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APPLE

Le téléphone trafiqué devenu l’officiel de la mafia

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PGP branché, la ne-zo est quadrillée.

Phantom Secure, les Blackberry trafiqués
devenus téléphones officiels de la mafia

Un entrepreneur canadien peu regardant est devenu une pierre angulaire du crime organisé.

Repéré par Barthélemy Dont sur Motherboard

Aujourd’hui, une messagerie chiffrée inaccessible aux autorités est à la portée de n’importe quel smartphone. Mais il y a quelques années, les télécommunications secrètes nécessitaient un matériel plus sophistiqué.

C’est ainsi que Vincent Ramos, entrepreneur canadien et fondateur de Phantom Secure, a eu l’idée de vendre des Blackberry modifiés. Exit caméra, micros et GPS: seule demeure sur les terminaux une messagerie chiffrée, de type PGP. En cas de problème, le contenu des téléphones peut être effacé à distance par l’entreprise.

Au départ, l’appareil est marketé pour de vagues VIP et une clientèle business désirant vivre le grand frisson du secret. Des téléphones sont distribués à des rappeurs et des athlètes, qui en font la promotion. Rapidement néanmoins, des profils plus troubles commencent à s’intéresser aux spécialités Phantom Secure, et Ramos ferme les yeux.

À ses partenaires, le Canadien répète qu’il souhaite adopter la même stratégie qu’Uber: inonder le marché et réfléchir aux conséquences plus tard. Seulement, Phantom Secure ne se limite pas à des violations du code du travail. En 2014, le média australien ABC titre «Un téléphone indéchiffrable fourni par Phantom Secure lié à des meurtres de bikers Hell’s Angel».

Apple du crime

ABC précise que mêmes les services de renseignement du pays sont incapables d’exploiter les données du téléphone. Le fait divers est pour Ramos une victoire retentissante: Phantom Secure devient le Apple du crime organisé.

Dealers américains, cartels mexicains, la pègre mondiale s’arrache les appareils de l’entreprise. Comme ils ne peuvent communiquer qu’entre eux, les téléphones sont achetés en lots, et certain·es client·es de la firme ne font de business qu’avec des organisations utilisant le même système.

À plusieurs milliers de dollars pièce, auxquels s’ajoutent les revenus réguliers d’un coûteux abonnement, Phantom Secure fait la fortune de Ramos, qui assume de plus en plus clairement le démarchage de la mafia. Problème: en Australie comme au Canada, la simple vente de téléphones, même dotés de tels systèmes de chiffrement, ne peut constituer un délit.

En 2017, un trafiquant est arrêté alors qu’il transporte une tonne de cocaïne entre le Mexique et l’Australie, avec un passage par les États-Unis. Le tout est coordonné via six téléphones Phantom –et le FBI s’en mêle.

Pour l’agence américaine, les activités de Phantom Secure suffisent à tomber sous le coup du RICO Act, une loi antimafia. Des policiers sous couverture rencontrent Ramos à Las Vegas et lui proposent un juteux contrat, qu’il accepte.

Arrêté peu après, le Canadien écope finalement de neuf ans de prison en 2018. Le FBI estimait alors que 20.000 personnes utilisaient le système et que l’entreprise avait gagné 80 millions de dollars en dix ans.

Le Covid-19, une opportunité pour les produits dérivés El Chapo

Pour le cartel de Sinaloa, la crise sanitaire s’est transformée en opération séduction.

Repéré par Barthélemy Dont sur The Wall Street Journal

23/04/2020 à 7h

C’est l’une des conséquences inattendues de la pandémie de Covid-19: les mafias du monde entier ont saisi l’occasion de la crise pour redorer leur image –notamment en Italie, où la Camorra distribue des repas gratuits et offre des prêts aux foyers et commerces en difficulté.

Au Mexique, c’est le visage du chef déchu Joaquín «El Chapo» Guzmán qui se retrouve sur des cartons de nourriture et des masques distribués aux pauvres et aux personnes agées. Derrière ces dons, un intérêt: la philanthropie de la famille Guzmán ressemble à une vaste opération marketing.

Depuis que son père a été incarcéré à perpétuité dans une prison de haute sécurité du Colorado, Alejandrina Guzmán Salazar a lancé une marque baptisée «El Chapo 701», en référence à la place que l’ancien baron du cartel de Sinaloa occupait dans le classement Forbes des personnes les plus riches du monde.

Paul Le Roux, dit «The Mastermind», passé de génie de la cryptographie à parrain du crime international | Source DEA

Paul Le Roux, dit «The Mastermind», passé de génie de la cryptographie à parrain du crime international | Source DEA

Paul Le Roux, génie du net, géant du crime

Après une longue enquête, le journaliste américain Evan Ratliff vient de publier un livre-somme sur l’histoire de ce crack d’internet devenu grand criminel.

Adrienne Rey

28/03/2019 à 7h07

Lorsqu’on demande à Evan Ratliff s’il se souvient du jour le plus mémorable de son enquête, il répond sans hésiter: «J’étais aux Philippines, sur la piste du meurtre non élucidé de Catherine Lee, une agent immobilier apparemment sans histoire. Alors que l’on quittait le lieu où avait été retrouvé son corps, le policier qui m’escortait m’a tendu le dossier de l’enquête. En parcourant les photos et les notes des enquêteurs, j’ai été frappé de voir que quelques mois plus tôt, un agent spécial du DEA de Los Angeles [le service de police en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants, ndlr] s’était rendu lui aussi sur la scène de crime que je venais à peine de quitter. À ce moment, j’ai compris qu’il se tramait quelque chose d’important et que j’étais sur la bonne voie».

La piste que l’agent du DEA et Evan Ratliff tentent de remonter mène à Paul Le Roux, un criminel dont on sait alors peu de choses: «Son nom avait fuité dans un article du New York Times en 2014, mais apparemment son arrestation remontait à 2012… Lorsque je commence mon enquête, Le Roux n’est encore qu’un fantôme».

Pourquoi Evan Ratliff a-t-il décidé de se mettre en quête d’un tel mystère? «J’ai tout de suite été séduit par le côté extraordinaire du personnage.» Durant les cinq années qui vont suivre, le journaliste tente de recomposer le puzzle, pièce par pièce: «J’ai parcouru le monde entier, des Philippines au Brésil, en passant par Israël, New York. J’ai rencontré des centaines de personnes, d’anciens collaborateurs de Le Roux, des membres du DEA en activité ou à la retraite et j’ai parlé avec de nombreux enquêteurs». Il l’avoue lui-même, son travail sur le criminel finit par tourner à «l’obsession».

Le Roux, un «troll» avant l’heure

Paul Le Roux naît en 1972 à Bulawayo, une ville de Rhodésie (le Zimbabwe actuel). Suite à l’arrivée de Robert Mugabe au pouvoir, la famille déménage en Afrique du Sud, où son père dirige une entreprise minière, ce qui leur assure une aisance financière. Le Roux reçoit son premier ordinateur des mains de son paternel et n’en décroche plus.

Hormis cette passion pour l’informatique, son enfance est plutôt commune, ce qui pour le journaliste n’est pas sans rappeler celles de Bill Gates ou Mark Zuckerberg. À 30 ans, Le Roux apprend pourtant une nouvelle qui le bouleverse: il a été adopté. Une source interrogée par Evan Ratliff et qui se fait appeler Lulu raconte qu’à ce moment-là, «son monde s’écroule». Une rumeur court à propos de sa mère biologique, qui aurait été mariée à un grand sénateur américain, mais pour l’heure cela relève de la seule spéculation.

