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TUNISIE

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La Tunisie, premier exportateur des djihadistes sur le sol français, exige plus d’aides européennes pour contrôler l’émigration irrégulière. La Tunisie est actuellement en discussion avec l’Union européenne (UE) pour un accord qui aurait pour finalité d’empêcher les migrants d’arriver en Europe.

Le président tunisien, Kais Saied, se rendra, les 3 et le 4 juin 2021, à Bruxelles, pour participer aux travaux du deuxième Sommet Tunisie-Union européenne (UE). Au cours de cette visite, Saied rencontrera le président du Conseil européen, Charles Michel, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et le président du Parlement européen, David Maria Sassoli. Il s’entretiendra, également, avec le Roi Philippe de Belgique et le Président de la Banque Européenne d’Investissement, Werner Hoyer.

La Tunisie cherche la mise en place d’un Groupe d’amitiés au Parlement européen, qui comprendra des députés européens représentant les différents blocs politiques au moment où le gouvernement traverse une période difficile sur le plan économique.

Entre 2011 et 2019, le pays a reçu près de dix milliards d’euros sous forme d’aides ou de prêts, selon l’ancien ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Patrice Bergamini. L’UE vient de verser une nouvelle tranche de son aide à la Tunisie, s’élevant à 300 millions d’euros.

Le dossier du contrôle des flux migratoires sera l’une des questions brûlantes à examiner de près. En contrepartie l’UE a, déjà exprimé, via l’ambassadeur de l’Union européenne à Tunis , Marcus Cornaro, à soutenir ce pays et de le défendre auprès des bailleurs de fonds, notamment, pour ses négociations avec le FMI.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), la Tunisie a récemment connu une augmentation des flux migratoires irréguliers vers l’Europe, notamment vers les côtes italiennes, en raison des répercussions de sa crise économique. 

Les départs clandestins de Tunisiens et de ressortissants d’Afrique subsaharienne depuis la Tunisie ont atteint un pic inédit depuis 2011, le pays étant englué dans des luttes de pouvoir politiques et des difficultés économiques accentuées par la pandémie.

Les Tunisiens ont constitué 15% des 12.600 migrants arrivés irrégulièrement en Italie depuis janvier selon l’ONU, représentant la première nationalité des arrivants. Les autorités tunisiennes très corrompues ferment les yeux, en Méditerranée centrale, sur l’une des routes migratoires les plus meurtrières selon les Nations unies.

Tunis refuse la mise en place sur son territoire de centres d’accueil pour les migrants cherchant à rallier l’Europe, comme il en existe dans plusieurs autres pays tiers.

Jean Castex en Tunisie pour convaincre 

Le Premier ministre français Jean Castex effectue, le 2 juin 2021, une visite officielle de deux jours en Tunisie. Cette visite, qualifiée de première sortie internationale d’envergure pour Jean Castex, va s’articuler autour de « quatre grandes priorités », selon Matignon : la crise sanitaire, le soutien économique, la lutte contre le terrorisme et le contrôle de l’immigration. 

La visite de Castex fait suite à la visite du président tunisien, Kais Saied, à Paris, le mois dernier.

Lors de sa venue en Tunisie, Jean Castex est accompagné des ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, du ministre délégué chargé des Petites et Moyennes Entreprises, Alain Griset, de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, du ministre délégué chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, et du secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, Cédric O

Le ministre de l’intérieur français, Gérald Darmanin, qui fait partie du voyage, évoquera, de nouveau les questions de lutte contre le terrorisme. Il était déjà venu évoquer cette question en novembre dernier, peu après l’attentat qui a fait trois morts dans la basilique de Nice, commis par un Tunisien et renouvellera la demande de la France qui souhaite expulser certaines personnes fichées pour radicalisation, vers la Tunisie. Mais Tunis reste hostile à cette idée.

Jean Castex aura pour mission d’appuyer la démarche de l’Union européenne (UE) visant à convaincre la Tunisie d’accomplir plus d’efforts pour empêcher le départ de migrants vers l’Europe. La Tunisie rejette la mise en place de centres d’hébergement pour migrants sur son territoire. L’UE a, en effet, engagé des discussions avec la Tunisie pour un accord qui aurait pour finalité d’empêcher les migrants d’arriver en Europe.

La commissaire européenne pour les affaires intérieures, Ylva Johansson, a confirmé, il y a quelques jours, que l’UE tient actuellement des discussions avec la Tunisie, mais aussi avec la Libye, pour un accord qui proposerait à ces deux pays une aide économique en échange d’un effort accru de leur part pour empêcher les migrants d’arriver en Europe.

Dans une interview accordée au journal italien La Repubblica, la commissaire européenne pour les affaires intérieures, Ylva Johansson, a révélé que l’UE tient actuellement des discussions. Elle explique qu’en attendant une solution définitive et un partage des migrants entre pays européens, l’Italie réclamant depuis des années l’aide des autres pays de l’UE pour faire face aux arrivées de migrants, l’UE « cherche aussi à bloquer les départs » vers l’Europe.

Bruxelles veut parvenir à un accord avec la Tunisie, qui devrait être conclu d’ici la fin de l’année 2021. L’accord consisterait à offrir à la Tunisie des fonds en échange d’un engagement à mieux surveiller ses frontières.

Dans le cadre de ces discussions, la commissaire européenne était en Tunisie, le 20 mai 2021, accompagnée de la ministre italienne de l’Intérieur Luciana Lamorgese. Les parties européennes et italiennes restent convaincues de la nécessité du renforcement des mécanismes de contrôle sécuritaire des frontières maritimes. D’ailleurs, elles ont affiché leur disposition à attribuer les aides financières nécessaires. 

Le gouvernement tunisien fait preuve d’intransigeance sur les propositions européennes 

Le chef du gouvernement tunisien, Hichem Mechichi, avait participé le 11 mai dernier à Lisbonne, aux travaux de la réunion euro-africaine sur la migration. A cette occasion, il avait affirmé que la Tunisie refuse et rejette la création, sur son territoire, d’un centre d’hébergement pour les immigrants clandestins qui se dirigent vers l’Europe.

« La Tunisie ne sera pas une terre d’asile et rejette la création des centres d’hébergement sur ses terres pour les migrants étrangers qui se dirigent vers l’Europe. Comme elle n’est absolument pas prête à accueillir des ressortissants d’autres pays ».

