet Ismail Haniyeh, qui vient faire étalage de ses muscles au Liban, qui se promène dans les camps [de réfugiés] entouré d’hommes armés et qui annonce qu’il veut libérer la Palestine à partir d’Ain al-Hilweh ? Personne dans notre gouvernement n’a demandé ce qu’il faisait ici ni qui l’a laissé entrer dans notre pays. »

Wiam Wahhab, un ancien ministre libanais de l’environnement, a écrit que Haniyeh n’était « pas le bienvenu » au Liban.

« La Syrie a payé un lourd tribut pour avoir défendu le Hamas et d’autres mouvements de résistance ; en remerciement de son soutien, ces mouvements de résistance ont comploté contre la Syrie et participé à sa destruction. C’est ce qu’on enseigne à l’école des Frères musulmans et [du président turc] Erdogan. Cette visite se produit à un mauvais moment et l’invité n’est pas le bienvenu. »

Le journaliste libanais Mohamad Nimer semble n’avoir pas compris pourquoi « Ismail Haniyeh avait quitté la Palestine ni pourquoi il était venu promouvoir les caractéristiques des missiles du Hamas à Beyrouth. » Le Hezbollah possède déjà des missiles pointés sur Israël a rappelé Nimer. S’adressant au Hamas et au Hezbollah, il a ajouté : « Que vos méfaits prennent en pitié le Liban ».

La visite de Haniyeh et les menaces contre Israël ont suscité les craintes de Fares Souaid, ancien député libanais, quant à un éventuel retour des milices palestiniennes au Liban :

« La menace contre Israël proférée par Ismail Haniyeh à Beyrouth fait resurgir le risque, pour la première fois depuis 1982, d’un retour militaire des Palestiniens [contre Israël] au Liban. Ce risque militaire palestinien met en danger toutes les zones habitées. Le Hamas va-t-il œuvrer au Liban sous couvert du Hezbollah ? »

Richard Kouyoumjian, autre ancien ministre libanais, s’est interrogé sur l’identité des officiels qui ont permis à Haniyeh de menacer Israël depuis le Liban. « Qui lui a donné la permission et le droit de le faire ? » Kouyoumjian a ajouté : « si Haniyeh veut être un héros, il doit agir depuis la bande de Gaza, et pas au Liban. »

Le général libanais Ashraf Rifi a twitté que les menaces de Haniyeh contre Israël ne rendaient pas service à la cause palestinienne. Les armes iraniennes entraîneront la destruction du Liban a-t-il prophétisé.

« L’Iran a transformé la question palestinienne en monnaie d’échange et a aggravé les divisions entre les Palestiniens », a déclaré Rifi.

« Laisser l’Iran devenir maître de la carte palestinienne a été une grave erreur. C’est une erreur encore plus grave de communiquer à l’Iran la carte des camps de réfugiés palestiniens. Le Liban est un État indépendant et pas un terrain de jeux pour l’Iran et les Palestiniens. »

Les dirigeants des partis politiques libanais se sont réunis pour évaluer les retombées de la visite de Haniyeh et de ses menaces contre Israël.

Ces mêmes leaders ont exprimé publiquement leurs craintes « de voir les factions palestiniennes exercer à nouveau un rôle militaire ou sécuritaire au Liban ». Savoir que les chefs des factions palestiniennes s’étaient réunis officiellement au Liban a rappelé aux élus libanais, l’époque où le Liban était sous contrôle des Palestiniens : « La réunion des factions palestiniennes au Liban a rappelé l’ère du ‘Fatah Land’ – l’époque où le Liban n’était qu’un champ de manœuvres pour l’OLP. » (Le Fatah est la plus grande faction palestinienne de l’OLP.)

MENA Media Monitor, un média arabe en ligne spécialisé sur l’analyse des problèmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, estime que les menaces proférées par Haniyeh contre Israël et l’alliance du Hamas et du Hezbollah « représentent un danger mortel pour le Liban ». Il a ajouté que les pratiques terroristes du Hamas ont ruiné la bande de Gaza, et auront le même effet destructeur sur le Liban.

« En plus de son professionnalisme dans la violence, le blanchiment d’argent, le trafic de drogue et les assassinats ciblés, le Hezbollah est devenu expert dans la fermeture des portes à toutes les solutions susceptibles d’empêcher l’effondrement du Liban », analyse MENA.

« La visite de Haniyeh au Liban, et son annonce depuis le sol libanais que le Hamas et son allié, le Hezbollah, travailleront à la fabrication de missiles intelligents à partir du Liban, est un appel à la mise en pièces du Liban, un pays qui aujourd’hui a surtout besoin de la solidarité internationale. Ismail Haniyeh et le Hezbollah mèneront le Liban dans l’enfer d’une guerre qui détruira ce qui reste du pays. »

Pour Walid Choucair, journaliste et éditorialiste libanais, le Hamas et le Hezbollah, à la demande de l’Iran, semblent vouloir utiliser le Liban comme plateforme pour déjouer les accords de normalisation entre Israël et les pays arabes.

Les analystes politiques arabes semblent convaincus que l’Iran a envoyé Haniyeh au Liban pour reprendre en main les camps de réfugiés palestiniens. Les mêmes ajoutent que l’Iran se prépare à utiliser ses supplétifs, le Hamas et le Hezbollah, contre les pays arabes qui ont établi ou cherchent à établir des relations avec Israël, comme les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Ces mêmes analystes prévoient que les Libanais et les Palestiniens paieront chacun un lourd tribut si les camps tombaient entre les mains de l’Iran. Les Libanais et les autres Arabes envoient un message clair : « Nous sommes mortellement malades du Hezbollah et de l’Iran. Autoriser le Hamas au Liban ne fera qu’affaiblir davantage un pays qui a un besoin vital de se reconstruire ».

Khaled Abu Toameh, journaliste basé à Jérusalem, plusieurs fois récompensé, est Shillman Journalism Fellow du Gatestone Institute.


Dans le centre dévasté de Beyrouth, priorité au commerce

À Gemmayzé, Mar Mikhaël ou Quarantina, des quartiers commerçants de Beyrouth, de nombreux propriétaires n’ont pas les moyens de faire réparer leur boutique. Des ONG s’emploient à les aider à rouvrir, pour leur permettre de retrouver un revenu et relancer l’activité économique.

  • Anne-Bénédicte Hoffner, envoyée spéciale à Beyrouth, 
  • le 13/09/2020
Dans le centre dévasté de Beyrouth, priorité au commerce
Des commerçants devant ce qu’’il reste de leur boutique dans le quartier commerçant de Gemmayzé, le 9  septembre.

Dans le quartier de Geitaoui, une enclave populaire au sein du quartier majoritairement chrétien d’Achrafieh, les traces de l’explosion du 4 août restent partout visibles. Si le minuscule salon de coiffure de Georges a retrouvé sa vitrine, il reste beaucoup à faire encore avant de recevoir des clients : les fauteuils, les étagères, les serviettes, même la statue de la Vierge… tout est sens dessus dessous, couvert d’une épaisse couche de poussière et de débris de verre.

→ REPORTAGE. Un mois après l’explosion de Beyrouth, le chantier libanais

Ici, l’association Rise Up Lebanon (« soulève-toi, Liban ») n’est pas encore intervenue. Le 4 août, au soir de l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et une partie de la ville, John Achkar a rendu visite à ses proches et proposé son aide. Il a vu son oncle, le coiffeur, pleurer devant sa boutique : « C’était la septième fois qu’elle était détruite depuis qu’il s’est installé dans les années 1960 », raconte-t-il.

Macron meets Hezbollah

Steven Sahiounie, journalist and political commentator

Lebanon has been faced with political upheavals, and the huge explosion which destroyed the Beirut Port.  Steven Sahiounie of MidEastDiscourse asked a noted expert on Lebanon, Dr. Marwa Osman, to explain the recent visit of French President Macron to Beirut, and what it portends.  

Steven Sahiounie (SS):  Recently, France’s President Macron met with Mohammed Raad of Hezbollah. Do you think France is changing their position on Hezbollah?

Marwa Osman (MO):  I don’t think it is a matter of position, rather a matter of a realistic view to the Lebanese political arena. Who hold the majority in the parliament? Who has the greatest public support in Lebanon? By far, the answer is Hezbollah and its allies. So it would be an absolute waste of time if Macron had decided to bypass the resistance in Lebanon while trying to find a solution to the economic and political deadlock in the country. Mind you, the Americans were not happy about this meeting, as it was the first meeting ever held between any Hezbollah member with a French President, yet this Mohammad Raad is a member of parliament that we are talking about and the head of a Lebanese political bloc that represents along with its allies the majority of the Lebanese parliament, so why wouldn’t he meet with Macron? The confusion is only there because the Americans did not like it because of the Beirut Barracks explosion of 1983 which the resistance never claimed responsibility for anyways.

SS:  Lebanon chose a new Prime Minister on the very day President Macron arrived. Do you think his visit put pressure on the choice?

MO:  Yes, it seems that everyone wanted to save face before Macron arrived because he promised the Lebanese presidency help at the international level in the form of a donors’ conference in October, and for this to take place there has to be a viable Lebanese government in place before then. Add to that the corona virus pandemic and the existential threat of a non-existent economy on the country made it also an emergency to have a government in place asap. Until now there has been no government announced but it was reported by Lebanese media that the current designated Prime Minister is set to provide the presidency with a list of names for his cabinet which should be approved soon.

SS:  Macron has given a deadline to the Lebanese politicians and threatened them with sanctions. Isn’t that interference in Lebanon’s sovereignty?

MO:  That is blatant and clear violation of political norms and international law too. As no state has a unilateral say in what other states can or cannot do. Yes, I do agree that we need anti-corruption plans put in place asap and reforms at the level of the judiciary system and the constitution and that we need to hold all those responsible accountable, but that is strictly a Lebanese internal matter and no other state or head of state has a say or even a right to give his or her opinion about this matter. Our justice system is capable of covering all the anti-corruption cases, we just need a political decision. Better yet, we need to completely remove politics from the judiciary system and that can only happen when we become a full secular state with a “one province electoral law”, which means abolishing the sectarian system of election in the country.

SS:  The tension between the Israeli occupation and Hezbollah is on the highest level since the 2006 war. Do you think “Israel” is preparing for war on Lebanon?

MO:  Israel is always at war with Lebanon, it has always been a case of cessation of hostilities, there never was peace. How can there be peace when the Israeli regime keeps violating our airspace, occupying our land and waters and assassinating our men? Every day we wake up to the sounds of fighter jets in our airspace and all day every day we are constantly harassed with spy drones that keep buzzing so loud it drives us crazy, Israel is always on high alert waiting for the next round to carpet bomb Beirut any chance it gets. However, a full out war is currently out of the question for several reasons. First, Israel knows that the rules of the game have changed especially after the resistance gained great experience from fighting off terrorism in Syria alongside the Syrian Arab army and the Russian army inside Syria. Second, Israel needs full US support to pursue a war on Lebanon and that is not an option at the moment because Trump is indulging himself in pre-elections campaigning that he has not time or desire to cause any damage to his electoral campaign and third the Israeli regime is suffering from high covid19 exposures that would keep its hands tied in the event they risked a war anytime soon.

SS:  After visiting Lebanon, Macron headed for Iraq.  What was the goal of that visit and dose France has designs on the Middle East?

MO:  Macron popping for a visit in Baghdad as the first head of state to visit the Iraqi capital since Prime Minister Mustafa al-Kadhimi took office should not come as a surprise. The French president claimed to back Iraq’s sovereignty all the while his US allies still occupy the country. However, by playing Lawrence of Arabia in Iraq, Macron aims to fill the vacuum left by an isolationist America to boost France’s clout in west Asia. President Macron has seen the vacuum in question as an opportunity. He now acts as if he is Europe’s foreign policy leader by default and thinks that he has to run the show because there is a diplomatic-relations gap in the Western world. However, by trying to court all sides, Macron risks drawing a blank with one of them. Success in Lebanon might burnish his reputation as a consummate negotiator, however, skepticism is brewing about France’s ability to play a leading role in west Asia, where the US, Russia and their allies have traditionally called the shots.


Le port de Beyrouth s’enflamme de nouveau, les Libanais sont catastrophés et lassés

Un nouvel incendie ravage le port de Beyrouth, la capitale du Liban, le 10 septembre 2020

Un nouvel incendie ravage le port de Beyrouth, la capitale du Liban, le 10 septembre 2020   –

On pourrait parler de malédiction : un nouvel incendie, et pas des moindres, continue de ravager ce qui reste du port de Beyrouth, un peu plus d’un mois seulement après la gigantesque et meurtrière explosion qui avait traumatisé les habitants de la capitale du Liban. Plusieurs quartiers riverains ont dû être évacués en urgence jeudi. La Croix-Rouge sur place a indiqué qu’au moins une personne avait été blessée par suffocation.

Le feu qui s’est déclaré à la mi-journée au milieu de la zone franche portuaire n’était toujours pas éteint en soirée, malgré les efforts fournis pendant des heures par la défense civile et l’armée. Les flammes ont jailli d’un entrepôt où étaient stockés des bidons d’huile de moteur et des roues de voiture, une information donnée par les militaires. Le cauchemar s’est renouvelé, de hautes colonnes de fumée noire ont obscurci le ciel de Beyrouth tout au long de la journée.

Hussein Malla/AP

Les raisons qui peuvent expliquer le départ de feu sont encore très incertaines. Le directeur par intérim du port, Bassem al-Kaissi, s’est exprimé brièvement sur une chaîne de télévision locale :

L’incendie a commencé avec les bidons d’huile avant de se propager aux pneus (…) C’est soit à cause de la chaleur soit une erreur, il est encore trop tôt pour le savoir

“On ne peut pas avoir une pause !”

De nombreuses vidéos montrant le nouveau sinistre ont tourné sur les différents réseaux sociaux. Aya Majzoub, une chercheuse libanaise qui travaille notamment pour l’ONG Human Rights Watch, en a posté plusieurs sur son compte Twitter : 
Ce qu’écrit Aya Majzoub dans son tweet témoigne des profondes tristesse et lassitude des habitants de Beyrouth :

Un feu démentiel au port qui provoque la panique partout dans Beyrouth. On ne peut pas avoir une pause !

Deuxième catastrophe à cinq semaines d’intervalle

C’est le 4 août dernier que le port beyrouthin a été totalement ravagé par une violente explosion déjà déclenchée par un incendie ; la déflagration a été provoquée par une quantité impressionnante de nitrate d’ammoniumabandonnée dans un hangar. Plusieurs milliers de maisons et appartements ont été soufflés, la tragédie a fait au moins 190 morts et plus de 6 500 blessés

L’événement n’a fait que renforcer l’exaspération du peuple libanais à l’encontre de la classe politique dirigeante. Inamovibles depuis des décennies, les autorités sont accusées sans cesse de corruption et sont vues comme plus incompétentes les unes que les autres.

Beyrouth : un important incendie s’est à nouveau déclaré sur le port

Un gigantesque incendie s’est déclaré jeudi 10 septembre dans un entrepôt du port de Beyrouth, semant la panique parmi des Libanais encore sous le choc de l’explosion meurtrière et dévastatrice qui a traumatisé la capitale il y a cinq semaines. D’épaisses colonnes de fumée noire sont visibles depuis plusieurs quartiers de la capitale. La Croix-Rouge libanaise a fait état d’une personne blessée par suffocation. L’incident de jeudi est le deuxième en moins d’une semaine dans le port.

Les flammes ont touché un entrepôt où sont stockés des bidons d’huile et des pneus de voiture, a indiqué l’armée libanaise, appelant les habitants à quitter les quartiers environnants. Le feu a pris dans la zone franche du port, où étaient stockés des pneus et des huiles alimentaires par une compagnie importatrice, a déclaré de son côté le directeur par intérim du port, Bassem al-Kaissi, à une chaîne de télévision locale. L’incendie «a commencé avec les bidons d’huile avant de se propager aux pneus», a-t-il ajouté, sans être en mesure d’en préciser l’origine. «C’est soit à cause de la chaleur soit d’une erreur, il est encore trop tôt pour le savoir», a affirmé Bassem al-Kaissi. Des camions de la défense civile ont été dépêchés sur le site de l’incendie, tandis que l’armée a déployé des hélicoptères pour tenter d’éteindre les flammes.
Sur les réseaux sociaux, nombre de vidéos montrent une grande boule de feu et d’épaisses colonnes de fumée noire. Le mot dièse en arabe #PortdeBeyrouth est parmi les plus repris sur Twitter. «Feu démentiel au port, provoquant la panique dans tout Beyrouth. On ne peut pas avoir une pause», a déploré sur Twitter une chercheuse de Human Rights Watch (HRW), Aya Majzoub. L’incident de jeudi est venu rappeler aux Libanais la funeste journée du 4 août, quand une énorme quantité de nitrate d’ammonium stockée dans un entrepôt du port a explosé. Le drame, la tragédie de trop pour des Libanais déjà mis à genoux par une grave crise économique, a fait au moins 190 morts et plus de 6.500 blessés, dévastant des quartiers entiers de Beyrouth.

Informé de la situation depuis la Corse où il est en déplacement, Emmanuel Macron a demandé un point aux armées et aux ambassades, fait savoir l’Élysée. Des moyens sont présents sur place depuis l’aide d’urgence déployée cet été. La France est évidemment prête à répondre aux besoins si nécessaire, précise la présidence.

L’incendie a pris dans un entrepôt de la Croix-Rouge

L’incendie pourrait être dû à un “sabotage” ou un accident, selon le président libanais Michel Aoun

Les pompiers tentent d'éteindre un incendie qui s'est déclaré dans la zone portuaire...
Les pompiers tentent d’éteindre un incendie qui s’est déclaré dans la zone portuaire de Beyrouth, au Liban, le 10 septembre 2020.

BEYROUTH – L’incendie qui s’est déclaré ce jeudi 10 septembre dans le port de Beyrouth a pris dans un entrepôt où la Croix-Rouge stockait de l’aide alimentaire, a annoncé l’organisation internationale qui dit craindre une perturbation de ses opérations humanitaires menées après l’explosion dévastatrice du 4 août.

“L’entrepôt en feu, c’est là où la Croix-Rouge entrepose des milliers de colis alimentaires et un demi-million de litres d’huile (…) Notre opération humanitaire risque d’être sérieusement perturbée”, a indiqué sur Twitter le directeur régional du Comité international de la Croix-Rouge pour le Proche et Moyen-Orient, Fabrizio Carboni.

Par ailleurs, l’incendie pourrait avoir été causé par un acte de “sabotage”, “une erreur technique” ou “une négligence”, a déclaré le président Michel Aoun, ajoutant que les responsables devront rendre des comptes.

“L’incendie d’aujourd’hui pourrait être un acte de sabotage intentionnel, ou le résultat d’une erreur technique (…) ou d’une négligence”, a indiqué le président à l’ouverture d’une réunion du conseil supérieur de Défense. “Dans tous les cas la cause doit être connue le plus rapidement possible et les responsables doivent rendre des comptes”, a-t-il dit, selon le compte Twitter de la présidence.

La crise par ceux qui la vivent,
un mois après l’explosion

À Beyrouth, le 13 août 2020, une image qui reflète l'état d'esprit de la population après l'explosion au port qui a dévasté une partie de la ville, tué au moins 181 personnes et fait plus de 6500 blessés.

Habitantes de Beyrouth, essayiste, femme politique émigrée en France ou journaliste… Tous racontent comment les Libanais vivent un présent qui a basculé dans le tragique en quelques secondes.

TÉMOIGNAGES – “Je me suis rendu compte que le système de corruption est plus grand que l’État”. Le diagnostic du Premier ministre libanais Hassan Diab, dans son discours de démission du 10 août, a fait froid dans le dos et montré l’ampleur du désastre politique que traverse le Liban.

Corruption, “incompétence”, “négligence” de la classe politique… Les Libanais n’avaient pourtant cessé de les dénoncer durant leur “révolution” d’octobre 2019, interrompue en début d’année par le coronavirus et la crise économique.

Depuis l’explosion du 4 août, le gouvernement a démissionné, les autorités libanaises ont ouvert une enquête sur l’accident, l’aide internationale s’organise à l’instigation de la France, un nouveau confinement de deux semaines a été imposé en raison de la hausse des cas de coronavirus, et les manifestations de la colère, parfois sévèrement réprimées, n’ont pas cessé.

Le risque aujourd’hui, c’est la disparition du Liban” a averti le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian,. Est-on vraiment en train d’assister à l’effondrement du pays?

Zeina Attalah et Sabine Melhem, deux jeunes habitantes de Beyrouth, se demandent justement si le Liban a encore un avenir et elles avec. L’ex-dirigeante socialiste franco-libanaise Rita Maalouf a vécu la guerre civile et l’explosion l’a replongée dans le traumatisme des tirs et des bombes. Lina Hawchar-Zahab a manifesté pour changer les choses au moment de la “révolution” d’octobre et, comme beaucoup, la confiance qu’elle a en Emmanuel Macron est désormais le seul horizon de son espoir.

Habitants de Beyrouth ; tous racontent  l’apocalypse qu’ils vivent depuis un mois et disent, au moment où le Président français revient à Beyrouth comme il l’avait promis le 6 août, s’il y a encore quelqu’un pour sauver le Liban.

Une apocalypse qui rappelle les traumatismes de la guerre civile

Exilée en France à cause de la guerre civile, Rita Maalouf était sur place au moment de l’explosion et a livré un témoignage édifiant: “Je suis saisie par le désastre. La ville a été littéralement soufflée.” Elle aide des blessés puis parvient péniblement chez elle mais son immeuble est dévasté. “Le salon donne dans le vide avec une vue sur le port de Beyrouth complètement en ruine, là où mon père travaillait. Je pense à la guerre et à son cortège de destructions qui se sont succédé, réveillant en moi les traumatismes des années 1975 à 89.” Alors la France reste une nouvelle fois la seule issue de secours: “Je veux, à toute fin, pour des raisons un peu hors du temps, récupérer mon passeport français.” Et de conclure: “Nous sommes à un tournant de l’Histoire du Liban. Cela passe par un changement radical. Une nouvelle constitution peut-être?”

Une situation jamais connue: “On ne sait pas si on va pouvoir surmonter ça” 

Ironiquement, 2020 est une date anniversaire: celle du centenaire de la création du Liban moderne. Et durant les nombreuses épreuves qui ont jalonné son Histoire, le peuple libanais a montré une constante: ne jamais compter sur le gouvernement, comme l’explique Joëlle Bassoul dans la vidéo ci-dessous. “On a l’habitude, nous les Libanais, de ne pas compter sur les autorités ni sur le gouvernement du pays qui est complètement incapable. J’ai plein d’amis qui m’appellent pour me donner un coup de main pour déblayer, pour enlever le verre cassé. La solidarité se met en place. On a appris à le faire pendant de longues années de guerre.” https://www.dailymotion.com/embed/video/x7veso5

Elle a beau avoir connu la guerre civile, Joëlle Bassoul s’inquiète d’une situation inédite que le pays à genoux ne pourra peut-être pas, cette fois, encaisser: 

“Ce que je crains surtout, c’est une situation qu’on n’a jamais connue. Cette fois-ci ce n’est pas la guerre, on a eu plusieurs moments de crise économique, puis le coronavirus, plusieurs personnes avaient déjà perdu leur emploi, travaillaient à mi-temps, étaient payées la moitié de leur salaire, avaient perdu leur pouvoir d’achat. Et là en perdant tout le reste, le toit qu’ils avaient sur la tête, plein de petites boutiques qui ont été soufflées, je ne sais pas comment on va faire pour avoir la puissance financière pour se remettre sur pied.”

Une angoisse que partage Zeina Attalah, interviewée au sein de ce même reportage: “La pauvreté touche presque tout le monde”, “on ne sait pas comment on va pouvoir surmonter tout ça financièrement, mentalement, sanitairement. On ne sait pas”. “Les Libanais ne peuvent plus supporter ce qui se passe”, résume finalement Sabine Melhem

Perdre son habitat en une seconde, c’est perdre une partie de son âme

Pour mieux comprendre les Libanais meurtris, Le HuffPost a demandé au psychologue clinicien et psychanalyste Joseph Agostini de décrire à quoi peut ressembler le vécu d’habitants frappés par un traumatisme aussi foudroyant et qui touche à leur habitat, c’est-à-dire à leur intimité. 

“Perdre son habitat, ne plus avoir ce repère fondamental dans son existence, est en soi un profond traumatisme. Mais le perdre dans cette instantanéité de la catastrophe, d’une seconde à l’autre, renforce le vécu d’anéantissement de façon considérable. Pour tenter de comprendre le ressenti de cette population libanaise en errance, il faut penser en termes d’effraction et d’émiettement. La perception de soi est bien souvent altérée. On ne distingue plus son monde psychique et le paysage dévasté.”

Pour s’en sortir, il va falloir pleurer, hurler, mais surtout mettre des mots sur la cruauté du réel et trouver une écoute: “survivre, c’est maintenir vivante sa capacité de penser, malgré l’horreur du réel, malgré son caractère abominable et impossible.”

> Lire l’intégralité de l’analyse du psy Joseph Agostini: “Quel choc vit-on quand son chez-soi est détruit soudainement?

Macron “sauveur” ou “imposteur”?

Lina Hawchar-Zahab, directrice de banque et femme engagée de la société civile, a participé à la “révolution” d’octobre. Mais la crise économique, le coronavirus et la classe politique qui a fait la sourde oreille ont étouffé la révolte et ses espoirs. “Depuis la révolution d’octobre, où nous avons marché main dans la main, nous nous sentons trahis. Nous étouffons sous le poids d’une situation économique irrespirable, le dollar trop cher, tous les prix ont augmenté au moins par trois, jusqu’à six fois, la viande n’est plus au menu pour beaucoup de mes compatriotes… Nous ne demandons pas la lune, nous demandons à vivre dignement, à être respectés et entendus par nos dirigeants. Hélas ce n’est pas le cas.”

Vers qui se tourner quand on a tout essayé? Les Libanais semblent sans recours et cela a sans doute joué en faveur d’Emmanuel Macron, que certains ont accueilli dans les rues de Beyrouth aux cris de “Vous êtes notre seul espoir!”. Lina Hawchar-Zahab confirme: “La classe politique toute entière, et depuis trop d’années, est responsable des dégâts sociaux dramatiques, des tragédies familiales et des naufrages économiques que nous subissons. La France est le grand frère du pays, et sans nécessairement souhaiter son retour au Liban, nous sommes convaincus que nous ne sommes rien sans elle.” 

> Lire le témoignage de Lina Hawchar-Zahab: “Quand il a pris dans ses bras une Libanaise de Beyrouth, c’est tout le pays que le Président Macron a réconforté”

Le neveu de Lina Hawchar-Zahab, Jad Zahab, franco-libanais installé en France mais dont quasiment toute la famille vit au Liban, a aussi témoigné en ce sens. Il a scruté les réseaux sociaux pour prendre la température des esprits et constaté que ”#LePèreDeTous” était le hashtag massivement utilisé par les twittos pour parler de Macron lors de sa visite du 6 août. Pour lui, “jamais un allié n’avait aussi clairement adressé aux autorités libanaises un tel ultimatum.”

Si beaucoup en France ont taxé le comportement du Président français d’ingérence ou de post-colonialisme, Jad Zahab ne l’interprète pas de cette manière: “Par ces images, c’est à tous ceux qui seraient tentés de déstabiliser le pays, c’est-à-dire ces puissances régionales comme l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Iran ou même la Chine que la France parle. Dans un pays où le confessionnalisme prend en otage depuis trop longtemps les intérêts publics, la visite présidentielle coïncide avec l’émergence d’une aspiration inédite au pays du cèdre: cette catastrophe humaine a réveillé l’élan démocratique des manifestations de l’automne.” 

Pour lui, la relation franco-libanaise se résume ainsi: “La France, en prenant un leadership assumé, dans l’amitié, la fraternité mais l’exigence, pourrait rendre aux Libanais le plus beau service qui soit: la maîtrise de leur destin.”

> Lire l’intégralité de l’analyse de Jad Zahab, essayiste franco-libanais: “Macron, #LePèreDeTous au Liban: jamais un allié n’avait adressé un tel ultimatum aux autorités”

Un mois après, la grande dépression collective

Dans quel état Emmanuel Macron va-t-il retrouver le Liban ce 1er septembre, lui qui a promis à la population libanaise “un nouveau pacte politique”? La journaliste Rym Momtaz, correspondante en France de Politico et spécialiste du Moyen-Orient, a grandi au Liban et sa famille vit toujours à Beyrouth. Elle décrit des “conditions de vie qui ne font que s’écrouler”: “Le Liban est en hyperinflation, tout est devenu hors de prix. Il y a une augmentation de la délinquance, certains sont obligés de voler des couches-culottes dans des pharmacies. D’autres encore plus désespérés se suicident dans la rue pour fuir la honte de ne plus pouvoir nourrir leurs enfants.”

Face à un présent tragique et à un avenir en suspens, “les parents encouragent leurs enfants adultes à émigrer”. Rym Momtaz explique que si une partie des Libanais a appelé Macron au secours, “très vite après la visite du Président, beaucoup ont aussi senti une désillusion, quand les tractations politiques entre le Président français et les partis politiques au pouvoir ont continué et quand il est devenu clair que le prochain Premier ministre serait un des leurs”.

“Parmi ceux qui sont déçus par le système” continue Rym Momtaz, “leurs désillusions touchent aussi la communauté internationale qu’ils soupçonnent toujours de faire des accords géopolitiques régionaux à leurs dépens.” 

“Il y a une certaine fatalité à être Libanais” finit-elle. Quant à la possibilité d’un nouveau départ, il est d’après elle encore “trop tôt” pour le savoir.

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Liban, un mois après: “une partie de la population sombre dans une dépression collective”

Rym Momtaz, correspondante de Politico en France, a grandi au Liban et sa famille vit à Beyrouth. Elle décrit des conditions de vie sur place qui n’en finissent pas de s’écrouler.

Makhoul Mohammad al-Hamad, 43 ans, regarde depuis son appartement le port détruit avec dans ses bras...
Makhoul Mohammad al-Hamad, 43 ans, regarde depuis son appartement le port détruit avec dans ses bras sa fille de 6 ans Sama, le 16 août 2020.

INTERNATIONAL – Il avait promis de revenir le 1er septembre, il le fait. Emmanuel Macron est de retour au Liban, lui qui avait parlé à la population le 6 août d’“un nouveau pacte politique” et quelque peu tancé le gouvernement libanais dans une visite aux accents providentiels. Dans son sillage, Jean-Yves Le Drian a récemment averti: “Le risque aujourd’hui, c’est la disparition du Liban”. Un mois après l’explosion dramatique du 4 août, le pays semble toujours KO debout.

“Les conditions de vie au Liban ne font que s’écrouler.” C’est ce que constate Rym Momtaz, correspondante en France de Politico et spécialiste du Moyen-Orient. Chargée de suivre la politique européenne et étrangère de la France, elle couvre le voyage du Président français au Liban ce 1er septembre. Rym Momtaz raconte au HuffPost la “dépression collective” qui touche une population qui a déjà trop souffert et décrit une classe politique qui fera tout pour garder le pouvoir. L’avenir du Liban est en suspens. 

Le HuffPost: Quelles sont les conditions de vie sur place un mois après? 

Elles ne font que s’écrouler. Depuis des mois, la livre libanaise a subi une dépréciation extrême, le Liban est en hyperinflation, tout est devenu hors de prix. Des familles qui étaient de classe moyenne aisée se retrouvent aujourd’hui à devoir rationner leur consommation de viande par exemple. Il y a une augmentation de la délinquance, ceux qui sont encore moins fortunés sont obligés de voler des couches-culottes dans des pharmacies, ou d’autres encore plus désespérés se suicident dans la rue pour fuir la honte de ne plus pouvoir nourrir leurs enfants. 

Les parents encouragent leurs enfants adultes à émigrer.

 
Que ressentent les Libanais et comment voient-ils l’avenir? Comment ce choc est-il vécu en comparaison de précédents traumatismes, notamment la guerre civile?

Une grande partie de la population libanaise sombre dans une dépression collective sous le coup des crises successives financière, sociale, économique, sanitaire, sécuritaire et politique. Les parents encouragent leurs enfants adultes à émigrer, et les jeunes parents sont tiraillés entre un choix impossible: quitter leur pays et leur famille pour aller trouver un avenir meilleur ou rester et continuer de mourir à petit feu.

L’explosion du port de Beyrouth a été un traumatisme sans précédent, même pour une population qui a vécu plusieurs grandes crises et conflits, à cause de l’ampleur des dégâts dans la capitale, du jamais vu dans un incident unique, et le fait que -jusqu’à présent- il semble que les responsables politiques supposés gouverner et préserver le pays soient responsables de l’explosion. Ceci dit, il y a une autre partie de la population libanaise qui reste satisfaite du système politique en place.

Très vite après la visite du Président Macron, beaucoup ont senti une désillusion.

Une partie de la population libanaise (francophone) semble avoir accueilli Macron lors de sa visite comme un “sauveur” ou un “protecteur historique”. D’autres ont pu ressentir une forme d’ingérence, comme l’a expliqué à Mediapart le politiste Jamil Mouawad

Effectivement une partie de la population libanaise a demandé au Président Macron de les aider à se débarrasser de la classe politique et de les sauver de ce qu’ils perçoivent comme leur corruption et leur incompétence. Mais très vite, après sa dernière visite, beaucoup ont aussi senti une désillusion et une déception quand les tractations politiques entre le président français et les partis politiques au pouvoir ont continué et quand il est devenu clair que le prochain Premier ministre serait un des leurs. Le président français pour sa part répète qu’il ne fait aucune ingérence et qu’il doit dialoguer avec les responsables politiques libanais qui ont été élus au parlement. 

Ce qu’il s’est passé ressemble à une apocalypse, c’est-à-dire une catastrophe et, étymologiquement, une “révélation”. Cette tragédie a en effet révélé au grand jour ce que le peuple libanais dénonçait depuis longtemps: l’incompétence, la négligence et la corruption de la classe politique. Pensez-vous que cela puisse être le point de bascule vers un nouveau Liban? Une sorte de Liban année zéro? 

Il est très difficile et trop tôt pour pouvoir répondre sérieusement à cette question. Il est clair que les partis politiques s’accrochent et comptent faire tout ce qu’il faut pour garder leur emprise sur le pouvoir. Et jusqu’à maintenant, les formations politiques qui ont émergé des manifestations restent divisées et n’ont pas su former un bloc politique qui puisse peser. Parce que le système est verrouillé mais aussi à cause de leurs propres divisions.

Il y a une certaine fatalité à être Libanais.


Les Libanais ont-ils confiance en la communauté internationale et la conférence des donateurs? Ou pensent-ils, après tant d’épreuves, qu’ils resteront définitivement au carrefour dangereux de “l’Orient compliqué”?

Il y a une certaine fatalité à être Libanais, ce pays où tant de tensions géopolitiques s’affrontent depuis des décennies. Où un pays comme l’Iran finance et arme à gogo un parti politique mieux armé que l’armée libanaise, qui continue de mener des guerres en Syrie et au Yémen ainsi qu’avec Israël, sans demander l’avis des autres composantes libanaises. Parmi ceux qui sont déçus par le système, leurs désillusions touchent aussi la communauté internationale qu’ils soupçonnent toujours de faire des accords géopolitiques régionaux à leurs dépens. 

Leadership de Macron au Liban: action éthique ou vol du rôle de l’ONU?

Le retour de Macron le 1er septembre au Liban devrait être l’occasion de réaffirmer le rôle déterminant de la France dans sa reconstruction, mais aussi dans sa réforme politique et institutionnelle.

“Dès le lendemain du drame, la France avait ouvert un pont aérien et maritime et fait parvenir plusieurs centaines de tonnes d’aide médicale et alimentaire.” Sur la photo, Emmanuel Macron dans les rues de Beyrouth le 6 août 2020.

Quelques jours après l’explosion dévastatrice du 4 août à Beyrouth, Emmanuel Macron se rendait sur place pour témoigner de l’amitié franco-libanaise. Dès le lendemain du drame, la France avait ouvert un pont aérien et maritime et fait parvenir plusieurs centaines de tonnes d’aide médicale et alimentaire. Depuis, le Président français n’a de cesse de mobiliser la communauté internationale pour réunir aides financières et soutiens logistiques, prenant incontestablement le leadership mondial dans le dossier libanais. Sa prochaine visite au pays du Cèdre, le 1er septembre, devrait être l’occasion de réaffirmer le rôle déterminant de la France dans la reconstruction du pays, mais également la place décisive qu’elle entend occuper dans la réforme politique et institutionnelle du Liban. La classe politique libanaise est en effet accusée de corruption, à tel point que l’État est jugé failli. Le soutien de la France éveille dès lors chez certains l’espoir d’une renaissance libanaise. D’autres voix, reprochant au Président Macron la posture du sauveur, fustigent une ingérence française dans les affaires libanaises là où devrait intervenir la communauté internationale. 

L’action actuelle de la France, qui initie et préside activement les réunions internationales consacrées à la situation libanaise et veut constituer un moteur dans la réflexion sur l’avenir du pays, n’est pas critiquable du point de vue du droit international. Le Conseil de sécurité des Nations Unies est en effet paralysé depuis plusieurs mois du fait de la dégradation des relations entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Les considérations élémentaires d’humanité imposaient dès lors qu’un ou plusieurs États décident de coordonner une réponse internationale pour faire face à la tragédie qui s’abat sur le pays. Seule une initiative étatique était à même de mobiliser la communauté internationale, et l’action de la France, soutenue par une Organisation des Nations Uniesréduite à un rôle d’observateur, a sur ce plan porté ses fruits.

Le procédé n’est pas inédit, l’action de la France s’inscrivant dans une longue histoire juridique et diplomatique avec le Liban. Dès la chute de l’Empire Ottoman après la première guerre mondiale, la Société des nations, ancêtre de l’Organisation des Nations Unies, avait confié à la France le mandat de créer un État multiconfessionnel dans la région. Après vingt-trois ans de protectorat français, l’État libanais indépendant vit le jour en 1943. La tradition de soutien de la France à sa principale zone d’influence au Levant, y compris à la tribune des Nations Unies, ne fut jamais démentie. Dans les années 1980, François Mitterrand fut moteur dans la création et le déploiement de la Force multinationale dépêchée à Beyrouth pour tenter d’éviter un bain de sang. Jacques Chirac ne ménagea pas ses efforts pour obtenir une résolution 1559 du Conseil de sécurité, qui réaffirma en 2004 la souveraineté et l’indépendance du Liban et ordonna le retrait des troupes syriennes sur son sol. C’est également à sa demande qu’une enquête internationale fut initiée par l’ONU en 2005, au lendemain de l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, de sorte que l’observation d’une journée de deuil national au Liban le jour des obsèques de l’ancien Président français n’a pas étonné. Les Présidents français ont donc toujours porté les intérêts libanais auprès des organisations internationales et des Nations Unies en particulier, ce qui justifie la prise de leadershipd’Emmanuel Macron. 

Surtout, la mobilisation de la France pour porter assistance au Liban répond à une demande officielle du gouvernement libanais, comme l’a indiqué le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian au lendemain de la catastrophe. En droit international, l’existence d’une telle demande démontre que la souveraineté du Liban, qui a requis l’aide française, est parfaitement respectée. Les propos d’Emmanuel Macron sur la réforme institutionnelle du pays, qui dépassent le cadre du drame du 4 août, ont certes pu interroger. Le Président libanais Michel Aoun a cependant déclaré lui-même qu’il ne considérait pas l’intervention française, ni même ses positions très critiques quant à la gouvernance du pays, comme une ingérence. https://tpc.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Comme tout positionnement sur la scène internationale, le leadership français sert ici des intérêts diplomatiques, et l’on peut douter que seuls des motifs humanitaires guident son action. L’on pense par exemple à l’importance qu’il y a, pour la France, à se présenter comme un allié incontournable du Liban face à une Chine désireuse de s’implanter dans la région et susceptible de financer une reconstruction, ou à une Turquie intéressée par les ressources pétrolières du pays et cherchant à y renforcer son influence. Le Président français saisit aussi l’occasion dramatique pour raviver l’amitié qui unit les deux peuples, à des fins en partie géopolitiques. Il n’en demeure pas moins qu’il s’appuie sur un discours éthique et s’inscrit dans une démarche qui l’est incontestablement, d’autant que cette ingérence de la France consiste à réclamer davantage de transparence et des moyens de lutter contre la corruption des autorités libanaises. On se situe donc bien sur le plan de l’éthique publique, et qui pourrait le reprocher? C’est l’une des raisons pour lesquelles le discours français semble globalement plébiscité au Liban. 

