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MAROC

JE CUISINE AU CANNABIS

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Par Mouna Lahrech le 04/03/2021 à 12h00

© Copyright : F. Pomel

Oui, parce que cuisiner des poils, c’est beurk, quoi.

Cela fait un moment que je me suis délestée de mes livres, mais je me souviens de cette petite curiosité, au bas de ma bibliothèque, un livret que j’avais acheté dans une Fnac, sans doute à un euro (ou à 10 F?), au cours d’un séjour en France, il y a très longtemps.

Datait-il de “l’ère alpine”, soit les années où j’ai fait semblant d’être étudiante?
Ou de “l’ère B.”, autant dire le Jurassique Supérieur, où j’ai fait semblant d’être une épouse?

Je ne sais plus. Mais Je Cuisine au Cannabis, car tel est son titre, est un livre de recettes, à base de beuh, bref, d’herbe ou de gazon, comme vous voudrez, qui prenait la poussière au bas de ma bibliothèque. 

Le genre de lecture à la fois utile et très saine, pour qui voudrait ensuite, une fois que son cake ou son omelette au mystérieux ingrédient auront été dévorés, contempler des éléphants roses, affalé sur son canapé, entouré de coussins, en lâchant des petits rires hallucinés… Bien évidemment loin, très loin, de la maréchaussée.

Ce petit machin, j’ai dû le feuilleter distraitement et en souriant, au détour d’un rayon, à Paris ou à Grenoble, avant de me décider à l’acheter, comme par mégarde, puis, évidemment, ensuite ne jamais le lire, ni mettre à exécution ses préceptes.

Mais il a été là, pendant des années, petite curiosité drolatique, gentiment subversive, ce genre de truc qui me faisait lâcher un petit rire, quand il pouvait m’arriver de le retrouver, là, juste en bas, au milieu d’autres bouquins.

Je me demande aujourd’hui, après m’en être délestée, ainsi que de presque tous mes autres livres, ce que M. Abdelilah Benkirane, qui peste en ce moment même sur le projet de loi de la légalisation du cannabis à usage thérapeutique, et qui tente aussi de le bloquer au Parlement, en y faisant jouer ses relations, barbues et voilues, aurait pensé de cet opuscule?

Lui, oui, lui, le (péniblement) licencié en sciences physiques, leader du mal-nommé Parti de la Justice et du Développement, malheureusement toujours au gouvernement, compagnon d’un psychiatre islamiste (?), aujourd’hui au gouvernail? Ce M. Benkirane, qui a lui aussi été à la tête de deux  gouvernements, et qui refuse obstinément, pour une obscure raison, qu’il est aisé de deviner, de quitter les spots des médias?

Cet islamiste sait-il que des livres, il y en a pléthore?
Que le savoir est inépuisable, et que ce qu’il tempête, n’a ni queue ni tête?

S’il avait eu accès à une multiplicité de livres, à une certaine subversion, à la compréhension de l’usage qu’il pourrait faire de sa raison, il ne se permettrait jamais de mener ainsi en bateau, et en toute ignorance, tout un auditoire, qui n’en sait pas davantage.

Légaliser la culture du cannabis, ce sera faire cesser un trafic, dont nous sommes l’un des premiers producteurs mondiaux, lui donner un cadre formel, qui permettrait aux cultivateurs du Rif de recouvrer leur dignité.

Une loi permettra aussi de se mettre au diapason d’autres pays, qui ont légalisé un usage raisonné de cette plante, dont les visées thérapeutiques ont été prouvées par la science.

Cette même science, ces barbus (et leurs suiveuses voilues) font semblant de l’occulter, obnubilés par leurs poils et leur vision manichéenne du monde, un monde qu’ils rêvent de dominer.

Avant de quitter Casablanca, j’ai donné ma bibliothèque, tous mes livres, à deux enfants de mon quartier. Cet opuscule, qui y figurait autrefois, tout en bas, n’y était déjà plus. Mais ils ont aujourd’hui accès à un petit méli-mélo, qui était très perso, et qui leur donnera sans doute envie d’aller chercher, encore et toujours plus, du savoir. 

Je suis sûre que ces deux enfants de Casa ont déjà les yeux plus brillants que leurs camarades.

Oui, vraiment, qu’il pleuve des bibliothèques sur tous les enfants de ce pays, pour que, devenus adultes, ils ne se laissent jamais avoir par le discours angoissant de ces semeurs d’ignorance.