Le livre d’Evan Ratliff consacré à Paul Le Roux, publié aux éditions Random House.

Sur le net, Le Roux se fait d’abord remarquer pour les messages injurieux et les commentaires racistes qu’il écrit sur son Australie d’adoption (il s’y installe en 1995 avec sa femme Michelle). Si le terme n’existait pas à l’époque, Ratliff confirme qu’à bien des égards Le Roux serait aujourd’hui considéré comme un troll.

Il réalise son premier «coup de maître» en 1997 avec la création du logiciel de chiffrement E4M (Encryption for the masses) qui permet à ses utilisateurs et utilisatrices d’encoder un document en temps réel et de le sauvegarder sur un disque virtuel crypté accessible depuis leur ordinateur. Sept ans plus tard est lancé TrueCrypt, qui se base sur le code d’E4M, sans que l’on sache avec certitude si Le Roux en est le créateur. Longtemps considéré comme le meilleur logiciel de chiffrement au monde, TrueCrypt comptait Edward Snowden parmi ses usagers les plus célèbres et aurait, entre autres, été utilisé par le groupe État islamique.

Un businessman sulfureux

Attiré par l’appât du gain, Le Roux qui traverse une période de difficultés financières se lance, au début des années 2000, dans la vente illégale de médicaments –notamment d’antidouleurs avec RX limited, l’entreprise qu’il a créée.

Le système, reposant sur la collaboration de pharmaciens et de médecins américains, est assez simple: les clients remplissent un formulaire en ligne où ils renseignent leurs antécédents médicaux et leurs symptômes, choisissent le médicament de leur choix et paient par carte bancaire.

Un docteur rédige ensuite une ordonnance. Il ne reste plus qu’à se rendre chez l’une des pharmacies du «réseau Le Roux» pour obtenir les médicaments. Pour Evan Ratliff, il s’agit là de «son coup de génie». «Ce réseau, il l’a créé et façonné de bout en bout. Il n’a jamais fabriqué aucun médicament, il a juste construit une structure virtuelle qui permettait en un clic de générer des centaines de milliers d’ordonnances. Le volume était colossal.»

Des tueurs à son service

Le Roux ne s’intéresse pas seulement au marché pharmaceutique. À mesure que son activité criminelle se diversifie, son empire s’étend: deal de cocaïne et de méthamphétamines à grande échelle avec la Colombie, trafic d’or et d’armes en Afrique, exploitation forestière au Vanuatu, blanchiment d’argent… Il aurait même eu le projet un peu fou de former une milice en Somalie afin d’envahir les Maldives et d’y installer sa base. Au cours de ses activités, il multiplie les sociétés-écrans et les noms d’emprunt. Ses revenus illicites sont estimés à quelque 250 millions de dollars par an.

Durant toutes ces années, il n’est jamais inquiété par la police. Son escalade dans la violence, elle, se poursuit. Quand les choses ne tournent pas comme prévu, il n’hésite plus à faire verser le sang de ses adversaires. Pour cette sombre besogne, il peut compter sur les lieutenants de sa garde rapprochée, constituée principalement d’anciens soldats. Evan Ratliff nous explique que si Le Roux a pu recruter, en nombre, chez des ex de l’armée, c’est que le contexte géopolitique s’y prêtait. «Avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan s’est créé un réservoir international de mercenaires qui, lorsque les troupes ont commencé à être moins nombreuses, se sont mis à chercher du boulot.»

«The Mastermind»

Paul Le Roux paye bien ses collaborateurs. Mais les impressionne-t-il? D’après Ratliff, oui, principalement par «sa créativité et son intellect». «Au sein de son organisation et chez les enquêteurs, on le surnommait “The Mastermind”, ce qui lui va tout à fait. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai donné ce titre à mon livre. Il ne faut pas oublier que cet empire criminel sort tout entier de l’esprit de Le Roux, qui pilote les affaires depuis son ordinateur portable, à distance dans sa maison de Manille. L’organisation, c’était lui!» Le Roux est «si intelligent qu’il en devenait intimidant».

Physiquement cependant, il ne semble pas en imposer. Son autre surnom est d’ailleurs «The Fat Man». Sur les rares photos qu’on a de lui, Le Roux apparaît en effet bedonnant, le visage joufflu et le sourire en coin.

Un nouveau genre de criminel

Si aujourd’hui de nombreux criminels ont adopté la technologie (récemment, c’est le hacking des téléphones chiffrés d’El Chapo par le FBI qui a aidé à sa capture), le cas de Le Roux est unique en son genre. Pour Ratliff, «c’est un programmeur qui sait construire un réseau opérationnel, devenant ainsi le modèle d’un nouveau genre de criminel».

Sa logique d’expansion est toujours à l’affût d’un “big deal”, à l’instar d’une entreprise qui décide de se diversifier pour s’assurer des revenus

EVAN RATLIFF, AUTEUR DE «THE MASTERMIND»

À bien des égards, Le Roux ne ressemble pas au baron de la drogue traditionnel, du moins au stéréotype que nous en avons: «Il est extrêmement atypique. En règle générale, il y a un cartel avec une hiérarchie structurée qui fait tourner un business bien précis: cocaïne, amphétamines, etc. Celui de Le Roux est mondialisé, sans véritable structure, il avance de deal en deal…».

Evan Ratliff va encore plus loin en rapprochant l’empire de Le Roux du business model des start-ups. «En vérité, on n’est pas si loin de la start-up moderne. Pas besoin d’avoir beaucoup de personnel pour faire marcher l’affaire. De la même manière qu’Uber embauche ses chauffeurs, Le Roux passe des contrats à l’extérieur. Sa logique d’expansion est toujours à l’affût d’un “big deal”, à l’instar d’une entreprise qui décide de se diversifier pour s’assurer des revenus.»

Mais Le Roux ne ressemble pas non plus au cybercriminel classique. Le journaliste, qui a beaucoup écrit sur le sujet, tient à le souligner. «Je pense vraiment que le cas de Le Roux est unique et qu’il dépasse le cadre de la cybercriminalité. Si tout est décidé sur un ordinateur, ses deals et ses meurtres se déroulent bien dans un monde de chair et d’os.»

Un dernier deal avec… la police!

Le Roux est arrêté en 2012 au Liberia. Toujours d’après Ratliff, «les autorités craignaient beaucoup une arrestation aux Philippines, car il y avait distribué beaucoup de pots-de-vin». L’accord de négociation de peine qu’il signe avec le DEA va soulever de nombreuses critiques, au sein même de la police. Si ce n’est pas inhabituel aux États-Unis, d’ordinaire on propose ce genre de contrat aux «petits» pour mieux attraper les gros. «Chose encore plus étonnante, nous dit Ratliff, Le Roux a coopéré dès sa montée dans l’avion. Au moment où l’appareil se pose sur le sol américain, le deal est déjà signé.»

Sa famille est placée sous protection et ses informations conduiront à l’arrestation de nombreux complices, dont son fidèle lieutenant Hunter. Dans un scénario digne de The Shield, ce dernier est arrêté sur l’île de Phuket lors d’une transaction de 200 kilos de cocaïne négociée avec des agents sous couverture.

Lors de la dernière audience du procès de Hunter l’année dernière, Le Roux a avoué de nouveaux crimes: un projet de missile avec l’Iran, un trafic de méthamphétamines avec la Corée du Nord et sa participation à cinq meurtres.

