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ARMÉE FRANÇAISE

Au sujet du droit de réserve des militaires ?

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L’EXPRESSION DES MILITAIRES : UNE LIBERTÉ AU SERVICE DE LA NATION

Par le Capitaine de corvette Eric Mailly, officier stagiaire de la promotion Gallois, 24ème promotion de l’École de guerre.

“Une Nation qui fait une grande distinction entre ses érudits et ses guerriers verra ses réflexions faites par des lâches et ses combats menés par des imbéciles”.
Il y a 2500 ans déjà, Thucydide nous mettait en garde contre la tentation de confiner le guerrier dans un rôle d’exécutant, de technicien de la chose militaire. Tentation assez naturelle, tant l’appareil militaire représente un instrument indispensable à l’exercice du pouvoir politique, mais aussi un risque potentiel pour celui-ci. En effet, de l’analyse critique à la désobéissance, l’écart semble parfois trop mince pour le pouvoir politique, notamment en France, où le traumatisme de la crise algérienne reste très présent. Ce poids historique et une certaine culture institutionnelle1 ont créé les conditions d’une interprétation trop restrictive du devoir de réserve, qui ne sert qu’en apparence les intérêts de la Nation.
A l’heure où, selon Bertrand Badie2, l’usage de la puissance ne produit plus systématiquement les effets attendus, il devient aussi urgent d’investir dans la matière grise militaire que dans le renforcement des moyens. Il est également nécessaire de reconsidérer l’interprétation du devoir de réserve. La création d’un cadre favorable, qui encourage les militaires à la réflexion personnelle et à la publication des fruits de cette réflexion, permettra alors le renouvellement de la pensée militaire. En effet, si on ne favorise pas, aujourd’hui, l’émergence des Beaufre et de Gaulle du XXIème Siècle, sur quels stratèges la France pourra-t-elle compter demain pour gagner ses batailles?

« Ceci peut s’expliquer par une certaine autocensure, héritage de la guerre d’Algérie et des contraintes liées à la doctrine de la dissuasion », indique le Rapport de la commission de révision du statut publié en 2003. http:// www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/034000646/index.shtml, p5.page1image2893436912

BADIE Bertrand, l’impuissance de la puissance , Fayard, 2005.

Pourquoi est il urgent d’investir dans la matière grise des militaires

Le champ d’expression des militaires est vaste : il s’étend du récit d’expériences vécues en opérations, à la pensée stratégique, en passant par la défense du statut et la condition du personnel. Chacun de ces registres d’expression aborde un aspect du métier des armes qu’il est utile de faire connaître à la Nation. En effet, la dégradation du lien armée-nation s’est accentuée avec la fin de conscription et ne peut être compensée sans un effort d’explication accru des particularités du métier des armes et des enjeux de défense. Les militaires ont toute légitimité pour en être les acteurs majeurs en usant de leur liberté d’expression. En 2003 déjà, la commission de révision du statut miliaire3, notait que ” le temps n’est plus où le colonel de Gaulle publiait Vers l’armée de métier et regrettait que “les militaires participent peu aux débats sur la défense “.

Mais comment créer du lien entre les 200 000 militaires, toujours moins nombreux, et 65 millions de Français, dont le quotidien est très éloigné du champ de bataille ? Ne faut-il pas commencer par le récit de cette expérience singulière que constitue la guerre, en témoignant du vécu des opérations menées par les armées ? Ces témoignages sont indispensables, car ils contribuent à donner sa place au soldat et au fait militaire dans la vie de la cité, qui lui reconnaît alors sa légitimité. Des écrits de grande qualité existent d’ailleurs, comme ceux du chef de bataillon Erbland4, à la fois récit de guerre, et réflexion sur la guerre comme expérience intérieure et expérience de commandement. Ces démarches contribuent également à renforcer la résilience d’une population, qui n’a pas connu la guerre sur son territoire, en lui rappelant, selon la formule d’Aron, que “l’histoire est tragique”. Ainsi, le militaire partage l’expérience de la guerre et prend sa place dans la cité.