Selon lui, « la réapparition des zones de conflits, et de troubles sociaux, et la recrudescence des disparités en termes de développement entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée, outre les effets destructeurs de la pandémie du Covid-19, ont donné lieu à une nouvelle donne marquée par le fléau de migration clandestine et illégale ».

Tunis fait savoir indirectement qu’une résolution de la crise migratoire passait par un soutien européen à son économie. Pour baisser considérablement les arrivées de migrants dans l’UE, la Tunisie veut en échange plus d’aides financières. 

En 2020 Tunis a eu un prêt de 350 millions d’euros de Paris pour faire face notamment à la période de l’après coronavirus et pour appuyer le secteur de santé.

La Tunisie réclame un TGV aux frais des portefeuilles des Français 

Le 22 Juin 2020, lors d’une conférence de presse tenue conjointement avec son homologue français Emmanuel Macron, le tunisien Kais Saied avait expliqué clairement que son pays « continuerai de chercher les financements pour construire la cité hospitalière à Kairouan, je rêve aussi de grands projets comme un TGV reliant Bizerte au sud de la Tunisie, et j’ai pu constater que le président Emmanuel Macron est prêt à aider les Tunisiens pour concrétiser leurs rêves », a-t-il dit.

Pour bloquer les migrants, la Tunisie compte sur le soutien français continu dans le cadre de la coopération bilatérale, de l’Union européenne, voire avec les bailleurs de fonds. La France reste l’un des plus importants donateurs.

L’Etat français injectera des fonds, en automne 2021, pour l’édification de deux hôpitaux à Kasserine et Gafsa, ainsi que la ville médicale à Kairouan. Le Premier ministre français devrait clôturer, cette semaine, sa visite en Tunisie par une visite sur le site du Réseau ferroviaire rapide de Tunis (RFR) que le France sponsorise aussi.

Le terrorisme qui a touché récemment la France est essentiellement liée à cette immigration tunisienne

L’attaque récente au commissariat de Rambouillet confirme la relation directe entre le terrorisme et l’immigration la plus récente venant de ce pays. Le parcours de l’assaillant, Jamel Gorchane, un Tunisien de 36 ans qui était arrivé en France en 2009, nous rappel ce lien entre l’immigration tunisienne et le terrorisme.

Brahim Aouissaoui, qui avait mené l’attaque à la basilique Notre-Dame à Nice en octobre 2020, est aussi un Tunisien né en 1999. Arrivé à Lampedusa (Italie), en septembre 2020, il avait posé le pied sur le sol français le mois suivant.

Mohamed Lahouaiej Bouhlel, auteur de l’attaque qui avait endeuillé Nice, le 14 juillet 2016, est aussi tunisien.

Anis Amri, auteur de l’attentat de Berlin qui avait foncé avec un camion sur un marché de Noël en 2016, est aussi un immigrant tunisien qui est passé par Lyon.

Les profils de ces meurtriers suppose ce lien fort entre le terrorisme islamiste et cette immigration incontrôlée en provenance de ce pays comptant une population de plus en plus extrémiste. Sinon comment expliquer cette surreprésentation de ressortissants tunisiens parmi les personnes impliquées dans des attentats ou des projets d’attentat?  

Nous sommes donc ici en présence d’une menace permanente provenant de ce pays proche des frontières européennes. 

La Tunisie est le premier exportateur de djihadistes au monde. Plus de 5000 de ses ressortissants sont partis sur les zones de combats d’Irak, Syrie et Libye. Plus de 800 sont revenus au pays. Et, à l’évidence, parmi les djihadistes tunisiens, un certain nombre frappent en Europe. L’histoire du terrorisme tunisien est ancienne. Dans les années 1980, les Tunisiens étaient nombreux à se battre en Afghanistan et au sud Liban. Dans les années 1967 et 1948 des mercenaires tunisiens participèrent à des actions terroristes contre des juifs aux cotés des Palestiniens. 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

Saskia

Saskia 2 heures plus tôt

Ce serait une marque de faiblesse supplémentaire que
de sous-traiter la garde de no rontières à la Tunisie.
Céder au chantage tunisien, comme au chantage turc
est décidément la marque de gouvernants bien lâches.2 Répondre

aster

aster 36 minutes plus tôt

Pas folle la guêpe ! L’infâme chantage de leurs alliés ottomans leur a donné des idées ! Les Européens vont être pressés comme des citrons par tous ces pays musulmans qui prétendent empêcher les envahisseurs de fondre sur notre continent ! Bien idiot celui qui continue à se dorer la pilule dans ce pays pourvoyeur de djihadistes, la Tunisie ! Quand est-ce que les gouvernements occidentaux vont enfin ouvrir les yeux sur ce qu’est réellement ce pays qui n’a jamais été « le pays musulman le plus ouvert et le plus progressiste » ! C’est un leurre digne d’un rêve orientaliste du XIXème siècle !0 Répondre

Jean-Loup Msika

Jean-Loup Msika 11 minutes plus tôt

Comme tous les autres pays arabes, la Tunisie indépendante a rétabli dans la pratique sinon dans les textes, dès 1956, le vieux système de la Dhimma (Dhimmitude), une forme d’apartheid qui a exilé les populations non musulmanes, dont les juifs tunisiens (présents dans le pays bien des siècles avant la conquête et l’occupation musulmane) juifs qui étaient très actifs en matière d’industrie, d’emploi, de commerce, de santé, de saine administration, etc…
Résultat: les tunisiens sont prêts à risquer la noyade pour fuir un pays maintenant exclusivement musulman, violemment anti-sioniste/antisémite, mais corrompu et stagnant, un véritable enfer n’offrant aucun espoir.
En aucun cas, l’Europe ne doit céder au chantage des autorités tunisiennes, entièrement responsables du pourrissement de la situation des tunisiens désespérés.0 Répondre

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Tunistan. Fadi, 15 ans, lynché et dévêtu par la police en plein jour… encore un pays de tarés, la TUNISIE… que ces sauvages restent chez eux !

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Le 9 juin, une vidéo montrant des policiers en civil lyncher et dévêtir complètement un jeune homme en pleine rue a suscité la colère et l’indignation des internautes tunisiens. L’agression, perpétrée contre un mineur de surcroît, a eu lieu en marge de manifestations tendues dans l’arrondissement du Séjoumi, à l’ouest de Tunis, où des émeutes ont éclaté après la mort jugée suspecte, le 8 juin, d’un homme en détention dans le commissariat local.