Si l’on sait peu de choses sur l’accord qu’il a signé avec le DEA, Le Roux, toujours en attente de sa condamnation, encourrait la prison à perpétuité. Bien que son sort ne soit toujours pas scellé, la matière romanesque de l’affaire Le Roux a d’ores et déjà séduit le réalisateur Michael Mann, qui envisagerait de porter prochainement sa vie à l’écran.

Ross Ulbricht avoue avoir créé Silk Road mais plaide non coupable

Ross Ulbricht, baron de la drogue 2.0

Pendant deux ans, le Texan a fait tourner The Silk Road, le double maléfique d’Amazon. Drogues, armes, meurtres et millions l’ont mené en prison pour un séjour à perpétuité.

Grégor Brandy

10/02/2019 à 9h29

À peine Ross Ulbricht a-t-il eu le temps de comprendre ce qui est en train de se produire que deux agents se saisissent de lui, pendant qu’un troisième lui confisque son ordinateur. Il sait déjà que tout vient de s’effondrer. Sur son terminal, qu’il n’a pas eu le temps de refermer, sont stockées les preuves décisives qui scelleront sa condamnation. The Silk Road est alors en ligne depuis plus de deux ans. Pour le site et Ross Ulbricht, c’est le début de la fin.

Son histoire, c’est celle d’un homme prêt à tout pour sauver sa création, quitte à outrepasser les limites. C’est celle d’un homme qui, un peu comme Double-Face, a deux visages: Ross Ulbricht au civil, ce «boy scout»au visage d’ange auquel on donnerait le bon Dieu sans confession, et le (parfois terrifiant) Dread Pirate Roberts (DPR) derrière son écran.

Baron de la drogue un peu par hasard

Derrière ces deux personnages se cache un garçon d’une vingtaine d’années qui monte un peu par hasard le site de revente de drogues le plus en vue du dark Web, et qui est prêt à éliminer quiconque se trouve sur son passage pour protéger un business qu’il espérait révolutionnaire, mais dont la durée de vie n’excedera pas deux ans, comme le raconte Nick Bilton dans American Kingpin.

Image Ross Ulbricht

Un virus destiné non pas à s’attaquer aux machines mais à faire couler le sang: le monde s’en serait sans doute bien passé. | Joel Filipe via Unsplash

Créé pour tuer en masse,
le virus Triton angoisse les experts en cybersécurité

Des hackers ciblent des installations industrielles sensibles, avec un sinistre objectif. Une catastrophe de très grande ampleur est envisageable.

Repéré par Thomas Burgel sur MIT Technology Review

L’histoire de la cybersécurité a déjà été traversée par des virus, malwares et attaques informatiques variées capables d’impacter directement le monde physique. Stuxnet, conçu au début des années 2010 par la NSA avec l’appui d’Israël, reste le plus fameux. Il avait permis de rendre folles jusqu’à la rupture les centrifugeuses servant en Iran à produire un uranium très redouté, donnant de facto un coup d’arrêt majeur au programme nucléaire du pays.

Plus près de nous, en 2015 puis 2016, BlackEnergy et CrashOverride ont été utilisés par des hackers russes pour s’en prendre aux installations et aux réseaux électriques de l’ennemi ukrainien et provoquer de vastes coupures dans l’approvisionnement.

Un nouveau type d’attaque semble se préparer –voire est peut-être déjà, dans l’ombre, prête à frapper. L’homme qui l’a découverte le premier est un expert australien en cybersécurité, Julian Gutmanis, appelé en 2017 dans une usine pétrochimique saoudienne ayant détecté coup sur coup deux dysfonctionnements majeurs nécessitant une investigation poussée. Ce qu’il a trouvé et qui est désormais connu sous le nom de Triton ou de Trisis lui a «glacé le sang», écrit la très sérieuse Technology Review du MIT.

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Des hackers avaient réussi à s’introduire dans le réseau et à installer divers malwares leur permettant de prendre le contrôle des systèmes de sécurité de l’usine, conçus par le Français Schneider Electric, nommés Triconex et destinés à parer, en dernier ressort, à tout dysfonctionnement potentiellement catastrophique. Parce qu’ils avaient, en parallèle, pu introduire leurs mortelles créations logicielles dans les systèmes gérant la machinerie propre à l’usine, ils pouvaient déclencher des désastres qu’aucun garde-fou ne pouvait plus arrêter.

Pire que Bophal?

En l’occurrence, des explosions meurtrières ou le rejet massif de gaz toxiques. Il est ici fait référence à la tristement célèbre catastrophe de Bophal, en Inde, où l’explosion en 1984 d’une usine appartenant à la firme américaine Union Carbide avait provoqué immédiatement ou dans le temps des milliers de morts –12.000 selon un journaliste du Washington Post, jusqu’à 35.000 selon certaines associations de victimes, plusieurs centaines de milliers de personnes vivant dans la région ayant été blessées.

«C’était la première fois que le monde de la cybersécurité voyait un code délibérément écrit pour mettre des vies en danger, souligne l’auteur de l’article, Martin Giles. Ces systèmes de sécurité ne se trouvent pas uniquement dans les usines pétrochimiques, ils sont aussi la dernière ligne de défense à peu près partout, des systèmes de transports aux centrales nucléaires, en passant par les réseaux de traitement de l’eau.»

Angoissant? Ll’alerte n’est que la première. Et le groupe de hackers à l’origine de Triton, décrit comme extrêmement compétent, patient, disposant d’importants moyens et possiblement lié à une agence russe, semble être en train de se chercher d’autres cibles, en Amérique du Nord notamment.

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La DGSE ne cherche pas qu’à pirater Fortnite

Dans un contexte où des pays pas forcément très amicaux tels que la Corée du Nord, l’Iran, la Chine ou la Russie semblent muscler leur capacité de cyber-nuisance, la sécurité américaine prend la chose très au sérieux. Son patron Dan Coats a même, dans un discours que l’on n’espère pas prophétique, dressé un parallèle entre ces indices concordants et le «bruit» diffus généré par les discussions entre groupes terroristes qui aurait dû alerter ses services de la préparation des attentats de septembre 2001.

«Nous voici près de deux décennies plus tard, et je suis ici pour expliquer que tous les voyants sont de nouveaux au rouge, avait ainsi déclaré Coats. Aujourd’hui, les infrastructures numériques qui servent ce pays sont littéralement prises d’assaut.» Le nombre important d’installations sensibles en France –on pense notamment aux usines classées Seveso, mais aussi à des centrales nucléaires nombreuses et critiquées– pose également la question de notre propre sécurité si le pays entrait dans le collimateur de ces terroristes numériques.

L’importation des produits coûte plus cher et les cartels ont du mal à suivre la cadence habituelle de production. Le coronavirus perturbe les trafics de meth et de fentanyl

La connexion Chine-Mexique-États-Unis ne répond plus.

Repéré par Robin Tutenges sur Vice

23/03/2020 à 6h38

La pandémie n’est pas bonne pour les affaires, et tout le monde semble dans le même bateau –même les trafiquant·es de drogue. Alors que le commerce mondial tourne au ralenti, les chaînes d’approvisionnement des cartels mexicains en composants permettant la production de drogues telles que la méthamphétamine et le fentanyl sont fortement perturbées, explique Vice.

En temps normal, les différents cartels du Mexique fabriquent localement ces drogues en achetant auprès d’usines chinoises les composés chimiques nécessaires.

Mais avec l’épidémie de Covid-19, les premiers maillons chinois de la chaîne ont dû faire face à une pénurie de main-d’œuvre, au blocage de leur activité et à un ralentissement des exportations mondiales. Entre janvier et février, les exportations du pays ont en effet chuté de 17,2%, et près de six entreprises sur dix connaissent un retard de livraison.

