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La politique de l’héroïne et le retrait des États-Unis d’Afghanistan

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L’administration Biden a annoncé le retrait des troupes américaines d’Afghanistan pour le 11 septembre 2021, soit symboliquement exactement deux décennies après les attentats marquants du 11 septembre à New York et Washington. Cependant, le Pentagone et la Maison Blanche ne disent rien sur l’une des principales raisons pour lesquelles les puissances qui contrôlent Washington sont restées en Afghanistan depuis la fausse chasse à un ancien employé contractuel de la CIA nommé Oussama Ben Laden.[1]

Ce qui est clair, c’est que l’administration américaine n’est pas franche avec ses plans pour l’Afghanistan et le soi-disant retrait. La date du 1er mai précédemment convenue par rapport au 11 septembre n’a manifestement rien à voir avec une sortie plus gracieuse après une guerre de deux décennies qui a coûté plus de 2 000 milliards de dollars aux contribuables américains. L’argument de certains démocrates américains selon lequel un retrait total mettrait en danger les droits des femmes afghanes dans le contexte de la culture brutale de misogynie des Talibans ne correspond pas à ce que les soldats américains et de l’OTAN ont protégé par leur présence. Quel est donc l’enjeu ?

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L’occupation par des mercenaires privés

Bien que le Pentagone se soit gardé de donner une réponse directe, il semble que les néoconservateurs de l’équipe Biden envisagent une présence militaire américaine « privatisée ». Selon un rapport de Jeremy Kuzmarov, « plus de 18 000 contractants du Pentagone restent en Afghanistan, alors que les troupes officielles sont au nombre de 2 500. Joe Biden retirera ce petit groupe de soldats tout en laissant derrière lui des forces spéciales américaines, des mercenaires et des agents de renseignement – privatisant et réduisant l’ampleur de la guerre, mais sans y mettre fin ». Il y a déjà sept contractants militaires privés en Afghanistan pour chaque soldat américain.

Le recours à des contractants militaires privés permet au Pentagone et aux agences de renseignement américaines d’éviter toute surveillance sérieuse de la part du Congrès. Il s’agit généralement de vétérans des forces spéciales qui gagnent beaucoup plus en tant qu’agents de sécurité privés ou mercenaires. Leur travail est simplement classifié, de sorte qu’il n’y a pratiquement aucune responsabilité. Le New York Times rapporte, en citant d’anciens et d’actuels responsables américains, que Washington « s’appuiera très probablement sur une combinaison obscure de forces d’opérations spéciales clandestines, de contractants du Pentagone et d’agents secrets du renseignement » pour mener ses opérations en Afghanistan.

L’actuel gouvernement afghan dirigé par Ashraf Ghani, comme celui de Hamid Karzai, est une création des États-Unis. Ghani restera le mandataire de Washington à Kaboul. Son armée est financée par les États-Unis pour un coût d’environ 4 milliards de dollars par an. Pour quoi faire ?

Ce qui manque dans le débat public sur la présence des troupes afghanes, c’est le gorille de 800 livres dans la pièce : la drogue, et plus précisément l’héroïne.

Le gorille de 800 livres

Certains de ces mercenaires de fortune ne font pas de belles choses. DynCorp est l’un des plus grands contractants sur place. En 2019, DynCorp avait obtenu plus de 7 milliards de dollars de contrats gouvernementaux pour former l’armée afghane et gérer les bases militaires en Afghanistan. L’une des tâches médiatisées de DynCorp et d’autres mercenaires américains en Afghanistan a été de « superviser » la destruction des champs de pavot afghans qui fournissent environ 93% de l’héroïne mondiale. Pourtant, il est évident que l’opium et sa distribution mondiale ont été l’apanage de la CIA et de l’armée américaine, qui garantissent un transport aérien sécurisé via des bases aériennes au Kirghizstan et en Afghanistan vers les marchés occidentaux de l’héroïne. DynCorp n’a pas grand-chose à montrer pour cette éradication de la drogue, ou faisait-elle autre chose ?

La CIA, les moudjahidines et l’opium afghan

Lorsque les États-Unis ont occupé l’Afghanistan pour la première fois, sous prétexte de se venger du rôle joué par les Talibans dans l’aide apportée à Oussama Ben Laden lors des attentats du 11 septembre 2001, la politique anti-opium des Talibans avait réduit les récoltes à presque zéro. En octobre 2001, juste avant l’invasion américaine, l’ONU a reconnu que les Talibans avaient réduit la production d’opium en Afghanistan de 3 300 tonnes en 2000 à 185 tonnes en 2001. Selon l’économiste et historien canadien Michel Chossudovsky, « immédiatement après l’invasion d’octobre 2001, les marchés de l’opium ont été rétablis. Les prix de l’opium ont grimpé en flèche. Au début de 2002, le prix intérieur de l’opium en Afghanistan (en dollars/kg) était presque 10 fois plus élevé qu’en 2000 ». 
L’invasion anglo-américaine de l’Afghanistan a réussi à rétablir le commerce de la drogue. 
Le Guardian
 a rapporté qu’en 2007, « l’Afghanistan avait plus de terres cultivées pour la drogue que la Colombie, la Bolivie et le Pérou réunis ». C’était six ans après le début de l’occupation militaire américaine.