En définitive, le positionnement de la France illustre la possibilité de combiner une stratégie diplomatique avec une exigence éthique: les deux notions ne s’opposent pas par nature. Plus encore, l’éthique peut servir un intérêt géopolitique plus vaste. Elle peut, comme dans le cas présent, servir à guider l’action diplomatique, sans exclure la poursuite d’intérêts géostratégiques. Pour autant, il serait toutefois souhaitable que la communauté internationale surmonte ce statu quo peu satisfaisant. L’éthique ne doit pas rester un levier ponctuel d’action internationale, à la faveur de l’alignement de considérations humanitaires, économiques et géopolitiques. L’enjeu éthique doit désormais guider de manière systémique la diplomatie mondiale. Pour cela, un multilatéralisme plus éthique doit être promu, par l’institution d’une culture de l’éthique de la décision publique internationale et la création d’organes la promouvant au niveau mondial. La France pourrait profiter du leadership qu’elle exerce aujourd’hui pour peser sur cette transformation globale, par des propositions aux Nations Unies et au sein des fora intergouvernementaux (G7, G20) où sa parole est toujours écoutée.

Pour aller plus loin sur le sujet, lire: Pour un multilatéralisme plus éthique?

L’armée française occupe Beyrouth

L'armée française occupe Beyrouth

Les camions de l’armée française qui se déplacent partout dans le port de Beyrouth ont suscité la réaction des internautes libanais sur les réseaux sociaux.

En réaction à une vidéo, publiée jeudi 28 août, qui montre la circulation des camions de l’armée française sur le port de Beyrouth, certains internautes libanais ont assimilé cette scène à l’occupation du Liban par la France pendant le dernier siècle.

La vidéo montre les camions militaires de la France transporter des groupes de journalistes étrangers vers les zones du port de Beyrouth auxquelles non seulement le public mais les forces de l’armée libanaise et les effectifs de la police n’ont non plus l’accès.

En colère, un citoyen libanais a écrit dans tweet : « C’est une scène horrible ! L’absurdité de cette scène traduit la situation effrayante qui nous attend. Des journalistes étrangers au bord des camions militaires français…où sont les forces de l’armée ou de la sécurité du Liban ? »

« Qu’est-ce qui se passe ? On est retourné à il y a 1000 ans ? », a-t-on lu dans un autre tweet.

L’armée française a déployé plus de 700 militaires dans la capitale libanaise sous prétexte de vouloir aider le Liban, après l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth.

Dans une telle conjoncture où le Liban a un besoin urgent d’assistance pour survivre à la crise qu’a causée la double explosion dévastatrice au port de Beyrouth, les États-Unis et la France interposée cherchent à instrumentaliser leurs aides pour atteindre leurs objectifs.

Dans la foulée, un document consulté par Reuters, qui liste des mesures à prendre pour l’avenir du Liban, a été remis par l’ambassadeur de France aux dirigeants du pays, à une semaine de la visite à Beyrouth du président français Emmanuel Macron.

Ce texte de deux pages évoque notamment un audit de la banque centrale, la nomination d’un gouvernement provisoire en mesure de mettre en œuvre en urgence des réformes et d’organiser des élections législatives anticipées dans un délai d’un an.

Ce document remis au président Michel Aoun et au président de la Chambre des députés Nabih Berri « reprend l’essentiel des propositions qui étaient déjà faites dans le cadre du Cèdre et du Groupe international de soutien au Liban du 11 décembre 2019 », a commenté jeudi 27 août une source à la présidence de la République française.

« La priorité doit aller à la formation rapide d’un gouvernement pour éviter un vide du pouvoir qui laisserait le Liban s’enfoncer davantage dans la crise », peut-on lire dans le document.

Il cite quatre domaines nécessitant des mesures d’urgence : l’aide humanitaire et la réponse à la pandémie de COVID-19 ; la reconstruction après la catastrophe du 4 août ; les réformes politiques et économiques et enfin les élections législatives anticipées.

Emmanuel Macron, qui s’est rendu à Beyrouth deux jours après la catastrophe, doit y retourner mardi prochain 1er septembre.

Selon le quotidien libanais al-Binaa, « le Liban ne pourra avoir accès aux aides financières et internationales avant que ses hommes d’État mettent en application les mesures réclamées par Emmanuel Macron ».

D’après des sources françaises, « la clause concernant les élections législatives prématurées dans le document est en effet la condition posée par les Américains en échange de soutenir les agissements de Macron au Liban ».

Manifestations ; femmes en première ligne

Le début de l’histoire c’est une nana bien souple qui refile un coup de pied dans les couilles à un garde du corps du président.

"Nous, le peuple, sommes la ligne rouge"
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Les images d’une jeune femme donnant un coup de pied dans l’entrejambe d’un garde armé, à Beyrouth, ont fait le tour du monde. Cette Libanaise anonyme incarne désormais la révolte qui gronde depuis près d’une semaine contre la corruption et les mesures fiscales au pays du cèdre. Au premier rang des manifestations : les femmes. 

L’incident s’est produit dans la nuit du 18 au 19 octobre lors d’une confrontation entre des manifestants et le convoi du ministre de l’Education Akram Chehayeb, dans le centre-ville de Beyrouth. L’un des gardes du corps sort de la voiture du ministre et tire en l’air avec un fusil d’assaut, attisant la colère des protestataires. Tandis qu’un autre garde du corps pointe à son tour son fusil en l’air, une jeune femme lui assène un coup de pied qui lui coupe le souffle. Une réaction inédite dans un pays où, “d’habitude, les femmes n’agissent pas,” dit Marina, une manifestante de 25 ans.

Pour beaucoup de Libanais, la jeune rebelle de la video incarne la colère qui les pousse à descendre dans la rue  depuis plusieurs jours pour protester contre la corruption et des augmentations de taxes. “Quand ils volent ton argent, corrompent ton pays et pointent une mitrailleuse sur toi, tu leur donnes un coup de pied à l’entrejambe“.

Tandis que la courte video fait le tour du monde, au Liban, la mobilisation prend de l’ampleur et vire à la révolte populaire malgré les mesures annoncées à la hâte par un gouvernement pris de panique. Les Libanais protestent par milliers, appellant à réformer le système confessionnel et à la démission des dirigeants politiques, quasi inchangés depuis des années. C’est ce que dénonçait, il y a dix ans déjà,   Deborah Pharès, qui est censurée.

Si son identité reste inconnue, celle que l’on appelle la “Marianne libanaise” est aussi comparée à la “Reine Nubienne”, devenue icône des manifestations qui ont conduit à la destitution du président Omar el-Béchir au Soudan en avril. Sur une video, on la voyait tout de blanc vêtue, haranguer les protestataires en chantant des slogans rythmés. 


Ce 21 octobre, Soudanaises et Libanaises exprimaient sur des banderoles leur solidarité et leur soutien mutuel :


Dans la société libanaise régie par le patriarcat, de nombreuses  manifestantes se sont dites inspirées par la jeune femme qui frappe aux couilles, devenue une nouvelle icône. “Elle était en colère et l’a exprimé en agissant, pas seulement en parlant“, remarque Marina. Hannah, 24 ans, se sent désormais encouragée à se battre contre “une société patriarcale” : “Nous ne devrions pas avoir peur de frapper un homme, nous ne devrions pas avoir peur d’eux, confie-t-elle. Il est temps de montrer notre force“.  Une autre internaute se félicite de voir que “nos femmes ne font pas que botter des fesses, elles frappent aussi des hommes armés“. En plus seront des mâles châtrés qui ont tant de mal à être viril. Et rien ne justifie d’avoir peur d’un homme car ils sont limités en intelligence et en en force. Le cerveau ne sert qu’à répéter des choses entendues très bêtement et le relais des pensassions qui développent l’intelligence c’est le prépuce qui est parti dans le couscous. L’homme seul est plus proche de la limace que du lion… celui qui se prend pour un lion, bien que sans les griffes est faible d’esprit car c’est un mythomane… l’homme est faible sans sa maman, quand il fait trop froid ou qu’il fait très chaud… On le paye très cher pour courir après un ballon car l’homme fatigué se contente de le regarder à la télé ! Alors mesdames ne vous gênez pas avec ces abrutis dont la secte traite les femmes comme de la merde… parce qu’ils ont peur des femmes !

C’est la première fois que l’on voit une jeune femme réellement employer la force physique contre un homme. Et pas seulement le rappeler à l’orde d’un coup de canne, confirme l’autrice franco-libanaise Sheryn Kay. Elle incarne parfaitement l’état d’esprit des jeunes de ce pays : fini l’ordre établi, l’heure du changement est arrivée“.

Les Libanaises expriment une colère décuplée par la pérennité de lois patriarcales qui bafouent leurs droits. Elles sont très nombreuses à descendre dans la rue. “Dans certaines villes, elles sont même majoritaires, comme à Byblos. Jeunes, âgées, voilées, tatouées… Il y a de tout, témoigne Sheryn Kay, mère célibataire de trois filles qui, elles aussi, manifestent.  Tout le monde est uni, pour la première fois depuis longtemps, pour la liberté. Depuis que le gouvernement a gelé les transactions en dollars, les Libanais ont le sentiment que tout va s’écrouler, que les caciques vont partir en abandonnant le pays. Ils se sentent piégés.”

Face aux forces de l’ordre, les femmes sont en première ligne, fortes de la conviction que la plupart des hommes armés n’oseraient pas s’en prendre à elles. Certaines n’hésitent pas à les interpeler, les exhortant à les soutenir, comme cette femme voilée ; “Vous êtes le peuple ! On attend de vous que vous réagissiez ! Vous n’avez pas le droit de tirer un obus sur Israël, mais vous avez le droit de lever les armes sur votre peuple ? Je pourrais être ta mère !” lui dit-elle. Le jeune homme reste impassible, visiblement émue, puis il se penche vers elle et l’embrasse sur la tête. Comme s’il était d’accord, mais ne s’était pas encore résolu à passer du côté de la révolte… 


FEMMES : RÉSISTER AUTREMENT

Des Palestiniennes s'exercent au yoga pour mieux résister au stress de l'occupation israélienne

Faire du yoga en Palestine, se dénuder au Cambodge, faire la grève du sexe au Togo, les femmes inventent sans cesse de nouveaux modes de résistance, pour faire avancer leurs droits, ceux de leurs compagnons, et pour l’humanité entière. La victoire pourrait venir des femmes… avec une belle humiliation pour les hommes qui se croient supérieurs !


Au-delà du ras-le-bol général, beaucoup de Libanaises manifestent leur colère de ne pas avoir les mêmes droits que les hommes. “Ici, une femme ne peut pas transmettre sa nationalité à ses enfants. Il faut à tout prix un père pour régulariser les papiers d’identité de l’enfant, par exemple,  quitte à pratiquer des tests ADN. Une femme n’a pas non plus le droit d’ouvrir un compte en banque à son enfant,” déplore Sheryn Kay. Face au travail non plus, les jeunes filles ne sont pas égales : “Beaucoup sont diplômées, cultivées, mais elles ne se font recaler au moment de l’embauche, surtout dans le publicEt quand bien même elles passent cette étape, c’est pour gagner moins qu’un homme. Sans compter le droit de cuissage, qui reste très répandu,

Dans ce pays, rien ni personne ne représente
ni ne protège les femmes.


Sheryn Kay, autrice franco-libanaise

Aux yeux du monde, les Libanaises peuvent paraître émancipées, mais ce ne sont que des apparences, explique Sheryn Kay : “Rien ni personne ne représente ni ne protège les femmes dans ce pays, en aucun droit, si ce n’est la tutelle d’un père, d’un frère, d’un oncle ou d’un mari.” En d’autres mots, la femme, au Liban, a les droits que son mari veut bien lui donner, et ce quels que soient sa confession religieuse et son milieu social. “Et si elle veut divorcer, qu’elle soit musulmane, druze ou chrétienne, son mari la renvoie chez ses parents avec 50 dollars par moisAlors oui, les femmes n’agissent pas, car ce n’est pas dans leur intérêt.

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Dans ces conditions, difficile de voir émerger une personnalité féminine phare, qui mobiliserait la société pour faire avancer les droits des femmes. “Pourtant, il y a des élues, des juges femmes, mais elles sont davantage attachée à leur côterie qu’à la défense des autres femmes,“.
L’écrivaine franco-libanaise, a écrit un livre sur le plaisir féminin, publié en mars 2019 à Paris, mais au Liban, elle n’a pas le droit d’en parler, pas le droit de le lire. Elle risquerait la prison pour atteinte aux moeurs du pays. “Ecrire, cela reste possible, mais les mots et les desssins, nonQuand j’ai voulu enregistrer un livre audio de mon récit, le studio que j’avais choisi – un grand studio, qui travaille avec de grands artistes – a refusé d’enregistrer le texte tel quel. J’aurais dû enlever les phrases explicites.” Sheryn Kay a dû renoncer à son projet de livre audio. Le plaisir féminin, au Liban, reste le tabou des tabous. 

Pourquoi cette insurrection ?

Beyrouth, le 20 octobre 2019.<br data-src=

Quelle est cette insurrection qui semble brusquement enflammer le Liban ?

Si l’on s’en tient aux apparences, elle éclate ce jeudi 17 octobre au soir pour un motif qui peut sembler futile : l’annonce de nouvelles taxes sur les cigarettes, l’essence, et surtout sur les appels effectués par l’application Whatsapp. Très utilisée au Liban où le coût de la téléphonie mobile libanaise est particulièrement élevé, elle en était jusqu’alors exempte.

Des centaines d’habitants de Beyrouth convergent alors spontanément vers le centre-ville, quartier des ministères et du gouvernement. D’autres regroupements se produisent dans la banlieue sud, ou d’autres régions du pays. Les manifestants brandissent des drapeaux libanais, chantent l’hymne national, brûlant parfois des pneus et coupant des routes

.Le coup de pied devenu célèbre.<br data-src=

À Beyrouth, le garde du corps d’un ministre dont le convoi se trouve bloqué par les manifestants a la fâcheuse idée de tirer en l’air avec son fusil d’assaut. Le ministre stoppe son ardeur mais l’incident fait monter d’un cran l’exaspération de la foule.

Un second garde du corps s’apprête à imiter son collègue lorsqu’une femme lui lance un coup de pied dans l’entre-jambe. La vidéo de l’incident est immédiatement partagée sur les réseaux sociaux. La jeune femme devient en quelques heures une héroïne.

Le gouvernement de Saad Hariri annonce dans la soirée l’annulation de la taxe sur les communications par Whatsapp mais il est trop tard. L’incendie s’est propagé en une insurrection contre la classe politique et les manifestants scandent désormais par milliers « Le peuple veut la chute du régime » et « Révolution ! ».

Le lendemain, vendredi 18 octobre, une foule plus considérable, hétéroclite et croissante, se regroupe dans le centre-ville de Beyrouth. Saad Hariri, dans une allocution télévisée, charge son cabinet de coalition des difficultés du moment et lui donne, dit-il, soixante-douze heures pour soutenir ses « réformes ».

Heurts entre policiers et manifestants le 18 octobre 2019.<br data-src=

Le discours, loin d’apaiser la foule, est suivi d’une poussée de violences dans lesquelles il est, comme souvent, difficile de distinguer la part de la radicalisation du mouvement des manipulations pour le discréditer.

Les manifestations se poursuivent ainsi samedi 19 octobre. Dans la soirée, l’une des composantes de la coalition au pouvoir, le parti des Forces Libanaises (chrétien) annonce la démission de ses quatre ministres. « Nous sommes convaincus que le gouvernement n’est pas en mesure de prendre les mesures nécessaires pour sauver la situation », affirme son chef Samir Geagea, lui-même l’un des plus vieux caciques et seigneurs de la guerre du pays. La foule applaudit mais scande « Tous signifie tous !», visant l’ensemble des dirigeants.

Dimanche 20 octobre, ce sont des centaines de milliers de Libanais qui investissent les rues de leurs villes, non seulement Beyrouth mais aussi Saïda, les très chiites Baalbeck – fief du Hezbollah- et Tyr – celui de Amal – , la sunnite et austère Tripoli, où l’on va même danser. Dans une ambiance festive, les manifestants s’en prennent directement à des leaders longtemps craints et respectés et, fait extraordinaire, jusqu’au cœur même de leurs fiefs. De nouveaux slogans apparaissent : «Le Liban est au peuple », « La patrie pour les riches, le patriotisme pour les pauvres ».

Le mouvement se poursuivait ce lundi 21 octobre : rassemblements dans tout le pays mais aussi routes coupées, banques, écoles et universités fermées.

Peut-on parler de mouvement social ?

Il l’est en partie. Plus du quart de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque Mondiale. Le pays connaît une pénurie chronique d’électricité et même d’eau potable. La vie est chère, le chômage touche plus de 20 % de la population active. L’immobilier, pilier de l’économie, se porte mal. Les transferts de capitaux de la diaspora, son autre pilier, marquent le pas.

Manifestation contre l'austérité à Beyrouth en avril 2019. Sur la pancarte: "<em data-src=

La dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB. La croissance est presque nulle (0,2 % en 2018). Arrimée au dollar américain, la livre est aujourd’hui fortement menacée de dévaluation, ce qui aurait un fort impact dans une économie où tout est importé.

Dépourvu de véritable production, le pays vit dans un système de rentes mis en place dans les années 1990 au sortir de la guerre civile, aggravé par la financiarisation de l’économie, qui profite d’abord à ses indéboulonnables factions. Il en résulte un puissant clientélisme et une corruption à tous les étages. La classe politique qui en profite est la même depuis trente ans et plus.

Président de la République (chrétien), le général Aoun, 84 ans, fut un chef de guerre dans les années 1980. Le Premier ministre, Saad Hariri, est l’héritier de son père Rafiq (assassiné en 2005), lui-même Premier ministre et milliardaire libano-saoudien à la fortune suspecte.
Parmi les piliers du système, on compte toujours le chef de guerre Walid Joumblatt, socialiste druze apprécié des occidentaux (héritier de son père Kamal, assassiné en 1983) qui reçoit ses hommages féodaux dans son palais de la montagne, ou Samir Geagea, autre chef de guerre qui a repris sa place après avoir purgé 11 ans de prison pour divers crimes et trafics.

De gauche à droite : Nabih Berri, Michel Aoun et Saad Hariri le 1er août 2019.<br data-src=

Côté chiite, Nabih Berri, qui va fêter ses 82 ans, préside depuis 28 ans la chambre des députés tout en restant le maître du puissant mouvement Amal, autre ex-milice belligérante. « Qu’y avait-il avant Nabih Berri ? Adam et Eve! », pouvait-on lire sur une pancarte brandie dans la capitale.
Quant au Hezbollah, s’il demeure respecté d’une grande partie de la population comme « la Résistance » à Israël (avec qui le Liban est toujours officiellement en guerre), il ne participe pas moins au partage du gâteau national libanais, siégeant au gouvernement et régnant sans grand contrôle sur une partie du territoire et de multiples activités, militaires mais aussi sociales, voire médiatiques (telle la chaîne de télévision Al Manar). Il n’est pas aujourd’hui épargné par la contestation, dans ses propres quartiers. Avec un ramassis d’ordures de cet acabit vous avez toutes les chances d’évoluer ! Ce sont des milliardaires qui gèrent la misère… autant donner à un chat la gestion d’une poissonnerie ? Ou à un pédophile, de créer des crèches pour enfants ! Même la Suisse ou la Belgique malgré leur meilleur niveau d’intégrité, connait des tensions internes très fortes. Madagascar ou j’ai vécu 5 ans c’est 18 ethnies qui ne peuvent pas se blairer au point que chacun reste dans sa région sans risquer de déménager dans la région voisine. L’homme si faible a la possibilité de réfléchir mieux que les animaux. Mais quand il est illettré et sans instruction il dit et fait n’importe quoi. Il a besoin d’un cocon qui respecte sa personnalité pour qu’il développe ses dons et ses facultés, mais il lui faut aussi une autorité qui lui impose des limites quand il exagère… le mix des deux est difficile à trouver… d’autant plus que notre vie est courte et qu’elle se confronte à plusieurs générations en même temps ! C’est le dilemme actuel ou il faudrait admettre que depuis deux siècles on se fait baiser par Rothschild… mais qu’il faudrait régler le problème de la fausse finance en une génération avant de crever. L’autre problème insoluble c’est l’escroquerie de SOS racisme, en sachant que c’est mission impossible ! Juste pour foutre la merde ! L’être humain est tellement faible qu’il recherche à vivre en communauté contre les autres communautés décrétées ennemis… et pire de s’avilir dans des sectes styles ici les Chiites ! Avec Israël qui ne cessera pas de provoquer, d’autant plus qu’il a l’arme atomique ! Et une armée de plus en plus performante…

Sur quoi se fonde cette gérontocratie ?

Au lendemain d’une guerre civile qui a déchiré leur pays durant quinze années (1975-1990) et l’a laissé exsangue, les Libanais n’ont pas eu d’autre choix que d’accepter cet ordre imposé, inscrit en filigrane dans les accords de paix de Taef conclus en 1989.  « Cartélisant » le pays – sur la base du confessionnalisme (représentation politique par communauté, établi dès la fondation du Liban en 1943) et, de façon plus pragmatique, sur celle des forces en présence – il présentait l’avantage de neutraliser son autodestruction guerrière. La paix valait ce prix et, durant quinze ans, ce fut même la « pax syriana », sous la tutelle de Damas qui maintenait une armée sur le sol libanais.

Le retrait des troupes syriennes en 2005 – après l’assassinat du Premier ministre Rafiq Hariri, sous pression à la fois d’une grande partie de la population et de l’Occident – a ouvert une ère nouvelle, plus indépendante mais où perdurait l’ordre ancien et le pouvoir, en version politicienne, des milices et factions d’hier. Quinze ans plus tard, la société libanaise a évolué et cet ordre n’est plus accepté avec le même fatalisme.

Assiste-t-on à une réplique du mouvement libanais de 2005, qui avait chassé les Syriens ?

Les images se ressemblent mais le contexte, les buts et la dynamique sont très différents. Les manifestations de 2005 visaient, après l’assassinat du Premier ministre Rafiq Hariri – imputé à Damas ou ses agents – à liquider la tutelle syrienne. Soutenues par l’Occident, elles en avaient quelque peu la couleur.

Manifestation à Beyrouth le 14 mars en faveur du retrait syrien, après l'assassinat de Rafiq Hariri.<br data-src=

Elles étaient massives, mais une partie des Libanais – chiites, en particulier – s’en tenaient à l’écart car ils trouvaient des avantages ou une sécurité dans la présence syrienne. Il y eut, moins médiatisées que la place des Martyrs, des contre-manifestations, sans doute guidées par le Hezbollah mais réunissant des foules considérables.

La colère d’aujourd’hui semble s’apparenter davantage au « dégagisme » apparu dans le « printemps arabe » de 2010-2011, ou plus encore, à celle du mouvement actuel de rue algérien, le Hirak. Et non sans quelques points communs avec celui, en France, des « gilets jaunes ».

Elle n’est pas sans précédent. Le Liban en a connu des prémices en 2015 avec la mobilisation de la « crise des poubelles ». Le gouvernement, qui avait fermé la plus grande décharge de Beyrouth, n’était plus en mesure de collecter les ordures et il s’en était suivi un véritable soulèvement citoyen, dont les mots d’ordre s’étaient vite politisés : « Le peuple veut renverser le régime », criaient déjà les manifestants. Dans un domaine éloigné et de façon plus diffuse, le confessionnalisme qui interdit, entre autres, les mariages entre personnes de religions différentes (ceux qui s’y obstinent se marient à l’étranger, en particulier à Chypre), est de plus en plus contesté dans la jeunesse.

Dans cette révolte d’octobre 2019, le fait relevé par de multiples observateurs que des manifestants s’en prennent, dans leurs bastions même, à des dirigeants de leur propre communauté est relativement inédit. « Notre colère nous rapproche, on se retrouve à discuter avec des gens à qui l’on n’aurait jamais adressé la parole en temps normal, on a fait tomber le mur des peurs confessionnelles »  Si tel est bien le cas et si la chose se généralise, on assiste à un événement nouveau. Et très intéressant en exemple pour le reste du monde… la religion musulmane étant visée, tout ce qui va ronger son expansion va aider au SUICIDE ISLAMIQUE… mon livre ou j’explique que l’islam a tout faux et que le château de cartes va s’écrouler.

Que propose le pouvoir et que répond la contestation ?

En état de panique, le gouvernement libanais a adopté lundi 21 octobre une série de réformes « essentielles et nécessaires », selon les termes empreints d’humour involontaire du Premier ministre. Celui-ci promet un « budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population », une baisse de 50% des salaires du président et des ex-présidents, des ministres et des députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques. Mais ici il ne faut pas confondre votre banque personnelle qui soufre, au bord de la faillite à cause des taux trop bas… et Rothschild avec ses banques centrales qui font ce qu’elles veulent pour toujours s’enrichir davantage même avec de la fausse monnaie. Si vous photocopiez des billets de banque vous allez en prison… mais pas Rothschild qui imprime des milliards de faux non controlés…

L'annonce des réforme par Saad Hariri, le 21 octobre 2019.<br data-src=

Saad Hariri a aussi assuré soutenir la demande des manifestants d’élections anticipées. « Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées (…) moi Saad Hariri je suis personnellement avec vous ».

Le Premier ministre avait menacé de manière voilée de démissionner en cas de rejet de son plan mais, selon la presse libanaise, Paris et Washington l’en ont dissuad« Ces décisions n’ont pas été prises pour vous demander de cesser de manifester ou d’exprimer votre colère », a-t-il précisé, ajoutant : « c’est vous qui déciderez de le faire, personne ne vous impose de délai ». Sage modestie car la réponse de la rue à ces mesures semble largement hostile. Elles ont été accueillies par les dizaines de milliers de manifestants aux cris renouvelés de « Révolution, révolution ! » et « Le peuple veut la chute du régime ».

Les rassemblements se sont poursuivis depuis. Les banques, les écoles, les université et bon nombre de commerces ou services demeurent fermés. L’armée a fait son apparition dans les rues mais des scènes de fraternisation se sont multipliées. Un discours, du président Michel Aoun n’a eu aucun effet.

 « Il est difficile d’éteindre le volcan avec des solutions de dernière minute ».Les jeunes rêvent de dégagismeIl règne un parfum de révolution, où l’ensemble de la classe politique héritée de la guerre civile
est massivement rejetée.Ce jeudi, il est presque 14 heures, et le Liban s’est arrêté de respirer. Collés aux écrans de télévision, tous les Libanais ont le regard tourné vers Michel Aoun, le président de la République, qui pour la première fois en sept jours de contestation prend la parole. « Ce n’est pas dans la rue qu’on peut changer le système politique », a dit en substance le chef de l’État, estimant que « le dialogue est la meilleure façon de sauver le pays ». Sa parole est tombée dans l’oreille d’un sourd. Presque aussitôt, des milliers de Libanais ont repris le chemin de la place des Martyrs, au cœur du centre-ville de Beyrouth, pour crier leur colère.« Le président essaie de gagner du temps, mais il ne propose rien. Il se dit prêt à négocier avec nous, mais il n’a toujours pas compris que c’était déjà trop tard », enrage Racha, une Libanaise de 30 ans, un mégaphone à la main. Juchés sur des camions, des chababs, des jeunes hommes des quartiers populaires, hurlent des slogans sous le ciel gris et lourd de Beyrouth. « Voleurs, voleurs, tous les députés sont des voleurs ! » La foule répond en écho, agitant une nuée de drapeaux libanais à l’emblème du Cèdre. « Tous, tous, sans exception. » Un peu plus loin, des familles entonnent l’hymne national ou des chansons de Fayrouz, diffusées par des haut-parleurs, au milieu des vendeurs de narguilé ou de jus de grenade. Entre deux chants, le même slogan revient en boucle, comme un grondement tonnerre ; REVOLUTION !

La classe politique confessionnelle rejetée en bloc

C’est l’annonce par le gouvernement le jeudi 17 octobre de nouvelles taxes sur le tabac, l’essence, et surtout sur les services gratuits de lamessagerie WhatsApp, qui a mis le feu aux poudres. Beyrouth s’est enflammée d’un coup. Dans le centre-ville de la capitale, des barricades ont été érigées, des vitrines fracassées, des panneaux publicitaires incendiés. Acculé, le gouvernement a, depuis, fait machine arrière, annulé tous les impôts, et annoncé un plan de réformes prévoyant notamment des taxes sur les bénéfices des banques, et une réduction de 50 % du salaire du président, des ministres et des députés. Malgré ces mesures, la contestation ne faiblit pas.

En période de grave crise économique, les frustrations se sont retournées contre la classe politique confessionnelle, au pouvoir depuis près de 30 ans. « On peut à peine boucler nos fins de mois, et notre classe politique roule sur l’or depuis des décennies. Tout le monde sait qu’ils sont corrompus, et pourtant ils ne rendent jamais de comptes », dénonce Hala, une institutrice de 24 ans. Toute l’élite politique est ciblée, qu’il s’agisse du Premier ministre Saad Hariri, du leader druze Walid Joumblatt, de Nabih Berri, l’inamovible président du Parlement, ou de Gebran Bassil, le populiste ministre des Affaires étrangères et gendre du président Michel Aoun. Depuis la fin de la guerre civile en 1990, ce sont les mêmes élites confessionnelles qui gouvernent le pays. « La classe politique formée d’anciens chefs de clans ou de milices s’est mise d’accord pour partager le pouvoir et les ressources de l’État depuis la fin de la guerre, sans jamais prioriser la question sociale », explique Jamil Mouawad, enseignant chercheur en sciences politiques à l’Université américaine de Beyrouth. « Les leaders confessionnels ont acheté notre allégeance, en nous disant qu’ils allaient nous protéger des autres communautés religieuses. Ils nous ont montés les uns contre les autres, alors qu’en coulisse, ils étaient complices pour faire des affaires ensemble, dénonce Charbel, un architecte d’intérieur. Ici, personne ne mentionne sa religion chrétienne ou musulmane, nous sommes tous Libanais, et nous voulons simplement vivre dignement. » Cela serait un grand progrès de mettre en avant sa nationalité Libanaise et de fermer sa gueule pour les religions tellement inutiles et nocives… mais en cas de besoin rester discret pour ses rites intimes dont les autres en ont rien à foutre ! Les Gilets Jaunes sont un bon exemple de neutralité…

Le spectre de la violence

Au pied de la statue en bronze des Martyrs criblée de balles, qui symbolise l’indépendance du Liban, des dizaines de jeunes ont installé des tentes, prêts à camper jusqu’à la démission du gouvernement. Jad, un médecin de 27 ans, a décidé de passer la nuit au centre-ville, avec sa copine. « Les politiciens ont tout fait pour nous rendre dépendants d’eux en mettant en place un système clientéliste, mais ça ne suffit plus aujourd’hui. Nous sommes étouffés économiquement », assène le jeune homme, dont l’un des cousins est un député du Hezbollah. « Les réseaux clientélistes ont été affectés par la crise économique », confirme Jamil Mouawad. Saad Hariri, le Premier ministre, a par exemple été ruiné par la faillite de Saudi Oger, un groupe de BTP qu’il dirigeait en Arabie saoudite. Quant au Hezbollah, les financements de son parrain iranien, essoré par les sanctions américaines, n’ont cessé de diminuer.

Si la fête est belle, au centre-ville de Beyrouth, et dans toutes les grandes villes du Liban, qui se sont soulevées, à Tripoli ou Nabatiyeh, l’avenir de la « révolution d’octobre » reste un grand point d’interrogation. « C’est un mouvement populaire qui est né spontanément, contrairement aux précédentes mobilisations organisées par la société civile, sans aucun leadership ». La mobilisation est de plus en plus noyautée par des militants des partis traditionnels. À la tombée de la nuit, des échauffourées ont éclaté au centre-ville. Une jeune femme s’est disputée avec un vieil homme qui lui a interdit d’inclure Hassan Nasrallah, le puissant chef du Hezbollah, dans la liste des corrompus. « Les partisans des partis traditionnels essaient de diviser la rue pour mettre le chaos, mais nous ne nous laisserons pas intimider », lance Racha, alors que la foule chante en chœur : « Un, un, un, le peuple libanais ne fait qu’un. » « La classe politique a perdu le monopole du discours politique, mais il lui reste toujours l’option de la violence », prévient Jamil Mouawad. En outre, aucune alternative claire au système actuel ne se présente. Hala, la jeune institutrice, se veut réaliste. « Beaucoup de Libanais soutiennent encore la classe politique actuelle, et il ne sera pas facile de s’en débarrasser. » C’est pareil en France avec la race des kollabos !

Faillite de l’Etat, clientélisme… pourquoi le Liban était déjà financièrement à genoux

En juin dernier, des Libanais manifestaient devant une branche de la Banque centrale à Tripoli pour exprimer leur ras le bol.
En juin dernier, des Libanais manifestaient devant une branche de la Banque centrale à Tripoli pour exprimer leur ras le bol. 

La terrible catastrophe survenue mardi dans la capitale libanaise vient obscurcir un peu plus l’horizon d’un pays exsangue financièrement, et empêtré dans un clientélisme qui l’empêche de se réformer.

Un terrible accident mais aussi le symbole de la faillite de l’Etat libanais. L’explosion, d’un entrepôt contenant 2750 tonnes de nitrate d’ammonium sur le port de Beyrouth – qui a fait au moins 100 morts et 4000 blessés – arrive au pire moment, alors que le Liban est déjà à genou financièrement, mais elle n’est pas un simple coup du sort. “Les gouvernants savaient pertinemment que cet entrepôt contenait des substances potentiellement explosives, la presse libanaise avait d’ailleurs pointé le problème du doigt il y a déjà plusieurs années”, rappelle Agnès Levallois, vice-présidente de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo). “Cette tragédie souligne cruellement la déliquescence d’un pays qui n’est en réalité plus géré depuis des années”, poursuit la chercheuse, rappelant que les réseaux électriques, la distribution d’eau ou encore le ramassage d’ordures ne fonctionnent plus qu’en pointillé. 

Saad Hariri

Saad Hariri - Saad Hariri - qwe.wiki

Saad Hariri, un vrai Arabe, né le 18 avril 1970 à Riyad (Arabie saoudite), est un homme d’affaires et homme d’État libanais. Possédant également les nationalités saoudienne et française, il est le président du Conseil des ministres du Liban du 16 septembre 2009 au 12 janvier 2011, et une seconde fois du 18 décembre 2016 au 21 janvier 2020.
Le 4 novembre 2017, depuis Riyad en Arabie saoudite, il annonce qu’il démissionne, provoquant une crise diplomatique. Revenu au Liban, il annule sa décision, supposée contrainte, le 5 décembre suivant. Confirmé dans ses fonctions à la suite des élections législatives libanaises de 2018 et ce, malgré la déroute de son parti, il démissionne une nouvelle fois le 29 octobre 2019 en raison des manifestations dans le pays depuis deux semaines.

Carrière économique

Il est titulaire d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de la McDonough School of Businessde l’Université de Georgetown. En 2015-2016 l’entreprise Saudi Oger (fondée par son père et dont il a pris les commandes) est affectée par de sévères difficultés financières, qui ont notamment pour conséquences de provoquer de fréquentes suspensions du salaire des employés, en particulier pour ceux originaires d’Asie de l’Est. Cette situation entraîne également des répercussions sur le Courant du futur et autres ramifications de l’empire Hariri au Liban.
En France, en 2017, près de 260 anciens employés de l’entreprise Saudi Oger, menacent de saisir la justice pour obtenir le versement de leurs salaires. L’entreprise est également soupçonnée « d’abus de confiance par rétention de précomptes » pour ne pas avoir versé les cotisations sociales prélevées aux employés aux organismes français concernés.

Saudi Oger

L’entreprise est fondée en janvier 1978 Saudi Oger est une société privée, propriété exclusive de la famille de Rafiq Hariri. Sa capitalisation initiale est d’1 million de riyals (environ 267 000 $ américains), mais elle est par la suite augmentée, à hauteur de 750 millions de riyals (environ 200 millions de dollars). Depuis 2013, l’entreprise connaît des difficultés de gestion. En février 2016, cela fait cinq mois que l’entreprise ne paie plus ses 56 000 salariés. L’entreprise compte des arriérés de paiement s’étendant sur trois ans pour certains fournisseurs et sous-traitants. À titre d’exemple, les démarches entreprises par Bertrand Besancenot, ambassadeur de France en Arabie saoudite, depuis décembre 2015 auprès de Saad Hariri, sont restées lettre morte jusqu’en . . En , l’entreprise annonce le licenciement de 20 000 personnes4.En , Saudi Oger est en situation de faillite. Elle licencie la quasi-totalité de son personnel, sans indemnité et avec de nombreux arriérés de salaires. Elle ferme ses portes le 31 juillet 2017.

Oger international est une filiale de Saudi Oger.

Oger Telecom, autre filiale de Saudi Oger fondée en 2005, est spécialisée dans la création de réseaux de télécommunications, en particulier en Turquie, en Arabie saoudite, au Liban, en Jordanie, en Afrique du Sud, en Hongrie, en Autriche, en Bulgarie, en République tchèque, en Serbie, en Slovaquie, en Ukraine, en Slovénie, en Italie. En 2008, Saudi Telecom Company (STC) acquiert 35 % d’Oger Telecom pour 2,56 milliards de dollars9.

Influent dans les médias, il est propriétaire de la chaîne de télévision Future TV et du quotidien Al-Moustaqbal

Carrière politique

Il est un des fils de Rafiq Hariri, homme d’État libanais, assassiné le . En avril 2005, à la suite de l’assassinat de son père, Saad Hariri décide avec l’accord de sa famille de se lancer en politique au côté de sa tante Bahia (députée de Saida) et continuer le chemin de son père. Avant l’assassinat de son père, de 1994 à 2005 il dirigeait la société fondée par son père, Saudi Oger, qui emploie 35 000 personnes et est implantée en Arabie saoudite. Il est à présent à la tête du parti politique Courant du Futur et chef de la majorité au parlement libanais.
Il s’est allié à Samir Geagea et Walid Joumblatt au sein de l’Alliance du 14 Mars, mouvement qui a remporté les élections législatives en 2005. Il possède aussi les nationalités saoudienne  et française, et s’appuie sur un important réseau de connaissances mondiales créé par son père pour défendre ses intérêts sur la scène mondiale.

Président du Conseil des ministres

Premier gouvernement (2009-2011)

Le 27 juin 2009, il est désigné président du Conseil par décret présidentiel après qu’une majorité de 86 députés ait émargé en sa faveur au Parlement libanais, mais il abandonne le , faute de majorité pour former son gouvernement. Le 16 septembre, le Parlement revote la confiance à Hariri, le président Sleiman le charge à nouveau de former un gouvernement d’union nationale. Ce gouvernement sera démissionnaire le 12 janvier 2011, à la suite de la démission de 11 ministres, soit le tiers plus un du nombre total des ministres de son gouvernement ; il assure le traitement des affaires courantes jusqu’à la nomination de son successeur, Najib Mikati. Ses détracteurs lui reprochent d’être entièrement inféodé à l’Arabie saoudite, dont il approuve chacune des décisions, y compris lorsqu’il s’agit de sanctions contre le Liban.