Dans ces conditions, la dure loi de l’offre et de la demande a repris ses droits. L’importation des produits coûte plus cher, les cartels ont du mal à suivre la cadence habituelle de production et la méthamphétamine et le fentanyl deviennent plus rares. Ce qui fait exploser les prix: selon le média américain, le prix d’un demi-kilo de méthamphétamine a plus que triplé.

Répercussions sur le marché américain

Les États-Unis devraient être rapidement touchés par cette envolée des prix, la majorité de la drogue consommée dans le pays provenant de son voisin mexicain. Les cartels contrôlent en effet les principales routes de ce trafic, notamment le long de la frontière sud-ouest des États-Unis, ce qui leur permet d’y faire entrer de l’héroïne, de la cocaïne, de la méthamphétamine et du fentanyl.

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Le fentanyl, cet opiacé synthétique cinquante fois plus puissant que l’héroïne, est la drogue qui cause le plus d’overdoses mortelles aux États-Unis, tandis que la méthamphétamine est dans le top 5. En 2018, le fentanyl et d’autres opiacés synthétiques ont fait près de 32.000 victimes.

La police américaine, qui peine à lutter contre ces trafics, est prête à tout pour freiner le commerce de drogues, quitte à profiter du coronavirus. En février dernier, en pleine épidémie de Covid-19, plusieurs services de police du pays ont fait circuler une fausse rumeur via Facebook déclarant que la méthamphétamine pouvait être contaminée par le virus.

Ils invitaient ainsi les consommateurs et consommatrices à venir au commissariat ou à ouvrir la porte de leur domicile à la police pour qu’elle puisse tester leur drogue. Sous le feu des critiques, les services en question ont dû supprimer leurs publications.

Depuis 2017, le prix du pavot mexicain a chuté de 90%

Les ravages de la crise des opioïdes ne s’arrêtent pas à la santé de la population américaine.

Repéré par Thomas Burgel sur The New York Times

C’est un effet secondaire de la stupéfiante crise des opioïdes que traversent les États-Unis, un paradoxe bizarre, un effet papillon se répercutant sur des milliers de cultivateurs et cultivatrices de pavot dans le Mexique voisin.

Le latex que produit le pavot somnifère, papaver somniferum de son nom scientifique, constitue la matière première pour la confection de l’opium, de la morphine ou de l’héroïne.

Comme le relate le New York Times, la demande en opium a fortement baissé depuis un an et demi, entraînant un vertigineux et brutal effondrement de 90% du prix de vente des récoltes mexicaines.

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Montée en puissance du fentanyl

«La raison de cette chute soudaine de la demande en opium reste matière à spéculation. Mais elle est presque certainement liée à des changements dans la fourniture et la demande de drogues illégales aux États-Unis», avance le journaliste Kirk Semple, citant spécialistes et officiels des deux côtés de la frontière.

Le suspect numéro un dans la responsabilité de ces bouleversements serait le fentanyl, un analgésique opioïde cent fois plus puissant que la morphine et quarante fois plus que l’héroïne, mais qui contrairement à ces dernières est synthétisé en laboratoire.

La substance aurait rapidement remplacé l’héroïne dans de nombreux endroits aux États-Unis, rendant la culture du pavot obsolète en plus d’être illégale. Un pic de production de la plante en 2017 aurait pu provoquer une offre surabondante et participer à la chute des prix.

Appauvrissement des communautés

Le New York Times relève qu’une livre de pavot pouvait se vendre 590 dollars (525 euros environ) lors du pic de production en 2017, mais qu’elle s’échange aujourd’hui sur le marché contre seulement 50 dollars –de quoi dévaster le quotidien des communautés agricoles de La Montaña, dans le sud-ouest du Mexique.

«La culture du pavot permettait à ces gens d’envoyer leurs enfants à l’école, d’acheter des vêtements, de faire de petits extras», souligne Abel Barrera, patron de l’ONG Tlachinollan, citant comme exemple l’ajout d’œufs ou de viande aux menus plus d’une fois par semaine.

Ce qui était il y a dix-huit mois encore un moyen de subsistance vital n’est désormais plus qu’une ruine, poussant les paysan·nes touché·es vers d’autres cultures plus légales mais moins rémunératrices et provoquant une migration forcée vers les États-Unis, l’endroit précis où la crise semble trouver son origine et celui où ils devront affronter d’autres terribles défis.

Ce qui était il y a dix-huit mois encore un moyen de subsistance vital n’est désormais plus qu’une ruine, poussant les paysan·nes touché·es vers d’autres cultures plus légales mais moins rémunératrices et provoquant une migration forcée vers les États-Unis, l’endroit précis où la crise semble trouver son origine et celui où ils devront affronter d’autres terribles défis.

Au Venezuela, les gangsters ne peuvent plus s’acheter de balles

La profonde crise économique traversée par le pays sud-américain a un effet inattendu sur la criminalité.

Repéré par Thomas Burgel sur AP

28/05/2019 à 16h54

Il est d’usage d’imaginer le crime prospérer dans la misère et la crise. Au Venezuela, plongé dans une abyssale crise économique et politique, la pauvreté est telle qu’elle a fait une victime collatérale surprenante: la criminalité, qui y côtoyait autrefois de sombres sommets.

Pour The Associated Press, le journaliste Scott Smith est allé enquêter dans les coins interlopes de Caracas. Il a notamment rencontré «El Negrito», un gangster de 24 ans qui dit ne plus compter les victimes tombées sous les balles qu’il a tirées.

El Negrito raconte que tirer une seule de ces balles est dorénavant un «luxe» qu’il ne peut plus se permettre, dans un pays où le salaire moyen est de 6,5 dollars par mois [5,8 euros]. «Si tu vides ton chargeur, tu tires l’équivalent de 15 dollars, détaille-t-il. Si tu perds ton flingue ou que la police te le saisis, ce sont 800 dollars qui s’envolent.»

Résultat: les attaques à main armée ou les braquages semblent ne plus constituer une option rentable et le crime est en chute libre, à l’image du niveau de vie de la population vénézuélienne. Selon l’Observatoire vénézuélien de la violence, une ONG basée dans la capitale du pays, la criminalité serait en baisse de 20% sur les trois dernières années.

Pure logique économique

N’importe quelle nation se réjouirait d’une telle jugulation; dans le cas du Venezuela, elle n’est que le corrolaire logique des tourments du pays. La crise politique, l’hyperinflation démentielle et les pénuries de produits de première nécessité ont déjà poussé 3,7 millions de personnes sur le chemin de l’exil –dont de nombreux jeunes hommes, recrues traditionnelles des gangs.

Le directeur de l’Observatoire vénézuélien de la violence Robert Briceño souligne la pure logique économique sous-jacente au phénomène: «Personne ne s’en sort en ce moment, ni les citoyens honnêtes, ni les criminels qui en font des proies.»

Évidemment, le crime n’a bien sûr pas totalement disparu, mais il a changé. Le même El Negrito explique au journaliste continuer à faire quelques prises d’otages et demandes de rançons chaque année, mais moins qu’auparavant.

D’autres formes d’infractions se sont développées: le vol de câbles téléphoniques (pour leur précieux cuivre) ou de bétail, le trafic de drogues ou le minage d’or illégal ont désormais la prédilection des gangsters restés au pays.

Le quartier de Petare, dans les environs de Caracas, est le plus grand bidonville d’Amérique latine. | Andrés Gerlotti via Unsplash

Au Venezuela, l’inflation a atteint 184.111% sur douze mois, selon l’index Cafe Con Leche

À Caracas, un simple café au lait coûtait 1,9 bolivar il y a un an. Son prix est aujourd’hui de 3.500 bolivars –et la situation risque d’empirer.