Afghanistan - La culture de l'opium
Afghanistan – La culture de l’opium

Quelques années après l’occupation américaine sous Karzai, les cultures d’opium ont atteint des niveaux records. L’un des plus grands seigneurs de guerre afghans de l’opium était alors le frère de Karzai. En 2009, le New York Times, citant des responsables américains anonymes, a écrit que « Ahmed Wali Karzai, le frère du président afghan et acteur présumé du commerce illégal d’opium en plein essor dans le pays, reçoit des paiements réguliers de la Central Intelligence Agency, et ce pendant la majeure partie des huit dernières années… » En 2011, Ahmed Karzai a été abattu à son domicile de Helmland par l’un de ses gardes du corps. L’Helmland est la plus grande province d’opium d’Afghanistan. Si l’Helmland était un pays, il serait le plus grand producteur d’opium au monde. Est-ce par accident que la CIA a versé de l’argent à Karzai pendant au moins huit ans ou la Compagnie avait-elle un intérêt dans les affaires de Karzai ?

Si Washington et la CIA ont nié soutenir l’énorme commerce d’opium afghan, l’histoire de la CIA depuis la guerre du Vietnam avec les seigneurs de guerre de la drogue suggère le contraire. Comme Alfred W. McCoy l’a documenté à l’époque de la guerre du Viêt Nam dans son ouvrage révolutionnaire intitulé « La politique de l’héroïne en Asie du Sud-Est », la CIA était très impliquée dans le commerce de l’opium avec les tribus Hmong du Laos. Ils prétendaient que c’était nécessaire pour jumeler leur soutien. Plus tard, il a été découvert que la CIA et les États-Unis étaient impliqués dans l’expédition secrète d’opium depuis le Triangle d’Or.

Pendant la guerre des moudjahidines contre l’Armée rouge soviétique en Afghanistan, financée par les États-Unis dans les années 1980, la CIA aurait fermé les yeux sur Oussama Ben Laden et les milliers « d’Arabes afghans » qu’il a recrutés. Les seigneurs de guerre afghans tels que Gulbuddin Hekmatyar s’enrichissaient avec les services de renseignement pakistanais de l’ISI grâce aux vastes bénéfices du trafic de drogue. Imaginer que la CIA, et des armées mercenaires privées comme DynCorp étroitement liées à l’agence, sont aujourd’hui impliquées dans la plus grande source d’opium et d’héroïne du monde ne demande pas un grand acte de foi.

En 2018, Alfred McCoy a dressé un réquisitoire accablant contre la guerre américaine en Afghanistan. Il a demandé : « Comment la seule superpuissance du monde a-t-elle pu se battre sans interruption pendant plus de 16 ans – en déployant plus de 100 000 soldats au plus fort du conflit, en sacrifiant la vie de près de 2 300 soldats, en dépensant plus d’un billion de dollars pour ses opérations militaires, en prodiguant un montant record de 100 milliards de dollars supplémentaires pour la « construction de la nation », en aidant à financer et à former une armée de 350 000 alliés afghans – et ne pas être capable de pacifier l’une des nations les plus appauvries du monde ? » 
Il a répondu que la présence américaine n’avait rien à voir avec la construction d’une nation ou la démocratie. Il s’agissait d’héroïne :

« Tout au long de ses trois décennies en Afghanistan, les opérations militaires de Washington n’ont réussi que lorsqu’elles s’inscrivaient raisonnablement dans le cadre du trafic illicite d’opium en Asie centrale », a-t-il accusé. « Sa production d’opium a bondi d’environ 180 tonnes en 2001 à plus de 3 000 tonnes par an après l’invasion, et à plus de 8 000 en 2007″.

En 2017, la production d’opium a atteint le chiffre record de 9 000 tonnes. Après plus de 16 ans d’occupation militaire américaine. Il y a là quelque part une histoire très sale et criminelle et la CIA ainsi que les contractants militaires privés qui y sont liés, comme DynCorp, semblent être au milieu de cette histoire. C’est peut-être la véritable raison pour laquelle Washington refuse de quitter honnêtement l’Afghanistan. Comme le souligne Pepe Escobar, contrairement au récit des médias occidentaux selon lequel les Talibans contrôlent le commerce de l’opium en Afghanistan, « il ne s’agit pas d’une opération des Talibans afghans ». Les questions clés – jamais posées par les cercles atlantistes – sont de savoir qui achète les récoltes d’opium, les raffine en héroïne, contrôle les routes d’exportation, puis les vend avec un profit énorme… » Il pointe du doigt l’OTAN, notant que les citoyens russes sont des « dommages collatéraux » de la filière afghane de l’héroïne autant que les Américains. « Le ministère russe des Affaires étrangères suit la manière dont des tonnes de produits chimiques sont importées illégalement en Afghanistan depuis, entre autres, “l’Italie, la France et les Pays-Bas”, et comment les États-Unis et l’OTAN ne font absolument rien pour contenir la filière de l’héroïne ».

Les opérations américaines en Afghanistan, premier producteur mondial d’opium, sont loin de prendre fin. Elle ne font que changer de forme.

F. William EngdahlSource : Mondialisation.ca

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Quand tout est dit sur la drogue et ses effets désastreux … encore une preuve que l’être humain se conduit comme une merde…

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Le chemsex, ce «sida numéro 2» qui inquiète

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Clément Guillet — 25 avril 2021 à 14h07

Le Covid-19 n’a pas freiné l’expansion inquiétante du chemsex, usage de drogues dans un contexte sexuel qui pose de graves problèmes d’addiction et de santé publique.

«J’ai l’impression de ne plus arriver à avoir de relations sexuelles sans les cathinones que je m’injecte.» Stéphane*, 35 ans, est cadre supérieur dans une banque. Il s’est fait hospitaliser parce qu’il est accro au chemsex. «Mon copain est un soignant. À chaque fois que je vois une seringue chez nous, j’ai des envies irrésistibles de me piquer et je rechute.»

