Islam modéré ou islamisme dissimulé, les ambiguïtés de l’Amif, l’association musulmane pour l’islam de France

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Par  Quentin HosterPublié le 21/11/2020 à 17:00Chapô

L’Association musulmane pour l’islam de France, futur organe régulateur de l’opaque “marché” du culte musulman français, a pour juste vocation de le débarrasser des influences étrangères. Mais doubles discours et ambiguïtés interrogent sur ses influences…

L’argent est le nerf de la guerre, et le présent conflit ne fait pas exception. Emmanuel Macron l’a compris, il faut assécher “l’hydre islamiste” pour mieux la décapiter. Prosaïquement : défaire son projet d’“islam de France” des influences financières étrangères. C’est la mission confiée à l’Association musulmane pour l’islam de France (Amif), fondée début 2019 par Hakim El Karoui. Camarade du futur président à la banque Rothschild, le normalien, ancien collaborateur de Jean-Pierre Raffarin, s’est fait une légitimité auprès de l’Institut Montaigne, avec deux rapports à l’intention clairvoyante : “Un islam français est possible” (2016) et “La fabrique de l’islamisme” (2018). Dans le premier, le consultant y esquissait déjà quelques pragmatismes, bientôt mis en œuvre au sein de l’Amif. D’abord, la création d’une association culturelle, loi de 1901, percevant une redevance sur les pèlerinages à La Mecque, dédiée à un financement transparent du culte islamique en France. Ensuite, la fondation d’une association cultuelle, loi de 1905, dévolue à l’aspect religieux, de la formation des imams à l’encadrement de la construction des mosquées. Le but, pour Hakim El Karoui : « Ne pas laisser l’islam aux islamistes. » Louables et indéchiffrables intentions se mêlent pourtant, à s’intéresser aux membres de l’institution en devenir.

Médiatique voix musulmane française, Tareq Oubrou, imam à Bordeaux, fait déteindre certaines ambiguïtés sur l’association, prise en main aux côtés d’Hakim El Karoui. Dans Les cloches sonneront-elles encore demain ? (Albin Michel), Philippe de Villiers exhumait cette saillie du théologien, alors membre de l’UOIF (Union des organisations islamiques en France), classée organisation terroriste par les Émirats arabes unis en 2014, puis habilement renommée, dans une vocation hégémonique, Musulmans de France : « Le califat est une obligation, et la réunion des musulmans, l’union autour de ce calife, est une obligation. Et tant que les musulmans ne sont pas réunis autour du califat, ils sont des pécheurs, sauf ceux qui œuvrent pour instaurer ce califat. » Peut-on croire à la bonne volonté de l’auteur de ces mots, aujourd’hui donné en exemple d’un “islam républicain” ? Ce dernier laissait voir une lecture incertaine, en quittant l’UOIF : « Il ne s’agit pas d’une rupture. […] Ce n’est pas parce que vous quittez la maison où vous avez grandi pour faire votre vie d’adulte que, forcément, vous rompez avec votre famille. »

Sur quel pied danser ?

Pour le géopolitologue Alexandre del Valle, coauteur du Projet (L’Artilleur), la dialectique de Tareq Oubrou répond à une subtile stratégie : « S’il n’est qu’inspiré par les Frères musulmans sans en être membre, il semble adhérer à la charia de minorité, quiprévoit de réduire la loi islamique à ce que la République permet. » Cible d’une fatwa lancée par l’État islamique, l’imam de Bordeaux multiplie pourtant les déclarations éclairées, de la nécessaire « visibilité discrète de l’islam » à la quasi-réprobation du foulard islamique, « devenu un objet obsessionnel ».

Disciple d’Oubrou auprès de l’Amif, l’imam de la mosquée d’Ivry-sur-Seine, Mohamed Bajrafil, semble lui aussi faire preuve d’ubiquité : tantôt disciple supposé de Qaradawi, théologien des Frères musulmans

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