Repéré par Thomas Burgel sur Bloomberg

19/04/2019 à 6h11

Bloomberg, qui a conçu l’index Cafe Con Leche, explique qu’il n’a rien de sophistiqué, mais qu’il a le mérite de donner une indication de l’enfer quotidien que traverse le peuple vénézuélien.

Englué dans un terrible chaos économique et politique, le pays ne publie plus de statistiques économiques officielles depuis 2016.

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Jusqu’à 10 millions de pourcents

La publication américaine, qui met régulièrement à jour l’index, note qu’un·e Vénézuélien·ne qui devait débourser 1,9 bolivar pour un simple cafe con leche consommé dans un bar de l’est de Caracas doit désormais payer son minuscule plaisir 3.500 bolivars –environ 75 centimes d’euros pour nous, mais une véritable fortune pour un peuple essoré par la crise et l’inflation.

Calculée sur ce produit stable et tangible qu’est le café au lait, l’inflation vénézuélienne sur les douze derniers mois s’établirait ainsi à 184.111%.

Contrôlé par le président autoproclamé Juan Guaido et l’opposition à Nicolas Maduro, le parlement du pays évoquait lui une inflation annuelle de 342.161% en octobre 2018.

À la même période, le FMI calculait qu’elle pourrait atteindre à la fin 2019 les 10 millions de pourcents, un emballement rare qu’ont notamment connu l’Allemagne en 1923 et le Zimbabwe dans les années 2000.

Nation la plus pauvre au monde

L’index café au lait est également utilisé par Bloomberg pour établir son classement des nations les plus pauvres, qui compare l’inflation et le taux de chômage de soixante-deux économies pour déterminer le niveau de malheur de leurs populations respectives.

Si de l’aveu même du média américain ces statistiques ont un intérêt scientifique tout relatif, elles donnent malgré tout une idée des pays qui s’en sortent et de ceux qui au contraire s’enfoncent à l’échelle mondiale.

Le Venezuela arrive en tête du classement, suivie par l’Argentine, l’Afrique du Sud, la Turquie, la Grèce ou l’Ukraine –autant de pays qui n’arrivent ni à juguler l’inflation, ni à créer des emplois pour leurs peuples désœuvrés et apauvris.

En décrochant le 17e rang, la Russie semble plonger. À l’inverse, Singapour, la Suisse, le Japon, la Thaïlande ou le Danemark parviennent manifestement à conjuguer un bas niveau d’inflation et un marché de l’emploi en bonne santé, de manière naturelle ou plus biaisée.

De l’or, beaucoup d’or –que Nicolás Maduro ne verra a priori jamais.

Le Venezuela n’aurait pas dû stocker son or à la Banque d’Angleterre

Président contesté, Nicolás Maduro aimerait que l’établissement lui rende son or. Mais ce dernier a choisi le camp opposé.

Repéré par Thomas Burgel sur Bloomberg

29/01/2019 à 13h58

C’est la valeur refuge ultime, le métal qui mesure la véritable richesse des nations. Il pourrait décider du vainqueur de la bataille féroce que se livrent Nicolás Maduro, président en exercice depuis mai 2018 suite à des élections très contestées, et Juan Guaido, président de l’Assemblée nationale du pays, autoproclamé président de la République par intérim le 23 janvier.

Depuis l’ère Chávez et la totale aversion de ce dernier pour le dollar américain, l’or reste la valeur préférée de la République bolivarienne pour la gestion de ses richesses, notamment pétrolières. Une partie de ses stocks a déjà été rapatriée puis injectée dans l’économie du pays pour tenter d’amortir, sans grand résultat, les effets de la profonde crise économique et sociale qu’il traverse.

Sentant le vent tourner et désireux d’armer financièrement son régime pour la confrontation à venir, Nicolás Maduro tente depuis quelques semaines de rapatrier les tonnes de métal précieux que le Venezuela avait confiés aux bons soins de la Banque d’Angleterre. La vénérable institution détient ainsi 1,2 milliard de dollars en or appartenant au pays d’Amérique Centrale, soit un peu plus d’1 milliard d’euros.

Le nerf de la guerre restera en Angleterre

Le gouvernement britannique, qui a rapidement suivi les États-Unis dans leur reconnaissance sans équivoque de Juan Guaido, a affirmé que le destin de ces lingots était entre les mains de la Bank of England, et d’elle seule. Mais cette dernière, dont les coffres contiennent la deuxième plus grosse réserve d’or au monde après la New York Federal Reserve avec 400.000 lingots, semble s’aligner sur les positions du gouvernement britannique, que commencent à rejoindre de nombreuses nations d’Europe continentale.

«Selon une source familière du sujet, la BOE a refusé de se plier à la demande de retrait après que le secrétaire d’État américain Michael Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton ont fait pression sur leurs homologues britanniques pour couper le régime de ses actifs détenus à l’étranger», explique ainsi Bloomberg.

Le Trésor américain a quant à lui déclaré qu’il «utiliserait ses outils économiques et diplomatiques pour s’assurer que les transactions commerciales du gouvernement vénézuélien, y compris celles impliquant ses réserves nationales ou ses entreprises d’état, soient en ligne» avec la reconnaissance de Juan Guaido comme président par intérim du pays.

Sous la pression diplomatique, la BOE a donc plié et choisi son camp. Nicolás Maduro devra se passer de cette coquette somme, ce qui pourrait précipiter sa chute et accélérer la transition du pays. C’est une leçon, explique Bloomberg: il ne faut jamais stocker son précieux or à l’étranger. On se souvient, notamment, de la folle histoire des réserves d’or belges et polonaises, confiées à la France à l’aube de la seconde guerre mondiale puis évacuées en catastrophe lors d’une opération de sauvetage rocambolesque et à l’issue alors très incertaine.

Seule la blockchain gardera le secret sur vos hémorroïdes

Vos données de santé sont sensibles et doivent être protégées: la blockchain serait-elle la meilleure solution pour que vos petits et gros bobos restent privés?

Coralie Lemke

12/02/2019 à 6h15

Finie l’époque des carnets de santé. Aujourd’hui, les informations sur l’état de notre corps ne sont plus systématiquement inscrites sur les pages de ce livret bleu à la couverture plastique gondolée. Tout est éparpillé sur différents supports, du logiciel des hôpitaux à notre montre connectée, en passant par les cabinets d’imagerie médicale et les laboratoires d’analyses.

Des éléments précieux pour le personnel chargé de nous soigner, mais que l’on n’aimerait pas partager avec tout le monde. Une verrue plantaire, des hémorroïdes, une dépression traitée avec des médicaments en 2007 et un cancer du colon en rémission: personne n’a envie que ses données sensibles, devenues très volatiles, deviennent publiques.

Toute cette data intéresse pourtant beaucoup les entreprises Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (GAFAM) et les laboratoires pharmaceutiques. Certains sont prêts à payer cher pour mettre la main dessus. L’année dernière, Glaxo Smith Kline (GSK) a mis 300 millions de dollars sur la table (environ 265 millions d’euros) pour obtenir les dossiers de 5 millions de personnes ayant eu recours à un test ADN de l’américain 23ansMe.

La fragilité des mesures de sécurisation crée un risque majeur d’atteinte à la vie privée.