Contraction de sex et de chemicals, le chemsex est l’usage de drogues –dont les cathinones– dans un contexte sexuel. Cette pratique s’est développée dans le milieu gay, notamment parisien, et prend de plus en plus d’ampleur. «On a quitté Paris pour s’éloigner un peu des autres consommateurs, relate Stéphane. Mais comme on commande ça en deux clics sur internet, c’est très facile de s’approvisionner. Et ça va arriver en province.»

Le chemsex, un vrai problème de santé publique? Certaines associations évoquent un «sida numéro 2», et même le New York Times fait le parallèle avec le VIH. Le phénomène, qui touche en priorité la communauté gay, se propage, tue et est délaissé par les autorités sanitaires. S’il est pour l’instant difficile de faire la comparaison, notamment au niveau de la mortalité, le mouvement ne se tarit pas à l’heure du Covid-19.

Prendre des drogues dans un contexte sexuel n’est pas quelque chose de nouveau, que ce soit de la cocaïne ou de la MDMA chez les clubbers, ou bien de l’alcool. Ce qui est nouveau avec le chemsex, c’est la conjonction de deux phénomènes: l’apparition de nouvelles drogues de synthèse et de nouvelles technologies, qui permettent d’avoir accès facilement à la fois aux produits et aux partenaires.

De plus en plus de décès

3-MMC, 4-MMC, 4-MEC, Tina… Tous ces noms sont peu connus du grand public. Les drogues concernées sont les cathinones, la méthamphétamine ou la méphédrone. Parmi elles, les nouveaux produits de synthèse (NPS) imitent d’autres drogues. Les cathinones de synthèse, par exemple, ont des effets assez proches de ceux des autres psychostimulants classiques comme l’ecstasy/MDMA, avec un effet «empatho-entactogène» favorisant l’empathie et le contact. Elles augmentent la sociabilité, désinhibent, et sont donc très prisées dans un contexte sexuel.

«Tu développes une double addiction à la drogue et au sexe, ce qui rend le sevrage encore plus difficile», témoigne Johann Zarca, qui a publié Chemsaux éditions Grasset. Dans cette autofiction au style radical, il aborde sa propre expérience vis-à-vis de ces drogues.

Au cours de la dernière décennie, les drogues consommées dans le cadre du chemsex ont évolué au profit des NPS, et au détriment de l’ecstasy ou de la cocaïne. Parmi les NPS, les cathinones et cannabinoïdes de synthèse représentent plus de 50% des molécules identifiées en Europe.

«Parfois, ce sont des orgies qui durent quarante-huit heures. Des mecs partent, d’autres viennent: ça tourne sans cesse et la drogue t’aide à tenir.»

Stéphane*, 35 ans, accro au chemsex

En France, selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies(OFDT), l’évolution est similaire, avec une part prédominante des cathinones (27% des NPS entre 2008 et 2017). Ces dernières font partie des NPS ayant entraîné le plus de décès. Entre 2009 et 2013 en Europe, 108 morts leur sont imputables, ainsi que 525 intoxications non mortelles. En France, l’enquête DRAMES répertorie les décès liés aux abus de drogues et médicaments. De cinq décès en 2014, on est passé à dix-huit liés au NPS en 2018, dont huit par cathinones, et huit dus au GHB.

«Parfois, ce sont des orgies qui durent quarante-huit heures. On passe d’appartement en appartement. Des mecs partent, d’autres viennent: ça tourne sans cesse et la drogue t’aide à tenir», décrit Stéphane*. La pratique du chemsex vise à augmenter la libido, le plaisir, l’endurance, permettant de maintenir une activité sexuelle pendant des heures.

«Souvent, quand je prenais des cathinones ou de la Tina [pour crystal meth, une méthamphétamine], je prenais aussi du Viagra, du Cialis ou du Kamagra», rapporte Michael*, 30 ans. L’hépatite C contractée lors de ses parties de chemsex l’a poussé à décrocher. Lui aussi a quitté Paris, pour rejoindre ses parents en province, et finalement se faire hospitaliser.

Les NPS sont souvent associés à d’autres drogues (MDMA, GBL ou GHB, plus connue comme «la drogue du violeur») et à des médicaments, car ils entraînent des troubles de l’érection, «renforçant ainsi les risques d’accidents cardiovasculaires»souligne l’OFDT.

Qui consomme? Initialement, ces pratiques étaient surtout réservées à des hommes de plus de 30 ans, séropositifs. Mais depuis quelques années, de plus en plus de jeunes gays séronégatifs, venant de tous les milieux, s’engagent dans ces pratiques, selon l’association de prévention des addictions RESPADD.

Livraison à domicile et «plan chems»

«J’arrivais pas à trouver une veine, alors j’ai paniqué et je me suis piqué, puis repiqué, j’ai fait ça au moins quinze fois.» Philippe*, 27 ans, est amené par les pompiers aux urgences où je l’accueille. Sur son brancard, il est en pleine attaque de panique. Un surdosage de cathinones. Lui consomme tout seul chez lui, devant des films porno. Pourtant, il sortait à peine de l’hôpital.

«J’étais hospitalisé pour me sevrer. Je suis sorti il y a deux jours. Mais pendant mon absence, j’avais reçu par la Poste un paquet de poudre 3-MMC [des cathinones]. Un échantillon gratuit livré par mon dealer. Quand je suis rentré, je n’ai pas pu résister, j’ai replongé aussi sec.» 

Avec le chemsex, «il y a un retour de la pratique d’injection intraveineuse, dénommée le “slam”, terme qui signifie claquer, en raison de la montée rapide et intense de l’effet psychoactif»note le professeur Laurent Karila, addictologue. Et, avec les injections intraveineuses, les risques de surdosage et de transmission de virus sont multipliés. Mais aussi les risques d’addiction.