Le 9 juin 2021 à Sidi Hassine (Tunis), des agents de la BAC ont déshabillé, frappé et arrêté un adolescent de 15 ans en marge des manifestations dénonçant la mort des suites de ses blessures d'un jeune homme en détention, le 8 juin.
Le 9 juin 2021 à Sidi Hassine (Tunis), des agents de la BAC ont déshabillé, frappé et arrêté un adolescent de 15 ans en marge des manifestations dénonçant la mort des suites de ses blessures d’un jeune homme en détention, le 8 juin.  © Observateurs

Une première vidéo, d’une cinquantaine de secondes, montre trois policiers en civil portant des casques de la brigade anti-émeutes lyncher un jeune homme, complètement nu, à terre et lui asséner des coups au sol. L’un d’eux, en t-shirt bleu, le traîne ensuite par le bout du pantalon et lui donne un coup de pied dans le torse. “Pourquoi [faites-vous] comme ça?” leur crie l’auteur de la vidéo, qui s’est réfugié derrière un palmier. 

D’autres extraits, filmés d’un angle différent par une autre personne, suivent. La scène y est plus explicite : le policier assène un grand coup de pied dans le torse du jeune homme, toujours à terre, puis lui jette le pantalon à la figure. Une fourgonnette sur laquelle on lit clairement le mot “police” s’approche. Un second policier en civil prend le jeune homme dénudé par les poignets et le fait marcher, entièrement nu, avant de le faire monter dans le véhicule. “Il est tout nu ! Ils l’ont tué le pauvre, [ils n’ont] aucune pitié !”, commente l’auteure de la vidéo. 

La scène, dont nous ne diffusons que des captures d’écran au vu de sa violence et de son caractère humiliant, a été visionnée plus de 13 000 fois sur Facebook, et plus de 9 800 fois sur Twitter.

Captures d'écran des extraits documentant le lynchage du jeune Fadi, 15 ans, à Sidi Hassine (Tunis) le 9 juin 2021. On peut voir à droite un policier en civil lui retirer son pantalon puis le lui jeter à la figure.
Captures d’écran des extraits documentant le lynchage du jeune Fadi, 15 ans, à Sidi Hassine (Tunis) le 9 juin 2021. On peut voir à droite un policier en civil lui retirer son pantalon puis le lui jeter à la figure.  © Twitter/Facebook

Cette interpellation s’est déroulée à Sidi Hassine, un quartier populaire dans l’arrondissement de Séjoumi dans l’ouest de la capitale. La victime – identifiée le 11 juin par le journal Akher Khabar – est un adolescent déscolarisé de Sidi Hassine. Il se trouvait sur la route C37, au moment où des manifestants et les forces de l’ordre s’affrontaient. 

La rédaction des Observateurs a pu géolocaliser l’incident ici grâce aux indicateurs visuels présents dans les extraits filmés.

À LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Tunisie : enquête sur deux vidéos de violences policières commises lors des manifestations

La veille de l’incident, le 8 juin, Ahmed Ben Ammar, 30 ans, est décédé dans des circonstances jugées suspectes alors qu’il était détenu dans un commissariat du quartier. Plusieurs habitants de Sidi Hassine ont manifesté le lendemain, pour dénoncer sa mort. Selon ses proches, il serait mort des suites de torture infligée au sein du commissariat. 

Un revirement vivement condamné par une quarantaine d’organisations tunisiennes qui ont rappelé que les agents impliqués dans ce genre de crimes ne sont que rarement poursuivis.

Des manifestations ont eu lieu devant le ministère de l’Intérieur, le 12 et 14 juin, appelant Hichem Mechichi, le chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur par intérim, à démissionner.  

صور من الاحتجاجات اليوم في شارع الحبيب بورقيبة pic.twitter.com/83Z69Gr4YL— B.ABRIA ™ (@BABRIA2) June 12, 2021

Le ministère avait d’abord affirmé que la victime était ivre morte au moment de son interpellation, et que le jeune homme s’était “déshabillé volontairement lorsque la patrouille de police avait essayé de le maîtriser, dans un geste provocateur”, dans un communiqué du 10 juin. Il a finalement annoncé le lendemain la suspension des agents impliqués dans le lynchage. L’adolescent a été mis en garde à vue avant d’être libéré le lendemain, et une enquête sur les circonstances de son agression a été ouverte par le parquet de Tunis 2. 

Interviewé par le journal Akher Khabar, Fadi, 15 ans, raconte :

Ce soir-là, je rentrais chez moi, mais, à cause de l’agitation [manifestation] et du gaz lacrymogène étouffant, j’ai dû me rétracter avec les manifestants. Je n’ai jamais touché l’alcool et je n’étais pas du tout ivre [contrairement à la version avancée par le ministère de l’Intérieur, NDLR]. Un peu plus tard, profitant d’une éclaircie de gaz, je me suis précipité pour rentrer à la maison, mais un policier à moto m’a ordonné de m’arrêter. Je me suis figé sur place de peur. 

Quatre ou cinq agents de l’ordre m’ont mis à terre, ils m’ont battu et m’ont dénudé. L’un d’eux m’a enlevé mon pantalon et mes sous-vêtements. Ensuite, ils m’ont fait monter dans le fourgon de police. À l’intérieur, ils m’ont tabassé à coups de matraque et de pieds, puis ils m’ont ordonné de me rhabiller. Mon pantalon était en lambeaux.

Une fois arrivé au commissariat, les coups ont repris. On m’a accusé de beaucoup d’actes que je n’ai jamais pu commettre, comme prendre part aux émeutes ou attaquer des gens dans la rue, le tout sous un flot d’injures.

L’agression de Fadi a fait s’embraser le mouvement de protestation à Tunis et notamment à Sidi Hassine où les manifestants, armés de pierres et de feux d’artifices, affrontent depuis le 8 juin les forces de l’ordre dans des émeutes nocturnes similaires aux émeutes observées début janvier 2021 dans le pays.Vidéo publiée sur Facebook par un internaute de Sidi Hassine, le 13 juin 2021, montrant les affrontements nocturnes entre protestataires et forces de l’ordre.

À LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Tunisie : immersion en images au cœur des émeutes nocturnes qui ébranlent le pays

Selon un rapport paru le 10 juin du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), Le nombre de mouvements de protestation a doublé en mai 2021 pour atteindre 1 155 mouvements, contre seulement 516 mouvements en mai 2020, la capitale Tunis occupant la deuxième place des “régions les plus agitées”. 