COMITÉ CONSULTATIF NATIONAL D’ÉTHIQUE, DANS LES “ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA BIOÉTHIQUE (2018)”

Dans le contrat que propose ce test salivaire pour «connaître ses origines» figure une clause qui autorise la firme à revendre toutes les données génétiques récoltées. En tout, 80% des personnes ont souscrit à cette clause: une manne de renseignements désormais dans les mains de l’industriel GSK, qui s’en sert pour développer de nouvelles molécules et mettre sur le marché de nouveaux médicaments.

Données de santé, données sensibles

En France, les autorités reconnaissent le problème. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), chargé de rendre des avis sur ces questions, estime que «la difficulté technique d’assurer l’anonymat des données et la fragilité des mesures de sécurisation créent un risque majeur d’atteinte à la vie privée» dans son rapport des états généraux de la bioéthique de 2018. Car nos données de santé sont bien classées parmi les informations sensibles par la Loi informatique et libertés de 2018. Des indications qui renseignent sur l’état physique ou mental d’une personne selon le Règlement général sur la protection des données (RGPD) entré en vigueur l’année dernière.

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Ces derniers mois, la blockchain s’est imposée comme solution pour éviter de perdre le contrôle sur ces précieux renseignements. Cette «technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle»permet d’enregistrer une transaction grâce à un système cryptographique et de s’assurer que ces informations n’ont pas été modifiées par un utilisateur ou une utilisatrice tierse.

Une transparence entre tous les membres de la chaîne, qui permet de mettre la data à l’abri. «La blockchain représente une véritable sécurité pour nos données de santé. Attention, elle n’est pas une plateforme sur laquelle on stockerait les données. La blockchain ne protège pas les informations en elles-mêmes. Mais elle sécurise l’accès à ces renseignements», explique Chloé Dru, spécialiste des questions de santé chez Blockchain Partners.

Difficile d’harmoniser tous les systèmes

L’Estonie utilise déjà la blockchain dans le domaine de la santé, grâce à une carte vitale et d’identité numérique. Pour cela, le pays a conclu un partenariat avec Guardtime, une start-up locale spécialisée dans la sécurité logicielle: c’est elle qui a été chargée de sécuriser le million de dossiers médicaux de la population du pays.

Cette carte vitale d’un nouveau genre se débloque grâce à un code secret, une clé de sécurité qui ouvre l’accès aux documents de la patiente ou du malade, ordonnance, IRM, comptes-rendus d’hospitalisation ou autres. «Difficile de faire pareil en France. L’Assurance maladie et tous les hôpitaux du pays devraient se mettre autour d’une table pour discuter d’un système qui leur serait commun. Un sacré chantier, long de plusieurs années, pour rendre toutes ces données interopérables», complète Chloé Dru. Il faudrait pour cela harmonier tous ces systèmes qui, pour l’instant, fonctionnent de manière différente.

Mais on trouve des spécialistes qui arrivent à contourner cette difficulté, comme Adnan El Bakri. Chirurgien urologue, il a fondé InnovHealth, une start-up à l’origine d’un passeport médical universel, le PassCare. «Concrètement, c’est une simple carte sur laquelle se trouve tout l’historique médical du patient. On peut l’ouvrir grâce à une clé de cinq caractères que seul le patient connaît. Il est le seul à garder la main sur ses données de santé.» La personne concernée est aussi la seule à pouvoir générer la clé d’accès privée éphémère grâce à son smartphone.

Une vidéo de présentation du PassCare, solution pensée par le Dr Adnan El Bakri.

D’une part, l’information est mieux protégée et d’autre part, elle est aussi consultable à tout moment par le principal intéressé, le patient. «Sans cela, il est difficile de savoir exactement ce qui se trouve sur notre dossier médical à l’hôpital, ou d’avoir un historique complet de notre prise en charge ou de nos résultats.» Une façon de mieux comprendre la prise en charge médicale et qui permet de garder un œil sur son parcours. Les data ne sont pas stockées sur les serveurs d’une grosse base de données centrale. Le PassCare fonctionne avec un cloud privé doté d’une architecture décentralisée. Et cette carte vitale numérique gagne du terrain. Adnan El Bakri table sur un objectif d’1 million d’utilisateurs fin 2019.

Innover avec une data éthique

Sauf que, pour innover en santé, difficile aujourd’hui de se passer des données glanées chez les malades. Owkin, une start-up spécialisée dans les algorithmes et les intelligences artificielles (IA) destinées à la santé, a imaginé un moyen éthique de les utiliser. Une technique qui, là encore, passe par la blockchain.

En partenariat avec six hôpitaux, dont certains font partie de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP), le CHU de Nantes, vingt-deux laboratoires de recherche parmi lesquels l’Inserm, l’Institut Curie ou ceux de l’École Polytechnique, Owkin a lancé des projets de recherche dans la santé, dans le domaine de l’oncologie, de la dermatologie ainsi que de la fertilité.

«Nous nous servons de la blockchain pour que les données d’un hôpital puissent être utilisées en toute sécurité et en toute transparence par d’autres acteurs. Comme ça, non seulement toutes les informations sont mises en commun mais elles sont aussi protégées et chaque acteur garde un œil sur ce qui est fait», explique Mathieu Galtier, chef de projet chez Owkin.

Pas de serveur centralisé ni de cloud pour le projet Substra: chaque hôpital héberge son propre serveur. «En réalité, chaque donnée “voyage” sans être partagée.» À côté de la recherche, Owkin a lancé Substra Foundation, une association dont le but est d’étendre ce concept d’IA sécurisée pour des données d’autres domaines.

Choisir de vendre ses propres données

D’autres font le pari de donner au citoyen le pouvoir de vendre ses données en toute sécurité s’il le souhaite. C’est le concept d’Embleema, une start-up franco-américaine. Avec son application PatientTruth, qui fonctionne grâce à la blockchain, le patient peut choisir de revendre ses données de santé à des tiers. En échange de quoi il se voit rémunéré en tokens RWE, une crypto-monnaie qui peut se convertir en argent. Les data sont anonymisées avant d’être transmises –et c’est le patient qui fixe le prix de son dossier.

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Déjà utilisée aux États-Unis, PatientTruth arrive en France. Embleema a déjà signé des partenariats avec de grands laboratoires tels que Servier. Le concept, certes cynique, présente l’avantage de laisser le choix entre les mains des patients et, surtout, de faire en sorte que l’argent lui revienne plutôt qu’à une entreprise intermédiaire.

Reste à savoir si les données ont été correctement anonymisées et si elles ne risquent pas de ré-identifier le patient. Sinon, il n’y aura vraiment plus personne sur qui compter pour rester discret sur les problèmes de santé, qu’il s’agisse de pathologies bénignes ou de maladies graves.

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APPLE

APPLE perd 100 milliards de $

Publié

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Sans coup férir, Samsung a repris sa couronne des mains de Huawei. | Jung Yeon-je / AFP
Sans coup férir, Samsung a repris sa couronne des mains de Huawei.

Smartphones: Apple dévisse, Samsung roi du monde et Xiaomi en trouble-fête

Bouleversements sur le marché des mobiles.

Repéré par Thomas Burgel sur CNBC

30/10/2020 à

100 milliards de dollars: c’est ce que la valorisation boursière d’Apple a –temporairement– perdu à la suite de l’annonce des résultats financiers trimestriels de la firme et de la nette chute des ventes d’iPhone.

Dépassant légèrement les attentes de Wall Street, les chiffres qu’elle a présentés aux investisseurs sont pourtant plus que solides, en nette progression pour la plupart de ses départements.

Le chiffre d’affaires de l’iPad a ainsi progressé de 46% par rapport à la même période en 2019, tandis que la croissance est de 28% pour les ordinateurs, 20,9% pour les autres produits (notamment les AirPods ou l’Apple Watch), et 16,3% pour les services.