«Lorsque les cathinones sont injectées, l’intensité et la brièveté des effets amène les usagers à en consommer de façon répétée. Jusqu’à quinze ou vingt fois au cours d’une même session»précise l’OFDT.

Un Amazon de la drogue

«Les NPS s’adaptent en permanence au marché, afin de contourner les mesures de contrôle et d’interdiction mises en place par les autorités, poursuit le Pr Karila. Aujourd’hui, les NPS sont essentiellement vendus sur des sites internet.»

En plus des informations sur les drogues et des expériences qu’ils y partagent, le net sert surtout aux usagers à se fournir en drogue. Rien de plus facile que de se faire livrer à domicile. Une sorte d’Amazon de la drogue, où la Poste devient le dealer.

«Il y a une facilité d’accès de dingue, explique Johann Zarca. Tu peux commander sur des sites basés en Hollande ou en Amérique latine. Si ton paquet est bloqué à la douane, ils te le renvoient. Après, pour se fournir, il y a aussi la version illégale, en installant Thor et via le dark web.» 

Enfin, les nouvelles technologies permettent de trouver facilement des «plans chems». Sur les applications de rencontres, il est possible de choisir ses partenaires en fonction des produits qu’on souhaite consommer. Certains sites affichent le profil de l’utilisateur avec les drogues prises et disponibles. Un véritable supermarché du chemsex.

«Il suffit d’aller sur les applis de rencontres gay: un tiers des profils proposent du chemsex»constate Jean-Luc Romero. Le conseiller régional d’Île-de-France, maire adjoint de Paris XIIe,, est aussi un militant dans la lutte contre le sida, et le premier homme politique français à avoir révélé sa séropositivité. Aujourd’hui, il publie Plus vivant que jamais! Comment survivre à l’inacceptable?, récit de la mort de son mari, âgé de 31 ans, décédé à la suite d’une overdose au cours d’une session de chemsex. «Et ce n’est pas seulement un phénomène urbain», précise-t-il.

Cette conjonction de produits et de pratiques sexuelles entraîne une double addiction aux drogues et au sexe, ce qui la rend d’autant plus difficile à stopper. «Il faut un temps de rééducation du cerveau et des fantasmes qui peut être assez long, expose Johann Zarca. Ceux que je vois qui arrivent à s’en sortir, ce sont ceux qui pratiquent un moment l’abstinence sexuelle. Loin du porno, loin du sexe, et tout ce qui tient de près ou de loin à la consommation. Cela prend du temps et plombe forcément la sexualité, car avec ces drogues, tu multiplies le plaisir et fais sauter tous les verrous. Donc, quand tu arrêtes, tu te retrouves avec moins de plaisir et inhibé. Pour se rééduquer au niveau des émotions, tu es obligé de jouer sur les deux tableaux, la came et le sexe.»

Des conséquences sanitaires importantes

Les conséquences du chemsex tiennent à la fois des produits consommés et des pratiques sexuelles qui en découlent. Au niveau psychiatrique, les répercussions d’une consommation, par exemple, de cathinones, peuvent être l’anxiété, des attaques de panique prolongées, voire des état délirants, de paranoïa, ou bien la survenue d’insomnie, de dépression, d’idées suicidaires. Avec le GHB ou le GBL, il existe un risque d’overdose, notamment dû au mélange avec de l’alcool, appelé le «G-hole».

Lors de la descente –le «down»– et lors d’un arrêt brutal de la consommation, on constate un syndrome de sevrage, avec une humeur triste, une anxiété et des troubles du sommeil. Enfin, le «slam» –les injections– a bien sûr un potentiel addictif très fort, et entraîne des contaminations virales via les échanges de seringues.

«Lorsqu’on a commencé à parler du “MeToo gay”, pas mal de témoignages évoquaient le chemsex.»

Johann Zarca, auteur de Chems

Mais en plus des drogues utilisées, le chemsex, c’est aussi des pratiques sexuelles à risque, notamment des rapports de groupe non protégés qui conduisent à la dissémination d’IST (syphilis, chlamydia, gonocoque, herpès ou encore VIH et VHC). Selon une enquête de l’OFDT, un chemsexeur sur trois serait séropositif. De plus, 43% des personnes ayant débuté la prophylaxie pré-exposition (PrEp) l’ont fait dans le cadre du chemsex, et 60% déclarent consommer des produits psychoactifs.

Un rapport du centre Marmottan indique que la moitié des patients qui consultent pour cette problématique affirment avoir été agressés sexuellement au cours d’une session, notamment lors du «G-hole»«Des histoires de mecs qui se font baiser parce qu’il sont dans le “G-hole”, j’en ai entendu des dizaines, note Johann Zarca. Lorsqu’on a commencé à parler du “MeToo gay”, pas mal de témoignages évoquaient le chemsex. Quand tu consommes, tu n’as plus de verrou, tu es défoncé, alors la notion de consentement devient floue.» 

Depuis plusieurs années maintenant, les associations, comme AIDES, alertent sur le sujet, et des centres de soins prennent en charge les patients qui souffrent d’addiction au chemsex.

Mais le Covid a changé la donne. Notamment en retardant l’accès au diagnostic d’IST«Si les confinements et les couvre-feux ont été l’occasion d’une pause pour certains, ils ont réveillé chez d’autres l’angoisse du vide et la peur de la solitude que le chemsex venait diluer, les faisant plonger dans une nouvelle spiraleécrit le journaliste Mathias Chaillot, relatant son rapport au chemsex dans la scène gay parisienne. Quand les lieux de sociabilisation et de consommation sexuelle sont fermés et que les soirées entre amis (et donc les rencontres) se font rares, le chemsex devient vite l’unique échappatoire possible.» 