Deuxième gouvernement (2016-2019)

En janvier 2014, il envisage d’être candidat à la présidence du Conseil des ministres du Liban. Après un accord qui a permis l’élection à la présidence de la République — vacante depuis plus de deux ans — de Michel Aoun (pourtant son ennemi politique historique depuis la deuxième partie des années 2000, allié au Hezbollah chiite lié à l’Iran, alors que Saad Hariri, représentant du camp sunnite, est soutenu par les Saoudiens ; la rivalité vient également du fait que Michel Aoun avait, après la révolution du Cèdre, dénoncé le système féodal et l’argent qui pervertissait la vie politique libanaise, ce que Saad Hariri avait pris pour lui), il est cependant chargé par celui-ci de former un nouveau gouvernement le . Cette volte-face est liée au fait que Saad Hariri est de plus en plus contesté au sein de son propre camp, que l’Arabie Saoudite ne le soutient plus autant que par le passé et que son entreprise rencontre des difficultés financières, l’amenant donc au compromis. 

AU PAYS DU HEZBOLLAH 

Considéré comme terroriste en Occident, le mouvement islamiste chiite est aujourd’hui incontournable au Liban. Créé en 1982 avec l’aide de l’Iran, le Parti de Dieu a profité de la lutte contre Israël pour s’imposer comme une force militaire, politique, mais aussi sociale au pays du Cèdre.

Saad Hariri : “Ils ont tué Beyrouth”

Saad Hariri a indiqué qu’une enquête doit être menée, avec l’aide des amis étrangers, sur l’explosion du port de Beyrouth

Saad Hariri : "Ils ont tué Beyrouth"

Ces mecs n’ont pas un barbier pour leur conseiller d’être plus propres ?

C’est ce qui ressort de ses déclarations accordées aux journalistes, mercredi, au moment où il s’est rendu sur le lieu de l’explosion ayant fait 100 morts et plus de 4 000 blessés. Hariri s’est dit prêt à assumer ses responsabilités, exigeant que tous ceux qui sont impliqués dans cet incident doivent assumer la responsabilité et rendre des comptes. L’ex-Premier ministre a tenu à présenter ses condoléances aux familles des victimes avant de poursuivre “Ils ont tué Beyrouth, c’est indescriptible, et personne n’a été épargné”.

Saad Hariri s’est ensuite dirigé vers le mausolée de son père, Rafic Hariri, dans le centre de Beyrouth.
Comment voulez-vous faire confiance à de tels magouilleurs familiers du terrorisme ?

“Ils ont tué Beyrouth hier et je ne sais pas si le verdict (relatif à l’assassinat de Rafic Hariri en 2005) sera reporté par la Cour internationale”, a-t-il ajouté. En effet, l’explosion intervient à un moment où les Libanais, et la communauté arabe et internationale attendent le verdict relatif à l’assassinat de Rafic Hariri, dans l’attentat ayant visé son convoi à Beyrouth.

Un condamné et trois acquittés dans l’assassinat “politique” de Rafic Hariri

Un condamné et trois acquittés dans l'assassinat
Un condamné et trois acquittés dans l’assassinat “politique” de Rafic Hariri © ANP/AFP / Piroschka VAN DE WOUW

Des quatre hommes membres présumés du Hezbollah accusés d’avoir participé à l’assassinat en 2005 de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, trois ont été acquittés mardi par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), sans qu’aucun lien direct n’ait pu être établi avec les dirigeants du mouvement chiite. Au bout de six ans de procès, le seul à avoir été reconnu coupable a été le principal suspect dans l’affaire, Salim Ayyash, 56 ans, condamné en son absence pour son rôle dans l’attentat-suicide à Beyrouth qui a fait 22 morts, dont le milliardaire sunnite Rafic Hariri, qui briguait un autre mandat à la tête du gouvernement libanais. L’assassinat de l’ancien Premier ministre a été “un acte politique perpétré par des personnes dont les activités étaient menacées par celles de Hariri”, ont déclaré les juges lors de la lecture du verdict, à Leidschendam, près de La Haye, où siège le TSL. Mais aucune preuve n’a permis d’établir un lien direct entre l’attentat et la Syrie ou le Hezbollah, ont-ils relevé.
“La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d’éliminer M. Hariri et ses alliés politiques, mais il n’y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre de M. Hariri et il n’y a aucune preuve directe de l’implication syrienne”, a déclaré le juge président, David Re. Les Etats-Unis ont toutefois “salué” la condamnation de Salim Ayyash qui, selon le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, prouve que le Hezbollah est “une organisation terroriste dont l’objectif est de promouvoir les projets sectaires néfastes de l’Iran”.
Rafic Hariri, Premier ministre jusqu’à sa démission en octobre 2004, a été tué en février 2005, lorsqu’un kamikaze a fait sauter une camionnette remplie d’explosifs au passage de son convoi blindé sur le front de mer de Beyrouth, faisant 226 blessés. Sa mort, dans laquelle quatre généraux libanais prosyriens ont d’abord été accusés d’être impliqués, avait déclenché une vague de manifestations ayant entraîné le retrait des troupes syriennes à l’issue de près de 30 ans de présence au Liban. Le Hezbollah, allié du régime syrien et de l’Iran, a rejeté toute responsabilité et déclaré ne pas reconnaître le TSL, mis en place après une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

“Découverte de la vérité”

“Le tribunal a statué, et au nom de la famille de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, et au nom des familles des martyrs et victimes, nous acceptons la décision du tribunal”, a déclaré le fils de Rafic, Saad Hariri, à des journalistes.

“Aujourd’hui, le parti qui doit faire des sacrifices est le Hezbollah”, a ajouté Saad Hariri, lui-même ex-Premier ministre. “Il est clair que le réseau responsable provient de ses rangs.”

Les partisans de Rafic Hariri ont en revanche exprimé leur déception à Beyrouth.

“En fin de compte, les accusés sont des dirigeants du Hezbollah”, a dit à l’AFP Amine Baroudi, un étudiant originaire de Tripoli (nord). “Moi et mes futurs enfants resterons convaincus que ceux qui ont commis le crime étaient affiliés au Hezbollah et n’ont pas pris la décision de leur propre chef.”

Salim Ayyash risque la prison à perpétuité. Les juges se prononceront ultérieurement sur la peine retenue.

Aucun des accusés n’ayant été remis au tribunal, ils ont été jugés par contumace. L’accusation et la défense peuvent faire appel dans un délai de trente jours faisant suite à la détermination de la peine.

Le procureur du TSL a déclaré dans un communiqué examiner les conclusions des juges pour “déterminer si un appel est justifié”.

“Dossier vide”

Après avoir entendu près de 300 témoins et examiné plus de 3.000 pièces à conviction, le tribunal a estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour condamner Hassan Merhi, Hussein Oneissi et Assad Sabra, poursuivis notamment pour complicité de perpétration d’un acte de terrorisme et complot en vue de commettre cet acte.

“Il était évident pour nous depuis le départ que ce dossier ne tenait pas”, a réagi à la sortie du tribunal Vincent Courcelle-Labrousse, l’un des avocats de M. Oneissi.

Se disant “très heureux” pour son client, il a toutefois regretté que des centaines de millions de dollars aient été nécessaires au fonctionnement du tribunal et dépensés “sur un dossier aussi vide”.

Moustafa Badreddine, le principal suspect décrit comme le “cerveau” de l’attentat par les enquêteurs, est mort depuis et n’a donc pas été jugé.

“Crime odieux”

La condamnation de Salim Ayyash, qui était à la tête de l’équipe qui a mené l’attaque, repose entièrement sur l’utilisation de téléphones portables pour organiser l’attentat qui a tué Rafic Hariri.

M. Ayyash a utilisé plusieurs téléphones pour surveiller M. Hariri pendant les mois ayant précédé l’assassinat, élément-clef du dossier d’accusation.

Les magistrats ont également dit être convaincus que M. Ayyash – aussi accusé d’être impliqué dans trois autres attentats contre des hommes politiques en 2004 et 2005 – “avait des liens avec le Hezbollah”.

“Obtenir justice résonne avec le désir de chacun de découvrir les circonstances derrière ce crime odieux qui menaçait la stabilité et la paix civile au Liban”, a réagi le président libanais Michel Aoun.

Le TSL a observé mardi une minute de silence pour les victimes de l’explosion du 4 août qui a ravagé Beyrouth.

Le tribunal avait reporté la lecture du verdict, initialement prévue pour le 7 août, “par respect pour les innombrables victimes” de l’explosion dévastatrice trois jours plus tôt au port de la capitale libanaise, qui a fait au moins 177 morts et plus de 6.500 blessés.

Saad Hariri, généreux avec un mannequin, mais pas avec ses employés ;

L’ex-Premier ministre libanais aurait versé 16 millions de dollars de cadeaux à une femme. L’équivalent de ce qu’il doit aux salariés français de son groupe.

Vincent Lesage n’en revient toujours pas. Cet ancien salarié de l’entreprise de BTP Saudi Oger International a appris la nouvelle avec stupéfaction. « J’ai découvert dans le New York Times que Saad Hariri avait offert des cadeaux de 16 millions de dollars à un mannequin alors qu’à cause de cet escroc je ne peux toujours pas prendre ma retraite à taux plein », enrage l’ancien cadre de 64 ans. « Cette affaire rappelle encore une fois le mépris total qu’a cet homme pour ses anciens salariés. » Entre les salaires, les primes et les charges non versées, Vincent Lesage estime que le groupe lui doit encore près de 100 000 euros.

La maison mère d’Oger International, Saudi Oger – détenue par le Premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri –, a fait faillite en 2017, laissant 50 000 employés sur le carreau. Depuis 2015, l’entreprise de BTP n’a pas payé ses fournisseurs ni la plus grande partie des salaires de ses employés (soit au moins 600 millions de dollars). « Saad Hariri a pillé Saudi Oger de l’intérieur pour ses besoins personnels pour financer sa campagne électorale au Liban ou, par exemple, un luxueux village construit à Marrakech », affirme Vincent Lesage.

240 salariés français d’Oger International

La société de BTP a également pâti d’une malheureuse conjonction d’événements. L’arrivée au pouvoir du roi Salmane en 2015 en Arabie saoudite a marqué un tournant. Son accession à la tête de la pétromonarchie a coïncidé avec une baisse des cours du pétrole. Riyad a alors freiné ses dépenses, et l’ensemble du secteur de la construction a ralenti. L’État saoudien n’a plus octroyé de nouveaux contrats à Saudi Oger et a également refusé de lui régler d’anciens projets, sur fond d’accusations de corruption.

« Ces 16 millions de cadeaux offerts correspondent peu ou prou à l’argent que doit Saad Hariri aux 240 salariés français d’Oger International. C’est un scandale », s’insurge Caroline Wassermann, l’avocate de Vincent Lesage et de 90 salariés français qui attendent toujours d’être payés. « En 2012-2013, le groupe a traversé ses premières difficultés financières, et les salaires n’ont pas été payés pendant trois mois ». Mais, à l’époque, Saad Hariri ne semble pas s’en préoccuper particulièrement. Il a déjà la tête ailleurs.

Hôtel de Luxe

C’est à cette période qu’il a rencontré aux Seychelles Candice van der Merwe, un mannequin sud-africain de 20 ans, dans un hôtel de luxe, le Plantation Club Resort. De 2013 à 2015, celui qui n’est plus Premier ministre au Liban a versé au top-modèle la coquette somme de 16 millions de dollars. La jeune femme est spécialisée dans la promotion de bikinis. Elle a déclaré avoir une liaison avec Saad Hariri, homme marié et père de trois enfants. Selon le quotidien américain, le mannequin s’est offert avec ce pactole deux voitures pour un montant de 250 000 dollars, plusieurs propriétés haut de gamme, dont l’une dans le quartier huppé de Fresnaye, au Cap, et a prêté 2,7 millions de dollars à son père, un homme d’affaires, qui a déjà eu maille à partir avec les services fiscaux de Pretoria.

Ces révélations reposent sur des documents de la justice sud-africaine, qui a enquêté sur cette sulfureuse affaire. Le Premier ministre démissionnaire s’est borné à une réaction laconique. « Quelles que soient les campagnes lancées contre moi, malgré tout ce qu’ils peuvent dire, écrire ou faire, je continuerai à travailler et je ne m’arrêterai pas », a déclaré l’ex-chef du gouvernement. La presse libanaise s’est peu fait l’écho de ce « scoop ». Seul le journal de la gauche anti-impérialiste Al-Akhbar, proche du Hezbollah, reprend ces informations et s’interroge sur le calendrier de ces révélations, alors que les documents de la justice sud-africaine étaient disponibles depuis plusieurs mois.

L’Élysée ne cherche pas à faire avancer le dossier

L’information a été publiée par le New York Times le 30 septembre, soit au lendemain d’une journée de colère au pays du Cèdre, lors de laquelle des centaines de Libanais ont bloqué des routes à l’aide de pneus brûlés pour protester contre la classe politique qu’ils accusent de corruption. Si elle ne fait pas les gros titres au Liban, elle circule beaucoup sur les réseaux sociaux, où les critiques contre Saad Hariri sont acerbes. La très généreuse somme que le Premier ministre a offerte à Candice van der Merwe n’enfreint pas la loi. Mais, dans un contexte de grave crise économique, la révélation est explosive.

Pour les ex-salariés français de Saudi Oger International, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. En effet, leur situation reste préoccupante. « Certains sont malades, et ne peuvent pas payer d’avocats pour s’occuper de leurs dossiers, faute d’argent. Certains collègues sont même décédés sans obtenir un rial dû par Saad Hariri », soutient Vincent Lesage. « Sans parler des milliers d’employés indiens ou philippins qui ont crevé de faim à l’époque et se nourrissaient dans les poubelles des supermarchés. » Selon l’avocate Caroline Wassermann, la procédure judiciaire en France ne cesse d’être reportée.

« Plusieurs audiences devant les prud’hommes ont été renvoyées en 2020, et les salariés ne voient pas le bout du tunnel, explique l’avocate. L’Élysée, qui nous a reçus à plusieurs reprises, ne cherche pas à faire avancer le dossier auprès de Saad Hariri ». Le Premier ministre démissionnaire s’était en effet engagé en septembre 2017 auprès d’Emmanuel Macron à régler les arriérés de salaire des ex-employés français de Saudi Oger, mais, depuis, rien n’a bougé. Saad Hariri a, lui, fait son grand retour en 2018 dans le classement Forbes mondial des milliardaires, avec une fortune estimée à 1,5 milliard de dollars.
Au Liban, Saad Hariri exhorte les politiciens à “arrêter de perdre du temps”

Le Premier ministre libanais Saad al-Hariri s'exprime après une rencontre avec le président Michel Aoun au palais présidentiel à Baabda, au Liban, le 7 novembre 2019.
Le Premier ministre libanais Saad al-Hariri s’exprime après une rencontre avec le président Michel Aoun au palais présidentiel à Baabda, au Liban, le 7 novembre 2019.  Mohamed Azakir, Reuters

Trois mois après le début du soulèvement populaire contre la classe dirigeante, accusée de corruption et d’incompétence, le Liban a connu samedi des heurts d’une violence inédite. Saad Hariri a exhorté dimanche à la formation rapide d’un nouveau gouvernement. C’est une violence rare. Alors que le Liban entre dans son quatrième mois de contestation populaire, près de 400 personnes ont été blessées, samedi 18 janvier, à Beyrouth où de nouvelles manifestation sont de nouveau attendues.

Près de 400 blessés à Beyrouth dans des affrontements entre manifestants et police

Un manifestant jette une pierre lors d'une manifestation anti-gouvernementale à Beyrouth, samedi 18 janvier 2020.
Un manifestant jette une pierre lors d’une manifestation anti-gouvernementale à Beyrouth, samedi 18 janvier 2020.

Selon un bilan des secouristes, près de 400 personnes ont été blessées au Liban dans des heurts, samedi soir, entre manifestants et forces de l’ordre à Beyrouth, près du Parlement. Un niveau de violence inédit depuis le début de la contestation qui témoigne de la dégradation du climat au Liban, confronté à une crise socio-économique et politique. 

Au moins 377 personnes ont été soignées sur place ou transportées vers des hôpitaux, lors des heurts qui ont secoué les abords du Parlement libanais et de la place des Martyrs, épicentre de la contestation à Beyrouth, selon les bilans de la Croix rouge libanaise et la défense civile, compilés par l’AFP. 

Et les contestataires ont lancé sur les réseaux sociaux de nouveaux appels à manifester dimanche, toujours près du Parlement. 

La défense civile a indiqué tard samedi avoir apporté les premiers secours à “114 blessés souffrant de blessures légères et de difficultés respiratoires”, tandis que “43 blessés” ont été transportés à l’hôpital.

“La colère populaire est désormais la solution”

Les heurts se sont poursuivis en début de soirée. Retranchés dans les rues aux alentours du Parlement, les manifestants lançaient des pierres et des feux d’artifices sur les forces de l’ordre.

Des inconnus ont mis le feu aux tentes dressées par les contestataires depuis le début du mouvement près de la place des Martyrs, au centre-ville de Beyrouth.

Une trentaine de personnes ont été interpellées lors de ces échauffourées, mais le parquet a ordonné leur libération.

La colère populaire a été exacerbée par une dégradation rapide ces dernières semaines de la situation socio-économique et l’incapacité des autorités à former un gouvernement, plus de deux mois après la démission du Premier ministre Rafic Hariri.

“Je suis là parce qu’après 90 jours dans la rue, ils continuent de se disputer les parts (du gâteau) au sein du gouvernement sans se soucier” du peuple, a déploré Maya, une manifestante de 23 ans. “La colère populaire est désormais la solution”, a-t-elle martelé.

Ces derniers jours, les protestataires ont ciblé les banques, accusées de complicité avec le pouvoir, attaquant plusieurs agences dans le quartier de Hamra, dans la capitale. Ce n’est un mystère pour personne, les banques centrales des Rothschild gèlent l’économie pour des raisons débiles… car à quoi servent les triards de dollars en fausse monnaie bloqués leurs coffres ? Comme au Monopoly quand la partie est finie on redistribue les billets pour recommencer une nouvelle partie. Rothschild préfère nous voir nous entretuer pour clore son projet de venue du messie qui va sauver le peuple élu du cloaque terrestre.

Depuis la démission, fin octobre, de Saad Hariri, son successeur Hassan Diab, n’a toujours pas formé d’équipe gouvernementale. Face à la dégradation de la situation économique et la véritable impasse politique, la colère semble désormais être montée d’un cran.

Saad Hariri, à la tête de trois gouvernements depuis 2009, a été chassé par la rue le 29 octobre dernier, soit 13 jours après le début des manifestations.

Pour Zeina Antonios, cette situation s’explique par le fonctionnement des institutions. “Si on regarde l’histoire du pays, on a toujours eu du mal à former des gouvernements ou élire des présidents, explique-t-elle. Cela pour une raison très simple : il faut prendre en compte les desiderata des uns et des autres notamment en matière d’équilibre confessionnel”.

“Le Liban a toujours eu du mal à former les gouvernements”97000

Si Hassan Diab peine a former son gouvernement, c’est pour satisfaire tous les acteurs politiques. “Il a buté dernièrement sur les demandes des partis politiques concernant les représentations des confessions et de l’équilibre, précise Zeina Antonios. On butait sur trois portefeuilles il y a quelques jours : la Défense, les Affaires étrangères et l’Économie. La fusion de certains ministères a également retardé la formation du gouvernement. Certains ne le veulent pas. C’est donc le partage du gâteau politique et qui renforce la colère des manifestants. Ils dénonçaient tout cela dès le départ”.

Depuis octobre, le mouvement de contestation dénonce pèle-mêle une classe politique jugée corrompue et incompétente, mais aussi des conditions de vie difficile et des services publics en déliquescence.

La Banque mondiale a averti que le taux de pauvreté pourrait atteindre 50 % de la population, contre le tiers actuellement, et la frustration est de plus en plus forte face à l’absence de réponse des autorités.
Le 10 août, le premier ministre Hassan Diab annonce la démission du gouvernement. Après les déchirements de sa guerre civile, les invasions israéliennes, son rejet majoritaire de la domination syrienne puis l’explosion de son puissant voisin apportant un nouvel afflux de réfugiés, le Liban se trouve aujourd’hui au centre des rivalités entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Le pays est par ailleurs secoué par des manifestations d’ampleur depuis octobre 2019.
Ils mettent à la direction un Saoudien sans se douter qu’il va faire le jeu du pétrole saoudien ?… c’est comme nous avec toutes ces doubles nationalités au gouvernement, nous devrions informer que nos arabes ou maghrébins et les juifs sionistes ne jouent pas un double jeu ? Même comme français ce n’est pas évident de se sentir français… alors imaginez pour tous ces fourbes musulmans et juifs à double nationalité ! Allez demander aux musulmans de Madagascar comment ils niquent les malgaches pour avoir un train de vie supérieur à celui des français ! Ils ont la nationalité française !

Au Liban, Saad Hariri ou le parcours chaotique d’un héritier

Le Premier ministre libanais Saad Hariri annonçant sa démission, devant un portrait de son père Rafic Hariri, le 29 octobre 2019.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri annonçant sa démission, devant un portrait de son père Rafic Hariri, le 29 octobre 2019.

Ce 18 décembre, Saad Hariri assure ne pas être candidat à sa propre succession. Le 29 octobre 2019, il avait annoncé sa démission après deux semaines de manifestations à travers le Liban. Si les manifestations que connaît le pays sont inédites par leur ampleur, elles ne sont pas, pour autant, la première crise que subit le chef du gouvernement dans une carrière politique amorcée à la mort de son père.

Beyrouth, 14 février 2005. Une voiture bourrée de plusieurs centaines de kilos d’explosifs se désagrège sur le front de mer. Un immense cratère. Plus de vingt morts, dont la cible de l’attentat, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. En lutte contre la tutelle syrienne sur le Liban, il est une figure incontournable de la scène politique libanaise, artisan de la reconstruction de la capitale après quinze années de guerre civile.
L’assassinat de Rafic Hariri choque le monde entier et envoie dans l’arène politique son fils Saad Hariri, 35 ans, dont le destin était tout autre. En 2005, Saad Hariri est chef d’entreprise. Il a hérité 11 ans plus tôt de l’empire industriel de son père, le groupe Saudi Oger, spécialisé dans la construction.
Né à Riyad en Arabie saoudite en 1970, Saad Hariri est libanais mais possède aussi les nationalités saoudienne et française. Son arrivée en politique est le fruit d’un accord familial. Il s’agit, à l’époque, de reprendre le flambeau de son père. 

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Les Libanais continuent de manifester contre le pouvoir en place pour la deuxième semaine consécutive.&nbsp;

Les Libanais continuent de manifester contre le pouvoir en place pour la deuxième semaine consécutive. 

Le Liban entame sa deuxième semaine d’une mobilisation populaire sans précédent. Le pays rejette massivement une classe politique corrompue, des élites confessionnelles qui règnent sur le pays depuis des décennies. Le président Michel Aoun est sorti de son silence. Il s’est dit prêt à rencontrer des représentants des manifestants tout en rejetant leur revendication.

Perché sur une camionnette déglinguée, bourrée d’enceintes, un jeune homme drapé d’un keffieh crache sa rage face à une foule survoltée qui agite des drapeaux blancs et rouges frappés de l’emblème du Cèdre. « Que tombe enfin le règne des voleurs et des mafieux. Peuple, marche vers le Sérail pour reprendre tes droits ! ». Derrière des dizaines de rouleaux de barbelés, le siège du gouvernement à Beyrouth, de style ottoman, accroché sur une colline, telle une forteresse imprenable. La foule répond en chœur « Le peuple veut la chute du régime »« Tous, cela veut dire tous ». Le slogan le plus populaire de la révolte libanaise surgie vise l’ensemble de la classe politique, accrochée au pouvoir depuis la fin de la guerre civile, il y a trente ans.


Depuis une semaine, du début de l’après-midi jusque tard dans la nuit, ils sont des milliers à fouler la gigantesque Place des martyrs, à deux pas du Grand Sérail

Depuis une semaine, du début de l’après-midi jusque tard dans la nuit, ils sont des milliers à fouler la gigantesque Place des martyrs, à deux pas du Grand Sérail. C’est une série de décisions prises par le gouvernement dans le cadre du budget 2020 qui a mis le feu aux poudres : nouvelles taxes sur le tabac, l’essence, et surtout sur les services gratuits de la messagerie Whatsapp. Un train de mesures libérales visant les classes modestes, et adopté pour satisfaire les exigences de la communauté internationale, qui a promis 9,8 milliards d’euros de dons et de prêts dans le cadre de la conférence CEDRE, en avril 2018, afin d’éviter la banqueroute du pays. Toujours la pression des mêmes avec Soros et ses ONG pour foutre la merde !

« Personne ne croit plus en leurs promesses »

Quelques heures après l’annonce de ces mesures, la rue a laissé éclater sa frustration, plongeant le centre-ville de Beyrouth dans le chaos. Les critiques contre la classe politique, qui se limitaient à un cadre privé ou partisan, ont explosé d’un coup, comme un cri de colère. Les mesures ont été aussitôt retirées, et le Premier ministre Saad Hariri a annoncé, lundi 21 octobre, un plan de réformes avec des mesures symboliques comme une baisse de 50% du salaire du président, des ministres et des députés, ou des taxes sur les bénéfices des banques. Mais ces annonces n’ont en rien entamé la détermination des manifestants. « Comment croire le gouvernement qui assure tout d’un coup pouvoir réduire le déficit public à 0,6% du PIB alors que nos hommes politiques n’ont fait aucune réforme depuis des années. C’est juste de la morphine pour calmer le peuple. Personne ne croit plus en leurs promesses », dénonce Rima, une contractuelle de 32 ans qui travaille dans un ministère.

.Des chababs, des groupes de jeunes des quartiers populaires paradant en mobylettes aux mères de famille de classe moyenne, tous ont la même revendication : faire tomber le gouvernement.

Des chababs, des groupes de jeunes des quartiers populaires paradant en mobylettes aux mères de famille de classe moyenne, tous ont la même revendication : faire tomber le gouvernement.
Depuis une semaine, du début de l’après-midi jusque tard dans la nuit, ils sont des milliers à fouler la gigantesque Place des martyrs, à deux pas du Grand Sérail, dans une ambiance festive. Des chababs, des groupes de jeunes des quartiers populaires paradant en mobylettes aux mères de famille de classe moyenne, tous ont la même revendication : faire tomber le gouvernement, symbole d’une classe politique corrompue jusqu’à l’os. « Je peux à peine payer mon loyer tous les mois, alors que certains ministres sont millionnaires Le peuple souffre, alors que la classe politique qui s’enrichit sur notre dos reste impunie », lâche Rima, une professeur de mathématiques de 25 ans venue manifester avec ses deux enfants.
Toute la classe politique est ciblée, qu’il s’agisse du Premier ministre Saad Hariri, du leader druze Walid Joumblatt, de Nabih Berri, l’indéboulonnable président du Parlement, ou de Gebran Bassil, le populiste ministre des Affaires étrangères, et gendre du président Michel Aoun.
Les manifestants ont inventé tout un répertoire de chansons et de slogans pour les insulter. « Ce sont toujours les mêmes clans politiques qui sont au pouvoir. Quand mon père était jeune, ils étaient déjà là. Aujourd’hui, ce sont leurs fils, et leurs petits-fils. Ça suffit ! », enrage Rima. « Devant les caméras, ils passent leur temps à se quereller, mais en coulisses, ils se partagent les parts du gâteau », s’insurge Hoda, une maman de 32 ans qui recherche du travail comme coiffeuse.

Le Hezbollah toujours visé ;

Le Liban est gouverné depuis la fin de la guerre civile par les mêmes élites confessionnelles. Suite aux accords de Taef, qui ont mis fin au conflit en 1989, les chefs de clan ou de milices ont monopolisé les postes du pouvoir et de l’administration, captant une partie des fonds destinés à la reconstruction pour renforcer un système clientéliste, qui s’était développé pendant la guerre en l’absence d’Etat. « L’économie d’après-guerre a été modelée par les seigneurs de guerre. Ils ont pratiqué un chantage, qui signifiait en substance : si vous voulez la paix, il faudra fermer les yeux sur la corruption politique. Cette période est désormais révolue », affirme Roland Riachi, chercheur associé à l’université américaine de Beyrouth.
Les réseaux clientélistes ne suffisent plus à combler l’ampleur du désastre économique, et les « patrons » sont eux-mêmes en crise, à l’image du Premier ministre Saad Hariri, ruiné par la faillite de Saudi Oger, un groupe de BTP qu’il dirigeait en Arabie saoudite, ou du Hezbollah, qui reçoit de moins en moins de fonds de son parrain iranien, essoré par les sanctions américaines.
Sur cette grande banderole, on peut lire : "<em data-src=

Même le puissant « Parti de Dieu » n’échappe pas aux critiques. Seul son dirigeant, Hassan Nasrallah, est épargné en tant que chef religieux. Les députés du Hezbollah se sont depuis longtemps alliés avec l’autre parti chiite, Amal, gangrené par la corruption. Adossée à l’imposante mosquée Al Amine du centre-ville de Beyrouth taguée de graffitis « révolution », Safa, ne décolère pas. Originaire de la banlieue sud de Beyrouth, elle a voté pour le « Parti de Dieu » aux dernières élections législatives en 2018.
« Les politiciens nous courrent après comme des chiens pendant les élections, et ensuite ils ne font rien. Je suis allé voir Ali Ammar, un député du Hezbollah pour demander une aide pour les études de ma fille, il n’a pas eu un regard pour moi. Son fils, lui, parade dans une voiture de luxe », s’énerve la femme de 48 ans, assise devant les charbons ardents de son narguilé. Une telle prise de parole aurait été encore inimaginable il y a peu, en particulier dans les régions chiites, peu coutumières des manifestations sociales, et où la mobilisation a été massive depuis une semaine.
Certains députés de tous bords ont bien tenté de pénétrer dans l’arène, en expliquant soutenir les revendications des manifestants, mais ont dûs être évacués en panique par leurs gardes du corps, conspués par les manifestants. La plupart de l’élite confessionnelle semble paralysée, incapable de réagir.
A Beyrouth comme dans toutes les grandes villes du pays, la contestation ne faiblit pas. Safa, elle reviendra tous les jours avec ses enfants s’il le faut. « On est prêts à venir avec nos draps et nos oreillers jusqu’à ce que ces bandits décampent ! »

Pression de l’Arabie saoudite

Mais c’est sous forte pression saoudienne que Saad Hariri reprend les rênes du gouvernement libanais le 28 décembre 2016. En novembre 2017, le Liban connaît un épisode surréaliste : de Riyad en Arabie saoudite, où il était parti passer ses vacances, le Premier ministre libanais annonce sa démission. Dans un discours sous la contrainte, il dénonce la “mainmise du Hezbollah et de l’Iran sur le Liban”. Ses vacances en Arabie saoudite s’apparentent à un enlèvement. Il faudra l’intervention de la France et de son président Emmanuel Macron pour sortir de la crise.
De retour à Beyrouth le 21 novembre, il suspend puis annule sa démission.
L’année 2018 ne sera pas de tout repos. En mai, son parti, le Courant du Futur, essuie un revers cuisant aux élections législatives et perd un tiers de ses députés au Parlement. Saad Hariri sera néanmoins conduit à former le nouveau gouvernement, Hariri 3, à l’issue de huit mois de tractations.
C’est cette équipe qui vient aujourd’hui de tomber après quinze jours de soulèvement populaire à travers le pays, provoqué par un rejet de la corruption de la classe politique et de l’inaction du gouvernement, de son gouvernement.
Le 18 décembre, Saad Hariri assure ne pas être candidat à sa succession.

La démission de Saad Hariri “indéniablement forcée”

L’ex-Premier ministre libanais Saad Hariri est arrivé tôt ce matin à l’aéroport du Bourget, près de Paris. Il a été reçu par le président Macron qu’il a remercié pour son soutien. Enjeux de cette visite et décryptage de la situation au Liban avec Aurélie Daher, politologue et historienne.

Le président français a invité le Premier ministre libanais pour quelques jours afin de tenter de sortir de l’impasse après deux semaines de crise. Le 4 novembre, en effet, le Premier ministre libanais présentait sa démission depuis Ryad, dénonçant la main-mise de l’Iran sur son pays. Cette démission intervient dans un contexte de fortes tensions sur plusieurs dossiers entre les deux poids lourds de la région, l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite. Rappel des principaux développements depuis l’annonce la démission surprise du Premier ministre libanais Saad Hariri jusqu’à son arrivée, ce samedi, à Paris.

Démission choc

Le 4 novembre, Saad Hariri, alors en Arabie saoudite, annonce sa démission, dans une déclaration retransmise par la chaîne Al-Arabiya à capitaux saoudiens. Il accuse le Hezbollah et son allié iranien de “mainmise” sur le Liban et dit craindre pour sa vie. Il accuse Téhéran d’avoir “créé un État dans l’État”. Téhéran rejette des “accusations sans fondement”. Dès le lendemain, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, accuse l’Arabie saoudite d’avoir contraint M. Hariri à la démission, alors que cette annonce a coïncidé avec l’arrestation de dizaines de princes, de ministres et d’hommes d’affaires dans une purge sans précédent en Arabie saoudite. Le 7, le Premier ministre démissionnaire, reçu la veille par le roi Salmane, effectue une visite à Abou Dhabi.

Hariri “détenu”, selon le Hezbollah

Le 10, le président libanais Michel Aoun, élu en 2016 grâce au soutien du Hezbollah, exprime son “inquiétude” quant au sort de M. Hariri. Le chef du Hezbollah accuse l’Arabie saoudite de “détenir” M. Hariri et d’avoir demandé à Israël, l’ennemi juré du mouvement chiite, de frapper le Liban. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian déclare qu’à sa “connaissance”, M. Hariri est libre de ses mouvements.

Hariri se dit “libre”

Le 12, M. Aoun dénonce “les circonstances obscures” dans lesquelles M. Hariri “vit à Ryad”. Saad Hariri annonce qu’il va “très bientôt” rentrer dans son pays. “Je suis libre ici, si je veux voyager demain, je voyage”. “J’ai écrit ma démission de ma main, et j’ai voulu provoquer un choc positif”, dit-il lors d’un entretien avec sa chaîne de télévision libanaise, Future TV. Deux jours plus tard, le patriarche maronite, le cardinal Bechara Raï, effectue une visite historique en Arabie saoudite, où il est reçu par le roi Salmane et rencontre M. Hariri. “Je suis convaincu par les raisons de sa démission”. “Il reviendra au Liban dès que possible”, dit-il. Macron, qui avait effectué une visite éclair le 9 novembre à Ryad pour rencontrer le prince héritier, “réitère son souhait que Saad Hariri puisse se rendre au Liban comme il l’a annoncé”. Le 15, Michel Aoun accuse Ryad de détenir M. Hariri. “Nous le considérons donc comme en captivité et détenu (…)”, dit-il.
“Je veux répéter et assurer que je vais très, très bien”. “Je vais revenir si Dieu veut à mon cher Liban comme je vous ai promis”, tweete de son côté M. Hariri.

Implication de Paris

Le 15, le président Macron annonce avoir “invité” Saad Hariri à venir “avec sa famille” en France.

Le 16, Jean-Yves Le Drian rencontre à Ryad M. Hariri qui confirme qu’il se rendra “très bientôt” en France alors que le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir assure qu’il est libre de quitter Ryad “quand il veut”.

Le 17, M. Hariri affirme que son séjour dans le royaume visait “à mener des consultations concernant l’avenir du Liban et ses relations avec ses voisins arabes”.

Le président français annonce qu’il accueillera samedi à l’Élysée Saad Hariri “en tant que Premier ministre” du Liban car sa “démission n’est pas reconnue dans son pays puisqu’il ne s’y est pas rendu”.
Saad Hariri est arrivé avec son épouse Lara par avion privé à l’aéroport parisien du Bourget, sans ses enfants, samedi matin.

Après une entrevue avec Emmanuel Macron, le Premier ministre libanais démissionnaire a confirmé qu’il serait bien présent à Beyrouth pour la Fête Nationale du Liban, ce mercredi 22 novembre. “Et c’est là-bas que je ferai savoir ma position sur tous les sujets après m’être entretenu avec le président Michel Aoun” a-t-il ajouté dans une allocution depuis l’Elysée. 
“Je remercie le président Emmanuel Macron pour son soutien. Il m’a montré une amitié pure, que je n’oublierai jamais. La France a une nouvelle fois démontré son grand rôle dans le monde et dans la région. Cela démontre son attachement au Liban et sa stabilité. Pour tout cela, je réitère mes remerciements au président Macron et à la France”.

 

ENTRE ARABIE SAOUDITE ET IRAN, UN CONFLIT D’INFLUENCE EXPLOSIF

Liban, Syrie, Yemen… Le Moyen-Orient vit aujourd’hui au rythme de la guerre d’influence que se livrent l’Arabie Saoudite et l’Iran. Le géant sunnite contre le géant chiite. Difficile de ne pas être raciste quand on vois des tronches pareilles qui sentent la mort. Combien de meurtres comptabilisent de tels assassins ? Se sont des merdes qui ont du mal à se torcher le cul correctement mais qui se sentent supérieurs ! Jusqu’au jour proche ou ils seront bouffés par les asticots ! Nous parlons de dictateurs !

Hariri : comprendre la nouvelle crise

Dans les rues de Beyrouth, le 11 novembre dernier. Des portraits d'Hariri pour reclamer son retour.<br data-src=

Arrivé à Paris, Saad Hariri reste-t-il ou non le chef du gouvernement libanais ?  A-t-il démissionné pour contrer l’influence de l’Iran et la mainmise du Hezbollah comme il l’a dit  ou s’est-il plié aux exigences de ses maîtres de Ryad ? La nouvelle crise du pays des cèdres, en tout cas, s’inscrit dans une longue continuité théâtrale qui n’exclut pas la tragédie… et les surprises. En voici les clefs.

D’où vient au juste le Liban moderne ?

Le Liban est un très petit pays arabe – environ le quart de la Suisse ou un grand département français – de l’Est de la Méditerranée, presque enclavé dans la Syrie, à l’exception d’une frontière (sud) avec Israël. Un double voisinage qui pèsera constamment sur son sort.

Carte du Liban actuel (ambassade de France)

Carte du Liban actuel (ambassade de France)

Longtemps territoire de l’empire ottoman, le pays devient à son démembrement en 1920 une entité propre sous le nom de Grand Liban et le parrainage de la France qui a reçu de la SDN (Société des Nations) un droit d’administration de la région : le fameux « mandat ». Il devient République en 1926 dans ce cadre tutélaire, et pleinement indépendant le 22 novembre 1943.
Consacrée par sa constitution, la coexistence d’une population chrétienne maronite et de populations musulmanes (sunnite, druzes et chiites, ces derniers allant finir par devenir majoritaires) se traduit par un système communautariste complexe : président de la République chrétien maronite, Premier ministre sunnite, président de l’Assemblée nationale chiite.

Fissures

Dans un environnement international effervescent (conflits israélo-arabes, montées des nationalismes nassériens et baasistes, coups d’État…) le Liban apparaît jusque vers 1970 comme un îlot de prospérité (c’est une place bancaire importante) et de calme relatif. Partie prenante du monde arabe, il paye cependant le prix d’en être le maillon faible.

Camp palestinien de Bourgolieh en 1975<br data-src=


Un demi million de réfugiés palestiniens (la plupart sunnites) se sont installés sur son sol – certains dès 1948 d’autres après la Guerre des Six jours de 1967 – avec leurs organisations politiques, modifiant son équilibre démographique.

Les sunnites libanais seraient favorables à les intégrer dans la communauté nationale au nom de la solidarité arabe mais aussi, plus prosaïquement, parce que leur poids communautaire s’en trouverait renforcé d’autant. Les chrétiens s’y opposent ; les druzes et les chiites y sont réticents.