Par Mouna Lahrech

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MAROC

UN DEUXIÈME RAMADAN… PAS COMME LES AUTRES!

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Par Soumaya Naamane Guessous le 16/04/2021 à 12h01 (mise à jour le 16/04/2021 à 14h04)

Soumaya Naamane Guessous.© Copyright : DR

Ramadan est très particulier au Maroc: spiritualité et activité nocturne dense.

L’an dernier, nous avons été privés des joies ramadanesques, à part ch-hiwates qui nous tenaillent toute la journée, tel lawhame (envies de femme enceinte). Le soir, nous nous rattrapons royalement.

Le Maroc est le pays de l’abondance des produits alimentaires d’un terroir généreux, riche, diversifié, gorgé d’un soleil qui donne aux fruits et légumes une saveur unique. Le mets le plus simple est savoureux. Tel le tajine de elbannaya (maçons): vous passez devant un chantier où les ouvriers font mijoter leur tajine. L’odeur vous donne l’eau à la bouche. Pourtant, souvent, il n’y pas de viande, juste des légumes et des condiments. Ajouté à cela, un savoir-faire culinaire ancestral, et ça donne une population dont la principale source de bonheur est de déguster de bons plats.  A la rupture du jeûne, les tables débordent car c’est l’œil qui mange, dit-on. Les plus démunis se rabattent sur les spécialités marocaines. Plus on a les moyens, plus la table est internationale. Les rituels rendent ce mois agréable… Mais à partir du coucher du soleil !

Or, nous allons passer un deuxième ramadan particulier… Pas agréable!

Lamentations, déceptions, colère à l’annonce du couvre-feu! Une décision difficile à prendre vu ses répercussions désastreuses sur l’économie. Mais si sage.

Nous voilà enfermés la nuit. Or, c’est pendant ce mois que l’activité nocturne est dense. Les Marocains occupent les espaces publics massivement pour les prières et pour les loisirs en famille et entre amis.

Ramadan c’est le partage et silate arrahim (renouer avec les proches), une bonne action. Impossible!

Certains sont satisfaits de cette décision, conscients de la menace d’une troisième vague. Rachid: «bonne décision. Souvenez-vous des dégâts provoqués par les déplacements de la population pour l’Aïd el kbir». Les mères sont débordées par les préparatifs: ftour, dîner, s’hour et grignotage entre ces repas. Sabah: «c’est un mois où l’on explose les budgets: on mange et on reçoit beaucoup. Les travaux dans la cuisine sont interminables. Allah, cette année j’aurai la paix». Celles dont les maris sont adeptes des jeux de carte sont ravies: «ils crient, ils boivent, ils mangent. Je n’arrête pas de servir leurs caprices». Certains parents: «nos enfants resteront sous notre garde au lieu de disparaître jusqu’à l’aube». 

Mais beaucoup sont en colère: «le virus ne circule que la nuit?». Non, mais la nuit les villes et les villages sont bondés de nos concitoyens chez qui il y a un relâchement des mesures de protection. Déjà hors ramadan, de nombreux cafés et restaurants ignorent ces mesures. La fermeture des mosquées déçoit énormément. Un père: «l’ambiance autour de la table est triste sans les proches». D’habitude, hommes et femmes renouent avec l’habit traditionnel. Aziza: «frustrant de ne pas porter nos beaux djellabas et caftans. Ça me manque ce côté festif».

Une autre frustration: rester à la maison. Outre l’ennui, les conflits lorsque la famille nombreuse vit dans un espace réduit. Leila: «l’année dernière, c’était invivable: les cris des enfants, les disputes pour la télévision, le père furieux car on le dérange alors qu’il prie, la grand-mère qui veut dormir… D’habitude, les hommes sortent jusqu’au diner et nous les femmes, après les travaux à la cuisine, nous marchons, visitons la famille… Mais là, tout le monde est sur ses nerfs, agressif». 

Les plus frustrés sont les célibataires.

Les jeunes filles, contrairement aux autres mois, ont le droit de sortir la nuit. Là, elles en sont privées. Quant aux jeunes hommes, ils se disent les plus touchés par le couvre-feu. D’abord parce qu’ils ont l’habitude d’occuper les espaces publics la nuit. Ensuite, de jour, ils ne peuvent fréquenter des filles ni avoir des rapports intimes. Jade: «awili ! Un mois sans voir des copines, sans draguer, sans toucher une femme. Mais on va exploser!». Effectivement, les couples sont lésés, privés de leur intimité. Simo: «heureusement qu’il y a Internet, même si ça ne compense pas la privation». Une privation qui développe une grande dynamique dans le web : drague et pornographie.