L’urgence du chemsex chez les hommes gays en temps de Covid

Thibaut Jedrzejewski — 

Nous n’avons pas besoin de jugements et d’opinions mais de mobiliser le soin et d’épanouir les affections.

La situation a aujourd'hui atteint un niveau d'inquiétude inégalé. | Ketut Subiyanto via Pexels
La situation a aujourd’hui atteint un niveau d’inquiétude inégalé. | Ketut Subiyanto via Pexels

Temps de lecture: 13 min

Le Covid est une catastrophe pour la communauté gay. Et je ne pèse pas mes mots, c’est une très mauvaise nouvelle. Le virus en lui-même ne semble pas poser plus de problèmes que pour la population générale. Mais l’adaptation opérée par les hommes gays à l’isolement, au vide laissé par l’interdiction de sortir et de se rassembler, impacte de nombreux quotidiens en profondeur et pour le pire.

Cela fait plus de dix ans maintenant que les cathinones sont utilisées dans les rapports sexuels entre hommes en France et nous pensons, actuellement, qu’environ 1 gay sur 5 est concerné par ce type d’usage, sans bien sûr qu’il soit forcément problématique. Il y a eu principalement la méphédrone en Angleterre et la 3MMC ici, nous étions jusqu’ici relativement épargnés par la Tina (le crystal, la méthamphétamine) mais ces cinq dernières années nous font rattraper nos congénères anglo-saxons.

Depuis plusieurs années déjà, certains médecins experts en santé gay alertent sur les conséquences du chemsex, certains militants se mobilisent pour amplifier la réduction des risques spécifiques. Et ceux qui ont été témoins des premiers morts du sida ont pu dire que cela leur rappelait le début de l’épidémie et qu’il fallait nous préparer à une vague d’addiction aux nouveaux produits de synthèse utilisés en contexte sexuel. Pourtant, bien que les produits soient devenus plus visibles et disponibles sur Grindr –les profils proposant des chems semblent se multiplier depuis quelques années et se diffuser dans toute la France, même dans les coins les plus reculés– et que leur banalisation font que les personnes s’y mettent sans s’informer plus que ça, leur utilisation et notamment leur injection ne semblait pas exploser au point de mobiliser plus largement. C’est une toute autre histoire qui se dessine depuis mars 2020.

La situation aujourd’hui a atteint un niveau d’inquiétude inégalé par la fréquence et la gravité des situations rencontrées.

Certains de mes collègues et moi voyons arriver chaque jour de nouvelles personnes qui, du fait de l’isolement et de l’ennui provoqués par les confinements et le couvre-feu, se sont mises à consommer des produits psychoactifs, trop souvent en slam (par voie intraveineuse), sans avoir la moindre idée de leurs conséquences. Ces consommations dégénèrent rapidement et envahissent la vie des personnes.

Ce qui venait d’abord comme un soulagement s’avère être finalement une confrontation inévitable avec les démons qu’on avait pris soin de laisser de côté. Et nous voyons prendre forme tout ce qui se trouvait plus ou moins latent dans les parcours de ces hommes: le besoin absolu d’évasion, le vide laissé par le sexe et la fête, l’identité subie, le manque d’affection, d’amour, de connexion et la solitude.

Aujourd’hui, ils me disent ne parler plus que de «ça», de chemsex, avec leurs patients.

Avant, mes collègues soignants, déjà experts des mondes de vie gays, luttaient contre le VIH, prenaient en charge les hommes gays séropositifs dans leur globalité, faisaient de la prévention à l’occasion de dépistages… Ils ouvraient les discussions sur toutes les dimensions qu’apportait spécifiquement cette orientation sexuelle. Aujourd’hui, ils me disent ne parler plus que de «ça», de chemsex, avec leurs patients.

C’est pourtant dans ce premier contexte, il y a cinq ans, que j’ai commencé à travailler dans la santé gay et à suivre mes premiers patients. Puis rapidement la PrEP est arrivée et nous, en tant que communauté, avons commencé à vivre une libération, pour beaucoup, inattendue. Tellement inattendue que cette pilule bleue fait encore peur à de nombreux gays qui ne veulent pas s’y mettre parce qu’elle pourrait les désinhiber dans leur sexualité. C’est dire comme le poids du VIH est ancré en nous. Au point d’intégrer que la seule chose qui peut nous retenir de baiser, c’est d’être soumis à la menace de la contamination et de toute l’histoire que le virus accroche derrière nous.

C’est en effet une révolution qui s’est entamée avec ce nouveau moyen de prévention. La PrEP vient calmer les angoisses sexuelles et morbides avec lesquelles de nombreux gays se sont construits, souvent différemment en fonction des générations et de l’histoire vécue. C’est, en médecine, une rare satisfaction de pouvoir débloquer autant et instantanément avec le pouvoir du médicament. La PrEP permet toujours ou quasi, d’un coup de baguette magique, d’ouvrir les possibles du sexe entre hommes. Non pas de désinhiber mais de dévoiler ce qui a toujours été là, un plaisir défait du risque d’être puni.