Durant les émeutes de janvier 2021 en Tunisie, plus de 600 mineurs ont été arrêtés, torturés et menacés, selon les chiffres de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH).

Par : Fatma Ben Hamad  
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1 commentaire:

  1. Mr Reynard18 juin 2021 à 01:57Aujourd’hui la Tunisie, demain la France ?
    Soyez prêt goyim Répondre

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Le 9 avril 1938, la Tunisie fait un premier pas vers la revendication de l’indépendance. Mais ce jour marqué d’une pierre blanche a été précédé d’une mobilisation féminine sans précédent la veille. L’occasion de revenir sur certaines actrices oubliées de la lutte nationale. 

Le 9 avril 1938 est inscrit dans les mémoires comme la première grande manifestation où les Tunisiens ont réclamé un parlement et des réformes. En somme, un premier pas vers l’indépendance du pays sous protectorat français depuis 1881. L’histoire officielle a retenu la mobilisation populaire, la répression sanglante et la détermination de leaders de la lutte nationale tels que Ali Belhaouane ou Mahmoud El Materi.

Positions avant-gardistes

Mais elle oublie que les événements du 9 avril, qui ont fini dans un bain de sang et avec un coup de filet qui a tronqué la direction du Néo-Destour, ont débuté la veille, le 8 avril. Ce jour-là, pour la première fois de leur histoire, des Tunisiennes issues de tous les milieux ont défilé dans les rues et scandé les mêmes slogans que les hommes à leurs côtés.

Elles ne disposent alors que de peu de droits et sont maintenues en marge de la vie publique malgré quelques suffragettes qui soulèvent la question de l’émancipation de la femme en s’appuyant sur les positions avant-gardistes du penseur et syndicaliste Tahar Haddad.Son ouvrage, Notre femme dans la législation islamique et la société, qui démontrait en 1930 que le Coran ne s’oppose pas aux droits et libertés des femmes, avait suscité un tel tollé qu’il fut contraint à l’exil.

N’obéissant qu’à elles-mêmes, ces femmes sont aux premiers rangs de la mobilisation et brandissent le drapeau tunisien

N’obéissant qu’à elles-mêmes, le 8 avril 1938, ces femmes sont aux premiers rangs de la mobilisation et brandissent le drapeau tunisien. Dans les foyers, leur présence est abondamment commentée et suscite l’admiration.

Le lendemain, le 9 avril, du haut des balcons et des terrasses des femmes aideront les manifestants, de nouveau dans la rue, en leur lançant des ustensiles ménagers pour qu’ils puissent se défendre contre les forces de sécurité.

Dans cette atmosphère bouillonnante d’un entre-deux-guerres où la Tunisie n’espérait plus rien du Front populaire au pouvoir en France, les courants d’idées émancipatrices constituent alors le socle d’une lutte nationale devenue plus déterminée après la répression d’avril 1938.

Il faudra attendre le début des années 1950 et la structuration de la lutte nationale pour voir de nouveau les femmes dans la rue, comme à Béja en 1952, où Wassila Ben Ammar (future Madame Bourguiba)préside un meeting féminin après l’appel de Bizerte de Habib Bourguiba.Rôle clé

Manifestation pour la lutte nationale, le 9 avril 1938.

Mais certaines n’ont pas attendu que les associations et les mouvements féminins les mettent à contribution : sans être forcément érudites, ces anonymes ont joué dans les coulisses un rôle clé dans les actions des militants pour l’indépendance.

Ces militantes de l’ombre ne cherchaient ni la postérité ni la fortune

Mais d’elles, il reste peu de traces. « On les retrouve dans les mémoires familiales mais l’histoire officielle est plus masculine. Elles ont surtout été écartées sous l’effet d’un patriarcat qui n’accordait aucune considération aux femmes », commente l’historienne Kmar Bendana. De toute évidence, ces militantes de l’ombre ne cherchaient ni la postérité ni la fortune mais agissaient en patriotes. La mémoire populaire se souvient encore de quelques-unes de ses valeureuses.

Om Saad Ben Yahia abritait des fellagas ou des réunions clandestines d’activistes et entreposait des armes chez elle.
Om Saad Ben Yahia 
en imposait même à Bourguiba
qui la qualifiait de « zaïma », la leader

Om Saad Ben Yahia (1898-1972), native d’El Metouia (Sud-Est), est le symbole féminin de la lutte nationale malgré les violences de son époux. C’est dans la chambre que sa famille occupait dans une oukéla – un logement collectif – à Bab Souika, un faubourg de Tunis, qu’elle abritait des fellagas ou des réunions clandestines d’activistes et entreposait des armes. Elle contribuait à la logistique de certaines opérations et a été arrêtée plusieurs fois sans jamais dénoncer ses camarades. Elle en imposait même à Bourguiba qui la qualifiait de « zaïma », la leader.

Majida Boulila (1931-1952), arrêtée à 20 ans pour ses activités au sein du Néo-Destour, est une figure emblématique de Sfax. Enceinte, elle n’en subit pas moins les violences policières et sera transférée dans un camp pénitentiaire. Ses conditions de détention et les sévices vécus l’empêcheront de survivre à son accouchement.

Un viol collectif devant sa famille, une manière de briser les fortes têtes selon les forces coloniales

Fatma Ben Boubaker (1919-1993), fille des montagnes de Bargou (Centre), a participé à la bataille qui a fait rage dans ce massif le 13 novembre 1954 et a été condamnée à trois mois de prison pour avoir transporté des armes dans son panier à légumes. Mais avant ce verdict, elle a été victime d’un viol collectif devant sa famille, une manière de briser les fortes têtes selon les forces coloniales.

Mabrouka Belgacem (1918-1990), native du Sud, a vécu aux côtés des fellagas et en a sauvé un bon nombre en déjouant une tentative d’empoisonnement d’un puits. Celle qui a été de toutes les manifestations à Remada et Tataouine, où la présence militaire française était importante, transportait des armes en les dissimulant sous les plis de son habit traditionnel.

Hania Latif a abrité chez elle les résistants échappés de la prison de Tunis en 1941 et 1951

Hania Latif (1918-1987), militante politique dès l’âge de 19 ans, a abrité chez elle les résistants échappés de la prison de Tunis en 1941 et 1951 et a assuré des livraisons d’armes et de médicaments aux fuyards. Aux côtés de Mosbah Jarbou – leader de la résistance armée dans le Sud – et de ses compagnons, elle participe aux manifestations de 1951, consécutives à la proposition française d’une souveraineté conjointe.