En temps normal, les Marocains passent tous les jours, en moyenne, près de 8 heures face à la télévision. En ce ramadan-ci, ce chiffre risque de doubler. Espérons que notre production nationale sera à la hauteur et non pas une honte!

Ce ramadan s’annonce triste, mais nous pouvons l’égayer en arrêtant de râler, en cherchant des sources de plaisir, des activités contre l’ennui, en innovant, en optimisant le temps: sport, jeux de société… Au lieu de s’isoler, chacun plongé dans son smartphone. Internet donne la possibilité de se réunir, gratuitement, à distance. Samira: «le premier jour de ramadan, nous avons pris le ftour avec notre fille qui est en France et mon frère au Canada. Nous n’avons pas la joie pas d’être physiquement ensemble, mais c’était agréable et ça évite de manger seule sans ses proches». Pourquoi pas?

Enfin, n’oublions pas que nous sommes dans une meilleure situation que l’année dernière: nous ne sommes pas confinés pendant la journée.  

Notre rôle en tant que citoyens est d’accepter des sacrifices pour être solidaires avec toutes les personnes mobilisées sans relâche depuis le début de la pandémie. Le rôle du croyant est d’œuvrer pour l’intérêt collectif. Ainsi, nous pouvons préparer un ramadan 1442 sain, et serein. Excellent ramadan et armons-nous de sbèèèèèère (patience). Ça ira, in cha’Allah.

Par Soumaya Naamane Guessous

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MAROC

Le Maroc se prépare à combattre l’Algérie ! Après on vous serine l’union du Maghreb et des musulmans alors que ce n’est que haine et conflits…

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ARMEMENT: LE MAROC A COMMANDÉ DOUZE DRONES DE COMBAT À LA TURQUIE

Par Mohammed Boudarham le 16/04/2021 à 12h26 (mise à jour le 16/04/2021 à 12h31)

Le drone turc Bayraktar TB-2.© Copyright : Forum Far-Maroc

Les Forces armées royales (FAR) ont passé commande de drones armés turcs, rapporte le journal en ligne Africa Intelligence. Le360 a pu confirmer cette commande, qui intervient dans un contexte de tension dans la région à cause des exactions du Polisario avec l’appui du régime militaire algérien.

Le Maroc a commandé des drones armés turcs, rapporte Africa Intelligence ce vendredi 16 avril 2021. Le360 a pu confirmer de ses sources cette information. Les FAR vont effectivement réceptionner douze drones armés de type Bayraktar TB-2, fabriqués par la compagnie turque Baykar dirigée par Selçuk Bayraktar, le mari de Sümeyye, la fille cadette du président Recep Tayyip Erdogan.

Cette même commande concerne quatre stations de contrôle au sol pour diriger les opérations. Les Bayraktar TB-2 sont des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) dotés d’une endurance de plus de 24 heures.

Cette acquisition permettra aux FAR d’être à même de manier un outil déterminant, qui fera la différence lors d’un éventuel conflit armé. Fleuron de l’industrie de défense turque en plein essor, «les TB2, des drones armés produits par Baykar, ont ainsi permis aux forces azerbaïdjanaises, conseillées et équipées par l’allié turc, de paralyser une partie de la défense aérienne, de l’artillerie et des blindés arméniens», indique le quotidien Le Figaro.

Et d’ajouter: «les Arméniens n’ayant rien pour contrer ces attaques, ils tomberont comme des mouches. Le bilan des dégâts en dit long: si l’Arménie a perdu 229 chars, 62 véhicules blindés et 76 bases de lancement de missiles dans le conflit, l’Azerbaïdjan, en revanche, n’a perdu que 40 chars, 15 véhicules blindés et une base de lancement de missiles». 

Durant les cinq dernières années, Ankara est intervenue dans quatre pays au total: en Syrie, en Libye, dans le nord de l’Irak et dans le Haut-Karabakh. Le succès militaire de ces interventions n’aurait pas été possible sans drones.