Des comprimés de PrEP. | NIAID via Flickr CC

Ce n’est donc pas «à cause» de la PrEP et de son pseudo-pouvoir désinhibiteur que le chemsex a émergé. Elle n’a pas libéré d’une cage des fauves affamés. Mais elle a fait tomber le rideau, elle a dévoilé tout ce qui nous pèse encore. Et encore plus que le VIH. Elle nous ramène aux réflexions qui se sont, si ce n’est arrêtées, bien ralenties au début des années 1980. Des explorations sur ce que nous sommes, sur qui définit l’homme homosexuel et comment, qui nous construit, comment est-ce que nous bourgeonnons dans notre société. Et en quarante ans, cette société a changé. Mais nous sommes encore obligés de porter de nombreux bagages, de tirer nos casseroles.

Le chemsex donne la sensation d’être en sécurité, entre nous, dans un monde qui ne nous comprend pas.

L’homophobie n’a plus les mêmes formes, et le VIH, à la fois catalyseur du militantisme pour les droits des malades et la démocratie sanitaire, et du militantisme pour l’égalité des droits, a redistribué toutes les cartes. Dans notre société actuelle, nous avons plus de puissance mais celle-ci est d’autant plus hétérogène. Le lobby gay fait son travail mais nos solidarités sont bancales: elles continuent d’exclure au sein même de la communauté ceux qui ne sont pas perçus comme en bonne santé, masculins, riches, musclés et blancs.

Malgré ce positionnement, qui, d’un point de vue d’une société construite sur le même modèle, paraît extrêmement confortable, nous nous construisons toujours pareils: minoritaires, exclus, seuls, avec le sentiment permanent d’être différents et que cette différence nous rend toujours potentiellement moins bons. Nous sommes encore à la fois les objets de mépris, d’incompréhension et de nombreuses fascinations.

Et le chemsex.

C’est dans ce contexte de libération et de confrontation qu’il arrive pour soulager cela. Pour nous donner l’impression de ne plus être seuls, pour nous faire vivre de l’harmonie, pour nous rendre amoureux de nos plans sans lendemain. Nous pouvons enfin baiser en se foutant totalement de nos inhibitions anales inculquées ou des questions techniques que nous fait vivre notre cul. Cette psychologie n’intervient plus. Nous pouvons enfin réconcilier notre sexualité, nos fantasmes, nos plaisirs, nos envies de baiser avec nos besoins de créer du lien, de s’attacher, de se rendre vulnérables et insouciants, sans avoir peur d’en souffrir.

Le chemsex donne la sensation d’être en sécurité, entre nous, dans un monde qui ne nous comprend pas. Et puisque nous comprenons très jeune qu’être homosexuel c’est toujours se battre pour s’imposer face à ceux qui ont toujours leur mot à dire, puisque nous sommes toujours potentiellement moins bons, que vivre comme les autres ne suffit pas, que nous avons toujours plus de raisons d’être insultés ou jugés, nous sommes contraints à repousser les limites de la performance. S’il faut que nous fassions mieux, nous ne supporterons pas d’être médiocres. S’il faut être meilleur, ce sera plus dingue, plus fort, plus long. Et si tout cela nous est servi sur un plateau, nous vivrons l’extase.

Il y a bien des usagers qui prennent ce type de produits pour la simple explosion du plaisir, pour l’expérience mystique ou pour s’amuser. Mais le «lâcher-prise» n’est jamais bien loin. D’un côté il peut y avoir la fuite d’une vie lourde à porter au quotidien, et de l’autre, celle de barrières imposées par la société dans laquelle nous avons grandi et qui se sont immiscées dans notre lit –j’en ai parlé– notamment lorsqu’il s’agit de pénétration anale.

Par-dessus cela, les facteurs de risques d’addiction sont très présents dans la communauté gay. L’isolement en est un, l’expérience de traumas et de violences en sont d’autres, et j’ai tendance à penser que la manière même dont se construit l’identité chez les gays, majoritairement autour de la question du sexe (et non du lien affectif comme pour les hétéros) parce que cela leur est imposé, est un facteur de risque de la perte d’indépendance entre ces produits et le sexe. Même ceux qui s’amusent (et je veux dire par là, qui ne compensent pas un manque quelconque) peuvent glisser vers une consommation plus régulière, plus importante, plus envahissante, au point, d’abord de rendre les rapports sexuels sans produits cérébraux et fades, puis de consommer seul, et enfin de persister dans la consommation malgré les conséquences négatives.

Bien sûr, tous les gays qui vont mal ne consomment pas. Mais c’est d’autant plus inquiétant puisqu’ils sont d’autant plus nombreux. Les difficultés psychologiques de chacun émergent ou s’aggravent pour les mêmes raisons liées à la situation sanitaire et plus globalement. Et on peut noter que le #MeTooGay, en libérant positivement la parole, a aussi réveillé de nombreux traumas difficiles à gérer seul face aux réseaux sociaux. Nous n’avons pas les moyens suffisant d’y répondre, les consultations sont saturées et face au temps que demande la complexité des situations, nous commençons à nous épuiser.

Les gays qui consomment glissent plus violemment parce qu’ils vont plus mal et ceux qui vont mal se mettent à consommer sans modération.

De même, tous les gays qui consomment ne vont pas mal. Et c’est tant mieux si certains se maintiennent dans leur quête du plaisir et si d’autres profitent justement de cette période difficile pour rebondir ou diminuer voire arrêter leurs consommations. Parce qu’ils ne se retrouvent plus dans ces mondes de chems post-covid «qui vont trop loin», parce qu’ils trouvent un mec avec qui partager le monde réel, parce qu’ils ont les ressources pour s’adapter à la situation…

Mais ce que nous voyons, au sein des consultations, c’est aussi un manque criant de ces ressources. C’est que les gays qui consomment glissent plus violemment parce qu’ils vont plus mal et que ceux qui vont mal se mettent à consommer sans modération.