Mabrouka El Gasmi (1922-2002), née à Nefza (Nord), a mis au service de la résistance sa connaissance d’un terrain où les colons régnaient en maîtres. Agent de liaison entre les dirigeants du Néo-Destour et les résistants, elle a aussi contribué à leur fournir des caches et de la nourriture.09 avril 2021   | Par  Frida Dahmani  – à Tunis  
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Une « Journée des martyrs » sous les matraques et les gaz lacrymogènes 

Un manifestant face à des policiers, à Tunis le 9 avril 2012.

La commémoration de la « Journée des martyrs » – en souvenir de la répression sanglante par les troupes françaises d’une manifestation à Tunis le 9 avril 1938 – devait être pacifique. Mais la capitale tunisienne a connu des scènes de violences comme elle n’en a pas vu depuis plusieurs mois.

C’est vers 10 heures que tout a commencé avec un rassemblement sur l’emblématique avenue Bourguiba de plusieurs centaines de personnes, alors que toute manifestation y est interdite depuis le 28 mars par le ministère de l’Intérieur. Objectif des manifestants : réclamer la levée de cette décision en profitant d’une date symbolique.

Des jeunes gens, enroulés dans des drapeaux tunisiens ont remonté l’avenue en courant et criant : « Ni peur, ni terreur, l’avenue appartient au peuple ». La foule comptait des manifestants de tous âges. « C’est nous qui avons libéré la Tunisie, ils n’ont pas le droit d’interdire des marches pacifiques », a déclaré un septuagénaire, Mohsen Ben Henda. Puis les tirs nourris de lacrymogènes ont commencé à pleuvoir. Après des mouvements de panique, des groupes se sont rapidement reformés et la répression est encore montée d’un cran.

« Dégage! Dégage! »

« Dégage! Dégage! », ont alors scandé les manifestants en colère. « C’est affreux ce qui se passe aujourd’hui », s’est offusqué une avocate, Yamina. « Nous sommes pacifiques, et ils nous interdisent l’avenue Bourguiba alors qu’ils l’ont livrée aux salafistes », a-t-elle déclaré, au bords des larmes, en faisant référence aux récentes manifestations islamistes, dont les incidents ont justement conduit à l’interdiction des rassemblements sur l’avenue Bourguiba. Samedi déjà, une manifestation de diplômés chômeurs avait été violemment dispersée.

« Je suis consterné. Les gens que la révolution a amenés au pouvoir sont aujourd’hui ceux qui nous empêchent de manifester. C’est une journée vraiment triste », a ajouté de son côté l’ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, Mokhtar Trifi. « Regardez, c’est ça la Tunisie de la liberté, la Tunisie d’Ennahdha », lâchait un manifestant, dégoûté.

Journalistes molestés

Fumées de lacrymogènes, charges à moto ou en camion de policiers casqués et armés de matraques, manifestants interpellés brutalement, voire frappés… Deux journalistes, la correspondante de l’hebdomadaire français Le Point et la rédactrice en chef du site tunisien Kapitalis, ont été elles-aussi molestées par des policiers.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khaled Tarrouche, a paradoxalement invoqué la menace de troubles pour justifier l’interdiction de manifester. « On ne va pas laisser s’installer le chaos. Les gens ont la possibilité de manifester ailleurs que sur l’avenue Bourguiba », a-t-il dit. Selon lui, en tirant des lacrymogènes, les forces de l’ordre « voulaient éviter de pires affrontements ».09 avril 2012 Par  Pierre-François Naudé 
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2 commentaires:

  1. Joset10 avril 2021 à 18:04Le leader des salafistes possède une fortune de 2’700 milliards de dinars, il voyage en avion privé, a des voiture de luxes, bref une vie de pacha. L’économie de la Tunisie descend la pente vers la faillite, mais les joutes politiques aux parlement ne cessent pas. Un président du pays qui dit non à tout. Voilà le résultat de la révolution du printemps arabe, c’est maintenant l’automne et bientôt l’hiver pour les habitants tunisiens, que fait l’armée rien tout comme en France.RépondreRéponses
    1. Hannibal Genséric10 avril 2021 à 19:10Tout ce vous dites est exact. Mais la masse des déplorables qui soutiennent les islamistes et leur calife drogué, sont éduqués par les chaines satellitaires saoudiennes / qataris/ etc. pour les convaincre que, pour entrer au Paradis, il faut être fataliste. Si tu es pauvre et démuni, c’est la volonté d’Allah. Si d’autres sont multi milliardaires, c’est aussi la volonté d’Allah. On formate ainsi des “Jacques le fataliste” à la sauce arabo-islamiste, qui voteront islamiste quelles que soient les calamités qui leur tombent sur la tête…Ceux-ci constituent un 30/35% incompressible de TOUS les Tunisiens. Ce sont les mêmes qui, lors de leur décès, lèguent tout ce qu’ils ont à la construction de nouvelles mosquées. Vous connaissez la suite : on la constate en Libye, en Syrie, en Irak, …

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Plus l’histoire d’une femme rebelle est ancienne, plus la légende se mêle aux faits. C’est aussi le cas pour la Kahena. Savoir qui elle était se révèle particulièrement difficile, car sa vie est racontée par des historiens musulmans du Moyen Age qui écrivaient plusieurs siècles après les faits. Rien que le nom de cette reine berbère ne fait pas l’unanimité : différentes sources lui attribuent le nom de Dyhia Tadmut (en tamazight : belle gazelle), Damya (en tamazight : devineresse) ou Dihya. L’historien Ibn Khaldoun l’appelle la Kahena (en arabe : prêtresse), un surnom qui lui reste dans la grande majorité des œuvres historiques, littéraires et folkloriques.

Au septième siècle de notre ère, l’Afrique du Nord est habitée par des chrétien/ne/s qui adhèrent pour la plupart à l’Empire byzantin, par des juifs/ves et des tribus pratiquant l’animisme. Différentes ethnies investissent la région, dont un groupe important est formé par les Berbères qui habitent entre autres l’Ifriqia (à peu près la Tunisie actuelle). Après que le califat des Omeyades a conquis l’Egypte, il lance dans les années 640 des raids vers l’ouest pour étendre le territoire musulman. Les Berbères s’opposent d’abord à l’expansion arabe, puis des conflits internes divisent la résistance, certains s’alliant aux Arabes pour mieux résister à l’empire byzantin qui tente de préserver sa mainmise sur les régions côtières. Dans les années 680, les Berbères se rallient autour du leader Koceila pour repousser les Arabes. Après de premiers succès berbères, la chance tourne, et les Arabes avancent de nouveau, tuant Koceila à Kairouan.

