La presse est au service du pouvoir, mais pas parce qu’elle est subventionnée

La censure des imbéciles

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Suite à mon article (1) sur le rejet, par une école de journalisme, des règles de la déontologie journalistique (objectivité, impartialité et recherche de la vérité), un lecteur évoque les subventions à la presse.

Ce lecteur me dit : « En France, beaucoup de gens ignorent que la presse est subventionnée : 
autrement dit : achetée ( avec nos impôts), et reflète donc l’idéologie au pouvoir. Je n’adhère pas à cette hypothèse qui a l’apparence de la logique, mais ne tient pas compte du tissu que forme le milieu journalistique. 

Il existe comme ça des idées reçues tellement ancrées, qu’on n’y prête plus attention et qu’on ne les remet plus en cause. 

L’année 2022 sera une année électorale : secondaire en France parce qu’elle sera présidentielle, et que le prochain président est presque déjà annoncé (si Macron perdait, son successeur serait un Macron-bis), et importante aux Etats-Unis parce qu’elle annoncera – ou pas – le retour à la raison, le ras-le-bol du peuple américain de la Cancel culture, de l’idéologie progressiste, et des dégâts causés par les gens qui dirigent le pays (non, ce n’est pas Biden, ce président de comptoir de bistro, avec ses « je raconte pas des blagues !”, ses « écoute mec !” qui ponctuent ses phrases, et ses bafouillages sans queue ni tête qui dirige : il ne comprend pas ce qui se passe autour de lui).

Et comme l’année électorale vous fera légitimement pester contre les médias parce qu’il n’existe aucune diversité de pensée, je veux que les choses soient claires, et espère que vous les garderez à l’esprit.

Cette hypothèse que la presse reflète l’idéologie au pouvoir parce qu’elle est subventionnée ne résiste pas à l’examen. 

  • Il suffit, pour s’en convaincre, de constater que la même tendance médiatique de fond, la prééminence des idées de gauche, des idées européistes, progressistes et internationalistes, est à l’œuvre partout dans les pays qui n’offrent aucune subvention aux médias. 
  • Il suffit d’avoir présent à l’esprit que l’idéologie de gauche, les journalistes de gauche, les salles de rédaction de gauche dominent la presse – subvention ou pas. 
  • Autrement dit, s’il n’y avait aucune subvention, la presse ne serait pas moins à gauche. Elle serait totalement identique à ce qu’elle est aujourd’hui. Vous ne pourriez pas observer la moindre variation de ton, le moindre changement de ligne éditoriale.

Ce ne sont pas les subventions à la presse qui garantissent sa soumission au pouvoir, c’est son biais idéologique. La presse n’est pas soumise au pouvoir, elle aime le pouvoir centralisé. La base du socialo-communisme, c’est un pouvoir fort, très puissant, centralisé, qui dicte la conduite de l’économie, domine la marche de la société, et réglemente la vie des gens. Que le pouvoir, en France soit de droite ou de gauche, l’Etat est très puissant, c’est un Etat maman qui se substitue à la liberté individuelle pour subvenir aux besoins des citoyens.

Sans les subventions, sans les abattements fiscaux offerts aux journalistes, certains médias sous perfusion disparaîtraient. Mais ils sont déjà marginaux, suivis par des lecteurs incurables, irrécupérables. Ils ne représentent rien comparé à France télévision, qui n’est pas subventionnée par l’Etat, mais financée par lui, directement par vos impôts (et indirectement par les investissements publicitaires des grandes entreprises à la tête desquelles les amis du pouvoir ont été installés).

En accusant les journalistes d’être corrompus par les subventions, vous leur apportez un alibi qu’ils n’ont rien fait pour mériter : leur corruption va bien au-delà de l’argent, elle est dans chaque cervelle de chaque pigiste, journaliste, éditorial et directeur de rédaction.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Jacques 6 heures plus tôt

Lecteur de Ouest-France. Un journal du camp du bien (pour faire simple). Déformation de la réalité, désinformation, propagande, aucun sens critique, aucune investigation,. Et par conséquent aucune éthique, aucun professionnalisme. Le traitement des élections américaines ou du Covid en sont deux exemples très concrets. Pitoyable. Un quotidien qui auparavant était un journal pas spécialement engagé, est devenu un outil de formatage, lobotomisation mental auprès de 2 millions de lecteurs quotidiens.3 Répondre