Le Royaume dispose déjà à la fois de drones qui ont pour mission l’acquisition et le renseignement, ainsi que des drones de combat, précisent nos sources. Et d’ajouter que les drones récemment acquis par le Maroc, ont une mission défensive.
La presse algérienne se lâche contre Erdogan

Il y a deux jours, la presse algérienne a critiqué le régime d’Erdogan. Comme à son habitude, le régime militaire d’Algérie active ses relais dans la presse, mais en leur fournissant une fausse raison pour faire diversion au véritable irritant. L’annulation, au dernier moment, par les autorités algériennes de la visite du premier ministre français Jean Castex à Alger, dimanche 11 avril dernier, a été imputée au format réduit de la délégation française, alors que la véritable raison est liée à l’absence du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

«Nouvelle réunion de Rachad en Turquie: Erdogan complote, l’Algérie laisse faire», titre le site Algerie Patriotique, média algérien appartenant au général à la retraite Khaled Nezzar, une figure honnie par le Hirak en raison de ses crimes de guerre, pendant la décennie noire. Algerie Patriotique se base sur un article, encore plus virulent, du quotidien algérien à grand tirage El-Khabar qui titre: «Les relations algéro-turques à l’épreuve» et qui revient, avec plus de détails, sur de supposées rencontres entre les officiels turcs et les chefs du mouvement Rachad.

Des officiers turcs auraient également rencontré les chefs du mouvement Rachad, tenu par les gérontocrates aux commandes du régime d’Alger, pour responsable avec le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) des manifestations du Hirak.

Parmi les responsables de Rachad qui ont fait le déplacement en Turquie, le journal en ligne du général Nezzar cite Mohamed Larbi Zitout, un ancien diplomate algérien, réfugié au Royaume-Uni, et qui est la bête noire du pouvoir, en raison de l’influence sur le peuple algérien des vidéos qu’il poste sur les réseaux sociaux. El-Khabar accuse la Turquie d’avoir promis au mouvement Rachad un appui logistique et politique pour s’emparer de la rue algérienne.

Ce journal ne manque cependant pas de rappeler au président Tebboune sa lune de miel avec son homologue turc, qui a été le premier à visiter l’Algérie, en janvier 2020, juste après la très contestée élection présidentielle de décembre 2019. Ce qui augure un bras de fer entre les généraux et le président Tebboune, très faible, en raison de son tropisme turc.

Toutefois, le motif invoqué par les médias des généraux pour justifier leur irritation à l’égard d’Ankara ne convainc guère. Il est très probable que la livraison par la Turquie de drones de combat au Maroc constitue la véritable raison de l’irritation d’Alger.

Par Mohammed Boudarham

VIDÉO. LES ÉTATS-UNIS S’APPRÊTENT À VENDRE QUATRE DRONES SOPHISTIQUÉS AU MAROC

Par Khalil Ibrahimi le 11/12/2020 à 09h27 (mise à jour le 11/12/2020 à 09h52)drone

Un drone américain MQ-9B SeaGuardian.© Copyright : DR

Les États-Unis négocient la vente d’au moins quatre drones de type MQ-9B SeaGuardian au Maroc, annonce l’agence Reuters, qui cite des sources américaines proches des négociations.

L’accord pour la vente des quatre drones sera discuté dans les prochains jours avec les membres du Congrès, précise l’agence de presse britannique

Les quatre drones SeaGuardian MQ-9B fabriqués par General Atomics ont une portée de 6.000 milles marins (11.100 km) et pourraient inspecter d’immenses étendues de mer et de désert. Ils peuvent servir à diverses opérations de surveillance navale et littorale.

Un accord avec le Maroc serait l’une des premières ventes de drones depuis que l’administration du président Donald Trump a mis en œuvre son projet d’une mise en vente de davantage de drones à davantage de pays, réinterprétant ainsi un accord international de contrôle des armements, le “Régime de contrôle de la technologie des missiles”

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MAROC

LA PEUR DOIT CHANGER DE CAMP

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Par Mouna Lahrech le 28/01/2021 à 12h05

© Copyright : F. Pomel

Ma course accomplie, je m’engouffre dans un taxi, puant et crasseux comme il se doit, mon sac de courses à la main. Cling, clong, les bouteilles s’entrechoquent.

Dans un Marrakech en proie à la pandémie, et vidé de ses touristes, je me laisse aller à un certain désespoir, que je soigne comme je peux. Ma consolation ces derniers temps: aller, à certaines fins de difficiles journées, dans les rayons reculés, discrètement placés, et sous bonne garde, d’une enseigne d’hypermarché, y faire l’emplette d’une dive bouteille et de quelques pintes de houblon. De quoi mettre un léger sparadrap, un petit anesthésiant rigolard, sur cette solitude que je m’impose, cet éloignement que j’ai voulu, cette a-normalité devenue notre quotidien, dans cette ville que je ne connais pas.