La Numidie entre deux mondes | Jahiliyya : ignorance ou trésor ?

La Kahena fait partie d’une tribu berbère de la région montagneuse des Aurès, les Zénètes. Certaines sources disent qu’elle était juive, d’autres la croient chrétienne, d’autres encore animiste, et plusieurs lui attribuent des pouvoirs magiques de divination. En tout cas, elle est la fille unique du chef de sa tribu, et à la mort de son père, elle lui succède, ce qui est un fait exceptionnel pour la culture berbère. Après la mort de Koceila, elle est la seule des leaders berbères à encore s’opposer aux Arabes. Elle appelle les autres tribus à l’unité pour résister à l’avance omeyade, et son appel est entendu. Elle rassemble des troupes et unit des tribus, régnant pendant six ans sur l’Ifriqiya.

Elle mène avec succès les Berbères à la bataille contre les Arabes. Le gouverneur omeyade Hassan Ibn Numan lance une première attaque, probablement en 698. La Kahena croit que les Arabes veulent s’emparer de la forteresse de Baghaï et la fait démolir. Mais les troupes omeyades se dirigent directement contre elle, et dans une bataille acharnée, à Nini ou à Miskiana selon les sources, elle arrive à les mettre en déroute. Cette première bataille est gagnée grâce à ses stratagèmes. La bataille doit avoir lieu dans une vallée désertique. Pendant la nuit, la Kahena cache ses guerriers dans la montagne entourant la vallée et peut ainsi prendre en embuscade les troupes arabes qui sont obligées de reculer sous les flèches berbères.

Différentes sources la décrivent de manière pittoresque : elle aurait été d’une grande beauté, aux yeux bleus et cheveux roux. En bataille, elle serait montée sur un cheval noir, son armure recouverte d’un burnous rouge, luttant avec la hache et l’épée et haranguant ses troupes. On dit d’elle qu’elle était sans merci et qu’elle ne faisait pas de prisonniers. Mais ses ennemis ne permettaient pas de compromis possible, c’était la soumission ou la mort.

Après cette cuisante défaite, Hassan se retire pendant cinq ou six ans et se concentre sur Carthage, et ce n’est que quand des renforts arrivent du califat de Damas qu’une nouvelle attaque est lancée. Et c’est là que la Kahena commet une erreur stratégique – probablement en désespoir de cause, car pour un guerrier berbère arrivent cinq soldats arabes. Pour décourager les Arabes d’avancer, elle fait détruire les cultures, les arbres et les villages, elle fait détourner les eaux. Les populations d’origine byzantine ne goûtent pas cette politique de la terre brûlée et se rallient à Hassan. La Kahena ne peut désormais plus compter sur le soutien populaire, au contraire : des villages entiers se soumettent aux Omeyades pour se préserver d’elle. Devineresse ou non, on dit que la Kahena prévoit sa déroute et appelle ses deux fils pour leur dire qu’elle va mourir en bataille, mais qu’eux doivent se rendre pour sauver leur vie.

Statue de la Kahena

Dans un dernier grand affrontement militaire, Hassan emporte la victoire dans une bataille sanglante à Tabarqa. La Kahena se bat jusqu’au bout, est capturée, puis décapitée près d’El-Djem. Sa tête est renvoyée au calife Abd al-Malik en trophée, et les Omeyades demandent aux Zénètes comme condition de paix 12.000 guerriers pour les soutenir dans la conquête de l’Andalousie. Les fils de la Kahena commandent cette troupe et règnent sur le territoire d’Aurès.

Le personnage de la Kahena a été repris dans le folklore berbère et, comme c’est souvent le cas pour des figures mi-historiques, mi-mythiques, il a été utilisé à des fins politiques. Dans son cas, c’est d’abord la politique française coloniale qui s’empare de son mythe pour renforcer les rivalités entre berbères et arabes et fait porter des valeurs occidentales à la Kahena pour encourager l’assimilation berbère. Mais aussi la diaspora judéo-maghrébine et le mouvement féministe voient en elle un modèle qu’il faut propager, et le mouvement berbère l’élève au rang d’emblème. En 2003, une statue a été érigée à Baghaï.

Pour en savoir plus :

  • Baya Jurquet-Bouhoune : Femmes algériennes : de la Kahina au Code de la famille : guerres-traditions. Jacques Jurquet, 2007
  • Gisèle Halimi, La Kahina (roman), Plon, 2006
  • Noureddine Sabri : La Kahéna. Un mythe à l’image du Maghreb.

———————————————————————————————————Reine et résistante d’Ifrîqiyâ 

Que ma parole coule comme un ruisseau d’eau claire, je vais raconter l’histoire d’une Reine au temps des hommes libres. Que celles qui m’écoutent en soient dignes. Elles aussi sont des princesses qui vont vivre et témoigner à leur tour. Écoutez et retenez !1

Le film Fadhma n’Soumer (2014) de Belkacem Hadjaj est souvent accompagné par cette illustration généralement considérée comme la représentation de la Kahéna. En réalité, cette image est du peintre français Émile Vernet-Le compte, et elle représente non pas la Kahéna mais une Femme berbère (1870)

Mille et un noms, et une femme

Dihya2 ⴷⵉⵀⵢⴰ (en berbère), également surnommée al-Kāhina ou Kahéna (qui signifie “devineresse”) en raison de ses dons sybillins. On raconte qu’elle prévoit l’avenir à travers ses rêves prémonitoires. On dit, par exemple, qu’elle voit venir la trahison de Yazīd3 (un otage que certains pensent son fils adoptif et que d’autres considèrent comme son amoureux caché). La légende dit que ce dernier−captif mais très bien traité, espionne la reine pour le compte du gouverneur Hassān Ibn N’umān. Yazīd écrit une lettre qu’il remet à un messager dans une galette de pain. Le messager à peine parti, la Kahéna, cheveux au vent, effarée, sort et prévient ses fils que leur perte se trouve dans ce que mangent les gens4). Voilà pour sa prévoyance qui suscite autant d’admiration que de crainte superstitieuse.