Quinze ans de guerre civile

Scène de la guerre civile, 1982<br data-src=


Le différend exacerbe des tensions internes et débouche sur quinze ans de guerre civile, de 1975 à 1990 où se mêlent rivalités militaires, religieuses et … mafieuses, les différentes milices exerçant une domination de pillage sur leurs zones.
Au nom de sa « sécurité », Israël se mêle au conflit dès 1980 et envahit le Liban  (l’occupation de sa partie sud se prolongera jusqu’en 2000 et se poursuit symboliquement aujourd’hui, du point de vue libanais, par celle de deux parcelles non évacuées).
En 1989, les accords de Taëf (Arabie Saoudite) mettent officiellement fin à la guerre civile et consacrent – avec la bénédiction de la communauté internationale  – une quasi tutelle et occupation militaire syrienne.
Si elle apporte d’abord le soulagement du silence des armes, la pax syriana est au fil des ans de plus en plus mal vécue par une partie de la population, en particulier l’intelligentsia et la classe politique, chrétienne mais aussi sunnite.

L’assassinat d’Hariri, le choc de 2005

L’assassinat en février 2005 du Premier ministre et milliardaire libano-saoudien Rafiq Hariri, non-revendiqué mais attribué à ses velléités de desserrer l’étau syrien, déclenche un important mouvement d’exaspération, marqué de manifestations massives qui culminent le 14 mars 2005.

Manifestation du 14 mars 2005 à Beyrouth.<br data-src=


 La pression internationale aidant, il se traduit par la fin précipitée de la présence syrienne. Des élections portent au pouvoir autour de Saad Hariri, fils du Premier ministre défunt, l’alliance dite du 14 mars, regroupement de partis sunnites, chrétiens, druze … mais non chiites.
Représentant près de la moitié du pays, ces derniers se sont tenus à l’écart du mouvement « démocratique » – tacitement pro-occidental et soutenu par les Etats-Unis et la France – et restent attachés non seulement à leurs deux partis historique – Amal et Hezbollah
– mais aussi à leurs parrains traditionnels que sont la Syrie et l’Iran.

Un « parti » très spécial

Or, malgré le retour officiel de la paix et le retrait israélien, le Hezbollah reste un parti influent (14 députés) et surtout une force militaire considérable, qui – contrairement aux autres factions –  ne s’est pas désarmée. Mouvement national très libanais malgré ses protecteurs extérieurs, il se revendique comme « la Résistance » persistante face à l’ennemi israélien. Il surprend en lui infligeant de lourdes pertes lors d’une nouvelle incursion de Tsahal au Sud-Liban en 2006.

Rassemblement du Hezbollah dans le sud du Liban, en octobre 2010.<br data-src=


Resté au centre du jeu malgré les efforts occidentaux pour l’en chasser, le Hezbollah se confirme partenaire incontournable de tout cabinet d’union. Pire, il s’allie à une figure chrétienne influente, le général Michel Aoun, personnalité nationaliste inclassable qui avait en1990 combattu par les armes le nouveau maître … syrien.
On assiste donc depuis une douzaine d’années à diverses déclinaisons du même spectacle particulièrement déroutant pour des esprits occidentaux peu familiarisés avec  « l’Orient compliqué » évoqué naguère par le général de Gaulle : gouvernements dirigés tantôt par le fils de l’icône assassinée (Rafiq Hariri) incluant ses meurtriers présumés (c’est ainsi qu’est dénoncé le Hezbollah par ses adversaires, malgré son démenti), tantôt, à l’inverse dirigés par des amis de ce Hezbollah … considéré comme un mouvement terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne, protecteurs du Liban.

L’explosion syrienne

Si elle n’a pas, comme on le craignait, submergé le Liban, la guerre civile syrienne n’en a pas moins modifié l’environnement et le climat. Le Hezbollah est sorti de ses frontières pour soutenir le régime de Damas, considéré durant la première phase de la crise comme l’ennemi principal par les occidentaux mais aussi une partie de l’intelligentsia libanaise acquise à la résistance non islamiste.

Réfugiés syriens à Qusair, dans l'Est du Liban.<br data-src=


 Dans l’autre sens, le Liban a vu affluer sur son sol près d’un million et demi de réfugiés syriens parmi lesquels, surtout dans le nord, bon nombre de combattants sunnites islamistes armés. Le danger que l’incendie se propage au pays du cèdre était bien réel.
En 2011, Saad Hariri cède sa place de Premier ministre à Najib Mikati réputé « proche du Hezbollah ». Ce dernier quitte le pouvoir deux ans plus tard. Après une longue crise sans gouvernement, le même Saad Hariri redevient Premier ministre en 2014 à la joie des pays de la coalition occidentale qui croient imminente la chute du régime de Damas.
C’est le contraire qui se produit. En Syrie, soutenu par la Russie, l’Iran et le Hezbollah, Bachar al-Assad opère un rétablissement spectaculaire à partir de 2015/2016. Comme en écho, Michel Aoun, 84 ans, toujours allié au Hezbollah et à Damas, devient justement au Liban le nouveau … président de la République.

La surprise de Ryad

Hariri, qui en a vu d’autres, semble s’accommoder de cette nouvelle cohabitation à la Libanaise jusqu’à ce 5 novembre 2017 où sa démission prend – presque – tout le monde de court.

Elle intervient en dehors de tout cadre constitutionnel, n’est pas présentée au président de la République mais … à la télévision saoudienne, depuis Ryad. Elle est accompagnée d’une charge d’une étrange et peu diplomatique violence contre l’Iran, accusée de semer « la discorde, la dévastation et la destruction » et contre le Hezbollah, dénoncé comme un « État dans l’État ».

Saad Hariri à Ryad le 6 novembre dernier avec le roi saoudien Salmane.<br data-src=

Par ailleurs, Saad Hariri qui est également sujet de l’Arabie Saoudite est très concerné par un scandale financier complexe dans lequel sont poursuivis, sous la férule du nouveau roi Salmane, une partie de sa classe dirigeante et financière, famille royale comprise dont plusieurs membres sont arrêtés.

De là à penser que Saad Hariri se trouve lui-même prisonnier du régime saoudien pour son rôle dans les dites affaires (des milliards de dollars sont en jeu dans le scandale où il est cité) et/ou géopolitiques (une manœuvre de plus contre Téhéran), il n’y a qu’un petit pas. Il est vite franchi par nombres d’observateurs internationaux mais aussi par une grande partie des Libanais, chef de l’Etat inclus.

Union sacrée

Derrière le président Aoun qui refuse la démission, c’est toute la classe politique du pays – jusqu’au Hezbollah ennemi,  supposé assassin de son père – qui réclame la « libération » et le retour d’un Hariri prodigue, pourtant assez démonétisé deux semaines auparavant.
Je vais revenir si Dieu veut à mon cher Liban comme je vous ai promis. Vous verrez Saad Hariri, Premier ministre du Liban le 15 novembre. Le 12 novembre au soir, celui-ci s’exprime à nouveau depuis Ryad sur une télévision libanaise dont il est propriétaire. Il dément être prisonnier, modère ses attaques contre Téhéran et le Hezbollah et promet un retour imminent. Il a les traits tirés, le visage pâle, parfois presque au bord des larmes et s’interrompt souvent.

Dans un café de Beyrouth lors de l'interview de Saad Hariri, le 12 novembre 2017.<br data-src=

 Si le contenu de son intervention apporte un certaine détente après l’éruption belliqueuse de la semaine précédente, sa forme renforce la conviction de ceux qui le croient plus que jamais l’otage du roi saoudien, sans doute mêlé aux affaires obscures du royaume mais aussi instrument d’une guerre et d’une campagne qui le dépassent.

« Je vais revenir si Dieu veut à mon cher Liban comme je vous ai promis. Vous verrez », a-t-il ajouté ce 15 novembre. 

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C’est pourtant à Paris qu’il atterrit trois jours plus tard, invité en France par le président Emmanuel Macron. Toujours Premier ministre ? Officiellement, le président Aoun n’en sait toujours rien.
Marionnette ou non, Saad Hariri ne sort pas grandi de l’épisode et il y a peu à parier sur son avenir politique à long terme. Mais la cause de sa « libération » et de son retour a rassemblé dans l’opinion de la rue autant que sur la toile chrétiens, sunnites, druzes ou  chiites – Hezbollah inclus -, qui font taire pour un moment leurs oppositions. Union aussi subite que miraculeuse, presque inédite dans l’histoire du pays.
A l’heure où la région menace de s’embraser par les conflits d’États aggravés de la millénaire rivalité chiito-sunnite, le Liban réputé si fragile et explosif vient donner au Proche-Orient une leçon inattendue.

« cela fait longtemps que nous vivons dans l’austérité »

Les promesses de réformes des dirigeants peinent à convaincre les Libanais, qui traversent une période de marasme économique et redoutent une crise financière. 

Ibrahim sourit lorsqu’on évoque avec lui « l’état d’urgence économique » annoncé par les autorités libanaises, début septembre. « Des mots, des discours… Cela fait plusieurs années que nous vivons une situation économique difficile », rappelle ce gérant d’un café-restaurant des souks de Beyrouth, un centre commercial haut de gamme au cœur de la capitale.

A peine l’été a-t-il été meilleur, grâce au « retour des touristes du Golfe, qui ont un plus fort pouvoir d’achat. Mais notre clientèle libanaise, aisée, consomme moins. Il y a un problème de confiance en l’avenir. »

En 2018, l’économie du pays du Cèdre a connu une croissance d’à peine 0,2 %, selon le Fonds monétaire international (FMI). Les ventes de voitures neuves ont baissé de plus de 20 % sur les sept premiers mois de l’année 2019. « Vu les taux d’intérêt, jusqu’à 12 % pour les dépôts en livres libanaises et 8 % pour ceux en dollars proposés par les banques, ceux qui ont un peu d’argent préfèrent le bloquer en dépôt », commente un responsable des ventes chez un concessionnaire automobile de l’ouest de la ville.

L’immobilier, l’un des piliers de l’économie, se porte mal. « Tant qu’il n’y aura pas, au minimum, des prêts disponibles à un taux raisonnable, il est impossible que le marché reprenne. Celui-ci s’est rétréci à partir de 2008 : il est aujourd’hui essentiellement local », commente Joe Kanaan, PDG de la société immobilière S-Gestion.

Le marasme économique se double aujourd’hui de la peur d’une crise financière majeure, et de la crainte d’une dévaluation de la livre libanaise. Sa parité est fixée au dollar américain, au taux de 1 507,5 livres pour 1 dollar, et les deux monnaies sont utilisées. Le déficit de la balance des paiements a atteint 5,3 milliards de dollars (4,82 milliards d’euros) sur les sept premiers mois de l’année. La dette de l’Etat est l’une des plus élevées au monde : elle a représenté plus de 150 % du produit intérieur brut (PIB) en 2018. Or, pour financer la balance des paiements et le service de la dette, et maintenir la stabilité de la livre libanaise, des entrées constantes de capitaux, et donc de devises, sont nécessaires.

A Arsal, 30000 Syriens en détresse

La ville de Arsal, située dans les montagnes de l'anti-Liban à 1500 mètres d'altitude, comptait 35000 habitants avant la guerre en Syrie. Composée majoritairement de sunnites, elle sert de base arrière aux opposants syriens. Elle est entourée de villages à majorité chiites qui soutiennent le régime de Bashar el Assad et où le Hezbollah est très présent. -©TV5MONDE/Margaux Bergey

La ville de Arsal, située dans les montagnes de l’anti-Liban à 1500 mètres d’altitude, comptait 35000 habitants avant la guerre en Syrie. Composée majoritairement de sunnites, elle sert de base arrière aux opposants syriens. Elle est entourée de villages à majorité chiites qui soutiennent le régime de Bashar el Assad et où le Hezbollah est très présent.

Alors que l’armée syrienne a repris la ville de Qara, située dans la région de Qalamoun mi-novembre, les habitants ont fui vers la localité d’Arsal au Liban. Plus de 12 000 personnes ont franchi la frontière en une semaine. La ville manque de moyens pour les accueillir dans des conditions décentes alors que l’hiver s’installe. Pro-opposition, la ville est entourée par des villages qui soutiennent le régime d’Assad, et sert de base arrière aux rebelles syriens. Si l’armée régulière reprend la région, Arsal risque de se retrouver isolée. Reportage. 

A l’intérieur du hangar vétuste, il fait un froid glacial. Dans la pénombre s’entassent une soixantaine de familles, tout juste arrivées de Qara, une ville de la région de Qalamoun. Ils ont fui les bombardements de l’aviation syrienne. Des enfants crasseux courent au milieu des femmes. Emmitouflées dans leurs longs manteaux, elles racontent toutes la même histoire : les avertissements de l’armée, les bombes qui pleuvent, la fuite précipitée vers Arsal. Il n’y a pas d’eau ni d’électricité et certains enfants vont presque pieds nus alors que la température ne dépasse pas 5 degrés. Arsal est à 1 500 mètres d’altitude dans la chaîne de montagnes de l’anti-Liban qui surplombe la plaine de la Békaa. A Qara, ils ont entendu les rockets tomber « pour faire peur aux gens et les forcer à fuir », racontent les femmes. « Le régime vise tout le monde, il attaque et on ne sait pas ce qu’il veut ». Encore sous le choc, elles ont du mal à réaliser ce qui leur arrive. « C’est très dur ce qu’il se passe, pour nous, pour les enfants et les personnes âgées ». Le repas du soir sera composé de pain et de conserves de fèves, donnés par une ONG locale et vaguement réchauffées sur de petits réchauds à gaz. Plus loin, des groupes d’hommes observent avec méfiance la venue de journalistes. Seul les femmes accepteront de raconter leur périple.  Dans ce hangar sans eau ni électricité s'entassent une soixantaine de familles. Elles sont arrivés mi novembre de la région de Qalamoun, tenue par les rebelles syriens et que l'armée du régime tente de reprendre. Les réfugiés dépendent de l'aide des ONG locales. -©TV5MONDE/Margaux Bergey<br data-src=

Face à cette nouvelle vague de réfugiés, le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’Onu a installé des campements sommaires. -©TV5MONDE/Margaux BergeyL’aide humanitaire à la traîne  Le soutien de la petite ville aux rebelles est indéfectible. « Nous accueillons les réfugiés dans nos maisons, nous les soutiendrons jusqu’au bout» s’exclame Abu Ibrahim, responsable d’un centre d’une ONG religieuse, « Ordre et Réforme ». Son association qui emploie 10 salariés et compte sur ses volontaires, distribue 2 000 repas par jour. La ville comptait 35 000 habitants avant la guerre en Syrie. Elle accueille désormais plus de 25 000 réfugiés qu’il faut loger, nourrir, éclairer et chauffer. Le moindre garage, hangar ou bâtiment en construction est squatté. Le soir, la ville est éclairée par les ampoules des habitations, les rues sont sombres et froides. Il règne une atmosphère de détresse à Arsal, qui semble abandonnée à son sort. L’aide humanitaire manque cruellement et est très désorganisée. « Cela fait un an que nous alertons les principales ONG et les Nations Unies que d’importants combats pourraient avoir lieu à Qalamoun et qu’Arsal devra faire face à un flux important de réfugiés, mais personne ne nous a écouté », s’insurge Ahmad Fliti. Des tentes estampillées UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés pour les Nations Unies) ont été dressée à la va-vite sur un terrain aux abords de la ville. Les sanitaires sont à peine installés alors que les familles arrivent.  La ville de Arsal accueille plus de 30000 réfugiés syriens. La municipalité commence à construire des campements pour les accueillir.  -©TV5MONDE/Margaux Bergey

La ville de Arsal accueille plus de 30000 réfugiés syriens. La municipalité commence à construire des campements pour les accueillir. -©TV5MONDE/Margaux BergeyLa crainte d’une crise humanitaire  « Si tout Qalamoun est repris, les civils vont tous venir à Arsal. On n’a pas les moyens de faire face à un tel afflux, souligne l’édile. En plus, on ne peut pas installer de véritables camps, donc on monte des petits campements ». Les camps de réfugiés syriens sont interdits au Liban, contrairement à la Jordanie et à la Turquie : le précédent palestinien a traumatisé le pays.  Politiquement, la situation pourrait aussi devenir problématique pour la localité pro-rebelles. Ahmad Fliti explique que si l’armée gagne la bataille de Qalamoun, les rebelles pourraient s’installer dans les montagnes dont les sommets sont encore en Syrie et qui surplombent Arsal et les villages voisins pro-régime. Si les rebelles attaquent les villages libanais acquis à Damas, l’adjoint au maire craint des représailles de la part du régime plus que du Hezbollah : « ce n’est pas le Hezbollah qui nous fait peur, ils n’ont aucun intérêt à lancer une attaque sur le territoire libanais. On a plus peur du régime syrien, qui pourrait nous attaquer au sol ou par les airs ». Il confie aussi que la municipalité n’a pas les moyens de contrôler toutes les voitures qui passent à Arsal. Mais lui non plus ne croit pas que la ville se retrouvera complètement isolée en cas de victoire d’Assad à Qalamoun : comme Mahmoud, il estime que le régime est affaibli, et ne pourra pas contrôler toute la région.  A 5 heure de l’après-midi, il fait déjà nuit et le froid se fait de plus en plus perçant. Dans quelques semaines, Arsal sera recouverte par la neige. Les milliers de familles arrivées de Qalamoun seront toujours sous des tentes, dans des hangars ou des abris de fortune. 

Le Hezbollah, l’Etat dans l’Etat

Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006 (AFP)

Manifestation du Hezbollah à Beyrouth

De la terreur au gouvernement, la Résistance redoutée

Fondé en 1982 en réaction à l’invasion israélienne, le Hezbollah (Parti de Dieu) est un mouvement politique et militaire chiite libanais, soutenu par l’Iran et la Syrie.

Son guide spirituel est alors le cheikh Mohammad Hussein Fadlallah et ses objectifs déclarés l’extension de la révolution iranienne et la création d’un état islamique au Liban. Il y a officiellement renoncé aujourd’hui.

Les premières actions armées qui lui sont imputées datent de 1983 et les victimes en sont alors des militaires occidentaux présents au Liban : attentat contre une patrouille française ; attentats-suicides contre la force multinationale d’interposition causant 248 morts américains et 58 français. On lui prête par la suite différentes prises d’otages de civils étrangers, dont celles du journaliste français Jean-Paul Kaufmann (libéré au bout de trois ans) et du chercheur Michel Seurat, décédé en captivité. On l’accuse enfin d’avoir organisé en 1986, par l’intermédiaire d’une organisation-paravent (le CSPPAC) et pour le compte de l’Iran, différents attentats en France dont celui de la rue de Rennes à Paris (7 morts et une soixantaine de blessés).

Le Hezbollah n’a jamais revendiqué ni reconnu explicitement ces différents actes, qui ont également pu faire l’objet de différends en son sein. Ils lui ont en tout cas valu durablement la qualification en occident de groupe terroriste international. 

“LA RÉSISTANCE”

A partir des années 1990, le Parti de Dieu étend son influence civile dans les zones chiites et recentre son activité militaire contre l’ennemi principal : Israël qui occupe toujours une partie du pays.

Alors que les accords de Taef (1989) qui marquent la fin de la guerre civile prévoient le désarmement de toutes les milices, le Hezbollah, lui, conserve sa branche et son activité militaires au nom de la lutte contre l’occupant contre lequel il mène une guérilla de harcèlement.

Ce rôle –ainsi qu’une action sociale dans des zones désertées par l’État – lui vaut un certain prestige au-delà des populations Chiites.

Toujours « Organisation terroriste » en Occident il est au Liban « la Résistance » et y bénéficie souvent d’un certain respect jusque parmi ses adversaires idéologiques.

SUCCÈS MILITAIRES

Même s’il n’en est pas la seule cause, le retrait d’Israël du Sud-Liban en juin 2000 sonne pour lui comme une victoire. Il prend de facto le contrôle de ce territoire sans exercer contre les collaborateurs de la veille (notamment l’ALS, milice chrétienne supplétive d’Israël) les représailles qu’ils pouvaient craindre.

La question de son désarmement et de son intégration à la vie civile libanaise se repose alors. La majeure partie de la classe politique libanaise le réclame, agacée par cet État dans l’État – qui contrôle outre le Sud du pays la banlieue sud de Beyrouth, Baalbek et diverses localités et territoires – ou redoutant ses intentions. Manifestation du Hezbollah en 2008 (AFP)Manifestation du Hezbollah en 2008 (AFP)Le Hezbollah lui-même semble se poser la question. Malgré ses parades militaires à grand spectacle – à connotation plus fascisante que terroriste, à cet égard comme à d’autres – il s’est largement civilisé, a pignon sur rue, ses députés, sa presse, sa télévision et d’importants moyens financiers. Sans rompre avec l’Iran, il s’en est un peu éloigné au plan idéologique depuis la mort de Khomeiny, se présentant d’avantage comme un mouvement national libanais ayant renoncé à la république islamiste.

La question des fermes de Chebaa (des hameaux frontaliers non restitués par Israël) lui donne un motif (prétexte, disent ses adversaires) pour différer cette reconversion, conserver son armement et une activité militaire à la frontière.

La résolution 1559 prise par l’ONU en 2004 à l’instigation, notamment, des États-Unis enjoint à « toutes les milices » de se désarmer ce qui vise explicitement le Hezbollah. Elle n’est pas appliquée et le Premier ministre Rafic Hariri est tué 5 mois plus tard mais nul alors ne voit dans l’attentat la main du Parti de Dieu.

 Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006 (AFP).

Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006

Celui-ci survit sans dommage au mouvement de réaction qui s’ensuit et qui incrimine surtout la Syrie. Il maintient ses positions aux élections de juin 2005 et conclut une alliance spectaculaire – et durable – avec son ennemi d’hier, le Général chrétien Michel Aoun et son Courant patriotique Libre.

C’est l’été suivant après un accrochage frontalier avec le Hezbollah qu’Israël lance au Liban sa plus grande opération militaire depuis 1982. Elle y causera près de 1200 morts (en grande partie des civils) occasionnera de graves dégâts à un Liban à peine convalescent des guerres et crises précédentes.

Pour Israël l’opération résonnera pourtant comme un grave revers sinon une défaite aux plans médiatique et même militaire : plus de 160 morts de son côté – bien plus selon différentes sources, un coût de toute façon « inhabituellement » élevé – et une armée régulière puissante tenue en échec pendant trente-quatre jours (c’est la plus longue guerre israélo-arabe). Confrontée pour la première fois à une bataille réelle, la guérilla surprend le monde par sa capacité et par sa puissance de feu (plus de 6000 missiles et roquettes tirées dont 4000 ont atteint le sol israélien).
Pendant l'invasion israélienne de 2006 (AFP)

Pendant l’invasion israélienne de 2006

Des voix s’élèveront au Liban pour dénoncer la légèreté d’un Hezbollah coupable d’avoir causé le déclenchement de la guerre et mis en péril le pays mais elles restent minoritaires. Les élections de 2009 voient se maintenir le Parti de Dieu qui, associé au CPL du Général Aoun, conserve ses positions, l’alliance devenant même dans le pays majoritaire en voix (mais non en sièges).

La formation chiite s’offre le luxe de soutenir le gouvernement d’union nationale de Saad Hariri et même d’y participer. C’est la question du Tribunal spécial pour le Liban qui provoquera la rupture. Se sachant mis en cause dans l’assassinat de Rafic Hariri par une enquête dont il dénonce la partialité, le Hezbollah tente d’obtenir de la formation majoritaire une prise de distance à l’égard du TSL.

Malgré la controverse et les doutes grandissants dont l’instance onusienne est l’objet au Liban même, Saad Hariri refuse. La démission de onze ministres du Hezbollah et de ses alliés entraîne mécaniquement la chute du gouvernement le 12 janvier 2011.

Non loin de là

Quel terrorisme ?

Le Hezbollah est placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des États-Unis d’Amérique, de l’Australie (uniquement sa branche extérieure) et comme organisation terroriste par l’État d’Israël .

À l’inverse, l’organisation est considéré comme un mouvement de résistance par la Syrie et l’Iran.

La position de l’Union européenne est contrastée : par la voix du président de l’Union en exercice au 1er août 2006, l’Union européenne signale que le Hezbollah ne sera pas inscrit sur la liste des organisations terroristes.

À la différence du Conseil de l’Union européenne, le Parlement européen a cependant adopté le 10 mars 2005 une résolution (par 473 voix pour et 33 contre) déclarative et non contraignante pour les États membres qualifiant le Hezbollah de terroriste par le texte suivant : « considère qu’il existe des preuves irréfutables de l’action terroriste du Hezbollah et qu’il convient que le Conseil prenne toutes les mesures qui s’imposent pour mettre un terme à cette action ».

L’ONU ne classe pas le Hezbollah dans sa liste des organisations terroristes mais le Conseil de sécurité de l’ONU appelle à son désarmement.

Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah déclara à plusieurs reprises ne pas soutenir le mouvement terroriste Al-Qaida: « Nous, nous rejetons les actes (de terrorisme) qui ont cours, nous les considérons comme des crimes, et ceux qui commettent ces actes sont des criminels et non pas des martyrs. » En effet, le leader du Hezbollah distingue l’idée de résistance face à Israël et l’attitude de terroristes d’Al-Qaida.
 En 2000, après l'évacuation du Sud-Liban par Israël

En 2000, après l’évacuation du Sud-Liban par Israël 

L’organisation

Le Conseil consultatif exécutif (Majlis ach-Choura al-Qarar) est constitué de 7 membres et présidé par le secrétaire général Hassan Nasrallah. Il prend ses décisions par consensus.

Le secrétaire général possède une autorité importante, mais non absolue. Cela permet notamment d’éviter que le décès du secrétaire général ne “décapite” totalement le mouvement.

Un grand nombre d’institutions plus secondaires forment le deuxième cercle du pouvoir exécutif au sein du Hezbollah. Les principales sont la Convention Générale et le bureau politique. La Convention Générale est dirigée par un Conseil exécutif de 12 membres. Elle élit les membres du Conseil exécutif, met en œuvre ses décisions, formule les choix effectués au quotidien et gère les relations extérieures avec les autres forces politiques libanaises. Chacun des membres du Conseil exécutif a en charge un portefeuille (santé, éducation, affaires régionales, etc.). Le Conseil consultatif exécutif a cependant le dernier mot vis à vis de la Convention Générale comme du bureau politique en ce qui concerne les décisions-clés.

Les représentants du Hezbollah au parlement libanais influencent les orientations de l’organisation. Ils sont considérés comme plus modérés et réformistes, comme le montre l’éviction de Mohammed Ra’ad de la tête du Conseil exécutif.
Certaines personnalités, chefs historiques du mouvement, ont une influence privilégiée. Ils disposent de droits de vote privilégiés au Conseil consultatif.
 (d’après Wikipédia)

Le cèdre en cendre

«Pourquoi doit-on deviner qui veut nous tuer à chaque fois?»

Le jour où le port de Beyrouth a été soufflé, raconté par les habitant·es de la capitale du Liban. Témoignage d’Anthony Semaan, 34 ans, libanais, quartier de Gemmayzeh.

Vue aérienne du quartier de Gemmayzeh, le 7 août 2020. | AFP
Vue aérienne du quartier de Gemmayzeh, le 7 août 2020. | AFP

Anthony est consultant dans l’industrie de la musique. Il a cofondé le projet musical Beirut Jam Sessions et travaille en tant que manager chez Deezer pour le Levant et l’Égypte. Il habite dans le quartier de Gemmayzeh, lui aussi dévasté par l’explosion.

Ça a eu lieu vers 18 heures et quelques. Normalement, je travaille depuis mon appart’, mais ce jour-là, j’ai décidé de bouger pour aller à la gym à 17h45. C’est à dix minutes de chez moi. Donc je m’en vais, j’arrive sur place, et quelques minutes plus tard, l’explosion.

Les vitres ont explosé sur la personne en face de moi, elle est trempée de sang. Après, il y a la deuxième vague, c’est là que tout explose partout. Je commence à courir pour rentrer chez moi parce que j’ai un petit chien. Je vois à droite et à gauche des gens par terre, blessés, du sang partout, des vitres, des immeubles qui ont pris feu. J’arrive devant chez moi, les gens me disent de ne pas monter parce qu’il y en a qui sont restés bloqués, et il y a des morts.

Je rentre dans mon immeuble. J’habite au 5e étage. Je vois qu’au 1er les portes sont tombées, des personnes sont tombées. Pareil aux 2e, 3e, 4e. Il n’y a que des vieux dans mon immeuble. J’arrive au 5e, j’ai un tout petit appart’, et tout est complètement détruit. Je commence à chercher mon chien, je le trouve pas et je me mets à paniquer parce que je sais pas ce qui se passe. Je le devine sous les dégâts de l’appart’ du 3e étage, je sais pas comment il s’est retrouvé là-bas. Je sais pas ce que je peux dire, tu vois, c’est juste un chien. Les gens ont perdu des frères, des sœurs, des enfants, et moi j’ai perdu ma maison…

Dans cette situation, on se retrouve à penser au pire scénario, à se dire que ça aurait pu être plus grave. Mais c’est pas une façon normale de penser, on n’est pas supposés être comme ça, immunisés à ce qui vient de nous arriver… Moi, je me considère vraiment chanceux. Si j’avais été dans mon appart’, je suis sûr à 100% que je serais pas vivant aujourd’hui. D’autres personnes sont blessées, ont été coupées à la tête, et elles disent: «On s’est juste coupé la tête.» C’est un truc extrêmement surréel. On est supposés sentir quoi?

Ensuite j’ai commencé à rassembler mes affaires, mes habits, le peu de choses qui restait. Je me suis retrouvé au milieu de la rue, avec mes sacs à la main, avec mon chien, je savais pas où aller. J’ai attendu pendant deux-trois heures que des amis me disent où ils comptaient aller, et je suis parti avec eux.

Des façades entières se sont effondrées après la déflagration. | Jennifer el Hage

Le lendemain, je suis retourné à Beyrouth, j’ai vu mon appart’, j’ai ramassé toutes les vitres par terre, j’ai tout nettoyé chez moi. Après, j’ai commencé à aider tout le monde dans la rue, mes potes, des gens que je connais pas, on s’est mis à tout enlever. Le gouvernement ne fait rien, la police ne fait rien, l’armée ne fait rien, ils sont en train de nous regarder pendant que nous, on regarde les dégâts.

Il n’y a même pas un politicien qui est venu dans la rue, personne n’a présenté ses excuses, chacun s’est mis à pointer l’autre du doigt. Mais c’est leur faute à tous, ils ont laissé 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium à cent mètres de nos maisons. C’est là depuis sept ans, et personne au gouvernement ne s’est posé la question d’enlever ce truc. Il y a plein de gens qui ont fait la remarque. Ils l’ont juste laissé comme ça.

Ils ont tous des maisons et des châteaux à la montagne, ils vivent leur vie tranquillement pendant que nous, on reconstruit avec nos mains. Même les aides de l’extérieur, on les organise nous-mêmes, avec Facebook, GoFundMe, etc. Ils sont multimillionnaires, ils ont même pas mis un rond pour nous aider. Juste à mon échelle, qui va payer pour mon appart’? C’est pas le proprio, c’est pas moi. La plupart du temps on se donne un faux espoir, on se dit qu’on va rouvrir les lieux et qu’on va tout refaire. Mais non, on va pas faire ça tant que ces gens sont là. Je vais pas m’amuser à reconstruire mon appart’ alors qu’il y a peut-être une autre bombe au milieu de la ville.

Dès le lendemain de l’explosion, les gens sont descendus dans les rues pour enlever les décombres.

Tous les jours, je descends très tôt le matin dans la ville pour aider les gens. Surtout à Gemmayzeh, il y a beaucoup de gens vieux. On est tous sous le choc, tout le monde est triste, tout le monde a mal, mais plus que ça, tout le monde est enragé. Hier [samedi 8 août] on est allés manifester, la police et l’armée ont commencé à lancer des bombes lacrymogènes et à tirer sur nous avec des balles en caoutchouc, mais il y avait aussi des vrais tirs. Ils nous ont coupé internet dans le centre, ils ont fait ça pour que les gens ne voient pas.

Une amie à moi est en train d’aider un groupe de femmes du Sierra Leone qui sont bloquées au Liban, elle essaye de trouver un moyen pour qu’elles rentrent chez elles. C’est une autre tragédie. On a tellement de travailleuses domestiques bloquées au Liban, qui ont été renvoyées parce que leurs patrons disent qu’ils ne «peuvent plus les payer», et elles se retrouvent dans la rue, elles sont jetées comme des animaux.

«Il nous restait juste nos maisons et nos corps, et on a perdu ça.»

J’ai jamais été aussi énervé. La tristesse, c’était au début. Beyrouth c’est chez moi, Gemmayzeh c’est chez moi, tout ça c’est ma ville. Cet aprem on va tous descendre dans la rue, encore une fois. Vu le nombre de blessés qu’il y a eu hier à cause de la police, je crois que les gens vont être encore plus enragés aujourd’hui. C’est extrêmement fou ce qui se passe, mais bon, on n’a pas le choix.

Dès qu’il y a eu l’explosion, je me suis dit: «Ah c’est Israël», puis d’autres personnes ont dit: «Oh non ils sont en train de viser Hariri», puis d’autres: «Oh non c’était un accident; oh non c’était le Hezbollah; oh non c’était les Syriens; oh non c’était je sais pas qui…» Pourquoi on doit deviner qui veut nous tuer à chaque fois? Cette fois, c’était la fois de trop, les gens sont furieux et tant mieux.

Avant l’explosion, déjà, on avait une crise économique extraordinaire, la pandémie, la dévaluation de notre argent, il y avait une famine qui commençait, depuis deux mois on n’avait plus d’électricité pendant vingt heures par jour… Il nous restait juste nos maisons et nos corps, et on a perdu ça. Je veux pas me mettre à me plaindre, mais c’est la réalité du pays. On est dans un pays qui s’est complètement effondré, et le gouvernement est toujours là à dire que tout va bien. C’est des gens qui sont là depuis la guerre civile, qui n’a jamais vraiment été terminée, clôturée comme il faut. Ces gens sont passés de chefs d’armées et de groupes militants à chefs de groupes politiques. C’est pas normal, on doit enlever ces rats du gouvernement, parce qu’ils sont juste là à nous détruire.

Beyrouth, c’est pour moi la plus belle ville au monde, c’est une ville vivante, avec des gens qui aiment faire des choses intéressantes, c’est des gens qui s’entraident, il y a vraiment une communauté. Gemmayzeh, c’est un quartier où les gens sont très gentils, je dis bonjour à tout le monde, je les connais même pas, mais on est dans une petite bulle. Dans le pays, il y a tellement de divisions, de haine entre les groupes politiques, que maintenant ça commence à se voir, ça commence à sortir. Là, j’espère qu’on va pouvoir voir un nouveau Beyrouth, plus fort qu’il n’a jamais été… Mais je veux pas me faire d’illusions. Il faudrait reconstruire quelque chose qu’on n’a jamais eu, qui est une vraie ville. C’est un nouveau Liban qui va venir, pour le meilleur ou pour le pire.

«S’il y a vraiment une révolution, c’est maintenant que ça commence, que ça devient une vraie bataille.»

Même si on voulait se casser du pays, on pourrait pas: on n’a accès ni à nos banques, à cause du contrôle des capitaux, ni à des visas pour voyager. On est bloqués là, et tant qu’on est bloqués là, on doit se battre pour avoir au moins une vie normale. Il y a une semaine, j’ai reçu une offre pour me baser temporairement en Corée. J’ai pensé que c’était une bonne idée, j’y étais l’année passée. J’adore la Corée, au moins j’aurais de l’électricité, un peu de paix dans ma tête, et avec le Covid, c’est mieux là-bas qu’ici… Mais aujourd’hui, je me dis que quitter le Liban, c’est impossible. Même si j’avais le choix, je ne le quitterais pas. Je suis pas une personne très patriotique mais je suis libanais, je suis né libanais, et je vais mourir libanais, même si je vis à Londres ou au Nigeria.

Il y a tous ces gens qui disent: «Lebanon will rise like a phœnix», mais non, y a plus de ça. On est censés se battre pour notre ville, pour notre liberté, pour notre Liban, pour faire partir tous ces seigneurs de guerre qui sont au pouvoir. Là y a plus de phœnix, y a plus de rise, y a rien. C’est la colère qui doit monter, qui doit être extraordinaire, jusqu’à ce qu’ils tombent tous.

Un manifestant jette des pierres sur les forces de sécurité libanaises, le 8 août 2020.

Quand la révolution a commencé, ça a donné de l’espoir, mais je dirais pendant un mois. Après, ça a pris une tournure politique, tout le monde essayait de se lancer sur la vague de la révolution. Les partis politiques prétendaient faire partie de tout ça, alors que c’est à cause d’eux qu’il y avait tout ça. S’il y a vraiment une révolution, c’est maintenant que ça commence. C’est maintenant que ça devient une vraie bataille. Ce n’est plus tous ces moments d’espoir où on était en train de sauter dans la rue, de se prendre dans les bras… C’est mignon tout ça, mais aujourd’hui on voit bien, ça n’a abouti à rien: on est là dix mois plus tard, le temps est venu d’être enragés.


Explosion à Beyrouth : un deuxième mort français parmi les victimes

L’enquête a été confiée à deux juges d’instruction pour des chefs
d’« homicides involontaires »
et « blessures involontaires ».

La double explosion a Beyrouth le 4 aout 2020 a fait au moins 171 morts.

Ce vendredi 14 août, l’Agence France-Presse révèle qu’un deuxième ressortissant français a été recensé parmi les victimes de la double explosion meurtrière à Beyrouth, au Liban, le 4 août dernier. Un drame ayant fait plus de 171 morts. L’enquête, qui avait été ouverte par le parquet de Paris, a finalement été confiée mardi à deux juges d’instruction du pôle spécialisé accidents collectifs du tribunal, a fait savoir le parquet de Paris, confirmant alors une information de BFM TV. L’information judiciaire a été ouverte des chefs d’« homicides involontaires » et « blessures involontaires », a-t-il précisé.

Un premier mort français avait été rapidement identifié parmi les victimes, l’architecte Jean-Marc Bonfils, installé au Liban où il avait pris part notamment à des projets de restauration de bâtiments détruits par la guerre, selon la ministre de la Culture. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, provoquée par une énorme quantité de nitrate d’ammonium stockée dans un entrepôt, des enquêteurs français de la police scientifique et judiciaire ont été dépêchés sur place. Leur mission vise notamment à participer à l’identification des victimes et à la reconstitution des événements, dans le cadre d’une coopération avec les autorités libanaises.

Des experts de l’ONU réclament une enquête

Ces dernières continuent de rejeter une enquête internationale malgré les voix qui s’élèvent au Liban et à l’étranger en ce sens. Des experts de l’ONU ont réclamé une enquête indépendante et rapide, exprimant leur inquiétude devant « l’impunité » dont bénéficient selon eux les responsables politiques libanais. Les autorités libanaises ont nommé le juge Fadi Sawan, connu selon des sources judiciaires pour son indépendance et sa probité, pour mener l’enquête sur les causes de l’explosion. Jeudi, les États-Unis ont annoncé que la police fédérale américaine (FBI) allait se joindre aux enquêteurs « à l’invitation » des autorités libanaises.

Explosion à Beyrouth : le coût des dégâts estimé à plus de 15 milliards de dollars

Plusieurs ministres seront interrogés sur la présence de tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth.

L'explosion a Beyrouth a fait plus de 170 morts en aout 2020.
L’explosion à Beyrouth a fait plus de 170 morts en août 2020. 

À la suite de l’explosion dans le port de Beyrouth, les dégâts sont estimés à plus de 15 milliards de dollars, comme l’a fait savoir ce mercredi 12 août le président du LibanMichel Aoun. « Les estimations préliminaires pour les pertes essuyées (après) l’explosion au port dépassent les 15 milliards de dollars », a assuré le président libanais d’après le compte Twitter de la présidence.