C’est donc ce que j’ai fait, pas plus tard qu’il y a quelques jours. Ma course accomplie, je m’engouffre dans un taxi, puant et crasseux comme il se doit, mon sac de courses à la main. Cling, clong, les bouteilles s’entrechoquent, au moment où je pose le sac sur la banquette. A ce son, aisément reconnaissable, le chauffeur, légèrement barbu, crispe colériquement ses mains sur le volant.

Je lui donne mon adresse, il démarre. Tout au long du trajet, qu’il effectue sans piper mot, je ressens sa sourde colère, c’était palpable, une sorte de haine froide, mêlée à de grosses bouffées de violences contenues.

Ça le démangeait visiblement de me jeter hors de son véhicule, mais les courses se font rares, tout comme les taxis, et puis il faut bien apporter de quoi garnir la table, en cette période de crise.

Nous voilà presque arrivés. Je lui demande de serrer à droite, afin de me déposer juste en face de chez moi, tout près d’un marchand de pépites.

Il laisse alors poindre une légère ironie dans sa voix dont il ne parvient pas à maîtriser le sifflement venimeux, et me déclare que c’est justement ce qu’il s’apprête à faire. Il s’arrête, range son taxi le long du trottoir. Je lui tends un billet, attends ma monnaie. Il me rend deux autres billets en retour, et compte bien ensuite sur le fait que j’allais lui faire grâce des pièces.

Mais j’avais reconnu le type de connerie à laquelle obéit ce chauffeur de taxi. A ceux-là, pas le moindre dirham de pourboire. Il farfouille longuement dans son gobelet, s’attendant à ce que je renonce à mes deux pièces. Et moi, paisiblement, je les attends. Pas un dirham de plus. Jamais. Un principe.

Puis, se rendant compte que je ne renonce pas à ma monnaie, il abandonne son avidité pour ces deux malheureuses pièces, et décide de retrouver sa haine envers moi, qu’il avait enfouie, mais qui était encore intacte.

Le barbu me rend le billet de banque que je lui avais donné, non sans prendre le soin de le laisser s’échapper de sa main au moment où je m’apprête à le saisir. Le billet tombe entre le frein à main et le siège à ses côtés. Je le ramasse.

«Je n’ai pas la monnaie, la course est gratuite, descends», me lance-t-il, de sa voix sifflante.

Je lui rends donc ses deux billets, ne fais aucun commentaire. M’apprête à sortir.

Mais il ajoute, en tordant ses lèvres dans un rictus de mépris: «estime-toi heureuse que je t’ai emmenée, avec ce que tu transportes dans ton sac».

Mon sang ne fait alors qu’un tour. Le pauvre, il n’avait pas exactement compris à qui il avait affaire. Une pauvre petite femme, une inférieure, incapable de se défendre, prête à ployer sous le poids de la soumission due à l’appendice dont il est si fier, qui consacre sa supériorité devant l’Eternel? Ha. Ha. Ha.

Il se reçoit illico cette salve de mitrailleuse, ma voix se fait coupante, j’ai des flammes dans le regard:

«Je transporte quoi, dans mon sac? Hein? Dis-moi, petit terroriste islamiste, tu as envie de te faire exploser ici? Tu files rapidement, encore un mot et je prends le numéro de ton taxi et je le transmets à la police!»

Cling, clong.
Bam.

Je sors de cet habitacle puant, non sans faire tinter mes bouteilles, et claque violemment la portière. Les oreilles bourdonnantes, certainement sonné, il ré-embraye, et détale à la vitesse de l’éclair, craignant que je ne mette ma menace à exécution. Je n’ai jamais vu un taxi repartir aussi vite.

Je traverse la rue, me rends chez le marchand de pépites. Avec le prix de cette course, je m’offre des noix de cajou.

Quelques instants plus tard, au moment où lui, se nettoyait les orteils à grande eau, tout en maudissant l’expression du mal incarné qu’a été, de son avis, mon apparition dans son taxi, j’ai porté un toast solitaire à une perdition future de ces barbus prédicateurs qui ont manipulé sa pauvre cervelle embrumée.

Et cronch, cronch, les noix de cajou, pour accompagner cette petite blonde mousseuse, et bien fraîche, c’est pas mal du tout.

Par Mouna Lahrech

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