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La plupart de ses départements, disions-nous, mais pas tous, et c’est là que le bât blesse: véritable cash machine de l’entreprise et à ce titre scruté de près par les analystes, l’iPhone est en très net recul, avec une dégringolade des ventes de plus de 20% par rapport à la même période l’année passée.

Les investisseurs s’attendaient à un coup d’arrêt, notamment du fait de la pandémie de Covid-19 et au décalage de l’annonce de l’iPhone 12, mais pas à un dévissage aussi marqué, ni à des chiffres si ternes en Chine, où le chiffre d’affaires global de la marque américaine est en baisse de 28%.

Ils n’ont en outre pas été rassurés par le fait qu’Apple se soit refusée à donner de quelconques indices quant à son futur financier immédiat. Dans les échanges post-séance à Wall Street le 29 octobre, le titre chutait ainsi de plus de 4%, malgré le discours positif de Tim Cook et les perspectives de platine que continuent d’offrir à la firme la plupart des analystes.

Samsung roi du monde

De l’autre côté du monde, un sérieux rival peut quant à lui afficher un fier sourire: quelques jours après la mort de son vieux patron, Samsung annonçait cette semaine les meilleurs résultats de son histoire, avec un chiffre d’affaires de 59 milliards de dollars [50,5 milliards d’euros] au troisième trimestre 2020.

Si le conglomérat coréen prévient que les prochains mois pourraient ne pas être aussi roses, du fait du Covid-19 et d’une compétition de plus en plus féroce dans le secteur des smartphones, il peut s’enorgueillir d’avoir réussi à reprendre à Huawei la couronne de plus gros vendeur de smartphones du monde.

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Dans une position rendue délicate sinon désastreuse par les sanctions lui étant imposées par l’administration Trump, Huawei avait réussi à dépasser Samsung lors du précédent trimestre, portée par une explosion des ventes en Chine.

Mais si l’étau paraît se desserrer et les horizons se déboucher grâce à un allègement peut-être salvateur des sanctions, le mal semble fait pour le géant chinois, avec des livraisons en baisse de 24% sur une année, et des prévisions à court terme plus sombres encore.

Le malheur des uns faisant le profit des autres, c’est Xiaomi qui peut rigoler: l’autre étoile montante chinoise retrouve sa place sur le podium des ventes de smartphones, et se permet même de dépasser Apple pour la première fois de son histoire.

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Déjà très apprécié, le MagSafe pourrait l’être plus encore à l’avenir. | Apple

Apple a caché un important secret dans l’iPhone 12

Une fonction inédite et capitale est prête, mais pas encore active.

28/10/2020

C’est un «one more thing» un peu particulier dont semblent bénéficier les nouveaux iPhone 12 d’Apple, lancés courant octobre et faisant apparemment déjà un carton.

Cet ultime secret n’a nullement été annoncé par Tim Cook ou ses camarades lors de la présentation de la gamme d’appareils, mais provient de la curiosité de quelques experts ayant fouiné dans les brevets et documents officiels déposés par la marque.

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Il concerne l’une des nouveautés les plus intéressantes de ce cru 2020: le chargement rapide, sans fil et magnétique des terminaux via une nouvelle version du vieux MagSafe de la marque, remis au goût du jour pour s’adapter à de nouveaux usages.

Le MagSafe serait ainsi non seulement capable de recevoir de l’énergie, mais il pourrait également en fournir, grâce à une capacité de recharge inversée sur laquelle Apple n’a pour l’instant procédé à aucune communication officielle.

Épicentre

«Les nouveaux iPhone sont compatibles avec la fonction WPT à 360 kHz pour charger des accessoires», stipule noir sur blanc le document remis à la Commission fédérale des communications (FCC) américaine. «Pour l’instant, le seul accessoire pouvant être chargé par les iPhone est un possible futur accessoire Apple.»

Comme le note iGeneration, la chose pourrait être idéale pour charger à la volée des AirPods, autre grand carton commercial de la marque dont une nouvelle version est attendue en 2021. Un brevet déposé par Apple semble d’ailleurs indiquer que cette piste est la plus solide.

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D’autres usages, infinis, pourraient néanmoins être imaginés à l’avenir par la marque. De la Watch à de futures lunettes de réalité augmentée, Apple a peut-être trouvé avec ce MagSafe nouvelle version le vecteur idéal pour replacer son iPhone à l’épicentre d’un écosystème qui s’étend d’année en année.

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Sans Jony Ive, Apple saura-t-elle se renouveler? | radovan via Unsplash

Avec les Apple Glass, une nouvelle ère s’ouvre pour le design Apple

Un produit attendu comme une révolution, et un virage esthétique nécessaire après le départ de Jony Ive.

Repéré par Ophélie Surcouf sur Wired

20/05/2020 

Lorsqu’en 2007, l’iPhone a révolutionné le monde, c’est surtout grâce à son design, qui a permis à une technologie déjà existante de prendre les atours d’un produit luxueux à la portée de tout le monde. Alors, lorsque celui qui a conçu ce design a annoncé quitter Apple en juin 2019, le choc a été rude.

Au point que le poste de Jony Ive n’a pas été pourvu depuis. Pour la personne qui le prendra, un simple copier-coller de l’esthétique minimaliste, des bords plats ou des rondeurs des lignes de l’Apple Watch, de l’iPad ou des MacBook ne suffira pas.

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Il lui faudra la prescience qui a marqué le design de la marque ces vingt-sept dernières années pour relever un défi quasi impossible: créer des formes révolutionnaires et attractives pour les lunettes de réalité augmentée qu’Apple prépare pour 2022 ou 2023.

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Jusqu’à présent, les tentatives majeures de création de lunettes de réalité augmentée socialement acceptables ont été un échec cuisant, tant pour les Google Glass que pour celles de Magic Leap.

«C’est quelque chose que j’adorerais voir Apple réussir, réussir à créer un “moment iPhone” qui chamboulerait l’industrie de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée», confie pour Wired Gadi Amit, le fondateur de NewDealDesign et designer de la montre connectée Fitbit. «Mais c’est un problème de design exceptionnellement compliqué…»

S’il ne s’agit encore que de rumeurs, des détails ont émergé sur la partie technique de ces très attendues lunettes du futur, via le leaker Jon Prosser. Selon lui, elles seront mises sur le marché pour 499 dollars [456 euros], pourront être adaptées à la vue avec un surcoût, fonctionneront avec un iPhone (comme l’Apple Watch) et seront baptisées, en toute simplicité, «Apple Glass».

Toujours selon l’Américain, un capteur LiDAR a été intégré du côté droit de la monture, mais aucun senseur photo traditionnel n’est présent. Prosser dit avoir pu jeter un œil à l’interface de l’objet. Celle-ci serait nommée Starboard et se contrôlerait via la monture, ou par des gestes spécifiques effectués dans le champ de vision.

Les formes du futur

Nul ne sait si ces rumeurs sont parfaitement fondées, ni quelle sera la forme que prendront les Apple Glass. Ces dernières ne seront pas le seul challenge que devra relever Apple dans les dix prochaines années. La marque est attendue au tournant sur le sujet de la durabilité et de l’impact écologique.

