«Emprise» : au nom des 99,9%…

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La majorité silencieuse réclame un dédommagement aux mâles alpha

parBertrand Fitoussi – 6 mars 2021317 PARTAGESPartagezTweetezPartagezEmail106


Il serait temps que les hommes normaux qui avaient vingt ans dans les années 80 demandent des comptes aux winners du sexe qui trichaient en plaçant les femmes sous «emprise»…


Lorsque j’étais jeune et que je draguais, comme l’immense majorité de mes potes, je me prenais veste sur veste. Mon taux de réussite calculé sur une série longue était proche de 0%. Toutes les filles, toutes, les belles, les moches, les jeunes, les vieilles, les intelligentes, les idiotes, toutes, sans exception, voulaient sortir avec un tout petit nombre de garçons, 0,1% environ, toujours les mêmes, en général des gars beaux et virils, souvent un peu plus âgés, et/ou connus, et/ou riches, mais toujours très sûrs d’eux, des « winners ». Du genre PPDA ou ces types en boite assis aux meilleures tables, avec cinq mannequins de l’agence Élite autour d’eux, vous vous souvenez?

Bref, la situation de marché était la suivante:

– moi et 99,9% des mecs, aucun succès.

– 0,1% des mecs croulaient sous la demande unanime des filles et ne pouvaient répondre à toutes ces sollicitations.

C’était un peu énervant mais on acceptait, car c’était ainsi qu’allait le monde. Cela ne nous empêchait ni d’être heureux, -on discutait entre copains, on regardait du foot, on jouait à la belote, pendant que les 0,1% d’élus faisaient l’amour-, ni de trouver -après mille échecs, sur un malentendu-, une femme qu’on aimait.

Grâce aux progrès scientifiques du  féminisme

Sauf que… je réalise aujourd’hui, grâce aux progrès scientifiques du féminisme, qu’en fait, les filles voulaient (au fond d’elles-mêmes) sortir avec moi et la majorité silencieuse! Mais voilà, elles étaient « SOUS EMPRISE » des 0,1% de mecs! En fait ces hommes les « violaient », selon la nouvelle définition. On le comprend aujourd’hui avec toutes ces femmes qui, 20 ou 30 ans après leur relation, accusent de viols ces mâles alpha, -précisément ceux qui nous piquaient toutes les nanas à l’époque-, car elles réalisent enfin, grâce, donc, aux magnifiques progrès de la science, qu’elles étaient « SOUS EMPRISE. »

Au nom des 99,9% de mecs qui se prenaient des vestes, je demande aujourd’hui solennellement réparation, pour préjudice moral, à tous ces types qui ont couché avec des milliers de femmes, les PPDA, Patrick Bruel, chanteurs, artistes, acteurs, coureurs automobiles, présentateurs, sportifs, patrons millionnaires, pilotes de ligne, chirurgiens médiatiques et aussi les moins connus du grand public, toi Alex A, toi Samuel R (vous vous reconnaîtrez, c’est facile, à l’instant où j’écris ces mots, une fille nue, -SOUS EMPRISE-, différente de celle de la veille, sort de vos draps).

Une tricherie historique

Vous avez triché avec votre « EMPRISE » bande de salauds.

Nous, les hommes normaux, avons été privés de femmes à cause de vos pratiques déloyales: nous exigeons un dédommagement pour corriger cette tricherie historique.

Les souvenirs de viols se ramassent à la pelle

parJean-Paul Brighelli – 19 février 2021798 PARTAGESPartagezTweetezPartagezEmail837

Florence Porcel © LCHAM/SIPA Numéro de reportage : 00672823_000017

Après Richard Berry, accusé par sa fille, voici PPDA, violeur d’une ex-groupie. Le Parisien, jamais en retard d’un récit libidineux, narre dans le détail l’accusation à laquelle l’ex-présentateur de TF1 doit répondre. Que son accusatrice ait elle aussi un livre sur le gaz n’a bien entendu aucun rapport avec le soulagement soudain de sa conscience.

Tout remonte à l’automne 2004. Une étudiante ambitieuse écrit une lettre à PPDA, dont elle admire les romans, ce qui témoigne d’un goût littéraire très sûr, et y joint des extraits de ses œuvres à venir. Le présentateur finit par lui répondre, l’appelle tard le soir, et lui demande (dit-elle) si elle a un copain, et combien de fois elle se masturbe par jour ou par semaine. Des questions bien innocentes posées à 11 heures du soir, et qui ne mettent pas du tout la puce à l’oreille — ni ailleurs. C’est donc en toute innocence, figurez-vous, qu’elle se rend au rendez-vous que lui fixe un homme connu pour sa séduction, et de fil en aiguille… « J’étais vierge », déclare-t-elle. Sans doute, comme toutes les pucelles, entendait-elle le rester, c’est même pour ça qu’elle était là. « Florence Porcel affirme n’être pas parvenue à s’enfuir sous l’effet de la surprise et de la sidération, mais soutient que sa panique était clairement perceptible et qu’elle a émis des cris de douleur », écrivent Jean-Michel Décugis et Jérémie Pham-Lê. Oui, il est assez rare que ça passe comme une lettre à la poste.