Fille de Thabet, chef guerrier de la tribu de Djéraoua, Dihya est une reine berbère qui aurait perdu sa mère et son frère dans un incendie. Reniée−raconte-t-on− par son père qui, à sa naissance, se sent battu et impuissant parce qu’il s’attendait à avoir un garçon et pensait qu’une fille ne peut accéder au trône. Et “PARCE QUE C’EST UNE FEMME”, elle apprend toute seule à manier l’épée. On n’en sait pas plus sur sa vie ou la manière dont elle règne. On raconte qu’elle aurait aimé Koçeila, qu’elle a deux fils (l’un de père berbère, l’autre de père grec), ou trois− si l’on croit à l’hypothèse de Yazīd comme fils adoptif.

De toute évidence, son surnom a pris le dessus car elle est presque toujours désignée par la « Kahéna », aussi bien dans les textes historiques que littéraires. On pense que « Dihya » vient de « Tacheldit »,  « belle » en chaoui. Les Berbères l’appellent aussi « Dihya Tadmut » ou « Dihya Tadmay », deux mots qui signifient « gazelle ». Elle serait ainsi, probablement, la « belle gazelle ». En arabe, « dāhiya » veut dire « habile, rusée » ; quant à son surnom « Kahéna », on raconte qu’il serait une dérivation de « kohn, kohen » qui signifie « prêtre » en hébreu et en arabe5.

La Kahéna compte à son actif une longue liste de sur-pré-noms. Une chose est sûre (enfin peut-être !), l’historien Ibn Khaldoun (1332-1406) avance l’hypothèse du surnom al-Kāhina comme conséquence de la capacité de la reine à prédire l’invisible. C’est à lui aussi que l’on doit l’indication sur son âge : elle aurait 127 ans au moment de sa mort. En revanche, on ignore toujours sa date de naissance. Alors Dihya, Damya, Kahina, 127 ans, païenne, adoratrice de Gurzil6, juive ou chrétienne ? Nous ne le saurons peut-être jamais. Il y a un point sur lequel historiens et commentateurs me semblent d’accord : le courage de la reine et son statut de cheffe politique qui a marqué d’une pierre blanche l’Histoire de l’Afrique du Nord.

127 ans, cheveux miel et (re)belle

C’est la tête haute et le pas décidé qu’elle se retrouva dans les ruelles de Kairouan. Les badauds la suivaient du regard, certains lui emboitaient le pas, séduits par les ondulations de ce corps élancé, l’élégance et la noblesse de sa silhouette, intrigués surtout par l’étonnante liberté qu’affichait toute sa personne, si insolite dans une ville dominée par le pouvoir des hommes. Consciente des regards de convoitise suscités par son passage, elle ne se laissait pas troubler7.

La Kahina © Dessin de Noureddine Zekara

 Si les témoignages abondent et divergent à propos de ses dons de prêtresse (d’autres diront magicienne ou sorcière) ou encore sa religion, les indications sur son physique se font très rares. On la dit aux yeux lavandes, aux cheveux couleur de miel. Les historiens la disent belle (beauté à comprendre parfois au sens péjoratif dans la mesure où pour certains, elle se sert de son charme pour « ensorceler » les gens). Et c’est presque tout. Je pense que c’est dans l’étendu champ de la littérature qu’elle se fait vraiment belle non seulement par les couleurs des mots mais aussi par les différents « personnages » qu’elle incarnera (enfantera, dirai-je).

Entre la fibule et l’épée: portrait de Dihya en Amazone

Nous sommes au VIIe siècle8−« et PARCE QUE C’EST UNE FEMME QUI SAIT MANIER L’ ÉPÉE », et une figure hors pair de la résistance intransigeante, Dihya tient tête aux Omeyyades lors de la conquête musulmane du Maghreb.

Kahéna succède à Koçeila, chef des Ourébas (tribus berbères de l’Aurès9occidental) mort en 688, lors de la bataille de Mammès contre les Omeyyades dirigés par Zohaïr Ibn Qaïs. Chevauchant à la tête de ses armées, elle réunit, sous son commandement, sédentaires (de l’Aurès occidental) et nomades (de l’Aurès oriental dont elle est originaire) et demande main forte à tous les Berbères. Elle mène une bataille d’un bras de fer, dans son fief, sur l’oued Nini appelé « Nahr al-balā’ » (Fleuve des supplices) contre Hassān Ibn Nu’mān. Celui-ci quitte l’Égypte, en 698, pour chasser les Byzantins et marcher sur Carthage. On raconte qu’à la question de Hassān sur l’ennemi le plus redoutable, on lui avait répondu :  Dihya “Kāhinat el-barbar” (La Kahéna des Berbères). On parle d’une pluie de flèches, de chevaux mais encore de guerriers cachés derrière les chameaux ; c’est ainsi que la reine, rassemblant son peuple sous sa bannière, inflige une défaite aux armées omeyyades et réussit à repousser Hassān Ibn N’umān et ses troupes vers Tripolitaine. C’était la célèbre « bataille des chameaux ». C’est dès lors, semblable à Massinissa ou Jugurtha, que Kahéna règne sur Ifrīqiyā. Mais cela ne dure pas longtemps.

Craignant les représailles et pensant que seule la richesse du butin accapare l’ennemi, elle applique−pour arrêter ou tout au moins retarder ses adversaires− la stratégie des « terres brûlées ». Une politique désapprouvée par son peuple et qualifiée par ceratins d’ « erreur fatale ». Car oui, les Berbères vivant essentiellement d’agriculture s’opposent pour la première fois à la reine. Affaiblie, Dihya voit sa fin frapper à la porte de ses songes. La légende dit que tout  ce qu’elle a pu faire c’est de conseiller ses fils de s’allier aux Arabes. Ce qui adviendra.

Ayant eu des renforts envoyés par le calife Abd al-Malik Ibn-Marwān, Hassān Ibn N’umān10 reprend la route et contre-attaque à Tabarqa (en Tunisie), d’autres diront à Tebessa (en Algérie). Et c’est ainsi que finit l’histoire.