Dans la journée, une source judiciaire a révélé également que le parquet libanais va être chargé de questionner à partir de vendredi plusieurs ministres, anciens et actuels, au sujet de la présence pendant des années dans le port de Beyrouth de tonnes de nitrate d’ammonium. « L’interrogatoire va commencer vendredi avec l’ex-ministre des Travaux publics Ghazi Aridi, avant la convocation la semaine prochaine » de trois autres ministres au moins, dont l’actuel ministre démissionnaire des Travaux publics Michel Najjar, a précisé la source judiciaire.

À la suite de la double explosion qui a frappé Beyrouth, la capitale du Liban, il y a huit jours, plus de la moitié des hôpitaux de la ville sont « hors service », comme l’a révélé mercredi 12 août l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cinquante-cinq cliniques et hôpitaux de Beyrouth ont été évalués. « Nous savons qu’un peu plus de 50 % de ces établissements sont hors service », a fait savoir Richard Brennan, directeur régional des urgences de M. Brennan, lors d’une conférence de presse au Caire.

Trois principaux hôpitaux sont hors service et trois autres ne fonctionnent plus à pleine capacité, selon lui. « Cela veut dire que nous avons perdu 500 lits. » Richard. Brennan a appelé les autorités et leurs partenaires à « rétablir les capacités de ces établissements au plus vite » pour répondre aux besoins du pays face également à la pandémie de Covid-19 et aux autres urgences médicales.

171 morts

Le 4 août, une gigantesque explosion, due à un incendie dans un entrepôt où était stockée une énorme quantité de nitrate d’ammonium, a ravagé des quartiers entiers de la capitale libanaise. Elle a entraîné la mort de 171 personnes et en a blessé plus de 6 500 dans un pays miné par une crise économique inédite. Les hôpitaux, déjà saturés, ont été submergés par l’afflux de blessés et plusieurs ont subi d’importants dégâts. Des membres du personnel soignant ont péri lors de leur service ou ont succombé à leurs blessures.

Selon Iman Shankiti, représentante de l’OMS pour le Liban, les unités de soins intensifs et les lits épargnés sont occupés par les blessés graves. L’explosion combinée à la pandémie aura un « impact sur les capacités d’hospitalisation au Liban », notamment dans les services de réanimation, selon elle. Mardi, un record quotidien de contaminations au nouveau coronavirus a été enregistré au Liban : 309 cas et 7 décès. Au total, 7 121 cas, dont 87 décès, depuis février, selon un dernier bilan officiel.

La pandémie de Covid-19 avait été maîtrisée dans un premier temps, mais les cas sont repartis à la hausse après la réouverture de l’aéroport international de Beyrouth, le 1er juillet, et la levée progressive des mesures de confinement. Le gouvernement avait décrété un reconfinement provisoire en deux temps fin juillet, mais avait annulé cette mesure après l’explosion au port.

Explosions à Beyrouth : « On va puiser dans nos dernières forces pour espérer reconstruire »

ENTRETIEN. Sous le choc, l’architecte libanaise Aline Asmar d’Amman réclame un profond changement politique tout en rêvant de reconstruire son Beyrouth dévasté.

Propos recueillis par Marie-Christine MorosiModifié le 07/08/2020 à 20:46 – Publié le 07/08/2020 à 11:19 | Le Point.fr 

Le personnel du musee Sursock dresse un premier etat des lieux des degats causes par la double explosion du 4 aout.
Le personnel du musée Sursock dresse un premier état des lieux des dégâts causés par la double explosion du 4 août. © PATRICK BAZ / AFP

D’ordinaire passionnée et enthousiaste, Aline Asmar d’Amman aujourd’hui enrage. L’architecte libanaise, née à Beyrouth, a grandi sous les bombes. Mais l’explosion meurtrière et dévastatrice de mardi n’a rien à voir avec la guerre. Non seulement des habitants ont perdu la vie ou leur maison, ce toit qui était ce qui leur restait après des années de disette, mais la mémoire du Liban que représentaient ses anciens quartiers, tout ce patrimoine fragile qui tentait de renaître, est à terre.

Aline Asmar d’Amman, à qui Paris a confié les rénovations de l’hôtel de Crillon et du restaurant le Jules Verne à la tour Eiffel, connaît la valeur de la mémoire et du patrimoine. Entre deux allers-retours entre Paris et Beyrouth où elle a ouvert en doublon son agence Culture in Architecture, elle dresse le constat plus qu’attristé des conséquences de l’incurie de l’État Libanais.

Quel est votre état d’esprit depuis l’explosion ?

L’architecte libanaise Aline Asmar d’Amman, née à Beyrouth, a grandi sous les bombes. © DR

Aline Asmar d’Amman : Je n’ai pas ressenti cette rage au ventre depuis les années de guerre. C’est très déstabilisant et rageant pour tout le monde. On est revenus à cet état de révolte primaire, on est atterrés qu’il puisse aujourd’hui se produire de tels accidents au Liban, que personne n’ait été alerté ou en ait pris suffisamment conscience en amont, et que ce soit encore possible. Au-delà du sang dans les rues et des familles qui pleurent leurs morts, on est dans l’absurdité totale. Je suis atterrée de voir que cette ville qui a survécu à des guerres, à des invasions, à des pillages, soit décimée comme ça. C’est irréel. Personne ne s’y attendait. On n’est pas en situation de guerre civile. Les enfants étaient sur les balcons, les gens filmaient le feu de manière innocente. Personne n’imaginait qu’ils allaient être décimés, partir en poussière, et que c’était la dernière vision d’horreur qu’ils allaient regarder. Il faut imaginer la culpabilité que je ressens : étant mariée à un Suisse, je me trouve dans un paisible paysage… Mais à dix jours près, je devais être au Liban. En raison du peu de vols – un sur deux – assurés, j’ai dû reporter mon voyage à Beyrouth, car je n’étais pas sûre de revenir à temps pour un chantier important à Venise. Aussi, comme tous les Libanais vivant loin de leur pays, je me mords les doigts de ne pas être avec les miens, dans les rues, à déblayer, à aider et à réfléchir à ce qu’on peut faire…

Qu’espérez-vous ?

Il est encore trop tôt pour réclamer, mais il faut vraiment que les choses changent, qu’on soit aidés par la classe politique internationale pour changer de gouvernement. Cette gestion du pays s’est révélée inefficace et vraiment malsaine. Le Liban subit l’un des plus gros taux de désinflation qui existe, il subit la famine, les enfants ne peuvent plus retourner à l’école en raison d’une gestion déplorable du système d’éducation, et tant de gens font la queue devant les ambassades pour émigrer ! Que le but du Libanais soit de partir sans avoir à fuir une guerre, mais un système corrompu, est vraiment affligeant, alors que le peuple libanais est reconnu pour son art de vivre, sa joie de vivre, sa générosité… Cet accident est le fruit d’une négligence totale de la part de responsables qui étaient parfaitement conscients de ce qui était entreposé sur le port et qui n’ont rien fait pour protéger la population. Résultat, c’est le peuple qui paie.

Comment avez-vous appris l’explosion ?

Cela a commencé par un coup de fil de mon frère pour m’assurer que mes parents, qui habitent sur les hauteurs de Beyrouth, dans le quartier de Hamzieh, allaient bien. Mais même à 15 kilomètres du port, les fenêtres ont éclaté. Ses enfants ont entendu les mêmes bruits que ceux que nous avons entendus il y a vingt-cinq ans. Leur cœur battait la chamade trente minutes encore après l’explosion, dans un état irrationnel total, les enfants criaient : « Est-ce qu’on est morts ? Est-ce qu’on va mourir ? » C’est un cri d’animal blessé qui ne comprend pas comment il peut être touché aussi violemment, de façon aussi sauvage. Entre Libanais, on a toujours ce réflexe de se téléphoner avant que les lignes ne soient saturées ou parce qu’on manque d’électricité. On a appelé les amis qui habitaient dans les quartiers les plus touchés, notamment mon amie Liza, dont le restaurant a beaucoup souffert. J’ai aussi appelé mon amie Lady Yvonne Cochrane, dont le palais Sursock est aujourd’hui en ruines. Elle est hospitalisée, car elle était toujours assise sur le même fauteuil près de la baie vitrée qui a explosé…

Parlez-nous de ce palais…

Le palais Sursock, sommet de l’architecture beyrouthine du XIXe siècle, a été ravagé par la double explosion. © Marie-Christine Morosi

Le palais Sursock donne sur le port, sans vis-à-vis. Il a subi de plein fouet le souffle de l’explosion. C’était l’un des joyaux du Liban et même du Moyen-Orient, que Lady Yvonne Cochrane, amie très chère, avait su conserver en créant une association de préservation des demeures historiques de Beyrouth. Elle avait ainsi interdit toute construction devant les anciennes maisons pour les protéger de la spéculation immobilière. Tout proche, le musée Sursock, musée aux riches collections, et qui venait d’être rénové, a lui aussi subi de graves dommages. Il ne reste plus rien de ce témoignage de notre histoire.

Dévasté, le musée Sursock, situé non loin du palais du même nom et qui venait d’être rénové, a perdu des collections dans l’explosion. © Marie-Christine Morosi

Je pense à cette phrase de la poétesse Nadia Touani, qui a écrit : « Beyrouth est la dernière ville du Levant qui peut encore s’habiller de lumière »… En la lisant, on pensait tous au palais Sursock, à l’architecture patricienne du XIXe siècle, témoin de cette culture croisée des peuples. C’était son ouvrage que d’avoir su préserver ces maisons qui ont résisté à la guerre, aux pires moments de l’histoire libanaise. C’est notre dignité qui est à terre. C’est comme si le Marais [à Paris] était en miettes, en cendres, rayé de la carte. À présent, qui va aider Beyrouth alors que le peuple n’a plus l’énergie de se battre ?
C’est un sigal fort, extrêmement courageux, qui donne beaucoup d’espoir. Je sais que c’est radical, mais on en arrive à souhaiter une tutelle, un mandat comme celui qu’avait la France pour protéger le Liban. La venue du président français met aussi le doigt sur une autre plaie : le fait que Michel Aoun, le président libanais, ne se soit pas encore exprimé devant le peuple. Il n’a pas encore pris la parole. Emmanuel Macron le fera avant lui… c’est terrible, ça met les projecteurs sur cette gouvernance. Depuis la présidence du général Aoun, il y a de nouveau eu des tensions dans les rues, de la pauvreté qui s’est enracinée, aucun programme pour l’éducation, une chute du système bancaire et financier. Et cet énorme accident prouve que rien n’est prévu pour que les Libanais puissent vivre en sécurité. On ne demande pas des trottoirs impeccables et du mobilier urbain, mais de vivre en sécurité. Le sang tache les rues et beaucoup n’ont pas de nouvelles de leurs proches. Malgré leur pudeur à exprimer leurs sentiments, les Libanais sont enragés. On est écorchés à vif. Quand on n’a plus d’espoir, on sait qu’on a un toit et que l’on peut rentrer à la maison.
Aujourd’hui, les Libanais n’ont plus de maison. Ils n’ont plus ce luxe de se dire « je rentre à la maison ». Des familles avaient déjà tout perdu, mais l leur restait leur maison, le lieu de la mémoire vive de la famille, de leurs racines. Parfois juste les murs, mais aussi une lampe, un cadre, une chaise. Les anciennes générations qui ont vécu des guerres civiles, des révolutions, ne s’attendaient pas à revivre cela à leur âge. Et parmi ceux de ma génération, quadragénaires, il y avait un bel élan pour revenir au Liban et j’avais moi-même des projets. Reste l’entraide. On est en train de puiser dans nos dernières ressources et nos dernières forces pour espérer reconstruire alors qu’on n’avait déjà plus rien pour aller de l’avant. Je serai la première mobilisée pour aller sur place, rénover ce patrimoine libanais, lui redonner de la dignité. C’est l’image que l’on a envie de donner.

«Les souvenirs de la guerre sont revenus, cette peur qui vous prend plus bas que le cœur»

Le jour où le port de Beyrouth a été soufflé, raconté par les habitants de la capitale du Liban. Témoignage de Nayla Zreik Fahed, 52 ans, libanaise, quartier de Monot.

L'épave d'un bateau dans le port de Beyrouth, le 5 août 2020. | Anwar Amro / AFP
L’épave d’un bateau dans le port de Beyrouth, le 5 août 2020. | Anwar Amro / AFP

Nayla a été professeure de lettres à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Elle travaille aujourd’hui au sein de l’ONG Lebanese Alternative Learning, qu’elle a cofondée, et qui propose des programmes scolaires numériques pour les enfants dans les régions vulnérables. Veuve, elle habite à Beyrouth depuis une dizaine d’années avec ses trois enfants dans le quartier de Monot, au centre de la ville.

Je rentrais du bureau, j’étais avec mes trois enfants et ma mère, qui a une démence sénile, devant la baie vitrée du salon. Mon premier réflexe vient d’un passé de guerre: chercher un abri pour éviter les éclats. Évidemment, je suis d’abord allée vers les enfants pour m’assurer qu’ils n’avaient rien, puis on s’est réfugiés dans la salle de bains parce qu’il n’y a pas de fenêtre dans cette pièce. Il faut vérifier que les blessures ne sont pas graves, et puis se demander ce qui s’est passé.

Il y a eu un moment où on voulait comprendre quelle était cette énorme explosion: était-ce un attentat? Qu’est-ce qui a sauté? Pourquoi? Qui a-t-on cherché à tuer? Chacun a pensé que l’explosion s’était produite dans son quartier, à côté de sa maison. Pourtant, j’habite un quartier où a priori il n’y a pas de lieu qu’on pourrait viser. Quand on a su que c’était le port, d’autres interrogations sont venues.

«Ce dont je me rappelle, c’est qu’on est humiliés par la peur, en tant qu’êtres humains, de se sentir si fragiles.»

Tout le monde a subi des dégâts massifs, mais tout le monde allait bien, donc c’était un premier soulagement. Il a fallu trouver un hôpital pour faire des points de suture aux enfants, ça a été la galère. On est arrivés à l’hôpital américain, mais quand on a vu les gens qui étaient là, on s’est dit qu’on ne pouvait pas prendre la place de ceux qui étaient plus touchés. Quelqu’un dans la rue m’a dit: «Il y a un médecin dans cette clinique, essayez.» Finalement, on a trouvé un ophtalmo qui a recousu les plaies des enfants avec un fil pour microchirurgie, dans une salle d’attente, avec des lumières qui ne fonctionnaient pas.

Il est très difficile de réellement savoir ce qu’on ressent, ou ce qu’on ressentira dans quelques jours. On est encore dans le choc, dans le post-trauma. La maison est pour le moment inhabitable, on fait des va-et-vient entre la montagne et Beyrouth. J’ai vécu la guerre et je pense qu’on a atteint notre point de saturation. On a déjà beaucoup donné, je me sens incapable de revivre avec mes enfants ce que j’ai vécu avant. On est incapables de recommencer encore. Les souvenirs de la guerre sont immédiatement revenus, et cette peur qui vous prend un peu plus bas que le cœur, un peu plus haut que l’estomac, cette boule familière… Et l’humiliation de la peur. Ce dont je me rappelle, c’est qu’on est humiliés, en tant qu’êtres humains, de se sentir si fragiles.

On a d’abord essayé de voir comment on pouvait aider. On est allés dans les quartiers avec des balais, des pelles, etc. Il s’est passé ce qu’il y a eu pendant toute la révolution d’octobre, à laquelle les enfants et moi avons participé quotidiennement: cette incroyable société civile qui s’organise de manière assez impressionnante pour aider –et qui malheureusement ne sait pas s’organiser politiquement. Les infrastructures pour mettre en place la solidarité, des couloirs pour aider les autres en tenant compte du recyclage du verre, de l’écosystème… C’est quelque chose d’émouvant, de formidable. Et en même temps, il y a le côté désespéré, blasé, l’idée qu’on ne peut rien faire et qu’on va vers rien.https://80e0442d7f912121dac125c991b96913.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Deux hommes contemplent les dégâts sur le port de Beyrouth, le 5 août 2020. | David Hanna

Je pense surtout aux jeunes, ces jeunes qui se sont éveillés à une vie politique, qui essayent de comprendre, de poser des questions, de voir comment ça fonctionne, qui luttent contre le communautarisme, qui voudraient rencontrer l’autre. Il y a l’idée de vouloir questionner son identité, qui dans notre région était encore assez unilatérale, qui n’était pas complexe, et puis de se dire: «L’autre que je ne connaissais pas jusque-là, il a les même espoirs, les mêmes rêves.» On va dans différentes communautés, différentes classes sociales, pour trouver un terrain commun, s’enrichir.

Et puis il y a le suivisme politique qui nous a tous désespérés: ces gens qui continuent à suivre un parti ou un personnage politique. Dernièrement, beaucoup de jeunes ont pris position contre ce suivisme en disant: «Si vous soutenez telle personnalité politique, je suis désolé mais vous ne pouvez plus être mon ami.» Au début de la révolution, il y avait la volonté de se dire «on écoute tout le monde» mais là, il y a des gens qu’on ne veut plus écouter, qu’on ne veut plus comprendre.

«Ce que je ne supporte plus, c’est l’idée du phœnix qui renaît de ses cendres. Cette image, je ne veux même plus la voir.»

On s’est tous réunis au centre-ville avec cette impuissance, cette rage contre nos dirigeants, l’envie de croire que ça peut changer et le sentiment que ça ne peut pas changer. Je travaille dans l’éducation, je connais la corruption au ministère de l’Éducation et autour. Pendant la manifestation de samedi, toute cette violence primaire en nous était prête à exploser.https://80e0442d7f912121dac125c991b96913.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Je sais que le peuple libanais a une résilience, mais elle vient d’un sentiment de ne plus y croire. Je suis incapable de savoir si on peut se relever. Je voudrais avoir un message d’espoir. Ce que je ne supporte plus, c’est l’idée du phœnix qui renaît de ses cendres. Cette image, je ne veux même plus la voir. S’il n’y a pas de véritable séisme, s’il n’y a pas un véritable bouleversement, non, on ne se relèvera pas de ce coup. Notre rapport à cette ville est complexe, nos identités sont complexes. Il y a ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas, et on aime ce qu’on n’aime pas parfois, parce que c’est nous. Ça n’est pas noir ou blanc. Il y a les choses formidables, les choses terribles, et tout est imbriqué.

Beyrouth représente notre richesse, qui se trouve dans nos différences; c’est une ville désordonnée, mais en même temps qui bouillonne de culture, d’art, d’événements. C’est une forme d’amour, je ne sais pas si «passionnel» est le mot. C’est pas une ville qui laisse indifférent. Beyrouth, c’est aussi nous, les gens qui y vivons, et l’amitié, la chaleur… Je pourrais donner des adjectifs à l’infini, aucun ne décrirait réellement la ville. C’est la floraison au printemps avec ses odeurs, c’est aussi la saleté, le désordre, la chaleur, le soleil, la pluie torrentielle…

Aujourd’hui, j’ai une tristesse infinie, une colère incommensurable, une rage, une impuissance. Une volonté de rebâtir quartier par quartier, coin par coin, pierre sur pierre. Une envie de partir, une envie de rester. Il faut que tout change, que la société civile soit plus présente. Ce n’est pas possible de reconstruire de la même manière, ce serait désespérant. Maintenant, qu’est-ce qu’on peut faire? Je ne sais pas.

Moi je veux rester, je resterai. Mais est-ce que je n’encouragerai pas mes enfants à s’en aller? Si. Du moins, le temps de voir venir. Je n’ai plus l’âge de partir, cette ville elle est en moi, elle est dans mes veines. Je sais combien Beyrouth compte pour mes enfants et qu’il m’est très difficile de les convaincre de partir. Mais est-ce qu’au fond de moi je ne souhaiterais pas qu’ils aillent refaire leur vie dans un pays qui leur offre un minimum? Dire l’inverse serait me leurrer ou mentir.

Le gouvernement nous a fait exploser une bombe énorme dans la gueule.

Le jour où le port de Beyrouth a été soufflé, raconté par les habitants de la capitale du Liban. Témoignage de David Hanna, 29 ans, libanais, quartier de Sin el-Fil.

Manifestation à Beyrouth le 8 août, quatre jours après l'explosion. | David Hanna
Manifestation à Beyrouth le 8 août, quatre jours après l’explosion

David est producteur et photographe. Il a passé son enfance en Mauritanie et s’est installé à Beyrouth en 2015. Il habite à Sin el-Fil, dans la banlieue sud-est de Beyrouth. Au moment de l’explosion, il était dans un chalet de montagne, dans le Kesrouan.

Tout le monde a cru que la bombe était chez lui, là où il se trouvait. Ça a donné lieu à des situations d’incompréhension qui ont pu rendre le drame un peu plus drôle.

Moi j’étais dans le Kesrouan, je m’étais mis en maillot, je m’apprêtais à avoir une fin d’après-midi trop chillax. Je lance un appel avec trois potes juste pour dire des conneries. Une de nos amies s’excuse et raccroche. Quinze secondes après, on est en pleine conversation et j’entends des cris, un semblant de verre qui se casse et une femme qui gueule comme une tarée. Sur le coup, ça me fait limite rire, je me dis qu’ils sont en train de me faire une blague… Jusqu’au moment où je ressens l’explosion dans la montagne. Puisque j’ai déjà vécu l’assassinat de Rafiq Hariri, je sais comment ça se passe, les ondes de choc.

J’allume la télé, tout le monde est en panique, on attend les news. Aucune chaîne n’était sur le terrain, seule la TL retransmettait en direct depuis la maison du Premier ministre. Vu que tout le monde a ressenti l’explosion comme étant chez soi, on a cru qu’il y avait eu un attentat sur le Premier ministre, alors que ça n’avait rien à voir.

J’essaye d’appeler les gens avec mon téléphone portable mais ça marche pas. Au début, j’écoute les messages vocaux que ma sœur m’envoie, je comprends rien. La femme de ménage de mon grand-père m’appelle, elle parle à moitié en arabe et en anglais, et moi je comprends rien, j’entends ma mère en train de crier et de pleurer en arrière-plan, je lui dis de me repasser mon grand-père mais il est sourd, donc il comprend rien non plus, il me repasse ma mère, et elle est en panique parce qu’elle a cru que ma nièce de 4 mois qui était avec mes deux sœurs à l’ABC [centre commercial dont le dôme et certaines parties du bâtiment sont en verre, ndlr] était blessée.

À la seconde où je calme ma mère, la télé diffuse la première vidéo de l’explosion. Là, ma mère passe de la femme paniquée qui a été calmée à la femme ultra paniquée. Et moi je passe du mec en maillot qui dit «T’inquiète, tout va bien» au mec qui flippe sa race. Je reste scotché à la télé pendant un bon bout de temps puis je décide de descendre vers Beyrouth, parce qu’il fallait constater les dégâts de la maison.

«C’est mon mécanisme de défense, être à l’endroit qui me traumatise.»

Je suis descendu une heure et demie après. J’avais très peur de prendre la route, pensant que tout le monde à la montagne allait descendre et que les gens allaient rouler comme des malades. Au moment où je suis parti du chalet, je me suis dit qu’il fallait peut-être prévenir ma voisine, au cas où il y aurait des vols. Devant sa porte, j’entends des cris, je sais pas si elle rigole, si elle pleure, si elle a allumé la télé… Je me dis que c’est peut-être pas le moment. En fait, on lui avait annoncé le décès de son frère, un député phalangiste. L’explosion était tellement proche du QG que ça l’a tué. Son frère était un des seuls phalangistes un peu aimables, alors tout le monde était triste.

Dans les maisons, il y a eu pas mal de vols, ce qui rendait la tâche difficile: des volontaires venaient aider les personnes âgées, mais par manque de confiance, elles ne voulaient pas les laisser entrer.

Un homme se tient au milieu de sa maison détruite, deux jours après l’explosion, le 6 août 2020. | AFP

Une fois arrivé chez moi, je vois que toutes les vitres ont explosé. L’appart’ de ma sœur a été totalement défoncé. Maintenant, tout le monde vit avec nous.

Le soir même, j’étais très tenté d’aller filmer le lieu de l’explosion. C’est mon mécanisme de défense, être à l’endroit qui me traumatise. Je l’ai pas fait parce qu’on a dit que c’était assez toxique. Malheureusement, ça a fixé ce sentiment d’irréalité. Jusqu’à aujourd’hui, j’arrive pas à croire ce qui s’est passé. «Ah, Beyrouth n’existe plus», c’est impossible de me mettre ça en tête.

Je descends à Mar Mikhael, et là je vois une énorme solidarité qui fait trop plaisir. En même temps, plein de jeunes remplissent et traînent leurs valises pour les jeter dans une voiture et partir. Ç’a été un gros moment de nostalgie, c’est comme le vieux pépé qui marche en Normandie et te dit: «Oh ici on a combattu avec mes amis», et t’arrêtes pas de pleurer, c’est un truc que tu pourras jamais montrer à tes enfants… Beyrouth ne va pas réexister, les anciens immeubles sont tous tombés. Les gens qui tenaient des restos ou des bars, depuis l’histoire du Covid, n’ont même pas pu vendre une bouteille d’eau.

Cette tristesse le matin était toujours très intense. Au début de la journée, c’était de l’énervement, une remise en question de tout ce qui est en train de se passer, de la révolution, tout ça. La colère, elle est venue petit à petit. Le lendemain de l’explosion, on t’annonce que pendant la nuit ils n’ont pas fait de recherches parce qu’il n’y avait pas d’électricité, pas de lumière. Rien que des détails comme ça, tu commences à t’énerver, t’énerver, t’énerver…

Hier [samedi 8 août, premier jour de manifestation, ndlr] j’ai rêvé d’attraper un flic et de lui tordre le cou comme les petits poulets quand tu veux les tuer. À la manif’, les gens disaient: «Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution», chose qu’on peut trouver assez ironique parce que c’est ce qu’ils disaient déjà en octobre. Mais la différence, c’est que cette fois, on n’a pas voulu avoir de musique. Les gens ont dit: «Ok, on n’est pas là pour faire un festival ou un pique-nique, on est là pour changer le gouvernement.»

Le gouvernement nous a fait exploser une bombe énorme dans la gueule, nous a tous détruits, tués ou blessés, et aujourd’hui on est là pour lui rendre la pareille, pour obtenir justice. On a essayé de vous dire que vous étiez des connards, vous nous avez pas écoutés, alors maintenant on va vous traiter comme des connards. D’ailleurs le même jour, j’ai vu un ministre et le gouverneur de Beyrouth se faire lyncher par des centaines de personnes, ils ont couru comme jamais avec leurs gardes du corps.

Là, on est en état d’urgence, donc c’est l’autorité militaire qui prend le dessus. Pendant la manif’, soudainement les militaires ont dit aux pompiers de jeter de l’eau sur les manifestants. Évidemment, les pompiers, dégoûtés par la débilité du gouvernement qui a envoyé vingt d’entre eux mourir en mode Tchernobyl, ils ont refusé. Moi, j’étais avec des gens qui se sont pris plein de petits projectiles de plomb dans le dos, et avec l’adrénaline, ils étaient même pas au courant qu’ils avaient été touchés.

«Pendant la nuit, ils n’ont pas fait de recherches parce qu’il n’y avait pas d’électricité. Rien que des détails comme ça, tu commences à t’énerver…»

Beyrouth, pour moi, ça n’a jamais été la ville dans laquelle j’ai vécu, ni dans laquelle j’ai grandi. Ça a toujours été la ville dans laquelle j’ai fait mes études, donc je l’ai découverte petit à petit, autour de ses établissements et des connaissances que je faisais. Fin de l’école, on traînait à Monot, début de l’université, à Gemmayzeh, et à la fin, à Mar Mikhael… C’est les spots qui ont été touchés.

Qu’on le veuille ou non, ce sont des endroits qui nous ont vu grandir, ce sont nos références de sorties, ce sont nos points de ralliement. C’était la façon la plus facile de se retrouver, toutes classes sociales et toutes religions confondues, autour d’un verre. Il y a des melting pot particuliers: le Coop d’État, Saifi, ça attirait beaucoup d’étrangers qui voulaient se mixer avec des Libanais, apprendre l’arabe, etc. Le fait qu’aujourd’hui cette partie de Beyrouth n’existe plus et probablement ne va plus exister, ça risque de casser ces rassemblements.

Si tu veux que je sois quelque chose à Beyrouth, je te dirais que je suis un mec du cinéma Sofil, ou d’un bar sympa à Mar Mikhael –mais c’est aussi un quartier qui me donne envie de vomir. Concernant Gemmayzeh, je trouve que c’est une honte de mettre des restos-bars avec la musique à fond en dessous d’une famille qui n’a pas l’argent pour te chasser ou te dire de baisser la musique. Il y a des trucs comme ça à ne pas oublier.

J’ai bossé dans un bar gay à Beyrouth pendant ma première année de fac, et je me souviens qu’il y avait un gars qui dormait littéralement au-dessus de la plus grosse enceinte. À minuit, il venait et demandait de baisser juste un tout petit peu, il s’était habitué à dormir quand la musique était à un certain niveau. Nous on était chanceux, le bar était super méga illégal, on sortait avec les oreilles arrachées. Aujourd’hui, les gros clubs ou restaurants de bourges qui restent sur le front de mer, c’est pour une autre catégorie de gens.

Toutes les vitres ont été soufflées par l’explosion du port. | David Hanna

Pour l’urbanisme, comme toutes les voitures ont été pétées, c’est peut-être enfin une chance de créer un réseau de transports publics à Beyrouth. Après, je pense qu’ils vont pas pouvoir reconstruire les anciens immeubles comme c’était avant. Je suppose que ça va être pire parce que la génération qui a aujourd’hui 20 ou 25 ans, et qui est sans doute la seule qui restera (la mienne n’attend que de se barrer), va accepter n’importe quel Beyrouth qui viendra. On va faire comme nos parents qui ont vécu un âge d’or, puis qui ont vécu de la merde. Le soir de l’explosion, à Broummana [à 18 kilomètres de Beyrouth], les restos et les pubs étaient remplis, il y a même eu un mariage.

Beyrouth n’est plus ma ville comme elle l’était avant. Finalement, je suis moins triste pour elle que pour le pays. Ça, ça m’enrage beaucoup plus. Ce qui va me faire chier quand j’irai en France, c’est que j’aurai laissé derrière moi un pays qui est en train de tomber en ruine. Maintenant on veut savoir ce qui va se passer, ce qui s’est passé. On a soixante disparus [au moment de ce témoignage, ndlr], on connaît des gens dont la famille compte des pompiers qui sont soit portés disparus, soit vivants sous les décombres. C’est plutôt ça qui va me faire bouillir le sang.

Pour aider le Liban, vous pouvez faire un don à des ONG qui travaillent sur le terrain, directement avec la population. Cette liste recense différentes organisations mobilisées pour secourir les personnes affectées par l’explosion.En savoir plus: Monde Liban Beyrouth explosion témoignages révolutionBeyrouth, 4 août, 18h08

«Les souvenirs de la guerre sont revenus, cette peur qui vous prend plus bas que le cœur»

Léa Polverini — mis à jour le 18 août 2020

Le jour où le port de Beyrouth a été soufflé, raconté par les habitants de la capitale du Liban. Témoignage de Nayla Zreik Fahed, 52 ans, libanaise, quartier de Monot.

L'épave d'un bateau dans le port de Beyrouth, le 5 août 2020. | Anwar Amro / AFP
L’épave d’un bateau dans le port de Beyrouth, le 5 août 2020. | Anwar Amro / AF

Nayla a été professeure de lettres à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Elle travaille aujourd’hui au sein de l’ONG Lebanese Alternative Learning, qu’elle a cofondée, et qui propose des programmes scolaires numériques pour les enfants dans les régions vulnérables. Veuve, elle habite à Beyrouth depuis une dizaine d’années avec ses trois enfants dans le quartier de Monot, au centre de la ville.

Je rentrais du bureau, j’étais avec mes trois enfants et ma mère, qui a une démence sénile, devant la baie vitrée du salon. Mon premier réflexe vient d’un passé de guerre: chercher un abri pour éviter les éclats. Évidemment, je suis d’abord allée vers les enfants pour m’assurer qu’ils n’avaient rien, puis on s’est réfugiés dans la salle de bains parce qu’il n’y a pas de fenêtre dans cette pièce. Il faut vérifier que les blessures ne sont pas graves, et puis se demander ce qui s’est passé.

Il y a eu un moment où on voulait comprendre quelle était cette énorme explosion: était-ce un attentat? Qu’est-ce qui a sauté? Pourquoi? Qui a-t-on cherché à tuer? Chacun a pensé que l’explosion s’était produite dans son quartier, à côté de sa maison. Pourtant, j’habite un quartier où a priori il n’y a pas de lieu qu’on pourrait viser. Quand on a su que c’était le port, d’autres interrogations sont venues.https://02e986562ec33d8aafa10f4c19a82e20.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

«Ce dont je me rappelle, c’est qu’on est humiliés par la peur, en tant qu’êtres humains, de se sentir si fragiles.»

Tout le monde a subi des dégâts massifs, mais tout le monde allait bien, donc c’était un premier soulagement. Il a fallu trouver un hôpital pour faire des points de suture aux enfants, ça a été la galère. On est arrivés à l’hôpital américain, mais quand on a vu les gens qui étaient là, on s’est dit qu’on ne pouvait pas prendre la place de ceux qui étaient plus touchés. Quelqu’un dans la rue m’a dit: «Il y a un médecin dans cette clinique, essayez.» Finalement, on a trouvé un ophtalmo qui a recousu les plaies des enfants avec un fil pour microchirurgie, dans une salle d’attente, avec des lumières qui ne fonctionnaient pas.

Il est très difficile de réellement savoir ce qu’on ressent, ou ce qu’on ressentira dans quelques jours. On est encore dans le choc, dans le post-trauma. La maison est pour le moment inhabitable, on fait des va-et-vient entre la montagne et Beyrouth. J’ai vécu la guerre et je pense qu’on a atteint notre point de saturation. On a déjà beaucoup donné, je me sens incapable de revivre avec mes enfants ce que j’ai vécu avant. On est incapables de recommencer encore. Les souvenirs de la guerre sont immédiatement revenus, et cette peur qui vous prend un peu plus bas que le cœur, un peu plus haut que l’estomac, cette boule familière… Et l’humiliation de la peur. Ce dont je me rappelle, c’est qu’on est humiliés, en tant qu’êtres humains, de se sentir si fragiles.

On a d’abord essayé de voir comment on pouvait aider. On est allés dans les quartiers avec des balais, des pelles, etc. Il s’est passé ce qu’il y a eu pendant toute la révolution d’octobre, à laquelle les enfants et moi avons participé quotidiennement: cette incroyable société civile qui s’organise de manière assez impressionnante pour aider –et qui malheureusement ne sait pas s’organiser politiquement. Les infrastructures pour mettre en place la solidarité, des couloirs pour aider les autres en tenant compte du recyclage du verre, de l’écosystème… C’est quelque chose d’émouvant, de formidable. Et en même temps, il y a le côté désespéré, blasé, l’idée qu’on ne peut rien faire et qu’on va vers rien.https://02e986562ec33d8aafa10f4c19a82e20.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Deux hommes contemplent les dégâts sur le port de Beyrouth, le 5 août 2020.

Je pense surtout aux jeunes, ces jeunes qui se sont éveillés à une vie politique, qui essayent de comprendre, de poser des questions, de voir comment ça fonctionne, qui luttent contre le communautarisme, qui voudraient rencontrer l’autre. Il y a l’idée de vouloir questionner son identité, qui dans notre région était encore assez unilatérale, qui n’était pas complexe, et puis de se dire: «L’autre que je ne connaissais pas jusque-là, il a les même espoirs, les mêmes rêves.» On va dans différentes communautés, différentes classes sociales, pour trouver un terrain commun, s’enrichir.

Et puis il y a le suivisme politique qui nous a tous désespérés: ces gens qui continuent à suivre un parti ou un personnage politique. Dernièrement, beaucoup de jeunes ont pris position contre ce suivisme en disant: «Si vous soutenez telle personnalité politique, je suis désolé mais vous ne pouvez plus être mon ami.» Au début de la révolution, il y avait la volonté de se dire «on écoute tout le monde» mais là, il y a des gens qu’on ne veut plus écouter, qu’on ne veut plus comprendre.

«Ce que je ne supporte plus, c’est l’idée du phœnix qui renaît de ses cendres. Cette image, je ne veux même plus la voir.»

On s’est tous réunis au centre-ville avec cette impuissance, cette rage contre nos dirigeants, l’envie de croire que ça peut changer et le sentiment que ça ne peut pas changer. Je travaille dans l’éducation, je connais la corruption au ministère de l’Éducation et autour. Pendant la manifestation de samedi, toute cette violence primaire en nous était prête à exploser.https://02e986562ec33d8aafa10f4c19a82e20.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Je sais que le peuple libanais a une résilience, mais elle vient d’un sentiment de ne plus y croire. Je suis incapable de savoir si on peut se relever. Je voudrais avoir un message d’espoir. Ce que je ne supporte plus, c’est l’idée du phœnix qui renaît de ses cendres. Cette image, je ne veux même plus la voir. S’il n’y a pas de véritable séisme, s’il n’y a pas un véritable bouleversement, non, on ne se relèvera pas de ce coup. Notre rapport à cette ville est complexe, nos identités sont complexes. Il y a ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas, et on aime ce qu’on n’aime pas parfois, parce que c’est nous. Ça n’est pas noir ou blanc. Il y a les choses formidables, les choses terribles, et tout est imbriqué.

Beyrouth représente notre richesse, qui se trouve dans nos différences; c’est une ville désordonnée, mais en même temps qui bouillonne de culture, d’art, d’événements. C’est une forme d’amour, je ne sais pas si «passionnel» est le mot. C’est pas une ville qui laisse indifférent. Beyrouth, c’est aussi nous, les gens qui y vivons, et l’amitié, la chaleur… Je pourrais donner des adjectifs à l’infini, aucun ne décrirait réellement la ville. C’est la floraison au printemps avec ses odeurs, c’est aussi la saleté, le désordre, la chaleur, le soleil, la pluie torrentielle…

Aujourd’hui, j’ai une tristesse infinie, une colère incommensurable, une rage, une impuissance. Une volonté de rebâtir quartier par quartier, coin par coin, pierre sur pierre. Une envie de partir, une envie de rester. Il faut que tout change, que la société civile soit plus présente. Ce n’est pas possible de reconstruire de la même manière, ce serait désespérant. Maintenant, qu’est-ce qu’on peut faire? Je ne sais pas.

Moi je veux rester, je resterai. Mais est-ce que je n’encouragerai pas mes enfants à s’en aller? Si. Du moins, le temps de voir venir. Je n’ai plus l’âge de partir, cette ville elle est en moi, elle est dans mes veines. Je sais combien Beyrouth compte pour mes enfants et qu’il m’est très difficile de les convaincre de partir. Mais est-ce qu’au fond de moi je ne souhaiterais pas qu’ils aillent refaire leur vie dans un pays qui leur offre un minimum? Dire l’inverse serait me leurrer ou mentir.

Au Liban, des enfants de travailleurs immigrés font l’objet d’expulsions

Des travailleuses immigrées établies depuis de longues années au Liban et ayant des enfants en âge d’être scolarisés dans le pays se voient refuser le renouvellement des permis de séjour de leurs fils et filles.