Depuis longtemps, les critiques sont vives sur le châssis en aluminium (qui complexifie davantage les réparations d’un iPhone ou d’un MacBook), la disparition de la prise jack (pour les écouteurs classiques) ou encore le port de charge propre aux appareils Apple (un élément signature qui pourrait bientôt disparaître, au moins en Europe, si l’Union européenne standardise le port de chargement USB-C en juillet prochain). En musclant sa R&D, Apple prépare l’avenir

Amit prédit qu’un design plus chaleureux, avec des matériaux alternatifs comme le bois, pourrait se développer pour briser l’image froide et métallique –monolithique– des produits Apple des années 2010. Il espère également que les propriétaires d’objets de la marque pourront les personnaliser, les améliorer et les transformer.

En attendant, le designer fait complètement confiance aux remplaçants temporaires de Jony Ive, Alan Dye, vice-président du design des interfaces humaines, et Evans Hankey, vice-présidente du design industriel, pour reprendre le flambeau.

Quant à Ive, il n’a sans doute pas dessiné son dernier croquis pour la marque à la pomme. Dès son départ, Tim Cook avait annoncé qu’Apple serait l’un des principaux clients de sa nouvelle entreprise de design, LoveFrom.

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À gauche, Jony Ive. À droite, Tim Cook. Le premier quitte la firme que dirige le second: un coup dur, ou le début d’une nouvelle ère? | Justin Sullivan / Jony Ive, l’homme qui valait 9 milliards de dollars

Designer mythique pour Apple, l’Anglais a annoncé quitter la firme. Les marchés n’ont pas apprécié.

Repéré par Thomas Burgel sur Bloomberg

01/07/2019 à 6h36

Comme Steve Jobs mais de manière sans doute moins tapageuse, aucune personne n’incarne mieux la renaissance puis la course vers la domination d’Apple que Sir Jonathan «Jony» Ive.

Salarié d’Apple depuis 1992, à la tête du design industriel depuis 1996, on doit ainsi à l’Anglais la série colorée des iMac, qui a sauvé l’entreprise et l’a remise sur les rails du succès, puis l’iPod, qui a radicalement chamboulé l’industrie de la musique, mais encore l’iPhone, dont l’impact commercial, industriel et sociétal est si phénoménal qu’il est difficile de le comprendre intégralement ou l’Apple Watch, qui écrase le marché des montres connectées.

Mieux que Steve Austin

Assurément un génie dans son domaine, Ive n’est pas pour autant épargné par les critiques. Dans un article intitulé «L’histoire ne sera pas tendre avec Jony Ive», Vice explique ainsi que les décisions et visions de l’Anglais, qui ont fini par infuser la quasi-intégralité des secteurs concernés, sont reponsables de l’impossibilité grandissante de réparer ou de matériellement mettre à jour les produits Apple.

Les ventes en demi-teintes de la dernière gamme d’iPhone ont également fait dire à certains qu’Apple, autrefois locomotive musclée de l’innovation dans le secteur de la tech, avait perdu de sa légendaire créativité.

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Les ventes d’iPhones chutent en Chine

Si les dernières années ont été plus ternes en matière de design, Apple doit à l’évidence une grande partie de sa colossale capitalisation boursière aux visions du mythique designer. Quand celui-ci a annoncé le 27 juin son départ de la firme pour créer sa propre entreprise, LoveFrom, le marché a bien entendu réagi.

Bloomberg rapporte ainsi que le cours de l’action Apple avait glissé d’un peu plus de 1% dans les heures qui ont suivi l’annonce du départ de Ive –dont la nouvelle société comptera pourtant Apple parmi ses client·es.

Un petit pourcent qui, mis en rapport avec la capitalisation boursière de la firme, donne une valeur à l’Anglais, selon le site américain: selon le marché, Ive valait donc environ 9 milliards de dollars (7,9 milliards d’euros environ). La personne qui le remplacera, que Tim Cook chargera sans doute de réveiller la créativité des designs d’Apple, aura donc fort à faire.

Ses poches sont pleines, mais l'avenir se ternit peut-être pour la plus grande entreprise mondiale. | Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Ses poches sont pleines, mais l’avenir se ternit peut-être pour la plus grande entreprise mondiale.

27%

C’est la chute du chiffre d’affaires enregistré par l’iPhone en Chine lors du premier trimestre. Et c’est peut-être une catastrophe.

Repéré par Thomas Burgel sur Cult of Mac

Tim Cook, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est pas un imbécile. Sans doute lit-il la presse économique, sans doute a-t-il entendu les alertes émises depuis quelques temps par les experts et observatrices, qui pointent la trop grande dépendance d’Apple envers l’iPhone, son produit phare.

L’iPhono-dépendance

La firme travaille donc depuis un moment à remodeler son business en misant, pour soutenir la croissance de son activité, sur la vente des services associés à ses appareils. L’AppStore, iTunes (dont la mort prochaine est annoncée), Apple Music, Apple News, un service de SVOD annoncé pour le printemps, un «Netflix des jeux vidéo» que l’on dit en discussion sont autant de nouvelles vaches à lait potentielles ou déjà réelles pour la firme de Cuppertino –n’oublions pas que 194 milliards d’applications pour smartphones ont été téléchargées en 2018, selon App Annie, ce qui représente une dépense colossale de 101 milliards de dollars (environ 88 milliards d’euros).

La publication, hier, des résultats financiers d’Apple pour le premier trimestre 2019 est riche d’enseignements. Cook avait, il y a quelques semaines, prévenu les investisseurs: la conjoncture n’étant pas au beau fixe, les chiffres allaient en pâtir. Effectivement, Apple a dévoilé pour cette période un chiffre d’affaires de 84,3 milliards de dollars (environ 74 milliards d’euros). Des sommes énormes en soi, mais qui sont bien moins élevées que celles sur lesquelles tablaient l’entreprise (entre 89 et 93 milliards de dollars). Surtout, ce chiffre n’atteint son équivalent de l’année passée sur la même période: les ouailles de Cook avaient amassé quelques 88,3 milliards de dollars. Il ne s’agit donc plus d’un ralentissement, mais d’une baisse significative.PUBLICITÉ

L’iPhone trop cher pour le marché chinois?

Cook peut se rassurer en s’appuyant sur le chiffre ahurissant de 1,4 milliard d’appareils siglés d’une pomme achetés par les consommateurs lors de ce premier trimestre –soit près de 60 milliards de dollars (environ 52 milliards d’euros) de chiffre d’affaires mondial accumulés suite aux ventes du smartphone. Mais un autre résultat doit sans doute lui valoir quelques sueurs froides et encore plus de nuits blanches: la vente d’iPhone en Chine, un marché crucial pour la croissance d’Apple, est en chute libre. Les revenus issus de la région ont baissé de 27%. Un plongeon qui entraîne dans sa chute le chiffre global de l’opérateur –qui enregistre une vertigineuse dégringolade de 15%. 

Apple explique notamment ces contre-performances par des remplacements moins fréquents d’appareils, quand certains médias et experts les mettent logiquement sur le compte des prix de la nouvelle gamme d’iPhone, beaucoup trop élevés pour les marchés émergents, en particulier face à des concurrents locaux (Huawei, Xiaomi ou Vivo, notamment) aux produits moins onéreux.

Que faire?

Le cercle vicieux –et potentiellement dangereux– dans lequel Apple est rentré semble se refermer: pour soutenir sa croissance, l’entreprise veut vendre plus de services; mais pour vendre plus de services, la firme de Cuppertino doit vendre plus d’iPhone.

Et si ses résultats sont loin d’être catastrophiques en soi, ce rappel à l’ordre du marché chinois pourrait contraindre la marque américaine à revoir beaucoup plus profondément, et en urgence, sa ligne de produits et sa politique commerciale. Les turbulences commerciales entre la Chine et les États-Unis risquent de ne pas lui faciliter la tâche.

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