Mémoire saccagée, mémoires tatouées

Ce n’est pas une légende. C’est une histoire. C’est l’histoire, répond Yma en détachant bien ses mots. Une histoire, ça permet de marcher la tête droite, de ne pas avoir le dos voûté. Dans la vie, si tu ne sais pas où tu vas…ça, on ne sait pas toujours où on va dans la vie, eh bien cette histoire te dit d’où tu viens et ça, ce n’est pas rien 11

La Kahina (gouache sur papier) ©Hamsi Boubeker

PARCE QUE C’EST UNE IMMORTELLE, Kahéna est morte plusieurs fois. Tout simplement. Non, je rectifie. Elle est toujours vivante aussi bien dans le corps des femmes tatouées (dans les pays du Maghreb) que dans les mémoires. Kahéna, n’a pas été oubliée des siens ; elle est aujourd’hui considérée comme le symbole de l’amazighité, figure représentative de l’Histoire comme de l’identité des Amazighs12  En Algérie, une statue a été construite au centre-ville de Beghai (à Kenchela) en 2002, par le sculpteur algérien Ali Bouteflika. Une statue qui a été vandalisée en 2016 mais très vite restaurée par des jeunes chaouis pour qui Dihya est plus qu’un simple amas d’acier corten. PARCE QU’ELLE EST PLUS QU’UNE FEMME, Dihya a aimé. Son peuple avant toute chose. Celui qu’elle a réussi à unifier (nomades et sédentaires). Celui qu’elle a défendu pendant trente-cinq longues années (vérité historique ou fiction ?) Elle a aimé. Ses deux fils : Ifran et Yazdia. Un otage : Yazīd. Aujourd’hui, en Afrique du Nord, on se proclame d’elle (l’exemple des féministes). Certains l’appellent Yemma Kahéna (mère en berbère). C’est dire la charge affective qu’elle condense et transmet à des générations qui y voient le symbole de la liberté et l’incarnation d’une femme au destin exceptionnel.

Statue de la Kahéna, à Kenchala © Ali Bouteflika


NOTES

  1. Derri Berkani, La Kahéna de la Courtille, L’Harmattan, Paris, 2002, pp.30-31. []
  2. Il importe de rappeler que les historiens ont du mal à la situer chronologiquement. Une chose est certaine : la Kahéna est une réalité historique. Elle a bel et bien existé. Mais les informations sur la date de sa naissance, son âge ou sa mort changent selon les versions. La synthèse de toutes les dates avancées peut nous permettre de la situer entre 585 et 712 ou encore entre 961 et 703. Le premier texte sur la Kahéna remonte à Wâqidî (822) mais ce texte est rapporté par Ibn al-Athīr (historien du XIIe siècle). Voici ce qu’en dit Ibn al-Athīr : « Wâqidî rapporte que la Kāhina se montra courroucée à cause de l’assassinat de Kusayla. Elle a gouverné Ifrîqiya et a infligé à ses habitants des actes horribles [les historiens arabes ont essayé de salir la mémoire de la Kahéna]. Elle les brutalement opprimés. Après la mort de Zuhayr Ibn Qays en 67 (héjire), les Musulmans de Qayrawân subirent de forts dommages.  Abd al-Malik désigna Hassān Ibn N’umân en Ifrîqiya. Celui-ci marcha avec une armée considérable contre la Kāhina. Ils combattirent, les Musulmans furent battus, et plusieurs entre eux furent tués. Vaincu, Hassān regagna les environs de Barqa et s’y installa en 74. Abd al-Malik lui envoya une armée énorme avec l’ordre d’attaquer la Kāhina. Hassān attaqua la Kāhina Il la battit et la tua ainsi que ses fils. Il retourna ensuite à Qayrawân », Ibn Al-Athīr, Al-Kâmil fî al-târîkh, Beyrouth, 1965, vol IV, p. 371. []
  3. Khalid Ibn el-Yazīd, certains pensent qu’il serait le neveu du général arabe Hassān Ibn N’umān, pour d’autres, il serait son petit-fils. []
  4. Ibn Abd al-Hakam, Futûh misr wa al-maghrib, Charles. C. TORREY (éd.), New Haven, Yale University Press, 1920 (traduction française d’Albert Gâteau, Conquête de Afrique du Nord et de Espagne avec le texte arabe annoté, Paris, Carbone,l 1947, p.79. []
  5. Nahla Zéraoui, Les différents statuts de la Kahéna dans la littérature française, thèse de doctorat (551 pages) soutenue en décembre 2017 à l’Université de Franche-Comté, pp. 10-12. []
  6. Dans la mythologie berbère, Gurzil ou Agurzil est le dieu du tonnerre, représenté par une tête de taureau. []
  7. Didier Nebot, La Kahéna, reine d’Ifrikia, éd., Anne Carrière , 1998, p. 108. []
  8. Les traces écrites de cet épisode datent du IXe siècle ; ce qui veut dire que « textuellement la légende n’a commencé qu’un siècle et demi plus tard » (p.667). Abdelmajid Hannoum, « Historiographie et légende au Maghreb : la Kâhina ou la production d’une mémoire », Annales. Histoire, Sciences Sociales. 54 année, N. 3, 1999. pp. 667-686. []
  9. Massif montagneux de l’Atlas saharien dans le Nord-Est de l’Algérie. []
  10. On dit qu’il a été informé, par Yazīd, de la situation préoccupante des Berbères plus que jamais divisés et de plus en plus éloignés de leur reine. []
  11. Derri Berkani, La Kahéna de la Courtille, p.40. []
  12. Traces de la Kahéna : Amphithéâtre d’El Jem, (situé dans l’actuelle ville tunisienne d’El jem), également appelé “Colisée de Thysdrus” ; on dit qu’il a servi de citadelle à la Kahéna. On pense qu’elle y a installé son commandement.Le rocher de la Kahéna (Aurès)
  13. Sophie Rabau, Carmen pour changer. Variations sur une nouvelle de Prosper Mérimée, Anacharsis, 2018. []
  14. Al-Bakrī, Kitâb al-mughrîb fî dhikr ifrîqiyya wa al-maghrib, traduit et édité par l’orientaliste William Mac –Guckin De Slane, sous le titre Description de l’Afrique septentrionale, 1857, nouvelle édition, Adrien-Maisonneuve, 1965, p. 121. []
  15. Mouldi Zouari, Tabarka, une princesse nommée corail, Éd. Centenaire de la Municipale de Tabarka (1892-1992), 1992, p.19. []

 par  Nessrine Naccach · Publié 17/07/2019 · Mis à jour 11/09/2020Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest

1 commentaire:

  1. nicolas bonnal10 avril 2021 à 16:09Quelle beauté et quelle belle histoire ! La Boadicée de Tunis.Répondre

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