Depuis plusieurs mois, la Sûreté générale a arrêté de renouveler les permis de séjour des enfants des travailleuses immigrées, qu’ils soient nés au Liban ou qu’ils vivent avec leurs mères dans le pays depuis plusieurs années, et cela même s’ils sont scolarisés au Liban. Une source à la Sûreté générale a souligné à L’Orient-Le Jour que l’organisme qu’elle représente ne fait qu’appliquer les décisions prises en Conseil des ministres.
Au ministère de l’Intérieur, une source autorisée interrogée par L’Orient-Le Jour n’était pas au courant du dossier. De son côté, le ministre du Travail, Séjaan Azzi, a précisé dans un bref entretien téléphonique que son ministère « octroie des permis de travail, alors que les permis de séjour relèvent, eux, de la Sûreté générale ».
Selon certaines rumeurs, cette décision aurait été prise pour réduire la présence d’enfants de travailleurs étrangers au Liban après la crise des réfugiés syriens, et les autorités s’en seraient prises aux enfants des personnes de couleur.
Une telle rumeur choque le ministre du Travail qui souligne que « le Liban ne pourrait pas prendre une décision aussi raciste ». Il a également noté que de « telles décisions ne sont pas prises en Conseil des ministres, mais émanent d’un décret ministériel ou administratif ».
C’est donc la confusion totale qui règne dans les administrations libanaises concernant ce dossier.
Neuf ONG ont décidé de défendre ces travailleuses et leurs enfants. Elles ont publié un communiqué conjoint soulignant que « le Liban se livre à des expulsions de force d’enfants de travailleurs immigrés qui sont nés sur son territoire et, dans certains cas, de leurs mères. La décision récente de la Sûreté générale de refuser de renouveler le permis de séjour de certaines travailleuses immigrées effectuant des tâches peu rémunérées et ayant eu des enfants au Liban, ainsi que celui de ces enfants, constitue une entrave excessive au droit de tous à une vie de famille ».
« Depuis mai 2014, près d’une douzaine de travailleuses immigrées, dont beaucoup résidaient depuis longtemps au Liban, ont informé des organisations de défense des droits humains que lorsqu’elles se sont rendues à la Sûreté générale pour faire renouveler leurs permis de résidence et ceux de leurs enfants, elles ont essuyé un refus. Certaines se sont entendu dire qu’elles n’étaient pas autorisées à avoir des enfants au Liban et qu’elles devaient quitter le pays dans un bref délai. Elles ont précisé que dans certains cas, ce délai n’était que de 48 heures », note-t-on.
« Aux termes de la nouvelle directive de la Sûreté générale, certaines familles sont déchirées tandis que d’autres sont apparemment privées de leurs moyens d’existence simplement parce qu’elles ont eu des enfants au Liban, a déclaré un porte-parole des organisations. Les autorités libanaises n’ont donné aucune justification à cette nouvelle politique et devraient immédiatement abroger cette directive qui constitue une entrave au droit à une vie de famille. »


Selon le droit libanais en matière de droit de résidence, certaines catégories d’immigrants à bas salaires, en particulier les travailleuses ou travailleurs domestiques, ne sont pas autorisés à faire bénéficier leur époux(se) ou leurs enfants de leur permis de séjour. Toutefois, dans le passé, les enfants nés au Liban de parents immigrés pouvaient prétendre à un permis de séjour d’un an renouvelable jusqu’à l’âge de quatre ans puis ils pouvaient faire une demande de permis de résidence s’ils s’inscrivaient à l’école.


« Les ONG ont obtenu confirmation, de la part de sources au sein de la Sûreté générale, que le service disposait d’une nouvelle directive concernant le renouvellement des permis de séjour des enfants nés au Liban de travailleurs immigrés à bas salaires et de leurs parents. Mais les demandes écrites adressées par ces organisations à la Sûreté générale, pour obtenir copie de la directive, sont restées jusqu’ici sans réponse. Les militants affirment que la directive a apparemment été adoptée en janvier 2014, mais qu’elle est appliquée de manière plus stricte depuis le mois de mai et a entraîné l’expulsion de certains membres des familles de travailleuses immigrées », souligne encore le texte.

Le calvaire des enfants et de leurs mères
Dans un de ces cas, une femme originaire du Ghana a déclaré aux organisations qu’elle se trouvait séparée de son fils âgé de 10 ans, car la Sûreté générale a refusé de renouveler le permis de séjour de ce dernier bien qu’il ait été inscrit à l’école. Elle a précisé qu’elle avait renvoyé son fils tout seul au Ghana afin de ne pas perdre son propre permis de séjour et son emploi au Liban.


Dans un autre cas, un garçon sri lankais âgé de 13 ans, né et ayant vécu toute sa vie au Liban, ainsi que sa mère ont reçu en juin des avis d’expulsion de la part de la Sûreté générale, alors que le garçon était inscrit à l’école. Son père, également originaire du Sri Lanka, n’a pas été expulsé du Liban.
Ce garçon, qui se trouve désormais au Sri Lanka, a déclaré aux organisations : « À la Sûreté générale du Liban, quelqu’un a dit qu’ils n’octroyaient plus de visa de séjour aux enfants. On nous a donné deux jours seulement pour partir. J’avais un permis de séjour au Liban depuis ma naissance. Je n’ai jamais vécu au Sri Lanka. Ma mère et moi sommes maintenant au Sri Lanka. Ma mère n’a pas de travail ici et elle essaie de retourner au Liban. Mon père est toujours au Liban. Si ma mère s’en va, je devrai rester ici et vivre avec mes cousins. »


Une femme originaire de Madagascar a déclaré aux organisations : « Quand mon amie est allée à la Sûreté générale pour faire renouveler le permis de séjour de ses enfants, on lui a dit que les permis de séjour étaient destinés aux personnes qui viennent ici pour travailler, pas pour avoir des enfants. »
La plupart des migrantes qui ont fait état de ce problème ont vécu au Liban pendant plus de dix ans. Elles ont toutes eu des enfants au Liban depuis leur arrivée dans le pays pour travailler. Aucune d’elles n’a indiqué avoir eu précédemment le moindre problème pour obtenir des permis de séjour pour elles-mêmes ou pour leurs enfants.


« Les migrantes affectées par la nouvelle directive ont affirmé aux organisations que leurs enfants ont très peu, voire pas du tout, de liens avec leur pays d’origine et que beaucoup ne parlent pas la langue maternelle de leurs parents, ce qui diminue grandement leurs chances d’une intégration réussie dans les écoles du pays d’origine. Beaucoup de ces migrants viennent du Bangladesh, du Sri Lanka, des Philippines, du Ghana, du Soudan du Sud et de Madagascar. Il est difficile de dire exactement combien de familles ont été affectées, mais certains responsables de communautés d’immigrés ont affirmé que cette décision avait touché beaucoup de leurs membres », précise le texte.

(Pour mémoire : Dans les Souks de Beyrouth, les délices des travailleuses domestiques émigrées)

Dans les Souks de Beyrouth, les délices des travailleuses domestiques émigrées

Des employées de maison migrantes, venues d’Asie et d’Afrique, mettent à l’honneur leur patrimoine culinaire à Souk el-Tayeb.

Dans les Souks de Beyrouth, les délices des travailleuses domestiques  émigrées

Rose-Eugénie et Lipi Khan devant leur stand.

Malgré la chaleur écrasante des samedis matin d’août, des dizaines de personnes visitent Souk el-Tayeb, installé dans les Souks de Beyrouth. Elles recherchent des produits sains, naturels ou certifiés biologiques, qu’elles affectionnent.

Travailler au cas par cas
D’après les recherches effectuées par les organisations, toutes les travailleuses migrantes interrogées qui ont été affectées jusqu’à présent par la décision de la Sûreté générale semblent être des femmes considérées comme des travailleuses de catégories 3 et 4 aux termes du code du travail libanais – c’est-à-dire situées en bas de l’échelle des salaires et travaillant dans des industries comme l’assainissement, l’agriculture et la domesticité.
Bien que les travailleuses étrangères de ces catégories ne soient pas autorisées à parrainer leurs maris ou leurs enfants pour qu’ils obtiennent leur propre permis de séjour, elles étaient en mesure jusqu’à une date récente de faire bénéficier de leur permis de séjour leurs enfants nés au Liban.
Des avocats spécialisés dans les droits humains ont indiqué aux organisations que ces femmes avaient la possibilité d’obtenir gratuitement une série de permis de séjour d’un an pour leurs enfants nés au Liban, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de quatre ans. Une fois l’enfant inscrit à l’école à l’âge de quatre ans, la mère pouvait demander que son permis de séjour s’applique aussi à l’enfant, à condition qu’elle-même vive légalement au Liban et qu’elle puisse présenter les documents nécessaires prouvant l’inscription de l’enfant à l’école.


Cependant, le site Internet de la Sûreté générale affirme désormais que l’autorisation de séjour d’enfants scolarisés au Liban dont les parents sont classés comme travailleurs de catégorie 3 ou 4 est soumise à une décision au cas par cas de la Sûreté générale.
« Le site n’indique pas sur quelle base la décision sera prise. Cette directive, qui semble prévoir l’expulsion de travailleuses migrantes mères de famille sous prétexte qu’elles ont commencé à avoir des enfants au Liban, contrevient aux obligations internationales du Liban en matière de droits humains découlant des traités dont il est partie prenante, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CEDR) et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) », souligne le communiqué en conclusion.

Les neuf ONG signataires du communiqué

L’Association libanaise pour l’éducation et la formation (Alef)
Anti-Racism Movement (Arm) – mouvement antiraciste
Association Justice et Miséricorde (Ajem)
Centre libanais des droits de l’homme (CLDH)
Human Rights Watch (HRW)
Insan Association
Legal Agenda
Migrant Community Center (MCC) – centre pour les immigrés
Migrant Workers Task Force (MWTF) – groupe de travail sur les travailleurs migrants.

Employés de maison : ce que facturent les agences

Les débats sur les pratiques des agences de placement de personnel de maison au Liban occultent généralement une question pourtant essentielle : à combien se chiffre réellement la facture pour recruter une employée de maison par l’intermédiaire d’un courtier ?

Les tarifs affichés par les agences varient en fonction de la nationalité de l’employé recruté. Photo Philippe Hage Boutros

Les agences qui proposent les services de femmes de ménage immigrées au Liban sont officiellement dans le collimateur du ministre du Travail, Sejaan Azzi. Dans un communiqué publié mardi, ce dernier a en effet décidé d’interdire toute forme de publicité « à connotation commerciale »à ces établissements, considérant que cette manœuvre portait « atteinte à la dignité de la personne humaine ». Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Azzi considère qu’il s’agit là d’une « première étape » et leur accorde « un délai d’une semaine » pour se conformer à cette exigence. Passé ce délai, le ministre promet de passer à la vitesse supérieure pour sanctionner les contrevenants. Un colloque sur la question réunissant les principaux acteurs du marché devrait par ailleurs être organisé par le ministère vers la fin du mois de novembre.
Pour les intéressés, cette annonce ne concerne pourtant qu’un petit nombre de courtiers. La dizaine d’agences interrogées s’accordent néanmoins à l’unanimité pour dénoncer ces pratiques. La plupart d’entre elles continuent malgré tout de proposer une offre diversifiée à des tarifs qui s’harmonisent d’un bout à l’autre du pays. Il est ainsi malheureusement possible de dégager un « catalogue » du personnel de maison issu de l’immigration africaine et asiatique, à grande majorité composé de femmes et dont le voyage vers le Liban est donc financé par des familles libanaises par le biais de ces établissements.

Des prix en fonction de la nationalité
La procédure de recrutement est bien rodée. Les agences libanaises possèdent des fichiers constitués à partir d’informations fournies par leurs correspondants dans un pays « fournisseur ». Lorsqu’un employeur s’entend avec un ressortissant étranger désireux de venir travailler au Liban, l’agence facture une somme qui servira à payer le billet d’avion, les frais de dossier relatifs à la constitution des documents de voyage dans le pays de résidence de l’immigré, ainsi que la commission personnelle de l’établissement. Le tarif varie ainsi en fonction de ces trois paramètres auxquels s’ajoute un quatrième, purement conjoncturel. Ce dernier se rapporte à l’état des relations diplomatiques entre le Liban et le pays dont les immigrés sont originaires. Les Philippines, Madagascar ou encore l’Éthiopie interdisent par exemple à leurs ressortissants d’émigrer vers le Liban. Les employés de ces pays qui travaillent sur le territoire ont donc souvent quitté leur pays par des voies illégales, ce qui peut gonfler la facture à l’arrivée.


En pratique, les ressortissants du Bangladesh comptent ainsi parmi les employés les moins chers à placer au Liban avec un prix de base gravitant autour de 1 600 dollars. Le recrutement des travailleurs africains (Kenya, Bénin, Togo, Nigeria) se négocie lui autour de 2 200 dollars en moyenne, à 200 dollars près en fonction des établissements. Dans cette catégorie, la somme nécessaire pour s’offrir les services d’un employé de maison d’origine camerounaise peut grimper jusqu’à 2 700 dollars en moyenne. Un prix lié au fait que la plupart des ressortissants de ce pays parlent généralement le français et l’anglais. Les Philippins et les Sri Lankais, pour leur part, reviennent le plus cher avec des apports qui oscillent d’une agence à l’autre entre 3 500 et 4 500 dollars. Ces derniers bénéficient d’un statut particulier : les femmes originaires des Philippines ont « un niveau d’éducation plus élevé que la plupart des immigrés et sont très recherchées pour l’accompagnement des enfants », selon les agences. Les Sri Lankais, quant à eux, sont désormais bien implantés au Liban, ce qui leur permet de pouvoir négocier plus facilement leurs contrats sans passer par un intermédiaire. À noter, comme le rappelle M. Azzi, que le Liban « attire le plus souvent des personnes qui appartiennent aux couches les plus défavorisées des pays dont sont issus ces immigrés, les autres allant généralement tenter leur chance dans les pays industrialisés ».

Une avalanche de dépenses pour l’employeur
Une fois l’accord de l’employeur donné, il faut généralement compter un minimum d’un mois à un mois et demi avant que l’employée ne foule le sol libanais et soit en règle pour pouvoir travailler sur le territoire. Fait étrange, sa rémunération mensuelle variera, elle aussi, en fonction de la nationalité. Il n’existe pas de réelle explication à cet état de fait qui semble simplement issu d’une transposition de l’échelle des prix en cours au moment du recrutement. Il faudra ainsi compter 150 à 180 dollars pour un employé bangladais, 180 à 200 dollars pour une Africaine et 200 à 250 dollars au minimum pour une employée originaire des Philippines ou du Sri Lanka. Un salaire qui, pour ces derniers, est susceptible de doubler en quelques mois. Ces conditions sont généralement fixées au moyen d’un contrat rédigé par l’agence pour une période de deux ans, renouvelable à la discrétion des parties. Ces contrats sont par ailleurs assortis d’une période d’essai d’une durée d’un mois en moyenne.


En plus de ces sommes, l’employeur devra aussi compter avec les frais de gîte et de couvert, l’employée étant généralement recrutée à plein temps et logée par ce dernier. De plus, l’intégralité des frais de dossier à débourser chaque année pour les formalités administratives auprès des autorités libanaises sont à la charge de l’employeur, en sa qualité de « garant » octroyé par la loi. Au permis de travail (240 000 LL par an) et de séjour (300 000 LL) s’ajoutent les frais d’assurance médicale (150 000 à 180 000 LL environ), les examens sanguins (100 000 LL ; dépistage typhus, malaria, sida…), ou encore les radios du thorax exigées par le ministère du Travail depuis le début de l’année en cours (100 000 LL environ).


En somme, comme le relève le secrétaire général du Centre libanais des droits humains, Wadih el-Asmar, « les familles ont l’impression de payer moins cher un service qui leur fait en réalité débourser entre 500 et 600 dollars par mois au minimum », précise-t-il. Une somme qui dépasse le salaire minimum en vigueur au Liban depuis 2012, fixé à 675 000 livres, soit 450 dollars. « Un comble, quand on sait que ces transactions se font souvent au détriment des droits des immigrés qui viennent chercher du travail au Liban ».

Le consul honoraire du Cameroun au Liban, Jean Abboud, partage ce point de vue et va même plus loin. Pour lui, « les drames liés à la maltraitance des travailleurs immigrés peuvent, à terme, avoir des répercussions dramatiques sur les expatriés libanais résidant dans les pays concernés ». « Il est donc important de maintenir nos bonnes relations diplomatiques en protégeant les ressortissants originaires de ce continent qui viennent au Liban pour chercher du travail, plutôt que de se refuser à réglementer un secteur construit sur des compromis », conclut-il.

Les domestiques au Liban, un esclavage qui ne dit pas son nom

Les domestiques au Liban, un esclavage qui ne dit pas son nom

Plus de 250.000 travailleuses domestiques immigrées sont employées dans les foyers, liées à leurs employeurs par un système de parrainage qui ne leur garantit aucun droit.

Quand elle est arrivée chez ses patrons, ils ont renversé sa valise, confisqué ses papiers, ses affaires, et lui ont mis un savon dans les mains en lui demandant d’aller se doucher. Pendant deux heures, elle a dû se laver avec une minutie désespérante, sous l’œil circonspect de toute la famille: «Je sais pas si c’était pour devenir blanche. Je devais enlever les saletés sur moi. J’étais nue dans la douche, tout le monde était là, la patronne, sa fille, son petit-fils… On me disait: “lave-toi ici, ta tête, là…”, puis on m’a conduite dans la cuisine pour me montrer ce que je devais faire.»

Il y a trois ans et demi, Louise* quittait le Togo pour venir travailler au Liban. Un homme du village lui avait proposé de la faire voyager et de lui trouver un travail chez sa mère là-bas, comme domestique: elle serait payée 200$ par mois, de quoi aider sa propre famille. La patronne, elle, a déboursé 3.000$ pour la faire venir: les familles en quête de domestiques passent généralement par des agences, à qui elles reversent le prix du billet d’avion, des frais de dossier et une commission plus ou moins importante selon le pays d’origine de leur future «bonne».

Des catalogues de domestiques

Le système de «kafala», ou parrainage, est une machine bien huilée au Liban: toute une économie s’est développée autour de la migration de travailleuses domestiques, qui arrivent souvent dans le pays via des circuits organisés par des agences spécialisées. Ces dernières jouissent d’un partenariat avec la Sûreté Générale: près de 400 agences sont officiellement enregistrées auprès du ministère du Travail, et on estime encore à 400 celles travaillant dans l’illégalité.

Elles tiennent des catalogues où sont répertoriés les profils de femmes venant principalement d’Asie du Sud et du Sud-Est (Sri Lanka, Philippines, Indonésie, Bangladesh, Népal, Vietnam…) et d’Afrique (Éthiopie, Ouganda, Kenya, Togo, Mali, Madagascar…). Ces catalogues sont présentés aux familles cherchant des domestiques, qui n’auront plus qu’à faire leur choix. Il arrive également que les travailleuses immigrées passent par des réseaux parallèles, familiaux et amicaux, fonctionnant par le bouche-à-oreille.

Certaines resteront dans une même famille plus de vingt ans, d’autres iront de patron en patron; certaines abandonneront leur travail de domestique pour rejoindre l’hôtellerie ou de petits commerces ethniques ou libanais, d’autres se tourneront vers la prostitution pour survivre… et d’autres encore se feront expulser, faute d’avoir pu régulariser leurs papiers, que leurs garants conservent et dont ils ont la charge.

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On estime leur nombre entre 250.000 et 300.000, dont environ 50.000 en situation irrégulière, qui ne dépendent plus d’un kafil –un garant–, seul à même de justifier leur présence sur le sol libanais. La démographie libanaise étant ce qu’elle est, à savoir un domaine qu’on ne jauge que de loin, de peur de raviver des tensions politiques et confessionnelles –le dernier recensement officiel de la population remonte à 1932, on considère aujourd’hui que la population totale se situe autour des six millions d’habitants, dont 1,9 million de réfugiés–, les travailleuses domestiques immigrées sont d’autant plus invisibilisées que les chiffres officiels sont hasardeux, ce qui contribue à les écarter du débat public. «Comme dans tous les problèmes au Liban, l’absence de chiffres est une arme pour le gouvernement pour tuer le débat», affirme à cet égard Wadih Al-Asmar, le président du Centre Libanais des Droits Humains (CLDH).

Pas de droits pour les bonnes

À partir des années 1970, et plus largement après la guerre, dans les années 1990, le phénomène de migration de travailleuses domestiques s’est amplifié au Liban. Jusqu’alors, les domestiques étaient principalement des jeunes filles libanaises venues de villages ou de zones rurales vers les villes pour s’installer dans une famille, ou bien des Syriennes et des Palestiniennes. La guerre civile ayant clivé les communautés, le choix s’est vite déporté sur des femmes venant de pays non-arabes, comme le Sri Lanka ou les Philippines. Représentant une main d’œuvre à bas coût, les domestiques, qui jusque-là prenaient leur office dans les foyers de classes moyennes et supérieures, ont vite été récupérées par une très large partie de la population, jusqu’à ce que leur emploi devienne la norme.

Sophie* dans les rues de Beyrouth, au Liban, août 2018. | Photo Yohan Poncet

«Respectables» donc, mais aussi communes, sont les familles ayant à leur service et domicile une employée de maison –plusieurs pour les plus riches. L’article 7 du Code du travail libanais excluant nommément les travailleurs domestiques –libanais autant que migrants–, leur statut est entièrement dépendant du système de kafala, dans lequel le tuteur est l’employeur. En théorie, leurs droits sont réglés par le contrat établi entre les deux parties –un contrat rédigé en arabe, rarement traduit, donc inintelligible pour les étrangers. L’employeur doit fournir à sa domestique son visa, un logement, une assurance santé, les nécessités de base et les produits liés à son travail. La domestique devrait avoir huit heures de travail, huit heures de temps libre et huit heures de repos par jour, et une journée de congé par semaine. Le reste est du ressort de l’employeur, qui engage par ailleurs sa responsabilité civile.

«Légalement, l’employeur est responsable des dégâts qu’on peut occasionner. Dans le cas des travailleuses migrantes, comme elles travaillent quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, si elles font tomber quelque chose du balcon qui tue quelqu’un en bas, il ne va pas aller en prison, mais c’est lui qui payera les dommages et intérêts. Ça crée une situation où l’employeur se sent insécurisé, ce qui pousse beaucoup d’employeurs aux abus», explique Wadih Al-Asmar.

Sur le balcon

En matière d’insécurité, les domestiques sont pourtant en premières ligne, qui ne jouissent dans la pratique d’aucune protection juridique. Les droits minimaux sont rarement respectés, et très librement adaptés à la convenance de l’employeur, pour qui l’absence de cadre légal couvre tous les abus.

«En été je dormais au balcon, en hiver dans le salon, devant la porte puisqu’il y avait le chauffage»

Rachel, Togolaise de 24 ans

Rachel*, une jeune Togolaise de 24 ans, se souvient ainsi de son arrivée chez une famille de quarantenaires, dont le mari dirige une enseigne de supermarchés au Liban:

«Le premier jour, ils me disent qu’ils n’ont pas arrangé ma chambre, donc je vais dormir devant la porte. Je dis “ok”, mes affaires étaient dans la chambre des enfants. Le lendemain matin, “on va t’apprendre comment faire le travail et tout ça”. La nuit est tombée, maintenant je dors où encore? Ils me disent: “devant la porte allez, c’est là-bas, c’est chez toi, on n’a pas de chambre”. Là je commence à me dire “non, je ne peux pas vivre comme ça”. Les semaines sont passées, plusieurs mois comme ça. En été je dormais au balcon, en hiver dans le salon, devant la porte puisqu’il y avait le chauffage.»

Enfermée à clef dans la journée quand elle reste seule, Rachel sympathise avec une autre domestique, aperçue dans l’immeuble d’à côté alors qu’elle travaillait sur le balcon. Au Liban depuis deux ans, cette dernière lui donne des conseils pour gérer la charge de travail et ses relations avec les patrons. Cela ne suffit pas: Rachel doit travailler chez ses employeurs, chez la mère de la patronne et, le soir, dans la boîte de nuit que celle-ci vient d’ouvrir. Un jour que le mari oublie de fermer la porte en sortant, elle s’enfuit pour aller à l’agence, et demande à changer de famille. On lui rétorque qu’elle doit travailler encore un an et six mois pour payer les frais du déplacement du Togo jusqu’au Liban, et on la raccompagne –les contrats initiaux sont aujourd’hui de deux ans, renouvelables. La situation empire. Il arrive qu’on l’empêche de dormir tant qu’elle n’a pas fait toute la maison. Le temps passe, et elle s’échappe à nouveau, cette fois-ci la nuit, en nouant des draps au balcon.

«Quand j’ai fugué, je suis allée chez la fille qui était à côté, mais elle m’a dit que je ne pouvais pas rentrer, parce que si ses patrons me voyaient, ça allait devenir un problème pour elle. Elle m’a donné le numéro d’une autre fille, qui va à la montagne de temps à autre avec son patron et qui a une bonne vie. Elle m’a accueillie, je suis restée trois jours, puis j’ai contacté celle qui m’avait fait venir au Liban et je suis allée chez elle. Et là, quand on appelle la dame[l’ancienne patronne, ndlr.], elle me dit que moi je l’ai volée, que j’ai volé ses bijoux, donc mon affaire n’est plus dans ses mains, elle a déjà porté plainte, et moi je peux rien faire. Quand tu t’enfuis, tu as quarante-huit heures pour déposer une plainte et dire pourquoi tu as quitté la maison, et moi je n’ai pas fait ça, donc je n’ai plus le droit, parce que si je vais à la police, ils vont m’attraper. C’est pour ça que je suis restée dehors, sans mes papiers», raconte-t-elle.

La menace de l’expulsion

La plupart du temps, si une domestique dépose plainte contre son employeur, celui-ci utilise le système de kafala et retire sa garantie. Talah Hassan, une chercheuse travaillant sur l’organisation des communautés éthiopiennes avec le Migrant Community Center (MCC), explique qu’il est de toute façon techniquement impossible pour les domestiques de se plaindre à la Sûreté Générale, si encore elles savent qu’elles en ont le droit: elle ont rarement accès à un téléphone, et leurs sorties sont limitées.

«Quand elles arrivent, elles vont directement de l’aéroport à la maison, donc elles n’ont aucun moyen de s’orienter ou de savoir ce qu’elles peuvent faire. Il y a trois raisons pour lesquelles on peut rompre un contrat: si la domestique subit une agression sexuelle ou physique, si elle n’a pas été payée plus de trois mois consécutifs, ou si on la fait travailler ailleurs que dans l’endroit mentionné sur le contrat. Généralement, elles ne sont pas payées les trois premiers mois, pour “rembourser leur billet d’avion”. Mais il faut des preuves pour tout ça: si c’est la parole d’un Libanais contre celle d’une migrante, la police va toujours croire le Libanais. Si une femme se plaint, elle va être détenue de toute façon, et ses papiers vont être considérés comme illégaux puisqu’elle a fui: elle sera déportée avant qu’elle puisse être entendue. Les avocats peuvent faire appel, mais le processus est beaucoup plus long et a peu de chances d’aboutir», explique-t-elle.

Une affiche pour la manifestation des travailleurs domestiques immigrés du 24 juin 2018, placardée sur la porte du MCC. Sur l’écriteau, l’inscription «C’est une petite maison avec un grand accueil», Beyrouth, 2018 | Léa Polverini

Récemment encore, le cas de deux Kényanes, Shamila et Rose, agressées en pleine rue à Bourj Hammoud –le quartier arménien de Beyrouth, où vivent de nombreux immigrés– par un militaire en civil, bientôt rejoint par d’autres passants, a défrayé la chronique. Les victimes, faute de papiers en règle, ont été conduites au poste de police, sans leurs agresseurs. Depuis, l’une a été expulsée, tandis que l’autre, mère d’un enfant né d’un Libanais, a obtenu un délai pour demander un nouveau visa.

Face à une justice à géométrie variable, les domestiques vivent donc à la débrouille, naviguant entre différents réseaux d’entraide. «Si tu fais bien attention, tu peux rester cinq ans ici sans papiers», prévient Rachel. «Des fois la police organise des rafles, pendant les fêtes, dans les boîtes de nuit, dans les bus aussi. Les patrons sont au courant des patrouilles, certains te disent: “Si tu as des sœurs qui sont dehors et qui n’ont pas de papiers, dis-leur qu’aujourd’hui il ne faut pas sortir à telle heure”.»

Rachel, elle, a fini par trouver une autre famille, des expatriés cette fois. Quand le mari a voulu prendre contact avec son ancienne patronne pour récupérer ses papiers, offrant une forte somme d’argent, l’autre a balayé la proposition: «Tout ce que je veux, c’est qu’elle pourrisse au Liban».

Des ambassades impuissantes

L’accompagnement et la protection que l’État libanais se refuse à assurer aux travailleuses domestiques immigrées sont alors prises en charge par les ambassades des pays d’origine, par des ONG ou par des réseaux de solidarité plus informels, constitués par les femmes elles-mêmes.

L’an dernier, la Côte d’Ivoire a interdit l’obtention de visas de travailleurs domestiques au Liban à ses ressortissants, prétendant ainsi enrayer ce phénomène migratoire et protéger ses citoyens. Des interdits ou des restrictions similaires ont été prises en Éthiopie, à Madagascar, aux Philippines et au Népal. Ces mesures, bordées d’exceptions et aisément contournables, ne sont en réalité qu’un cache-sexe mal ajusté:

«Cela n’est pas du tout efficace, et rend la situation pire encore. Comme il n’y a pas d’interdit du côté du Liban pour recevoir ces gens, les domestiques viennent toujours, seulement elles viennent de façon plus informelle, et vont trouver des moyens plus chers et plus dangereux. Ça peut aussi affecter les prix des agences, qui vont probablement demander beaucoup plus: dès qu’il y a une interdiction, la situation se dérègle davantage», souligne Talah.

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Cela étant, le pouvoir des ambassades et des consulats demeure limité, ceux-ci ne pouvant faire autorité face aux abus commis sur le sol libanais. «S’il y a des conflits politiques, c’est plus compliqué, les ambassades éviteront de s’impliquer», poursuit Talah. Leur action consiste alors principalement à prendre en charge les rapatriements forcés ou voulus, ou à faire intervenir des avocats lors de conflits. Certaines ambassades, comme celle d’Éthiopie, mettent à disposition des refuges pour leurs ressortissants en difficulté, mais là encore, ces lieux ne sont pas exempts d’abus –souvent sexuels– perpétrés sur les plus précaires.

Des domestiques regardent la télévision dans un refuge tenu par l’association Caritas, Liban, le 8 juin 2010 | Joseph Eid / AFP

Réseaux de solidarité

Au quotidien, ce sont surtout les centres communautaires gérés par les ONG ou différentes associations qui permettent aux travailleuses domestiques de se retrouver et de s’organiser, en formant des réseaux de solidarité. Lieux de sociabilisation comme de sensibilisation, ils font partie des rares espaces de sécurité auxquels elles ont accès.

L’Alliance pour les travailleuses domestiques immigrées au Liban, montée en 2016 par un petit groupe de migrantes, est l’une de ces associations qui œuvrent en semi-clandestinité –l’article 92 du Code du travail interdit aux étrangers d’être électeurs ou éligibles dans un syndicat– à l’amélioration des conditions de vie des femmes soumises au système de kafala, ou qui tâchent de survivre en dehors de celui-ci.

«Nous voulions atteindre celles qui sont le plus dans le besoin financièrement. La façon dont nous pouvons nous aider est limitée, mais nous nous soutenons activement. On se retrouve tous les dimanches, une demie-journée. Chaque communauté a ses problèmes, il faut s’adapter en fonction», explique Marie*, l’une des fondatrices de l’Alliance.

Leur marge d’action demeure cependant très dépendante du contexte politique libanais. Pendant six mois, des femmes de l’Alliance ont travaillé pour monter une pièce de théâtre, Unjust Deportation, rassemblant plusieurs témoignages. La première aurait dû être jouée à Beyrouth au théâtre Zoukak, le 1er mai, à l’occasion de la fête du travail. Au dernier moment, la Sécurité Générale a demandé une liste de tous les noms des personnes impliquées dans le projet, ainsi que les visas et les autorisations pour jouer, entraînant l’annulation précipitée de la représentation.

Un policier encadre la manifestation des travailleurs domestiques immigrés organisée à l’occasion de la Fête du travail, à Hamra, Beyrouth, le 3 mai 2015 | Anwar Amro / AFP

Églises en non mixité

Le dimanche, c’est aussi le jour où une part des domestiques immigrées de confession chrétienne se rend à l’église. Lieu de rassemblement communautaire pour certaines, c’est aussi un lieu où l’exclusion se fait d’autant plus ressentir pour d’autres.

Les Philippines ont accès aux mêmes églises que les Libanais, où interviennent régulièrement des membres de l’ambassade pour les soutenir. À Beyrouth, les Malgaches se réunissent principalement à la paroisse de l’Église protestante française, dans le quartier de Kraytem, où elles forment une chorale. Hors des espaces «autorisés» ou communautaires, la donne change:

«Chez nous [pour les Togolais], on loue un appartement qui est notre église, comme les Éthiopiens. Les Philippines peuvent se mélanger, mais nous on n’a pas le droit. On ne peut pas aller dans les autres églises avec les Libanais, c’est comme si la peau noire n’avait pas le droit de se mêler à eux. Tu vas pour prier mais tu n’es pas à l’aise du tout, il y a toujours un regard sur toi, tu n’as pas la concentration de pouvoir prier, du coup tu sors. Même les enfants dans l’église ne se comportent pas bien avec les Noirs: ils viennent te demander d’où tu es, qu’est-ce que tu cherches ici, pourquoi tu es noire… Quand tu rentres ici [au Liban], tu deviens comme une personne qui n’a pas été à l’école, tu es multipliée par zéro. On adore les Libanais comme des dieux, il faut se soumettre à eux», raconte Louise.

Des travailleuses domestiques prient devant un autel improvisé dans des locaux de l’association Caritas, Liban, le 8 juin 2010 | Joseph Eid / AFP

Corps sexualisés, corps objectivés

Ce type de situation est révélateur d’un racisme systémique à l’œuvre dans la société libanaise. Dans la rue comme dans les lieux de sociabilité, les personnes noires font face à diverses formes de discriminations, où harcèlement et violences physiques côtoient des logiques ségrégationnistes.

«Pour les services [les taxis collectifs, ndlr], quand tu traînes dans la rue, c’est que tu cherches des hommes. Le taxi te demande ton numéro, te demande une pipe, veut coucher avec toi et te donner dix dollars. J’ai vécu ça cinq à dix fois, on te demande: “Ethiopia?”, gare à toi si tu dis oui. Si tu dis non, il peut te dire de sortir», se remémore Louise.

Corps sexualisés, corps objectivés, les corps des Noires sont toujours trop présents, ou pas assez absents. En tous les cas, ils sont là pour servir, tout en se faisant oublier. Dans les piscines publiques par exemple, les domestiques, et plus généralement les femmes noires, qui sont considérées a priori comme domestiques, sont interdites de baignade. Jeanne*, une Libanaise de 25 ans, évoque ainsi cette situation:

«Les femmes de ménage restent au bord de la piscine, elles ne se baignent pas avec les enfants. Les gens se sont habitués à ça, ils ne remarquent pas qu’il n’y a pas de femmes noires dans les piscines. C’est ça qui est très dangereux, c’est que personne ne se pose la question, chacun est dans son déni: tout le monde est raciste passif et personne ne s’en rend compte. Si tu dis à un patron que c’est du racisme, il va se comparer à un chef d’entreprise très strict avec ses employés.»

«C’est ça qui est très dangereux, c’est que personne ne se pose la question, chacun est dans son déni: tout le monde est raciste passif et personne ne s’en rend compte.»

Jeanne, une Libanaise de 25 ans

Cette posture de l’employeur-tuteur garantie par la kafala contribue à alimenter un système paternaliste, où l’employeur devient la seule autorité face à son employé, et où la condition de ce dernier est entièrement dépendante de la bonne ou mauvaise volonté du premier. Dans le meilleur des cas, il s’agit toujours d’un paternalisme à l’oncle Tom, qui mine les droits et l’autonomie de l’individu, misant sur une bienveillance qu’aucun cadre légal n’oblige. Que certaines domestiques aient droit à une chambre à soi, des congés et un traitement décent ne suffit pas à compenser l’absence d’égalité des droits dans le pays.

De la même façon, les conditions de ce racisme socialement et collectivement accepté sont en grande partie fournies par l’absence de protection légale des travailleurs immigrés, qui fait des discriminations raciales un point aveugle du système judiciaire libanais.

«Les Libanais ont du mal à admettre qu’ils sont racistes, commente le président du CLDH, Wadih Al-Asmar. Pour eux, le racisme, ils en sont victimes quand il vont en Europe ou aux États-Unis, mais ils ont du mal à comprendre qu’il y a des comportements racistes. Le fonctionnement de la justice est discriminatoire pour tous les gens qui ne parlent pas arabe, pour tous les gens qui viennent d’un pays que le subconscient libanais considère comme un pays inférieur. Une Noire américaine ou européenne avec un passeport français ou allemand va être traitée correctement parce qu’il y a l’ambassade derrière, mais une Noire qui vient de Côte d’Ivoire, sauf si elle est riche et qu’elle a des contacts au Liban, elle va être maltraitée. Il y a aussi un aveuglement de la justice à ne pas prendre en compte les conditions particulières: le fait que ces personnes ne peuvent pas avoir d’avocat, que parfois les gens témoignent contre elles alors qu’ils n’ont rien vu mais qu’il y a un autre Libanais en face donc on va le croire plus facilement… Il y a énormément de racisme dans la pratique et aussi dans les textes.»

Hiérarchie tacite

Entre les domestiques mêmes, une hiérarchie tacite s’est peu à peu constituée. Les Philippines, considérées comme plus éduquées et mieux formées, plus «blanches» aussi, sont les plus recherchées par la bonne société libanaise. Elles sont également mieux payées que leurs homologues venant d’Afrique. Quand les salaires des Philippines peuvent tourner autour des 400 à 500$ par mois, une Éthiopienne ou une Togolaise commencera à 150 ou 200$. Ce type de distinction contribue à alimenter des inimitiés inter-communautaires, qui prospèrent sur de nouvelles inégalités au sein d’une même classe.

D’un autre côté, les salaires extrêmement bas ne sont pas toujours versés par les employeurs, et sont souvent envoyés directement à la famille. Cela pousse certaines à recourir à la prostitution pour survivre, et s’assurer les nécessités de base quand elles n’y ont pas accès par ailleurs. Mais là encore, les femmes sont laissées à la merci de leur proxénète autant que de leurs clients. Elles doivent louer l’endroit où elles exercent, parfois situé dans une de ces maisons abandonnées après la guerre, et ce pour des sommes qui peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars. Au total, il ne leur reste pas grand-chose, sinon une précarité accrue.

«Tu couches avec le premier homme, il te donne 50.000 livres [29€], ça ne sert à rien. L’autre prend sa part, dedans tu dois payer le loyer à la fin du mois, tu dois t’habiller, penser à ta santé, et à ta famille que tu as laissée derrière toi au pays…

Ça c’est la misère du Liban, d’une fille de ménage. On n’a pas nos droits, et nos droits devraient venir de ceux qui nous cherchent depuis le pays. Mais eux ils ne se permettent pas de le faire parce qu’ils ont déjà pris leur argent. On t’a abandonnée, si tu peux t’en sortir tu t’en sors, si tu peux pas tu restes dedans. Et ceux qui ont vécu ici longtemps, ils s’en sortent mieux par rapport à toi qui viens d’arriver. Tu ne connais nulle part, tu ne connais même pas la loi du pays, comment tu peux t’en sortir? On existe, mais on ne vit pas», tranche Louise.

Ce qui se passe dans les foyers reste dans les foyers

Omniprésentes dans le quotidien libanais, les domestiques sont pourtant absentes du débat public et politique. Lors des dernières élections, leurs revendications n’ont pas trouvé d’écho auprès des candidats et sont restées lettre morte.

«Le Liban est tellement fucked up, il y a tellement de batailles que le dernier truc auquel ils vont penser c’est la cause des domestiques, estime Jeanne, dont les parents ont également une Ivoirienne à leur service. Avant tout on va penser au Libanais, qui passe avant les étrangers. Il faut comprendre que ces gens-là viennent d’un certain background. Il y a beaucoup de jeunes de la société civile qui défendent les réfugiés et les immigrés, mais il y a une grande partie aussi, la majorité des Libanais, qui disent: “comment tu veux que j’aide un étranger si je n’arrive pas à m’aider moi-même?” Quand ils traitent bien leurs domestiques, les gens s’en vantent, alors que ça devrait aller de soi. Même si elles étaient bien traitées, j’aimerais pas le dire parce que c’est un long combat qui vient de très loin, et on n’est qu’au début des changements. Il ne faudrait jamais considérer ça comme quelque chose d’acquis.»