Il me semble nécessaire de rappeler que les personnes malades d’addiction savent qu’elles se font du mal, elles ne sont pas dupes, mais –et c’est la définition de l’addiction– le produit, la défonce, est tellement intégrée par le cerveau comme essentielle qu’elle prendra le dessus sur tout: les amis, le travail, l’argent, le loyer, les tâches de la vie quotidienne…

C’est un phénomène à la fois conscient et inconscient, physiologique et psychologique. Le fonctionnement du cerveau pourra se modifier sous l’effet des produits: il privilégiera dans la prise de décision la partie plus impulsive, basée sur l’émotion, face à la partie plus rationnelle, qui pèsera le pour et le contre d’une action avant de la réaliser et il intégrera progressivement, parfois rapidement, dans le circuit de la récompense et de la mémoire que le produit est un besoin plus essentiel que les autres.

Dans l’abstinence, la volonté ne fait pas tout puisqu’il y a une grande part d’irrationnel. Et finalement, il est beaucoup plus difficile de se confronter à ses démons en y ajoutant les drogues comme soulagement éphémère plutôt que de s’attaquer aux problèmes de fond en amont de la consommation. Les prises en charge et accompagnements des personnes addictes sont longs et compliqués. Ces dernières s’acharnent des mois, voire des années, à retrouver leur vie d’avant, elles restent parfois marquées par l’addiction et par l’envie de consommer pour le reste de leur vie. La sexualité se voit entièrement remaniée, l’image corporelle (et de soi plus globalement) régulièrement d’autant plus altérée, et les problèmes de fond restent à résoudre.

C’est peut-être aussi ce qu’il y a de comparable à l’infection VIH. Une addiction a peu de chances de guérir pour toujours, on l’empêche de se manifester avec un suivi régulier, on calme les envies de consommer en maintenant l’abstinence, mais elle garde un potentiel morbide. C’est une maladie grave qui nous tombe dessus avec la même dose d’irrationnel et que l’on doit prévenir avec le même acharnement.

Quand je vois ce qui sort dans la presse, je ne peux m’empêcher de parler de ma réalité du terrain. J’ai lu notamment –mais il y en a eu d’autres avant lui ces derniers mois– le livre de Johann Zarca, dont le discours et l’interview croisée sur Konbini me donnent du fil à retordre: sortir le chemsex du contexte historique et social des hommes gays rend le phénomène sensationnaliste, donne aux regards hétéros sur la sexualité gay tout le pouvoir dans lequel les gays se débattent au quotidien. Le pouvoir de la façonner, de la définir, de lui donner un cadre de perception qui n’est pas notre référentiel. C’est toujours la même place laissée à la vision de la communauté gay comme hypersexuelle, dégénérée, jouant avec la maladie et la mort, pour le plaisir. Alors qu’il s’agit justement –au moins en partie– de vivre et survivre dans une société qui nous dessine à notre place. Et faire de la promotion là-dessus, vivre là-dessus, vendre un livre à 18 euros là-dessus me plante cette amertume qui me pousse d’autant plus à produire du soin.https://www.instagram.com/p/CLWwzxMoCOU/embed/?cr=1&v=13&wp=1080&rd=http%3A%2F%2Fwww.slate.fr&rp=%2Fstory%2F204533%2Ftribune-urgence-chemsex-hommes-gays-temps-covid-19-sexe-drogues-consommation-aides-medicales#%7B%22ci%22%3A0%2C%22os%22%3A366%2C%22ls%22%3A299%2C%22le%22%3A315%7D

Il est temps de se sortir de ça, d’ouvrir les possibles pour les jeunes générations mais aussi pour les personnes plus âgées. On me dit souvent«Il est trop tard, je suis trop vieux pour faire de nouvelles rencontres, pour inventer de nouvelles relations», ce n’est pas vrai, il se passe des rencontres incroyables désinhibé par les produits, pourquoi pas sans? Quelles sont ces inhibitions? Et pourquoi sommes-nous perpétuellement frustrés et bloqués entre des histoires sans lendemain et l’espoir éternel de trouver l’homme de sa vie?

Nous avons besoin de mobiliser le soin, de faire passer les savoirs, de désamorcer les vécus traumatiques, de prendre le temps, avec ces hommes, d’épanouir les affections.

L’isolement provoqué ou amplifié par les confinements, le couvre-feu et le télétravail est venu s’immiscer dans des parcours fragiles. L’envie de consommer est d’autant plus présente et difficile à faire passer lorsqu’on est seul, lorsqu’on s’ennuie, lorsqu’on ne fait plus de sport et qu’on reste à la maison toute la journée, plus ou moins angoissé par la situation sanitaire. Nous ne comptons plus le nombre d’hommes gays dont les parcours ont créé, enclenchés aux mesures gouvernementales, un mécanisme redoutable et tragique.

Ces personnes ont commencé à consommer parce que le confinement était insupportable. Parce que vivre une rupture avec la famille ou l’entourage, être déjà en situation de précarité financière, sociale, ou encore simplement porter des traumas ou micro-traumas répétés sont des obstacles terribles à l’adaptation que nous a demandé le confinement. Ne plus pouvoir se projeter dans le futur, ne plus pouvoir mettre en place de moment de soulagement, plus léger, puisqu’il fallait revenir à «l’essentiel» et être contraint de se retrouver avec soi-même était déjà une condamnation. Nous ne pouvons plus attendre que des études nous prouve cette réalité. Il y a déjà assez de données dans les pays anglo-saxons pour réagir. Nous avons suffisamment conscience, sur le terrain, de l’iceberg qui se dessine par le discours des hommes gays qui émerge sur ces derniers mois.