Freddie

Freddie Répondre à  Jacques 5 heures plus tôt

Ouest France court après le buzz. Sur le terrain, quand ils couvrent des conseils municipaux, je les ai vus plus d’une fois mettre l’accent sur les sujets de conflit même s’ils avaient occupé une faible part du conseil, ou même ne citer que ceux qui soulevaient des problèmes sans citer ceux qui avaient donné des réponses. Il faut que l’article ait l’air croustillant. Il y a d’autres journaux de province moins nuls. Ouest France, c’est un pompon.2 Répondre

Hagdik

Hagdik Répondre à  Freddie 59 minutes plus tôt

Sud-Ouest correspond exactement à votre description !2 Répondre

Freddie

Freddie 5 heures plus tôt

Il y a probablement une responsabilité des écoles de journalisme. Il y a encore une quarantaine ou même trentaine d’années, la profession était encore ouverte. Avec la raréfaction des emplois, elle s’est refermée sur ce sérail. Ça favorise l’uniformité des idées et des expériences.
Et puis aussi, le journalisme, c’est souvent physiquement fatiguant (il faut courir partout, jongler avec les rendez-vous, rendre son papier dare-dare) et c’est donc souvent un métier de jeunes. La jeunesse est souvent à gauche.0 Répondre

Jean-Patrick Grumberg

Jean-Patrick GrumbergAuteur Répondre à  Freddie 4 heures plus tôt

J’aime particulièrement cette définition de Jean-François Kahn, qui a un regard assez critique sur notre profession : 

“Les journalistes, dans leur immense majorité [sont] issus du même milieu, formés à la même école, fréquentant les mêmes espaces, porteurs des mêmes valeurs, imprégnés du même discours, façonnés par la même idéologie, structurés par les mêmes références, ayant souvent connu la même évolution ou le même cursus, [et ils] finissent pas penser presque tous pareils”.1 Répondre

Valp

Valp Répondre à  Jean-Patrick Grumberg 3 heures plus tôt

JPG : Vous devriez créer une école de journalisme d’un genre nouveau.1 Répondre

Jean-Patrick Grumberg

Jean-Patrick GrumbergAuteur Répondre à  Valp 1 heure plus tôt

Vous avez raison : débouchés professionnels assurés !1 Répondre

John Galt

John Galt 14 minutes plus tôt

Ce que vous dites est rigoureusement exact même si je suis aussi de ceux qui affirment que la presse subsidiée est inféodée au pouvoir en place, surtout quand il est clairement à gauche, et que c’est pour ça qu’elle est subsidiée. En fait, tout se tient. Comment? Eh bien, disons que comme les politiciens d’un certain bord que nous connaissons bien se cooptent entre eux, les journalistes de ce même bord se recrutent également entre eux. D’abord, ils se renseignent: avez-vous milité pour l’une ou l’autre cause « progressiste » durant vos études? Adhérez-vous ou avez-vous adhéré à un parti « progressiste »? Ensuite, durant le processus de recrutement qui sera plus ou moins long en fonction des doutes qui subsistent, ils vous posent des questions qui paraissent anodines mais qui ne le sont pas vraiment. Ils vous scrutent, vous analysent sur base de votre profil académique, vos origines familiales, vos options de cursus, votre vocabulaire utilisé (ex. novlangue ou pas novlangue), procédés rédactionnels, tenue vestimentaire, choix alimentaires, moyens de locomotion, opinions philosophiques, choix de gouvernance, etc. afin de s’assurer de votre loyauté aux dogmes gauchistes/progressistes et de réduire au maximum tout risque ultérieur de « dérapage » (càd. de dire la vérité lorsque celle-ci n’est pas favorable au camp du « bien »). Il y a des techniques bien rôdées pour cela même si elles ne sont pas fiables à 100%. Et donc, comme avec le détecteur de mensonges, il faut être bien préparé et être super-bon comédien pour passer au travers des mailles du filet. C’est quasi-impossible à l’heure actuelle. Pour le reste, il suffira de tendre la poche et tour est joué.0 Répondre

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