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Les discours qui entourent les travailleuses domestiques immigrées sont néanmoins différents de ceux régulièrement tenus au sujet des réfugiés. «Leur travail est jugé à la fois comme étant essentiel, et comme n’ayant aucune valeur (le travail autant que les femmes qui font ce travail), même si les gens ne pourraient pas vivre sans. Contrairement aux réfugiés syriens et palestiniens dont beaucoup disent qu’ils prennent le travail, les ressources et la place des Libanais, personne ne dit ça des domestiques, car elles font des jobs dont personne ne veut», remarque Talah.

Pour autant, alors qu’elles sont considérées comme un besoin social au Liban, l’État ne prend toujours pas la responsabilité de leur condition. Pour Wadih Al-Asmar, «un pays qui n’est pas capable d’assurer la sécurité et la dignité des gens qui viennent travailler sur son territoire devrait tout simplement arrêter d’inciter les gens à venir. Il devrait leur interdire de venir en disant: “écoutez, on n’est pas capable de vous protéger”. Malheureusement ça ne se fait pas», déplore-t-il.

Des travailleuses domestiques manifestent pour l’abolition du système de kafala. Sur la pancarte de droite, une photo de l’agression de Bourj Hammoud, Beyrouth, le 24 juin 2018 | Anwar Amro / AFP

La honte au pays

Louise, elle, évoque une autre part de responsabilité, reposant sur les femmes migrantes mêmes, que la précarité pousse à entretenir la machine des migrations domestiques. Il y a d’abord la honte de raconter leur situation réelle à leur famille restée derrière, qui entretient un tabou sur leur condition, et un business migratoire auquel finissent par participer celles qui sont arrivées au Liban avant:

«On a quitté nos pays parce que nous sommes dans le besoin. Tu arrives, c’est encore la misère. Eux autres au pays ils pensent qu’on est bien. C’est pas ça, on se démène, on vit avec. C’est aussi très difficile pour nous de raconter ça aux parents, pour ne pas rester dans le souci. Donc on essaye de garder ça pour nous, et faire comme si de rien n’était. C’est pourquoi nos sœurs continuent à venir. C’est nos sœurs qui sont ici qui nous font venir, parce qu’elles ont besoin de l’argent que toi tu leur rapportes si tu viens, elles s’en fichent de ce que tu vis. 

«Un fonctionnement de mafia, assez proche du trafic d’êtres humains»

Wadih Al-Asmar, président du Centre Libanais des Droits Humains

Moi je dirais, c’est pas la faute aux Libanais si on est mal traitées ici. Par exemple, quelqu’une qui s’engage à te faire venir, elle t’appelle directement du pays. Le bureau qui te fait venir est en contact avec celle qui t’a contactée depuis le pays, c’est comme de l’esclavage, ou vendre quelqu’un. Tu dois travailler trois mois pour payer la fille qui t’a fait venir quand tu arrives. Si le bureau prend 2.000 dollars, elle prend peut-être 500 dollars. Après, elle a déjà eu de l’argent c’est fini, on t’a livrée on t’a livrée, elle s’en occupe plus.»

Ce système, Wadih Al-Asmar le compare à «un fonctionnement de mafia, assez proche du trafic d’êtres humains». Si les Émirats arabes unis ont officiellement aboli la kafala professionnelle en 2008, et le Qatar en 2016 –ce qui n’a cependant pas signé sa disparition–, au Liban, cette forme de traite institutionnalisée se poursuit sans restrictions ni sanctions.

Jour après jour, les travailleuses domestiques immigrées continuent de venir, de partir, de travailler, de lutter, de mourir. «Avant les filles se suicidaient, maintenant c’est la revanche, elles tuent leurs patrons», glisse Louise. «Il y a des rumeurs qui courent là-dessus: une fille qui a tué sa patronne, une patronne qui a poignardé sa bonne… Mais la patronne ne va pas en prison, parce qu’elle a tué un animal.» Chaque semaine, près de deux travailleuses domestiques immigrées meurent au Liban. Le plus souvent, il s’agit de suicides ou d’évasions ratées.

À ce jour, Rachel n’a toujours pas ses papiers, Sophie tente de renouveler les siens après plus de vingt années passées au Liban, Marie travaille pour des étrangers qui lui laissent deux jours de congé, et Louise est partie dans une autre famille: «Je fais avec. Je peux pas dire que c’est bien, mais c’est mieux. Je compte rester encore un peu», nous dit-elle. En décembre peut-être, elle retournera au Togo, retrouver sa fille.

L’échec de la protection de l’État : les domestiques étrangers au Liban

Résumés

Cet article présente en introduction une vue d’ensemble de la migration des employés domestiques au Moyen-Orient de 1970 jusqu’à nos jours. Au Liban, cette migration, venues essentiellement du Sri Lanka et des Philippines, a connu un important développement à partir de 1990 au lendemain des 15 années de guerre civile. Remplaçant les femmes et les jeunes filles arabes qui occupaient ces emplois avant la guerre, on peut avancer que ces migrantes, du fait de leur statut légal et administratif – sous contrat de travail temporaire – ont été exposées aux mauvais traitements et à l’exploitation. Cet article propose un résumé des résultats d’une enquête menée en 2001 auprès des Sri Lankaises qui détaille les difficultés qu’elles peuvent rencontrer. Une fois les contrats de travails établis, il semblent qu’ils soient souvent inadaptés et peu respectés. Deux exemples judiciaires (l’un pour vol et l’autre pour rétention de passeport) illustrent la faiblesse des employées face aux tribunaux pour faire reconnaître leurs droits. En conclusion, une revue des aides non-étatiques (offertes par les ONG, les ambassades et les réseaux personnels) qui assistent les travailleurs migrants domestiques en difficulté souligne l’existence d’une protection en l’absence de l’intervention des autorités libanaises quand des violations ont lieu.

Entrées d’index

Mots-clés :

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Plan

Les domestiques étrangers au LibanDispositions légales et administrativesLes conditions de travail des sri-lankaises au LibanLa violence ou la menace de violenceLa limitation de la liberté de mouvementConditions abusives de travailLes contrats et les tribunaux au Liban L’assistance aux domestiques étrangers au LibanLes ONGLes ambassades et les consulatsRéseaux de solidarité des travailleuses en free lanceLes lieux de rencontre non officielsConclusionHaut de page

Texte intégral

1Depuis le XIXe siècle, le Liban a été perçu comme un pays d’émigration plutôt qu’une destination pour les migrants. Cependant, malgré le départ continu des Libanais de leur patrie pour des raisons politiques, économiques ou autres, le Liban est devenu, à l’instar des pays du Golfe, une destination pour des ressortissants non arabes1. Après la guerre civile (1975-1990) et au cours des années 1990, outre l’importante présence « étrangère » de quelques 400 000 Palestiniens et d’environ 400 000 travailleurs syriens, pour la plupart sans papiers, le Liban a commencé à autoriser l’entrée d’un grand nombre d’employées de maison, originaires notamment du Sri-Lanka, mais également des Philippines et de pays africains. La « demande » pour ces travailleurs qui vivent avec les familles libanaises et se chargent d’exécuter la plupart des travaux domestiques a toujours existé au sein des classes moyennes et aristocratiques. À partir des années quatre-vingt-dix, les domestiques arabes ont été remplacées par des femmes non arabes, principalement asiatiques. Dans une certaine mesure, et par opposition aux pays du Golfe, l’arrivée d’employées domestiques au Liban est le fruit des conséquences du conflit communautaire qui a créé une répugnance et une méfiance à employer des personnes appartenant à une autre communauté ou nationalité (y compris les Palestiniens). Ce phénomène s’est accompagné d’un refus, toujours présent, de la part des Libanais à fournir de tels services domestiques aux familles des communautés autres que la leur. En effet, comme en témoigne l’expérience dans plusieurs pays, la prestation de services domestiques est aujourd’hui devenue tellement ethnicisée que les ressortissants du pays ne sont plus disposés à occuper ces postes qui sont presque exclusivement confiés aux étrangers. Le langage courant désigne actuellement la position de domestique par le terme Sri Lanki, quelle que soit la nationalité de la personne occupant cette position. D’autres pays, tels que le Pakistan et l’Égypte, ont interdit à leurs femmes d’émigrer seules vers le Liban et les pays du Golfe en raison des restrictions culturelles envers les femmes et des cas d’abus sexuels.

2Les gages modiques des femmes asiatiques, et le fait qu’elles n’aient pas le « bagage » culturel et politique des Libanaises et des autres Arabes qui fournissaient ces services, ont fait d’elles une main-d’œuvre plus abordable et plus « neutre ». Elles sont alors devenues accessibles aux familles dont les revenus sont moins élevés, ce qui a permis aux femmes libanaises d’entrer sur le marché du travail (bien que nous ignorions l’envergure de ce phénomène). À ces facteurs s’ajoute l’expérience acquise par les Libanais depuis le milieu des années soixante-dix dans les pays du Golfe où la main-d’œuvre expatriée était supérieure au nombre des ressortissants du pays hôte. À la fin des années quatre-vingt dix, il était désormais « à la mode » au Liban d’employer une Sri-Lankaise et, moyennant un coût supplémentaire, il était possible d’accéder à un statut plus élevé en employant une Philippine — ou même deux ou trois.

3Au cours de la dernière décennie, le nombre de femmes migrantes sous contrat de travail temporaire a fortement augmenté. Pour l’essentiel ces femmes sont employées comme domestiques à domicile dans les pays développés et en voie de développement. De manière générale, les pays source sont caractérisés par des conditions socioéconomiques difficiles où les perspectives d’avenir sont limitées pour les femmes et les rôles de chaque sexe sont traditionnellement définis. Plusieurs sont déchirées entre deux choix à savoir, voir leur famille en proie à la faim ou se laisser exploiter pour gagner de l’argent (Zougbi, 2002). À ces facteurs s’ajoute le fait que ces femmes se voient attribuer une responsabilité croissante dans la survie financière de leurs familles. Les gouvernements et les familles concernées les encouragent à saisir les opportunités d’emploi à l’étranger. L’ampleur de la contrainte ou de l’influence exercées — par les gouvernements, les familles, les époux, les agents de recrutement et les trafiquants — sur la décision des domestiques de migrer, doit faire l’objet de recherches et d’analyses systématiques.

4Le travail des femmes de ménage et des domestiques fait couler de plus en plus d’encre dans les quatre coins du monde. Castles et Miller (1998) ont brièvement expliqué le phénomène de migration liée aux contrats de travail des pays de l’Est et du Sud de l’Asie vers les pays arabes producteurs de pétrole, au cours de la période allant du début des années soixante-dix jusqu’au début des années quatre-vingt dix. S’inspirant de l’oeuvre de Abella (1995), ils soulignent le nombre important de domestiques de sexe féminin originaires de pays tels que les Philippines et le Sri-Lanka ainsi que les conditions misérables dont elles ont fait l’expérience (Campani, 1995). En dehors du Moyen-Orient, des études ont été effectuées sur les domestiques migrantes légales et illégales en Angleterre (Anderson, 2000), en Europe (Lutz, 2001) et aux États-Unis (Chang, 2000). Des études historiques se sont également intéressées au changement survenu dans l’emploi des domestiques qui s’est caractérisé par le passage d’un recrutement local à celui de femmes étrangères depuis la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle aux États-Unis (Palmer, 1989), en Angleterre et en France (Tilly et Scott, 1987). On trouve également des études portant sur les domestiques actuellement employées dans d’autres pays comme celles réalisées par Chin (1997) et Ariffin (2001) sur les Indonésiennes et les Philippines en Malaisie ; Yan (2001) sur les Philippines à Taiwan ; Tandon (2001) et Rajagopalan (2001) sur les Dalits en Inde ; Ozyegin (2001) sur l’exode rural des femmes en Turquie ; Saleem (2001) sur le Pakistan ; Grandea et Kerr (1998) sur les différentes nationalités au Canada et Barsotti et Lecchini (1995) sur les Philippines en Italie. Ce qui est intéressant dans ces études, c’est la similarité de la situation, des conditions de vie et du traitement de ces domestiques étrangères dans les nombreux pays où ces femmes travaillent. Ce n’est pas un phénomène propre au Moyen-Orient mais global.

5Concernant le Moyen-Orient, plusieurs études effectuées entre le milieu des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix ont porté sur la migration asiatique, dont notamment, celle des Sri-Lankaises vers les pays du Golfe (Al-Moosa et McLachlan, 1985 ; Arnold et Shah, 1986 ; Birks et Sinclair, 1980 ; Eelens, Schampers et Speckmann, 1992 ; Brochmann, 1993). Depuis, peu de mesures supplémentaires semblent avoir été prises en vue d’améliorer les conditions légales et sociales, ainsi que les conditions de travail de ces femmes. Au Sri-Lanka, une étude anthropologique récente montre les différents effets de la migration sur les villages et les familles des Sri-Lankaises qui ont travaillé dans les pays du Golfe (Gamburd, 2000). Un rapport sur les domestiques éthiopiennes travaillant dans les pays du Golfe a montré que ces dernières vivaient dans les mêmes conditions et bénéficiaient du même traitement que leurs homologues asiatiques ; cependant, ce rapport était curieusement fondé sur le cas libanais (Kebede, 2001). Longva (1997) a publié une étude particulièrement utile et approfondie des politiques d’exclusion des expatriés, y compris des domestiques, au Koweït depuis les années soixante-dix. Ce sujet est également traité dans un nombre croissant de rapports établis par les ONG (McDermott, 1999 sur le Liban ; Rbeihat, 2000 sur la Jordanie) et dans de nombreux articles publiés dans les journaux et les magazines.

6Les organisations internationales telles que l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et le Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme (UNIFEM) organisent des ateliers et des recherches dans ce domaine, notamment au Moyen-Orient (Shawabkeh et Halaseh, 2001 ; Jureidini, 2002). L’Organisation Internationale pour la Migration (OIM) a publié plusieurs rapports qui concernent en particulier le trafic illégal des femmes et des enfants en vue de la prostitution (cf. les rapports intitulés Migration Information Programme et le bulletin trimestriel intitulé Trafficking in Migrants). 

7A la différence des pays arabes pourvoyeurs de main-d’œuvre, les gouvernements asiatiques ont mis en œuvre des politiques actives pour l’emploi à l’étranger afin d’une part, de réduire le chômage et de d’autre part, de générer des revenus en provenance de l’étranger (cf. Rosales, 1999). Leur main-d’œuvre est devenue un produit d’exportation majeur qui a permis des gains considérables. Castles et Miller se fondent sur les chiffres publiés par l’OIT pour souligner l’importance des transferts de fonds des émigrés pour les pays souffrant de sérieux déficits commerciaux. Par exemple, « les travailleurs pakistanais ont transféré plus de deux milliards de dollars en 1988, couvrant ainsi 30 % des coûts des importations. Les travailleurs indiens ont transféré 2.6 milliards de dollars, soit l’équivalent de 15 % des importations » (Castles et Miller, 1998 : 148). La plupart de ces fonds provenaient du Moyen-Orient. À plus petite échelle, les transferts de fonds du Moyen-Orient vers le Sri-Lanka ont doublé entre 1980 et 1986, passant de 112 à 264 millions de dollars (Eelens et al., 1992 : 4). En 1997, les émigrés Philippins ont transféré au pays quelques 5 milliards de dollars (KAKAMMPI, 1998). En 1996, le ministre libanais du Travail a déclaré que « pas moins de dix millions de dollars par mois » étaient rapatriés à partir des « gages des domestiques étrangères » au Liban (An Nahar, 23/06/96). En 1999, la valeur totale des transferts de fonds au Sri-Lanka des émigrés travaillant à l’étranger s’est élevée à 1 milliard de dollars (Kannangara, 2000), ce qui représente environ 20 % des importations de produits étrangers de l’année précédente et plus que le déficit commercial de 0,7 milliards de dollars. 

8Bien que le fait d’encourager la migration de main-d’œuvre vers le Moyen-Orient et vers d’autres pays comporte des intérêts économiques considérables, les pays sources ont tenté d’imposer des conditions de travail minimum dans les contrats, en établissant une procédure d’agrément pour les agences privées de recrutement. Ces propositions n’ont toutefois pas été couronnées de succès (Abella, 1995). Les gouvernements philippin, bangladais et thaïlandais ont été jusqu’à interdire à leurs ressortissantes de travailler en tant que domestiques dans certains pays, en raison des cas d’abus physiques et sexuels rapportés. Par exemple, le gouvernement philippin a interdit le travail des domestiques en Arabie Saoudite en 1982, mais a modéré cette restriction lorsque le gouvernement saoudien a décidé d’arrêter tout recrutement issu des Philippines. En 1987, il a autorisé le travail des domestiques uniquement dans les pays disposés à conclure des accords bilatéraux qui garantissent la protection des travailleurs (Abella, 1990 : 244). Au Liban aucun accord bilatéral n’a encore été signé.

9Le gouvernement philippin a par la suite mis en place un programme de « gestion de l’emploi à l’étranger » pour encourager l’émigration et organiser des séminaires préalablement au départ adressés aux émigrants, pour les informer de leurs droits et de ce qui les attend dans certains pays. Aujourd’hui, le gouvernement sri-lankais organise également ce type de séminaires, mais ceux-ci ne sont pas aussi élaborés qu’aux Philippines. Alors que Eelens (1990) avait signalé que le gouvernement sri-lankais faisait peu d’efforts pour protéger ses ressortissantes, rien n’a été fait pour remédier au problème jusqu’aux années quatre-vingt dix. Au Liban, les représentants du gouvernement tentent de résoudre les problèmes a posteriori et sont généralement si submergés par le nombre des cas problématiques qu’ils ne peuvent réellement intervenir en termes de protection et de prévention.

10En 2000, environ 700 000 Sri-Lankaises travaillaient à l’étranger en tant que domestiques (Nonis, 1999). La majorité de ces femmes exercent dans les pays du Golfe, notamment au Koweït, en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis (EAU), à Bahreïn et à Oman ainsi qu’au Liban et qu’en Jordanie. Les autres émigrent à Singapour, à Chypre et aux Maldives (Kannagara, 1999). Au Koweït, environ 300 000 travailleurs étrangers sont employés en tant que domestiques, environ un tiers d’entre eux sont originaires de l’Inde et un autre tiers du Sri-Lanka (Khaleej Times, 30 May, 2001). Oman compte environ 20 000 ressortissants philippins et 35 000 sri-lankais, dont la majeure partie travaille en tant que domestiques.

11En août 1999, plus de trois millions de ressortissants philippins ont été enregistrés auprès de leur gouvernement comme travailleurs à l’étranger, dont 64 % sont des femmes (Administration de l’Emploi des Philippins à l’Étranger). L’Arabie Saoudite représentait le principal débouché pour les travailleurs philippins avec environ 650 000 employés (Gulf News, 05/08/99). En 1999, le nombre de domestiques aux EAU a dépassé les 200 000, ce qui constitue environ 7 % de la population et représente près d’une domestique pour deux ou trois nationaux. Les Émirats comptaient alors 75 000 domestiques sri-lankaises et 70 000 exerçant d’autres métiers manuels qui ne nécessitent pas de qualifications professionnelles particulières (Gulf News, 02/02/99). En août 2000, 35 000 Sri-Lankaises et 7 000 Philippines étaient domestiques en Jordanie, selon leurs ambassades respectives (Rbeihat, 2000).

12Les conditions de vie des domestiques étrangères temporaires au Liban et les raisons pour lesquelles elles sont particulièrement vulnérables aux abus et à l’exploitation sont détaillées dans cet article. En premier lieu, un bref aperçu du rôle et du statut des domestiques étrangères travaillant dans des familles arabes est présenté. Bien qu’elles aient volontairement émigré, elles font souvent face à des conditions de travail assimilables à l’esclavage. En deuxième lieu, un point particulier sera consacré à la législation libanaise. Différentes études montrent que le cadre légal et judiciaire en vigueur ne protège pas les travailleurs étrangers contre les différentes violations des droits de l’Homme. Ces travailleurs sont d’autant plus exposés aux abus et à l’exploitation qu’ils ne sont protégés ni par les lois locales sur le travail ni par des conventions internationales. Il convient cependant de souligner le manque d’études quantitatives sur l’importance des abus perpétrés contre les domestiques. Il est certainement vrai que la majorité d’entre elles a été traitée de manière décente ; elles perçoivent en effet leurs gages et rentrent chez elles après avoir satisfait leurs objectifs financiers et leurs obligations contractuelles. Néanmoins, cette insistance sur les expériences négatives, et peut-être exceptionnelles, vise à souligner la vulnérabilité légale et administrative des domestiques étrangères et le potentiel d’abus et de violation auquel elles sont exposées. Enfin, l’article se penche sur les services d’aide sociale non étatiques, notamment pour les travailleurs « illégaux » et pour celles qui se sont enfuies de chez leur employeur.

Les domestiques étrangers au Liban

13En 2002, les ambassades des pays sources estiment à 100-120 000 Sri-Lankaises, 20 à 30 000 Philippines et environ 15 000 Éthiopiennes le nombre de travailleuses présentes au Liban, presque toutes occupant des emplois de domestiques (communications personnelles). Ces chiffres sont considérables rapportés à la main-d’œuvre libanaise totale estimée à 1,4 million de personnes.

14Selon le PNUD (1997), les employeurs libanais préfèrent les travailleurs étrangers pour trois raisons. Premièrement, ils ont tendance à travailler en contrepartie de salaires plus réduits par rapport aux Libanais (en général, en dessous du salaire minimum) ; deuxièmement, ils ne sont pas enregistrés à la sécurité sociale et troisièmement, ils sont plus facilement exploitables en ce sens qu’ils ont tendance à être plus dociles et qu’ils travaillent plus durement avec un volume horaire plus élevé. On pourrait ajouter que l’acceptation politique et économique d’une main-d’œuvre étrangère moins chère au Liban a été également perçue comme une mesure visant à contenir l’inflation.

15Les catégories d’emploi généralement occupées par les travailleurs étrangers non qualifiés sont celles dites des 3D, dirty, dangerous and difficult, caractérisant le marché secondaire du travail. Depuis la guerre civile (1975-1990), les Libanais sont moins disposés à se charger de tels travaux, s’estimant « souillés » par le statut inférieur des travailleurs étrangers dans le pays et aussi moins préparés à supporter les indignités d’un travail dégradant, d’un salaire dérisoire et du manque de sécurité. Ils sont par ailleurs plus aptes à réclamer les prestations de la sécurité sociale à travers les voies légales, notamment par le biais de leurs syndicats, bien que le Fonds National de Sécurité Sociale ait été complètement sapé durant la guerre, perdant la majorité de ses réserves, et qu’il soit actuellement connu pour son insuffisance (Nasr, 1999).

16Avant la guerre, les familles libanaises employaient de jeunes femmes libanaises issues de familles pauvres des régions rurales ou de jeunes syriennes. Quelques Palestiniennes étaient également embauchées. Traditionnellement, les jeunes domestiques étaient souvent placées dans les familles dès l’âge de dix ans et quittaient leur emploi lorsqu’elles étaient en âge de se marier. Leurs parents leur rendaient rarement visite, souvent une seule fois par an, pour recueillir leurs salaires. Cependant, avec le début de la guerre, les Libanaises ont commencé à considérer ces emplois comme dégradants et inacceptables. Depuis l’afflux des femmes étrangères en provenance d’Afrique et surtout d’Asie, être domestique est associé à un statut social inférieur et racialisé. A ce jour, aucune étude systématique n’a encore été effectuée pour décrire l’histoire des domestiques au Liban.

17Il n’y a aucune information précise sur les domestiques asiatiques et africaines durant la guerre civile (1975-1990). Certaines sources indiquent que des migrantes en provenance du Sri-Lanka et des Philippines sont entrées au Liban vers la fin des années soixante-dix. C’est en 1978 que la première agence au Liban a ouvert ses portes aux migrantes sri-lankaises (L’Orient Le Jour, 30/7/98). Cependant, la plupart sont arrivées à partir de 1993. Le tableau 1 montre le nombre de permis de travail accordés aux travailleurs étrangers au Liban entre 1993 et 1999. Mis à part les Égyptiens, les Sri-Lankais sont de loin le plus large groupe asiatique à entrer dans le pays (les Égyptiens non qualifiés sont principalement employés dans les stations d’essence et dans le secteur de la construction). Selon les chiffres non publiés de l’étude de la Population et du Logement de 1996, sur les 11 358 Sri-Lankais de l’échantillon, 95 % étaient de sexe féminin et 88 % travaillaient en tant que domestiques dans des familles.

Tableau 1 : Les permis de travail accordés aux travailleurs étrangers : 1993-1999AgrandirOriginal (png, 9,5k)

18En 1996, la République des Philippines a ouvert une ambassade et un consulat à Beyrouth. L’année suivante, le consulat Sri-Lankais a été réformé pour inclure une ambassade. Le nombre de migrants en provenance des Philippines était largement inférieur à celui des migrants Sri-Lankais. Ce phénomène est partiellement dû aux restrictions imposées par le gouvernement philippin pour la migration vers le Liban en raison des cas d’abus signalés. En 1999, environ 95 % des ressortissants philippins au Liban étaient de sexe féminin et travaillaient en tant que domestiques; leur nombre s’élevait à 20 000 environ (McDermott, 1999).

19Cependant, le nombre de permis de travail accordés n’est pas représentatif du nombre de travailleurs étrangers employés au Liban. En effet, s’il comprend les nouveaux permis et les permis renouvelés, il n’englobe pas les travailleurs qui sont illégalement entrés dans le pays, ni l’emploi « illégal » de ceux dont les permis ont expiré et n’ont pas été renouvelés, ni ceux qui travaillent avec des visas touristiques, ni ceux qui sont au chômage. Les estimations citées dans le texte sont donc probablement plus fiables, bien que les chiffres puissent être légèrement exagérés.

20Au début des années soixante dix, avant la guerre civile libanaise, la classe moyenne était en pleine croissance urbaine, professionnelle, technique et administrative (Khalaf et Kongstad, 1973). Face au nombre réduit des études portant sur les classes sociales et la stratification depuis la guerre, aucune affirmation ne peut être faite à l’égard de la structure contemporaine de ces classes. Il est cependant évident que leurs revenus ont diminué au cours des quelques dernières années en raison de la récession économique. Maroun (2000) a signalé une érosion croissante de la classe moyenne libanaise qui s’accompagne d’une augmentation de l’inégalité sociale et de la pauvreté. Entre 1992 et 1999, le pouvoir d’achat des familles à revenus moyen et inférieur a diminué de 8,4 % et de 4,6 %. La proportion des familles à revenu moyen a chuté de 40,2 à 29,3 %, alors que le nombre des familles à revenu modique a augmenté de 49,5 à 61,9 %. Ces conditions d’austérité affectent la capacité des familles à revenu moyen à pouvoir employer des domestiques à temps plein. Les « nouveaux pauvres » tentent désespérément de s’accrocher à leur statut et à leur mode de vie, en dépit des revenus inférieurs et de la perte de travail. Pour certains, la famille est toujours là pour offrir son assistance, mais ceci est souvent insuffisant. Le seul recours reste alors l’augmentation des dettes bancaires et la réduction des dépenses. Une des premières mesures d’austérité est de se passer des services de l’employée de maison (El Hage, 2000). Par ailleurs, pour se dérober à l’obligation d’assurer un billet d’avion pour le retour de cette dernière, certains patrons ont eu l’idée de l’accuser de vol ou de toute autre violation de son contrat. À l’exception d’un ou de deux cas survenus l’année précédente, les autorités ont tendance à croire l’employeur libanais, plutôt que l’employée sri-lankaise ou éthiopienne, si elle est arrêtée. Souvent, elle doit se débrouiller toute seule ou rechercher l’assistance de l’une des ONG mentionnées ci-dessous.

Dispositions légales et administratives

21Une caractéristique commune de la migration temporaire de main-d’œuvre est l’absence des droits de citoyenneté dans le pays hôte. Les migrants temporaires sont autorisés à entrer dans le pays hôte à condition qu’ils le quittent dès l’expiration de leur contrat de travail. Qu’ils soient des professionnels qualifiés, des travailleurs non qualifiés ou des domestiques, les conditions d’entrée exigent qu’ils soient liés à un unique et même employeur tout au long de leur séjour ; ils ne peuvent le quitter pour un autre sans recevoir au préalable l’autorisation du service gouvernemental compétent. Ce type de « migrant » s’inscrit ainsi dans une catégorie différente de celle de l’immigré à qui tous les droits de citoyenneté sont normalement conférés dans le pays hôte.

22Officiellement, une domestique ne peut entrer et obtenir de visa de travail dans le pays que sur la demande d’un employeur, soit directement, soit viaune agence de recrutement. Le coût des prestations des agents peut varier selon la capacité du marché, d’autant plus qu’aucune règle ne les fixe et que le gouvernement n’a pas imposé de plafond. 

23Les frais d’agence au Sri-Lanka sont payés par les femmes souhaitant migrer tandis que ceux de l’agence libanaise sont à la charge de l’employeur. Les frais d’agence au Sri-Lanka varient entre 200 et 500 dollars (la plupart des femmes empruntent cette somme et s’endettent par conséquent avant même de quitter leur pays). Pour l’employeur, ces frais sont de l’ordre de 1 000 dollars à régler à l’agence libanaise pour employer une domestique sri-lankaise. Ce montant qui s’élevait à 1 500 dollars, a été récemment réduit en raison de la récession économique et du nombre croissant d’agences concurrentes sur le marché. Ces frais couvrent le coût du billet d’avion, les charges gouvernementales (les trois premiers mois de visa de travail) et les commissions de l’agence. À ces coûts, s’ajoute un montant annuel de 700 dollars que l’employeur doit payer pour les permis de résidence et de travail et les frais de notaire et d’assurance (à renouveler chaque année), y compris 200 dollars environ à payer au représentant chargé de gérer les frais de dossier.

24Le Liban compte actuellement 150 agents de recrutement accrédités par le ministère du Travail ainsi qu’un nombre restreint qui travaille de manière illégale. Les agents accrédités doivent soumettre une garantie de 35 000 dollars au gouvernement pour faire entrer 150 travailleurs migrants par an. Il y a trois ans, le pays ne comptait que 12 agents accrédités et plus de 100 travaillant illégalement. Il semblerait que la garantie mentionnée constitue la seule condition officielle d’accréditation imposée pour l’ouverture d’une agence.

25Les agences libanaises préparent de petits dossiers qui renferment des informations sur l’état civil de la personne ainsi qu’une photo de celle-ci pour que le patron puisse choisir. Certains employeurs libanais veulent qu’il s’agisse de jeunes villageoises, célibataires (« dont les lèvres n’ont été embrassées que par sa mère »), en d’autres termes, naïves, inexpérimentées et innocentes, alors que d’autres préfèrent des femmes plus âgées qui auraient maîtrisé leurs désirs sexuels.

26À son arrivée à Beyrouth, le patron rencontre l’employée à l’aéroport. Généralement, elle est appelée par la Sûreté Générale (les forces chargées de la sécurité du pays et du contrôle de tous les étrangers au Liban) au passage de la douane. En possession du passeport de l’employée, celle-ci le remet directement à l’employeur, alors que l’employée attend en retrait. Les travailleurs arrivent au Liban avec un visa de travail de trois mois, demandés à l’avance par l’agence ou le patron libanais. Le visa figurant dans le passeport porte le nom de son employeur. Ce dernier doit soumettre l’employée à un examen médical le lendemain de son arrivée, parce que l’examen effectué au Sri-Lanka n’est pas officiellement reconnu. Cet examen est nécessaire pour l’assurance médicale que l’employeur doit souscrire. Il doit également obtenir un permis de travail et une carte de résident de douze mois dans les trois mois qui suivent son arrivée. 

27Ces domestiques sri-lankaises (ceci s’applique également à d’autres nationalités) peuvent être classées en trois catégories selon leurs conditions de vie et de travail. Une femme de ménage peut être soit « à demeure », soit « en free-lance », soit « fugitive ». Une domestique à demeure vit dans la maison de son employeur pendant deux à trois ans. Elle peut être embauchée via une agence ou directement par un patron. Celui-ci est responsable de tous les coûts financiers de son séjour (à savoir ses papiers, son assurance médicale, ses vêtements et son alimentation). Vivre sous le même toit que son employeur accroît la dépendance de l’employée, elle est de service 24 heures sur 24 et les disputes surviennent plus fréquemment dans le cadre d’une vie commune. L’employeur peut contrôler voire limiter sa liberté de mouvement, ses contacts avec les autres et avec sa famille, la quantité et la qualité de sa nourriture, ses heures de sommeil, etc. L’employeur conserve en général son passeport et ses autres papiers, rendant ainsi impossible son départ du pays. C’est au patron qu’il appartient de renouveler son permis de travail, sa carte de résident et son assurance médicale chaque année. Une domestique ne peut ni arrêter de travailler avant la fin de son contrat, ni changer d’employeur sauf si ce dernier accepte et si les autorités libanaises permettent sa « libération ». Il est actuellement illégal de le faire, mais certaines « amnisties » occasionnelles accordent un laps de temps (jusqu’à trois mois) pour le faire ou pour quitter le pays en cas de travail illégal. Par contre l’employeur qui a eu recours aux services d’une agence peut changer d’avis et de domestique au cours des trois premiers mois du contrat. Il s’agit là d’une « garantie » accordée par l’agence.

28Les domestiques en free-lance sont employées à l’heure (environ 4 dollars par heure) par différents employeurs. Elles louent des chambres seules ou avec d’autres co-locataires. Elles ont la liberté de refuser d’offrir leurs services comme elles l’entendent. Pour ne pas déroger à la loi, les travailleurs en free-lance se doivent d’avoir un prête-nom libanais qui signe leurs papiers de renouvellement chaque année. Certains Libanais ont profité de cette situation en se proposant comme prête-nom en contrepartie d’un montant de 1 200 dollars. Cet argent a souvent été perçu sans que le « soi-disant patron » ne s’occupe des papiers de la domestique, sans qu’il lui rende son passeport. Dans la majorité des cas, face à cette situation, la domestique en free-lance est incapable de prouver qu’elle a payé l’argent nécessaire pour régulariser ses papiers. Dans ces cas, la victime a en général peur d’avertir la police en raison de son statut « illégal » et du risque d’arrestation et d’expulsion. Trois catégories peuvent être distinguées parmi les domestiques en free lance : celles qui sont entrées dans le pays avec un prête-nom, celles qui ont trouvé un prête-nom après la fin de leur contrat, enfin celles qui étaient domestiques à demeure et qui se sont enfuies de chez leurs patrons initiaux. 

29La troisième catégorie est celle des « fugitives ». Il s’agit des femmes qui ont décidé, pour diverses raisons (notamment les abus et le refus de leur payer leur dû), de quitter la demeure de leur employeur. Elles se réfugient auprès des ambassades, des ONG et parfois, auprès de leurs compatriotes. Dès qu’elles quittent leur patron, elles se mettent automatiquement en position illégale. Dans ces cas, l’employeur est tenu de notifier la fugue à la Sûreté Générale. Il est alors délivré de sa responsabilité à l’égard des permis de travail et de résidence, mais peut être obligé de payer le billet de retour si la domestique est appréhendée et expulsée. La fugitive peut choisir entre deux options : soit rentrer à la maison, soit se trouver un nouvel employeur. En choisissant la première option, elle doit réussir à reprendre son passeport à son employeur (qui le lui « vend » parfois) ou obtenir un laissez-passer auprès de son ambassade pour faciliter sa sortie du pays. En choisissant la deuxième option, elle doit en général « acheter » sa liberté pour pouvoir travailler pour quelqu’un d’autre, ce qui n’est possible que lorsqu’une « amnistie » est possible.

30On peut dire que les domestiques à demeure et les fugitives ne sont pas libres puisqu’elles n’ont pas le droit de choisir un employeur sans l’autorisation des autorités. Par ailleurs, les domestiques à demeure ne peuvent pas refuser leurs services à leur patron/employeur sans devenir illégales et courir par conséquent le risque d’être arrêtées, emprisonnées et déportées. Au contraire, les domestiques en free-lance qui ont un prête-nom sont « libres » et beaucoup moins vulnérables à l’abus et à l’exploitation même si elles sont employées illégalement.

Les conditions de travail des sri-lankaises au Liban

31La partie ci-dessous se fonde sur les résultats d’une étude portant sur les domestiques sri-lankaises qui travaillent au Liban et indique les raisons pour lesquelles elles fuguent et demandent l’aide des services sociaux. Les mauvais traitements infligés aux domestiques sont notoires au Liban. De temps en temps, quelques histoires publiées dans les journaux ont rapporté certains cas graves mais aucune étude systématique n’a jamais été effectuée par des chercheurs gouvernementaux ou indépendants. Par ailleurs, peu de mesures ont été adoptées pour freiner les violations de leurs droits et pour assurer leur sécurité. En 1997 par exemple, 47 domestiques sri-lankaises se sont « suicidées » en sautant du balcon de l’appartement de leur employeur (An Nahar, 03/03/98).

32Les conditions légales, administratives et de travail des domestiques étrangères recouvrent le concept d’» esclavage contractuel » de Bales (1997). Selon lui, le contrat est un document simplement inapplicable qui fait croire au travailleur qu’il est sur le point d’entrer dans une relation de travail vraie et respectueuse qui implique des droits et des obligations. Bales prétend que l’esclavage contractuel (à l’instar de toute forme d’esclavage) comprend trois éléments : la violence ou la menace de violence, la limitation de la liberté de mouvement physique, enfin l’exploitation économique. 

33En 2001, dans le cadre de son enquête de terrain, Nayla Moukarbel s’est rendue à l’ambassade du Sri-Lanka pour interviewer 70 domestiques et aborder les conditions stipulées par la notion du contrat d’esclavage de Bales. Parmi les interviewées, figuraient des « fugitives », celles qui étaient juste venues pour renouveler leurs passeports et celles qui faisaient face à des problèmes et qui avaient besoin de conseils, ou celles qui étaient venues pour accompagner une compatriote. L’ambassade offrait un environnement idéal pour rencontrer et interviewer les domestiques vivant toujours sous le toit de leur patron et celles qui s’étaient enfuies de chez leur employeur. Ont été aussi rencontrées des femmes travaillant légalement ou illégalement en free-lance, dont la plupart étaient initialement des domestiques à demeure. Des entrevues ont également été organisées avec dix patronnes libanaises employant des domestiques sri-lankaises. L’enquête a également mené à des rencontres avec le personnel de diverses missions diplomatiques, dont celles du Sri-Lanka, des Philippines, de l’Éthiopie et du Nigeria, des membres d’ONG offrant leur assistance aux femmes en difficulté, d’avocats représentant des domestiques étrangères, de militants des droits de l’Homme, de chercheurs, enfin de ministres, de membres de la Sûreté Générale.

34La majorité des Sri-Lankaises au Liban (63 % de l’échantillon) viennent de villages ruraux isolés et ont un niveau d’instruction relativement faible (elles ont en moyenne quitté l’école à 15 ans et sept d’entre elles n’ont jamais été scolarisées). Leur moyenne d’âge est de 33 ans ; 20 % sont célibataire, 45 % sont actuellement mariées, 34 % sont séparées, divorcées ou veuves. La très grande majorité des époux des femmes mariées (84 %) vivent au Sri-Lanka ; 70 % des femmes de l’échantillon total ont des enfants, presque toujours (94 %) au Sri-Lanka. La durée moyenne de séjour au Liban est de quatre ans (médiane : 3 ans). Environ la moitié des interviewées ont affirmé que c’est l’agence qui avait choisi le Liban et qu’elles ne savaient que peu de choses ou n’avaient jamais entendu parler de ce pays2.