« A l’époque, l’étudiante n’aurait pas pris conscience qu’elle venait de subir un viol », continuent nos duettistes. L’idée ne lui en est venue que 16 ans plus tard. Entre-temps, elle retrouve notre Don Juan en 2009, et lui taille une pipe — « non, non », dit-elle, d’autant qu’il s’agit d’une « fellation non protégée ».

C’est curieux, cette appétence soudaine pour le goût latex…

Porter plainte ? Elle y pense, dit-elle, mais y renonce, en considération du statut de star du prédateur. Elle conserve néanmoins ses messages, afin d’alimenter le roman qui vient de sortir (Pandorini, chez Jean-Claude Lattès). Un roman à clef, forcément. « Cathartique », disent les rédacteurs du Parisien, qui ont fait des études.

Tout tient désormais à un mot — non pas « viol », mais « emprise » — je souhaite bonne chance aux juristes chargés de donner du contenu à un mot qui n’existe pas dans le Code. « [Florence Porcel] décrit un mécanisme d’emprise psychologique dans lequel elle se serait alors enferrée, un système de déni né de l’admiration qu’elle avait pour cet homme célèbre, puissant et bien plus âgé et son désir de percer dans le monde littéraire. »

Admirez comme tous les mots sont bien en place. « Emprise » chapeaute la phrase, de sorte que « déni » passe pour une preuve à charge, et qu’« admiration » et « désir » sont évacués en fin de raisonnement. Il suffirait d’inverser l’ordre pour obtenir l’effet inverse, et montrer que l’accusation d’emprise naît du déni du désir.

Mais a posteriori, quelle délectation de ré-écrire l’histoire !

Il va falloir sérieusement réviser les concepts littéraires les mieux établis. Héloïse et Abélard ? Emprise d’un éducateur sur une élève — oh comme on a bien fait de lui couper les roubignoles ! Tristan et Yseult (la blonde, pas celle qui fait de la publicité pour l’obésité morbide) ? Emprise par l’intermédiaire d’un élixir « drogue du viol » du XIIe siècle ! Roméo et Juliette, Phèdre et Hippolyte, Paul et Virginie, même tonneau : emprise, vous dis-je !

Autrefois, on appelait ça de l’amour. Oui, mais ça, c’était avant. #MeToo est passé par là, la parole des femmes est sacrée, aucune femme ne mentirait sur un sujet pareil.

Qu’un sentiment d’horreur, voire de haine, puisse se conjuguer assez souvent au désir ne trouble pas la conscience de nos modernes accusatrices. Que Psyché se rende chaque soir chez un « monstre », que la Belle tombe amoureuse de la Bête, que Blanche-Neige soit fort aise que le Prince lui ait roulé une pelle assez énergique pour déloger le petit bout de pomme empoisonnée resté dans un plombage, ou que la princesse Aurore se soit fait réveiller sans son consentement par ce même Prince (un serial niqueur, celui-là, il est présent dans tous les contes), peu chaut désormais au chœur des demi-vierges. Elles veulent des têtes — et, à défaut, des têtes de nœud.

Quant à la part de publicité calculée, comme dans d’autres récits de viol la part de règlements de comptes, ou la part de fantasme et de souvenirs implantés, il reste à la Justice à s’en démêler. En attendant, les réseaux sociaux, peuplés de gens qui ne se font faire de gâteries que sur Pornhub, se déchaînent, et affirment péremptoirement qu’Untel est coupable, et tel autre aussi : victime, voilà un statut moderne et fashionable. Facebook ou Twitter, c’est le règne de tous les Savonarole et de tous les Fouquier-Tinville d’occasion. Vite, l’adresse de PPDA (après tout, le Parisien a bien indiqué récemment où coincer Olivier Duhamel pendant qu’il sort son chien), afin que nos exécuteurs publics sachent où lyncher l’infâme — ce qui leur sera permis seulement après avoir acheté le dernier livre dénonciateur.

Sur la masse des prédateurs supposés, il y en a un certain nombre qui sont blancs comme neige. Mais subsistera quand même la satisfaction d’avoir sali quelqu’un, ce qui permet de se sentir bien propre. On vit décidément une époque formidable.

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