Nous savons déjà que rien ne se règlera par le jugement, la pitié ou la fascination et que nous avons besoin de mobiliser le soin, de faire passer les savoirs, de désamorcer les vécus traumatiques, de prendre le temps, avec ces hommes, d’épanouir les affections.

S’il y a un point positif dans tout ça, c’est que la prise de conscience que ça ne va pas mène à la consultation et aux accompagnements par les pairs. Si nous voyons ces personnes, si elles émergent, c’est aussi qu’elles se tournent plus vers le soin. Mais nous ne pouvons plus attendre, il faut que les médecins puissent assouplir les règles du confinement et du couvre-feu au cas par cas, dans le principe de la balance bénéfices/risques pour les personnes les plus vulnérables aux mesures gouvernementales, pour les personnes qui s’enfoncent dans leurs troubles psychiatriques, leurs détresses psychologiques, leurs addictions ou leurs usages nocifs de produits psychoactifs.

Il faut accentuer la prévention et la réduction des risques, notamment dans les consultations PrEP et VIH qui sont le meilleur moyen d’atteindre les gays consommateurs de produits psychoactifs en contexte sexuel. Il est urgent que les médecins qui suivent des hommes gays se forment. Et nous avons besoin d’un plan national de formation et de communication.

Il est tout aussi urgent de mobiliser plus largement et plus intensément toutes les associations LGBT+ et de lutte contre le sida sur ces questions. Il faut utiliser notre réseau de soin communautaire. Et il faut faire émerger urgemment l’impact des mêmes mesures spécifiquement dans chacune des autres minorités.

Et pour cela il y a besoin d’argent et de moyens humains. Il y a une lutte directe contre le Covid, mais il faut aussi financer la lutte contre ses conséquences.

Enfin, à plus petite échelle, si on partage ce type d’infos pour les rendre plus visibles, cela permettra peut-être d’alerter les politiques, les médecins généralistes et infectiologues, les associations et de provoquer des réactions. Nous avons besoin de plus de prises de parole et d’actions plus concrètes, ce sont des vies entières qui sont à reconstruire, ce sont des morts par overdose qui risquent de se multiplier. Et nous ne faisons pas assez.

Thibaut Jedrzejewski est médecin généraliste au 190, centre de santé sexuelle, et à Gaïa Paris. Il travaille principalement sur les addictions et la santé gay. Il parle ici en tant que soignant et en tant qu’homme gay.

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DROGUE

CANNABIS: LES IMAGES IMPRESSIONNANTES DE 4 TONNES SAISIES À ASSILAH

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L’hypocrisie des marocains producteurs de cannabis est fulgurante… En attendant ces tarés qui nous font la morale avec le pur et l’impur sont les plus grands trafiquants de drogue qui empoisonnent et tuent notre jeunesse… Le consommateur de drogue est un double imbécile, car il alimente cette mafia et se détruit la santé… via notre budget URSSAF…

Par Said Kadry le 04/03/2021 à 16h29

Mercredi 3 mars 2021, les éléments du commissariat régional de sûreté de la ville d’Assilah ont réussi à déjouer une opération de trafic international de drogue et saisi une quantité de 4,06 tonnes de haschisch, a affirmé pour Le360, Youssef Jbara, contrôleur général chef du district de police d’Assilah.

Cette opération d’envergure a été menée sur la corniche de la ville. Elle a permis la saisie de cette quantité de stupéfiants qui était emballée dans 117 ballots, ainsi que 2 embarcations pneumatiques et de 4 moteurs et 52 jerricans contenant 1.560 litres de carburants.

La brigade de la police judiciaire d’Assilah a ouvert une enquête, sous la supervision du parquet compétent en vue d’élucider les tenants et aboutissants de cette affaire et d’identifier tous les individus impliqués dans ces actes criminels, a ajouté le chef du district de police d’Assilah.

DROGUES: SAISIE DE 9,5 TONNES DE RÉSINE DE CANNABIS AU NIVEAU DE LA GARE DE PÉAGE DE SIDI ALLAL EL-BAHRAOUI 

Par Le360 (avec MAP) le 22/02/2021 à 12h24Siège DGSN

Le siège de la Direction générale de la sûreté nationale à Rabat.© Copyright : DR

Les éléments de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) ont réussi ce lundi matin, en collaboration avec le Service préfectoral de la police judiciaire de Meknès et sur la base d’informations précises fournies par la Direction générale de la surveillance du territoire, à mettre en échec une opération de trafic de drogue.

Cette opération, qualifiée de “qualitative” a été menée en coordination sur le terrain avec les éléments de la Gendarmerie royale au niveau de la gare de péage de l’autoroute de Sidi Allal El-Bahraoui, où a été intercepté un camion frigorifique transportant un total de 380 ballots de drogue d’environ 9,5 tonnes, dissimulés dans une cargaison de produits alimentaires, indique la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) dans un communiqué.

Le chauffeur du camion utilisé dans cette opération de trafic a été interpellé, ajoute le communiqué, qui fait également état de la saisie d’une somme de 31.800 dirhams, soupçonnée de provenir des activités liées à ces actes criminels.

Le chauffeur du camion soupçonné dans cette affaire a été placé en garde à vue à la disposition de l’enquête menée par la BNPJ sous la supervision du parquet compétent, et ce, afin de déterminer l’ensemble des ramifications locales et internationales de cette activité criminelle et élucider les tenants et aboutissants de cette affaire. 

Cette arrestation vient couronner les efforts soutenus déployés par les services sécuritaires pour lutter contre les différentes formes de criminalité transnationale, y compris les réseaux de trafic international de drogues et de psychotropes, conclut la DGSN.

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