La violence ou la menace de violence

35Concernant la violence ou la menace de violence (ou de mauvais traitement), les domestiques étrangères peuvent subir des abus physiques, sexuels, psychologiques et/ou émotionnels. Le traitement avilissant ou dégradant est une forme particulièrement insidieuse de mauvais traitement. Les ordres agressifs, les cris et les critiques humiliantes continues comportent une menace de violence sous-jacente ou peuvent être perçus comme fondamentalement violents. Le refus de nourrir la domestique constitue également un mauvais traitement, ainsi que le refus de la laisser préparer ses propres plats, en lui offrant en contrepartie des « assiettes » composées des restes du repas familial. Dans certains cas, les réfrigérateurs ont été munis de serrures et un cas d’installation d’alarme a été signalé. Les employées de maison peuvent subir des humiliations quotidiennes, des insultes (Hmara, ou « ânesse » est le terme commun le plus utilisé). Parfois, leurs prénoms sont changés à la convenance de l’employeur. Il s’agit là de formes de dénégation de l’identité de l’étrangère.

36Les agences de recrutement exercent une autre forme de violence et de menace. Les employées embauchées à travers ces agences sont en général garanties par l’agence et seront remplacées au cours des trois premiers mois si elles sont jugées non convenables. Or, si un employeur renvoie sa domestique à l’agence, des mesures disciplinaires seront prises à son égard et elle sera très probablement punie. Des cas sérieux d’abus physiques frôlant la torture, perpétrés par les agences, ont été signalés. Certaines agences emploient actuellement une Sri-Lankaise ou une Philippine pour traiter directement avec les employées, cette dernière pouvant se transformer en « bourreau ». 

37La menace de violence la plus fréquente découle de la confiscation des passeports et d’autres papiers d’identité par l’employeur et parfois par l’agence. Les employées ne peuvent pas quitter la maison de peur d’être arrêtées par la police ou la Sûreté Générale et emprisonnées pour absence de papiers d’identité. En cas de détention par les forces de sécurité, les employées s’attendent à subir une maltraitance physique ou sexuelle.

38Au cours des deux dernières années, la journaliste Reem Haddad a publié de nombreux articles dans le quotidien libanais Daily Star sur des cas de maltraitances physiques graves perpétrées par les employeurs et les agences : coups, gifles, brûlures de café bouillant, côtes brisées, cicatrices, contusions et hospitalisation. Plusieurs soi-disant suicides de Sri-Lankaises, de Philippines et d’Éthiopiennes ont été signalés. Bien que le taux de suicide au Sri-Lanka soit également élevé (Gamburd, 2000), les recherches au Liban ont montré que souvent des présomptions de meurtre étaient exprimées en privé au sein de la communauté. Les employeurs ou les agences n’ont jamais fait l’objet d’arrestation ou d’accusation criminelle. Une seule agence a reçu l’ordre de suspendre ses activités au Liban en raison d’une agression particulièrement brutale suivie d’une plainte officielle de l’ambassadeur sri-lankais. 

39« Nous l’avons prise à l’agence et ils lui ont donné une bonne leçon. Taamouah atle mrattabe [ils l’ont rouée de coups]. » (Employeuse libanaise : Jureidini et Moukarbel, 2001)

40Les maltraitances quotidiennes signalées aux chercheurs sont souvent perpétrées par la maîtresse de maison qui a en charge de diriger les travaux de la domestique et qui se permet de la battre, de la gifler, de lui tirer voire même lui couper les cheveux, de la bousculer, de l’humilier, de l’insulter et de critiquer son travail sans arrêt. 

41« Une fois, je l’ai frappée avec une ceinture. Elle n’a pas réagi. Sa force m’a surprise. Mais elle a bien vu qu’elle m’avait énervée. » (Employeuse libanaise, ibid.)

42Une partie du dilemme qui accompagne le travail domestique est que ni l’employeur ni l’employée ne peuvent avoir une approche normale et rationnelle des relations contractuelles étant donné que cet espace est le domaine idéologiquement « naturel » de la femme, avec tout le bagage émotionnel et culturel que ceci implique. Ceci aboutit à une série de dynamiques hautement chargées entre la domestique et sa « madame » (Tandon, 2001). Il est intéressant de noter qu’il y a relativement peu de cas d’abus sexuels de domestiques au Liban et en Jordanie alors que de nombreux cas de viol et de harcèlement sexuel ont été signalés dans les pays du Golfe (Sabban, 2001 : 33). 

La limitation de la liberté de mouvement

43La majorité des agences de recrutement conseillent à leurs clients de ne pas permettre aux domestiques de sortir non accompagnées et ce pour garder un certain contrôle sur elles et pour éviter qu’elles ne parlent à d’autres domestiques qui l’encourageront à demander un salaire plus élevé ou à s’enfuir. Les agences et les employeurs supposent qu’elles sont inexpérimentées et qu’elles ont besoin d’être protégées des « mauvaises influences ». Elles pourraient entretenir des relations sexuelles et être contaminées par le SIDA ou tomber enceintes, ce qui entraînerait leur renvoi chez elles (l’avortement est une alternative, mais il n’en est jamais question). Quelques domestiques sont parfois enfermées lorsque la famille est absente. Rares sont celles à qui les clés sont confiées. Rares sont celles également qui sont autorisées à téléphoner. Les limitations de leur liberté de mouvement impliquent également qu’elles ne peuvent pas avoir de relations sociales en dehors de la relation de travail. 

44« En fin de compte, on ne peut pas les posséder mais on doit limiter leurs sorties parce que, lorsqu’elles sortent, elles commencent à entendre : “Ah, toi, combien tu touches ?” Puis elles se mettent à réfléchir : “Maintenant je veux travailler à mon propre compte. Maintenant je veux partir. Maintenant je veux venir …” Et lorsqu’une personne va et vient, on peut être sûr que quelque chose part avec elle. Elle prend des choses et ramène des maladies. Cela ne me convient pas du tout. » (Employeuse libanaise, Jureidini et Moukarbel, 2001)

45« Non elle n’a pas de jour de congé. Vous savez j’ai peur qu’elle ne rencontre une autre fille si je lui permets de sortir. Celle-ci lui dira “viens, enfuis-toi”. Ou alors, elle peut rencontrer un homme. La plupart leur apprennent à s’enfuir … » (Employeuse libanaise – ibid.)

46Une annonce typique (juin 2001) publiée au Liban dans le Daily Star stipule ce qui suit : « [L’agence] fournit des domestiques originaires du Sri-Lanka, des Philippines et du Zaïre. Elles peuvent être remplacées et sont assurées contre toute fuite » (ce mot n’étant pas souligné dans l’annonce originale). Il convient de noter que le mot « fuite » est un terme lié à esclavage. Bien que ceci ne figure pas dans le contrat mais soit mentionné oralement, certaines agences refusent « de garantir » les domestiques dans le cas où elles sont libres de se déplacer comme bon leur semble.

47La confiscation du passeport, illégale selon toutes les normes internationales, sert à limiter la liberté de mouvement des domestiques. Des contrôles réguliers sont effectués dans tous les pays pour arrêter celles dont les papiers ne sont pas en règle. Pourtant cette pratique est admise en tant que norme, non seulement par les agences et les employeurs, mais également par l’État, les ambassades étrangères et même quelques militants des droits de l’Homme. Elle est perçue comme une mesure justifiée notamment lors des premières phases de l’emploi, comme une forme de police d’assurance contre toute fugue, alors que l’employeur a payé d’avance une somme considérable. Certains la considèrent comme un élément de la condition d’esclavage puisque l’employée de maison est virtuellement achetée à l’agence.

Conditions abusives de travail

48Comme cela a été observé dans d’autres pays, les Sri-Lankaises travaillant au Liban, lorsqu’on leur demande de préciser quelles sont les tâches qu’elles accomplissent, répondent « tout ». Elles nettoient, lavent, servent à manger, cuisinent ou préparent des plats, prennent soin des enfants, mettent de l’ordre dans la maison, sortent la poubelle, arrosent les plantes, font les courses, sortent le chien, donnent à manger au chat etc. … La durée moyenne d’une journée de travail varie entre 16 et 17 heures et elles sont souvent « de garde » 24 heures sur 24, surtout lorsqu’il y a des enfants en bas âge dans la famille. Elles ont rarement, voire jamais, de jours de congé. Parfois, on leur accorde quelques heures le dimanche pour aller prier et elles peuvent même être accompagnées par leur employeur. Elles peuvent aussi ne pas avoir accès à un lieu de culte de leur propre religion (Evans-Pritchard, 2001). Le refus de leur accorder des congés ou des vacances représente un autre indice des pratiques rappelant l’esclavage (Wijers et Lap-Chew, 1997).

49Une pratique fréquente consiste également à retenir les gages des domestiques. Quelques-unes ont travaillé pendant six ans sans jamais percevoir de salaire. Si certaines d’entre elles ont souhaité rentrer chez elles après l’expiration de leur contrat de deux ou trois ans, elles n’ont pas pu le faire parce que leur employeur ne leur avait pas payé leur salaire ou n’avait pas renouvelé leur permis. Il est rare de voir des employeurs forcés à payer les salaires dus mais quelques mesures en ce sens ont été prises récemment après l’intervention de représentants diplomatiques. La Sûreté Générale par exemple, est désormais plus disposée à faciliter les arrangements financiers avec les employeurs pour permettre aux fugitives de quitter le pays.

50Des aménagements spéciaux sont prévus pour l’accueil de la majorité des domestiques à demeure et certaines sont même bien logées, surtout dans les nouveaux appartements luxueux. Les employeurs préfèrent que leur domestique ait sa propre salle de bains et estiment qu’il est inconcevable qu’elle la partage avec les membres de la famille ; si c’est le cas, elle est tenue de la nettoyer immédiatement après l’avoir utilisée. Les conditions de logement sont médiocres, pièces petites inférieures aux normes exigées. Souvent elles n’ont pas de chambre personnelle et dorment dans la salle de séjour (ce qui signifie qu’elle ne peut se retirer que lorsque toute la famille est couchée), dans la buanderie, sur un matelas posé à même le sol, dans la cuisine ou parfois même sur le balcon. 

51En conclusion, les résultats de cette étude montrent que les conditions de travail des domestiques correspondent aux trois éléments de la définition de l’esclavage contractuel de Bales. Cela ne signifie pas que toutes les domestiques au Liban font face à des conditions, des pratiques et des attitudes relevant de l’esclavage. Alors que certains commentateurs rejettent le concept (Longva, 1997), il convient de souligner qu’en dépit des relations actuelles entre employeur et employé, ces conditions structurelles indiscutablement présentes, constituent au moins des conditions contractuelles proches de l’esclavage et rendent les domestiques vulnérables. 

Les contrats et les tribunaux au Liban 

52Le 4 juillet 2001, au Liban, une domestique de nationalité sri-lankaise est décédée suite à des brûlures couvrant 88 % de son corps. « Ses employeurs ont déclaré qu’elle s’était suicidée. Cependant, selon un infirmier de l’hôpital, elle lui aurait chuchoté à l’oreille que c’était faux, que sa patronne l’avait aspergée d’alcool avant de l’allumer avec un briquet… Elle a ensuite affirmé qu’elle savait qu’elle allait mourir et lui a demandé de prendre ses affaires, ses photos et son salaire de six mois et de les envoyer à son mari » (Haddad, 2001). L’ambassadeur sri-lankais au Liban, un médecin généraliste, a demandé qu’une enquête soit menée en raison de ces soupçons. Les réflexions du Dr. Muhseen sur les autorités libanaises dans de tels cas sont instructives, ainsi qu’en témoigne cet article de presse : 

53Le mystère pourrait être résolu si la police menait une enquête, a affirmé l’ambassadeur. Des employés sri-lankais ont déclaré qu’il y a avait environ dix personnes sur les lieux. « Il y a des témoins qui doivent être interrogés et la salle doit être examinée » a déclaré Muhseen. « Nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes parce que nous n’en avons pas l’autorité et c’est pour cette raison que nous demandons au gouvernement libanais de mener une enquête ». Muhseen semblait frustré. Ce n’était pas la première fois qu’il demandait de l’aide. « La dernière fois, j’ai dû me rendre personnellement chez un fonctionnaire du ministère des Affaires Étrangères pour demander un rapport médical d’un autre officier chargé d’enquêtes » a-t-il dit. « Mais ils nous ont remis le même rapport. Qu’est-ce que cela veut dire ? ». L’ambassade a également reçu des instructions du gouvernement libanais lui ordonnant d’arrêter d’enquêter sur les ressortissants sri-lankais. « Quand les femmes appelaient pour se plaindre, nous leur envoyions notre chef des services sociaux (au domicile de leur employeur). Aujourd’hui, nous ne pouvons plus le faire et nous devons demander l’aide de la police. Lorsque nous le faisons, rien ne se passe ». Selon l’ambassade, 80 000 ressortissants sri-lankais travaillent au Liban et « seulement 10 % ont des problèmes avec leurs employeurs … Mais j’ai l’impression que le gouvernement libanais n’est pas vraiment disposé à punir les gens pour tout abus perpétré contre une domestique sri-lankaise. Il semblerait qu’ils ne prennent pas trop au sérieux le bien-être de notre peuple au Liban. » (Haddad, 2001).

54Le Liban jusqu’à présent semble manquer de volonté politique pour lutter contre les violations des droits de l’Homme dont un grand nombre de ces femmes sont victimes. Si les estimations de l’ambassadeur sri-lankais sont correctes, ceci signifierait que 8 000 Sri-Lankaises au moins vivent dans des conditions difficiles. 

55Les conditions et les restrictions structurelles légales imposées aux travailleurs migrants sous contrat temporaire sont similaires dans le monde entier. Lorsqu’elles s’appliquent aux domestiques à demeure au Liban et dans d’autres pays, nous assistons à un type de trafic de la main-d’œuvre. L’Interagency Council du Président des États-Unis sur la Femme définit le trafic des femmes et des enfants comme suit: 

56« Le trafic signifie toute action entreprise dans le cadre du recrutement, de l’enlèvement, du transport, de l’hébergement, du transfert, de la vente ou de la réception de personnes au sein d’un même pays ou à travers les frontières par la force, la contrainte, la fraude ou la tromperie pour les placer dans des situations d’esclavage, de travaux ou de services forcés tels que la prostitution ou les services sexuels forcés, la servitude domestique, le travail dans des usines où ils sont exploités ou toute autre forme de servage… Le trafic de femmes implique le recours à la force et à la tromperie en vue de les mettre dans des situations d’exploitation extrême. » (Richard, 1999 : 6)

57Cette définition assez large suggère qu’il y a un « trafic légal » de femmes en provenance de pays tels que les Philippines, le Sri-Lanka et l’Éthiopie en direction du Liban et du Moyen-Orient, trafic qui dure depuis le début des années soixante-dix. Plusieurs femmes originaires de ces pays croient signer un contrat qui leur garantit des conditions d’emploi correctes. Cependant, à leur arrivée au Liban, la confiscation de leurs passeports, la limitation de leurs mouvements ainsi que les heures et les conditions de travail sont contraires aux conventions et lois internationales, malgré le fait que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme soit mentionnée dans la Constitution Libanaise. Les cas énumérés ci-dessous font état des obstacles légaux qui s’élèvent face aux domestiques lorsqu’elles veulent faire normaliser leurs conditions de travail ou recevoir une compensation pour toute violation perpétrée contre elles. 

58Le premier de ces obstacles tient à la rédaction des contrats. Les gouvernements sri-lankais et philippins ont élaboré des contrats standard pour les domestiques souhaitant migrer au Liban et vers d’autres pays arabes, dont certaines dispositions explicites ne sont pas respectées dans la pratique.

59Le contrat standard élaboré par le gouvernement sri-lankais [Contract of Employment for Domestic Helpers from Sri-Lanka in the Middle East Countries] a été introduit au Liban en 2000 et est uniquement écrit en anglais et en arabe. Seulement quelques centaines de ces contrats sont en vigueur, alors que la grande majorité des travailleurs sri-lankais au Liban travaille en vertu d’autres formules ou sans aucun accord contractuel (mis à part un document élaboré à la hâte par le notaire en arabe). Néanmoins, ce document explicite ce qui est normalement implicite, à savoir : 

60« L’employé peut résilier le présent contrat sans en notifier l’employeur pour l’une des causes justes suivantes: mauvais traitement infligé par l’employeur ou par un membre de sa famille ; violation des conditions du présent contrat ; non paiement du salaire ; attentat à la pudeur et violence. » (Clause 10b)

61Sous le titre « Dispositions Spéciales » (clause 12), le contrat stipule également ce qui suit :

62« L’employeur est tenu de traiter l’employé d’une manière juste et humaine. Aucune violence physique ne peut être exercée sur l’employé. » (Clause 12b)

63Ces dispositions sont particulièrement instructives parce qu’elles sont indicatives des pratiques inacceptables qui ont lieu actuellement. La violence et les abus se sont tellement répandus qu’il est devenu nécessaire de les expliciter et d’obliger l’employeur à signer un contrat s’engageant à ne pas maltraiter, molester, agresser ou faire du mal à l’employée — alors que de tels actes devraient être normalement punis par le code pénal qui régit les agressions et actes de violence physique. 

64Lors de l’enregistrement de l’emploi d’un domestique étranger en vue d’obtenir le permis de travail et la carte de résident, l’employeur et l’employé doivent également signer un contrat élaboré par un notaire, toujours en arabe. Les employés ne comprennent presque jamais l’intégralité des dispositions de ce contrat, même lorsque celui-ci est traduit, en anglais en général plutôt que dans leur langue. Ces contrats de travail prévoient rarement, sinon jamais, les obligations et responsabilités de l’employeur. Ils ont plutôt tendance à détailler l’intérêt de l’employé à être fidèle, sincère, honnête, et consciencieux.

65Les contrats varient selon les agences et la plupart ne sont pas rédigés en accord avec les ambassades concernées. Ils sont en général calqués sur des contrats-types et amendés par la suite selon la convenance. On ignore dans quelle mesure les avocats ou les notaires libanais sont consultés pour leur élaboration. Un contrat de travail à l’étranger « Overseas Contract Worker Agreement », élaboré pour le compte d’un employeur dénommé « Fouad Balangue » est signé par une Philippine, « Celina Nedro » (ces noms sont fictifs). Non seulement il est signé par Celina Nedro mais l’empreinte de ses deux pouces figure également sur le document composé de deux pages. La première clause stipule que Celina Nedro accepte « de travailler en tant que domestique ou d’exercer toute autre activité précisée par la Première Partie[le patron] à l’heure, à l’endroit et de la manière définis par la Première Partie ». La durée du contrat est de deux ans et le salaire mensuel a été fixé à 200 dollars. Après trois ans de service, la domestique a droit à trente jours de vacances, à l’issue desquels les « frais de rapatriement… vers son pays seront à la charge de l’employeur ». Le contrat stipule également ce qui suit :

66« En ce qui concerne les femmes, le travail comprendra, la lessive et le repassage, le ménage, le nettoyage des salles de bain et des ustensiles, la cuisine, le nettoyage des tapis et des meubles, les travaux de couture, la garde des enfants et tous autres travaux relatifs à la maison. La Deuxième Partie (la domestique) n’est pas autorisée à sortir seule et ne peut fréquenter des individus de sexe opposé, parents ou autres. Elle ne peut se rendre au marché, à la banque ou aux endroits publics sauf en la compagnie de la Première Partie ou de sa famille. Elle ne peut téléphoner ou répondre au téléphone sauf si on lui demande de le faire. Elle accepte le fait qu’elle n’a pas droit à un congé hebdomadaire. Les heures de travail ne sont pas limitées et la domestique doit être prête à travailler à toute heure, jour et nuit. Elle n’a pas droit à un temps de repos, sauf pour dormir, manger ou prier ».

67Il est capital de noter qu’il n’y aurait eu aucune différence, du point de vue légal, si ces domestiques connaissaient à l’avance ces conditions ou avaient volontairement accepté d’exécuter ce travail. Les conditions du contrat ci-dessus relèvent de l’esclavage. Or, il est internationalement reconnu qu’un individu ne peut consentir à l’esclavage ou à tout travail forcé de quelque nature qu’il soit. Par conséquent, le contrat ci-dessus n’est pas valide du point de vue légal et ses conditions ne devraient pas être appliquées.

68Il est aujourd’hui capital de prévoir des dispositions contractuelles solides et légalement applicables dans un contexte général caractérisé par une profonde indifférence au traitement des domestiques étrangères. Ce point est bien illustré par les cas suivants. En octobre 2001, deux Libanais et deux sri-lankaises se sont présentées au tribunal. Ces dernières accusaient les deux agents, de les avoir envoyées en Syrie pour travailler en tant que domestiques et, à leur retour, de les avoir dépouillées (à main armée) de leurs économies, quelques 4 000 dollars et de leurs bijoux. Lorsqu’elles ont voulu avertir la police, celle-ci a découvert que leurs visas de travail n’étaient pas en règle et a décidé de les placer en détention. Elles sont restées en prison pendant neuf mois avant de comparaître devant le juge pour la première fois. Les audiences qui ont finalement eu lieu au cours des deux mois suivants visaient à résoudre l’affaire moyennant un règlement entre les deux parties. Entre-temps, les agents avaient accepté de payer la somme de 500 dollars chacun aux deux femmes ainsi que le coût de deux billets d’avion pour le Sri-Lanka. L’avocat des deux femmes qui avait été désigné par leur ambassade a déclaré que cette somme n’était pas suffisante. Les hommes devaient en effet restituer la totalité du montant volées plus du prix des billets d’avion de retour. Entre les deux ou trois audiences, les avocats se sont engagés dans des négociations sans pour autant réussir à régler l’affaire. En janvier 2002, les quatre parties ont été convoquées aux bureaux de la Sûreté Générale où l’affaire a finalement été réglée. Les deux agents ont dû verser seulement 500 dollars chacun aux deux femmes, les taxes dues pour les permis de travail (environ 500 dollars) et les billets d’avion pour le Sri-Lanka. En contrepartie, les femmes ont signé une déclaration de cessation des poursuites contre eux. Elles sont finalement rentrées au Sri-Lanka tandis que les deux hommes étaient autorisés à poursuivre leurs activités. 

69Ce cas est intéressant pour plusieurs raisons. En premier lieu, il est curieux que ces Libanais aient été libérés après avoir passé une nuit en prison alors qu’ils avaient été accusés d’un délit grave (vol à main armée) tandis que les deux Sri-Lankaises aient été incarcérées pour une période totale de dix mois. En second lieu, plutôt qu’une enquête criminelle sur l’affaire, l’objectif principal de la procédure légale était d’arriver à un règlement financier qui libèrerait les hommes de toute responsabilité supplémentaire. Les parties compétentes ont supposé que les deux femmes seraient contentes de recevoir une compensation et de quitter le pays. En troisième lieu, les Sri-Lankaises n’ont jamais eu droit à un traducteur durant les audiences et l’accord a été rédigé en arabe. Enfin, le règlement final a été convenu sans la présence de leurs avocats ou d’un représentant diplomatique. L’absence d’avocats soulève des doutes (même si ceux-ci ne sont pas vérifiés) quant à la possibilité d’une influence exercée en vue de hâter la conclusion de l’affaire. 

70Les deux femmes avaient en fait violé la loi en travaillant sans permis. Leur patron/employeur est normalement responsable de l’obtention et du paiement de ce permis et de la carte de résident. La majorité des contrats, notamment ceux conclus avec les domestiques à demeure, comprennent cette disposition. Cependant, selon le juge que l’auteur a consulté, la loi libanaise exige de l’étranger de prendre la responsabilité de la validité de ses titres de séjour et de travail. Si la domestique est appréhendée sans papiers valides, c’est elle et non l’employeur qui sera arrêtée ou détenue. 

71Les deux hommes ont clamé leur innocence face à ces accusations. Le juge leur a demandé pourquoi, étant innocents, ils étaient disposés à donner de l’argent aux domestiques et à leur payer leurs billets d’avion. Ils ont répondu qu’ils avaient accepté de payer pour deux raisons : d’abord parce qu’ils pouvaient se le permettre et qu’ils avaient eu pitié des deux Sri-Lankaises et ensuite parce qu’étant issus de familles convenables et bien connues, ils voulaient éviter de souiller leur nom. Aujourd’hui les tribunaux ont le droit de conduire une enquête criminelle et peuvent toujours poursuivre les accusés en justice, mais les deux témoins ont quitté le pays et ne risquent pas d’y revenir, surtout qu’elles ont accepté de cesser toutes poursuites. Les deux femmes ont déclaré qu’elles avaient accepté le règlement proposé parce qu’elles avaient été averties que la poursuite des plaintes prendrait beaucoup de temps, probablement encore une année, au cours de laquelle elles auraient été maintenues en détention. Cette menace a permis à la Sûreté Générale de conclure l’affaire rapidement. 

72Dans un autre cas, en 2002, le juge, une femme, présidait une session consacrée à des charges portées par deux femmes originaires de Madagascar. Elles avaient intenté un procès à un agent de recrutement, déclarant qu’il avait illégalement retenu leurs passeports, limitant ainsi leur liberté de mouvement, ce qui est contraire aux dispositions de l’article 12 de la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques. Dans le rapport soutenant sa décision, le juge a déclaré qu’il était parfaitement naturel, pour un employeur, de retenir le passeport d’une domestique pour l’empêcher de s’enfuir avant d’avoir compensé l’employeur pour les frais encourus en vue de se procurer leurs services. Ailleurs dans le rapport, le juge désigne de manière erronée les plaignantes par le terme de prévenues, révélant ainsi une incapacité à concevoir que deux femmes malgaches puissent intenter un procès contre un Libanais, au lieu que ce ne soit le cas contraire. La partie plaignante a fait appel mais le jugement a été maintenu. 

73Aucune affaire au Liban n’a réussi à changer cette pratique si répandue qui consiste à retenir les passeports. Il est à noter que dans de nombreux pays du Golfe tels que le Koweït et l’Arabie Saoudite, même des professionnels comme les ingénieurs, les journalistes et les experts comptables se voient aussi retirer leur passeport par leur patron/employeur. 

74Les employeurs de domestiques devraient supporter le risque « financier » de les voir partir, comme tout autre employé d’ailleurs. La liberté de toute personne de refuser d’offrir ses services est un droit fondamental établi depuis la Révolution Française. Les contrats peuvent prévoir des dispositions à cet égard mais la confiscation des passeports et la limitation des mouvements des domestiques ou de toute personne devraient être interdites. 

L’assistance aux domestiques étrangers au Liban

75Les classes moyennes au Liban ont, pendant des générations entières, employé des domestiques. La sécurité et le bien-être relatifs de celles-ci étaient garantis par les employeurs et par la proximité des familles des domestiques. Au cours des dernières années et malgré un marché du travail bien développé pour les domestiques étrangers, aucune loi locale sur le travail n’a été promulguée et aucun syndicat n’a été créé pour garantir leurs salaires et leurs conditions de vie. En tant qu’étrangers, ils ne peuvent bénéficier d’aucune assistance sociale de la part de l’État. En embauchant des domestiques étrangères à demeure, les familles « hôtes » sont tenues de souscrire une assurance médicale et de leur assurer repas, abri et vêtements. Cependant, celles qui s’enfuient de chez leur patron, finissent par devenir des travailleuses illégales et sans ressources. Leur statut illégal implique qu’elles doivent éviter les autorités libanaises de peur d’être détenues, emprisonnées pendant de longs mois, dans des conditions souvent abominables, et finalement expulsées3. Elles se tournent alors vers les différentes ONG et vers leur ambassade, ces dernières étant leur seule source institutionnelle d’assistance sociale. Il existe également des réseaux d’assistance non officiels qui assurent par exemple des prêts personnels, une aide médicale, de la nourriture et un abri. 

76Les domestiques, qui se sont enfuies de chez leur employeur et celles qui travaillent en free-lance, ont souvent besoin d’une certaine forme d’assistance sociale. Or, le gouvernement libanais n’a jamais vraiment fait face au problème des migrants, des réfugiés et des déplacés. Selon Speetjens (1998) :

77« Bien que le Liban soit membre du comité consultatif du UNHCR depuis 1964, il n’a jamais signé la convention de Genève qui consacre les droits des réfugiés … Le gouvernement libanais a sans cesse tourné le dos aux réfugiés et aux migrants. La responsabilité de leur assistance a été complètement rejetée sur les ONG, telles que le Conseil des Églises du Moyen-Orient, le HCR, l’UNRWA et Caritas. »

78Privés des droits d’accès aux formes publiques d’assistance qui sont normalement accordés aux citoyens et ne bénéficiant d’aucun soutien familial, les migrants sont laissés à la merci des organisations caritatives et ce, s’ils arrivent à les trouver. Une fugitive errera dans les rues jusqu’à ce qu’elle trouve une compatriote qui l’orientera vers une agence appropriée ou vers l’ambassade de son pays. Quelques fois, elle pourra tomber entre les mains de groupes sans scrupules qui peuvent la forcer à se prostituer. Ces groupes sont souvent composés d’individus de leur propre nationalité qui se sont organisés en « mafias ». Ces pratiques ne sont pas établies mais sont signalées en général dans le cadre d’interviews. D’autres fugitives réussissent à contacter les ONG qui ont déjà assisté plusieurs migrants asiatiques et africains travaillant notamment en tant que domestiques. Ces Sri-Lankaises et ces autres migrantes « illégales », ont accès à quatre types d’assistance sociale non prodiguée par l’État.

Les ONG

79Alors que les ONG libanaises et étrangères se sont massivement développées au Liban depuis la guerre civile, rares sont celles qui ont été établies pour répondre aux besoins des domestiques migrants. Une tentative de création d’une association catholique libanaise (dénommée la Main de l’Amitié) a été lancée par quelques prêtres et religieuses catholiques qui les assistaient, mais cette tentative n’a pas obtenu l’accord du gouvernement (McDermott, 1999). Ce n’est qu’en 1997 que le Comité Pastoral des Migrants Afro-asiatiques (CPMAA) a été officiellement fondée sous l’égide de Caritas, la confédération internationale des organisations catholiques. Sous la direction de l’évêque Paul Bassim et grâce à sa coordination quotidienne avec le Père Martin McDermott, le CPMAA prodigue une assistance sociale, juridique et religieuse. Il supervise également les opérations de trois centres catholiques qui répondent aux besoins des domestiques africains et asiatiques (ainsi qu’à ceux d’autres migrants). Ces trois centres sont : le Centre Caritas pour les Migrants, le Centre pour les Migrants Afro-asiatiques et Laksehta. Ces trois centres gèrent la majorité des problèmes associés aux travailleurs migrants au Liban (Young, 2000) et aident les femmes qui ont été appréhendées et enfermées dans les centres de détention parce que leurs papiers n’étaient pas en règle. Ceci requiert souvent des visites régulières les prisons et les centres de détention, des conseils juridiques et des contacts avec les ambassades. Il est toujours difficile de récupérer les passeports auprès des patrons et les requêtes formulées à cet égard sont parfois refusées, sauf en contrepartie d’une somme importante. Par ailleurs, la régularisation des permis de travail et des cartes de résident expirés peut constituer un fardeau financier impossible à supporter par les travailleurs qui n’ont pas pu épargner de l’argent ou qui n’ont simplement pas perçu leurs gages. C’est ainsi que le centre Caritas apporte sa propre contribution et prodigue par ailleurs des soins médicaux gratuits par le biais de cliniques mobiles et d’autres services qui peuvent toujours être fournis par ses agences dans le pays d’origine, après le rapatriement (Speetjens, 1998). Plus récemment, l’USAID a fait un don de 300 000 dollars au Centre Caritas pour les Migrants pour la création d’un centre d’accueil. 

80Le CPMAA a mis en place une base de données rudimentaire des cas dont il s’est occupé au cours de la période de douze mois jusqu’en mars 2000. Sur les 406 cas d’assistance enregistrés, 234 (58 %) concernaient des domestiques philippines. Seulement 21 (5 %) étaient originaires du Sri-Lanka. D’autres origines étaient représentées : Vietnam, Zaïre, Éthiopie, Nigeria, Indonésie, Soudan, Kenya, Madagascar, Maurice, Ghana et Érythrée. Parmi les Philippines, dans 50 % des cas (116), au moins une forme d’abus ou de mauvais traitement par l’employeur a été signalée. Les plus fréquentes sont le non paiement des salaires, les insultes, les coups, l’accusation abusive de vol et la privation de nourriture. La confiscation des passeports et des papiers d’identité n’est pas considérée comme étant une forme d’abus alors qu’elle devrait probablement l’être. 

81Sous les auspices du CPMAA, les services d’avocats sont fournis dans la majorité des cas à titre gratuit, soit à travers le programme d’Assistance Légale établi par l’Ordre Libanais des Avocats, soit par les avocats des droits de l’Homme. Face aux difficultés matérielles, le CPMAA fait appel aux deux autres centres qui assurent une assistance plus directe et des soins. 

82Le Centre pour les Migrants Afro-asiatiques (CMAA) est dirigé par Sœur Amélia, une religieuse de l’Ordre des Filles de la Charité, qui est arrivée des Philippines en 1987. Les domestiques se tournent vers ce centre car il assure divers services d’assistance, mais aussi parce qu’il joue un rôle d’un lieu de rencontre dans lequel les services religieux et les fonctions récréatives sont coordonnés. Sœur Amélia présente un programme religieux hebdomadaire de 25 minutes en Tagalog sur la station radio de la Voix de la Charité. Au moins une fois par semaine, des volontaires du Centre rendent visite aux femmes qui attendent dans les prisons et les centres de détention leur procès ou leur expulsion. Outre le réconfort que représentent ces visites, elles leur apportent de la nourriture, des couvertures et des vêtements. Leurs visites étant régulières, les visiteurs rencontrent souvent des migrantes qui ont été incarcérées sans que leurs représentants diplomatiques ou leurs familles restées au pays n’aient été prévenues. Dans ces cas, le Centre informe les personnes compétentes de la situation. Le nombre de domestiques africaines et asiatiques enfermées dans les centres de détention peut atteindre 200 à 300 (Young, 2000). Pour les aider dans leur défense, l’association les met en contact avec le CPMAA qui leur fournit des avocats. 

83Par ailleurs, un centre d’accueil assure un logement pour les femmes qui se sont enfuies de chez leur employeur et le Centre les mettra souvent en contact, grâce à leurs propres réseaux, avec des employeurs ayant bonne réputation. Sœur Amélia offre également son assistance en obtenant des « laissez-passer » auprès des ambassades et des consulats pour ceux qui n’arrivent pas à récupérer leurs passeports et autres documents auprès de leurs patrons. Des fonds sont souvent prévus pour le billet de retour au pays. Le CMAA fournit également aux migrantes des soins médicaux gratuits. Enfin, à travers l’association de la Sœur Amélia avec les Filles de la Charité, il assure l’éducation gratuite des enfants des travailleurs migrants dans les deux écoles de l’Ordre (Young, 2000).

84Le Centre collecte des fonds par le biais d’une chorale qui visite les familles tout au long de la période de Noël et grâce à la vente de produits artisanaux confectionnés par les femmes africaines et asiatiques. Il reçoit aussi des dons réguliers de l’Église Catholique, notamment à travers Caritas. 

85Le Centre Laksehta, dirigé par une sœur sri-lankaise de l’Ordre du Bon Pasteur, Sœur Angéla, offre un autre refuge plus ou moins exclusif pour les Sri-Lankaises dans la banlieue de Beyrouth. Laksehta signifie « refuge du Sri-Lanka » en cingalais (Young, 2000). Laksehta a été créé en 1988 par un prêtre catholique libanais très actif, Père Salim Rizkallah. Celui-ci a visité des pays comme le Sri-Lanka et plus tard, l’Éthiopie pour apprendre leurs langues et a ultérieurement produit des programmes radiodiffusés sur la station de la Voix de la Charité en cingalais, en tamoul et en éthiopien. Plusieurs services d’assistance et de nombreux services religieux sont fournis par et dans le Centre. Ce dernier a acheté « vingt caveaux dans le cimetière catholique à Fanar pour y placer les restes des travailleurs migrants décédés au Liban » (Young, 2000 : 65). A travers l’ambassade du Sri-Lanka, l’organisation aide au rapatriement des corps des travailleurs migrants décédés, qu’ils soient catholiques ou bouddhistes.

86Au final, selon le rapport d’activités du Centre (sur la période septembre 1998 à août 1999) au moins 10 000 personnes auraient eu recours aux divers services d’aides offerts4. Le Centre assure également un service postal utilisé par 3 500 personnes. Selon les estimations, Laksehta aurait servi 25 000 femmes migrantes au cours des six dernières années.

87L’Association Sri-Lankaise d’Assistance Sociale a été créée au début de 1999 pour collecter des fonds et assister les personnes ayant besoin d’une aide urgente. Bien que les patrons des travailleurs migrants soient obligés de souscrire une assurance maladie pour leurs employés, plusieurs ou même la plupart des travailleurs migrants, surtout ceux qui n’ont pas de permis de travail valides, ne sont pas assurés et ont peu d’argent. Cette association collecte des fonds pour permettre aux migrants sans ressources d’être hospitalisés ce qui, au Liban, requiert le paiement d’une somme avant l’admission. Il y a plusieurs exemples de cas individuels où des soins d’urgence ou une chirurgie immédiate étaient nécessaires. Ces cas ont été rapidement résolus par des appels téléphoniques visant à collecter des fonds et à négocier avec les hôpitaux et les médecins pour les faire renoncer aux frais ou les réduire, ce qui requiert souvent beaucoup de flatteries (interview avec Père Salim ; cf. Haddad, 2000). L’association organise des fêtes pour collecter des fonds et obtient des dons d’urgence des migrants eux-mêmes et du réseau des quelques 100 membres associés. (Young, 2000). 

88La plus grande partie de l’assistance fournie aux travailleurs migrants au Liban provient des groupes religieux, notamment des associations liées à l’Église Catholique. Cependant, comme l’indique Young, rares sont les tentatives de conversion religieuse. Néanmoins, « il n’est pas étonnant que la religion joue un rôle aussi puissant dans une communauté de migrants généralement pauvres et peu orientés. La religion leur donne un but et les lie à d’autres individus qui se trouvent dans des situations similaires. » (Young, 2000 : 67). De nombreux groupes religieux ont été formés et plusieurs se sont associés au CMAA et au CPMAA tout en rassemblant leurs membres par nationalité. Par ailleurs, des groupes nationaux (par exemple, philippin, sri-lankais, ghanéen, tanzanien, nigérian) se sont constitués en « réseaux de solidarité dont le but est de prodiguer assistance et conseils » (Young, 2000 : 66).

89Les Sri-Lankaises qui, bien que bouddhistes, assistent à des messes chrétiennes, présentent un intérêt particulier. Celles qui bénéficient de l’assistance d’une organisation chrétienne, ont une tendance naturelle à s’identifier à l’ordre religieux qui les soutient. Par exemple, lorsque nous avons interviewé des Sri-Lankaises dans l’un des centres d’accueil, la grande majorité d’entre elles a affirmé être de religion chrétienne. Cependant, celles qui ont été interviewées dans l’ambassade sri-Lankaise ont presque toutes déclaré être bouddhistes. À l’extérieur d’une église catholique dans le quartier de Hamra à Beyrouth, un « lieu saint » s’est constitué. Celui-ci ressemble à un espace utilisé pour représenter la nativité mais les Sri-Lankaises s’y rassemblent pour prier. Cependant, il n’y a aucune image bouddhiste mais seulement des figurines symboliques de saints et des objets auparavant utilisés par l’église.

90Les fonds collectés par ces ONG pour aider les travailleurs migrants en difficulté, sont souvent sollicités. Ils proviennent principalement de l’organisation internationale Caritas, mais en cas d’urgence (opération chirurgicale, enterrement…), des individus charitables et philanthropes, des ambassades et d’autres organisations avec lesquels les ordres religieux ont des contacts sont aussi sollicités. Des tensions et des conflits existent e