Au-delà du témoignage, les militaires, en tant que praticiens de l’art de la guerre, doivent pouvoir contribuer librement aux débats sur les enjeux de défense. En 1963, Liddel Hart, dans sa préface à l’introduction à la stratégie, rappelait combien la pensée stratégique du général Beaufre s’appuyait sur son expérience opérationnelle :

“Cette extraordinaire variété d’expériences fournit au profond penseur qu’est ce soldat une base exceptionnelle de réflexions pour étudier la conception et l’application de la stratégie à des situations et à des opérations réelles

La présence visible des militaires au cœur des débats sur les sujets de défense contribuerait à légitimer l’effort financier important consenti par la nation dans la défense5.
Par ailleurs, l’histoire nous apprend également que la réflexion stratégique développée dans les états-majors, doit être mise au défi par la réflexion indépendante des militaires, sous peine d’entraîner l’appareil de défense dans une sclérose intellectuelle fatale pour sonpage2image2958378480

Brice Erbland, ” Dans les griffes du Tigre “, Les Belles Lettres, 2014.

5 La défense est le 2ème poste de dépense de l’État avec 39,7 milliards d’euros, pensions incluses.

efficacité. Marc Bloch dénonçait déjà ce phénomène dans l’étrange défaite6 expliquant qu’il procédait avant tout d’une faillite intellectuelle des chefs militaires. Encore faut-il que ces chefs aient été incités au cours de leur carrière à développer une réflexion personnelle et à l’exprimer librement. Interrogé sur la campagne de France, le général Guderian faisait cette réflexion au sujet des propositions portées par le colonel de Gaulle en 1934 dans vers l’armée de métier : ” L’étonnant n’est pas que de Gaulle y ait songé, mais qu’il ait été, semble-t-il, le seul en France à le faire, et que ses idées y aient été si mal accueillies “.

A notre époque, où la sémantique de la guerre est omniprésente dans le discours politico- médiatique, quelle part effective les militaires prennent-ils à la réflexion stratégique développée en dehors du cadre institutionnel? Le devoir de réserve est-il un frein à cette expression?

Devoir de réserve : de quoi parle-t-on?

L’expression “devoir de réserve” est en soi problématique car elle ne figure dans aucun texte régissant les droits et devoirs des militaires. Il n’existe donc pas à proprement parler, de “devoir de réserve”. En revanche, l’article L4121-2 du code de la défense précise effectivement que les opinions politiques ” ne peuvent être exprimées qu’en dehors du service et avec la réserve exigée par l’état militaire “. Par ailleurs, selon les termes de la loi 2005-270 portant statut général des militaires, ceux-ci doivent se plier aux exigences de “discipline, loyalisme et neutralité”. Faut-il en conclure que l’expression du militaire ne peut contenir aucune analyse critique pour respecter les exigences de loyalisme et de neutralité ? Cette interprétation, qui prévaut aujourd’hui, est excessivement restrictive et ne sert qu’en trompe l’œil les intérêts qu’elle ambitionne de défendre.

En effet, il convient de rappeler la valeur d’exception de cette obligation car, comme le mentionne l’article D4121-1 du code de la défense, “tout militaire a le droit de s’exprimer librement dans le respect des dispositions du statut général des militaires”. Il précise également, au sujet des droits et devoirs accordés aux citoyens, dont bénéficient également les militaires, que ” l’exercice de certains d’entre eux est soit interdit, soit restreint “. S’agissant d’une liberté fondamentale inscrite dans la constitution, il est nécessaire d’identifier précisément les justes limites à fixer sur l’expression des militaires, en évaluant les risques associés pour les armées et la Nation.

Or, les limites associées au devoir de réserve ne sont pas clairement identifiées. Il est généralement reproché de ” dépasser les limites imposées par le devoir de réserve ” sans que l’on connaisse précisément les critères qui permettent de définir ce devoir. Le cas du
lieutenant-colonel Matelly est à cet égard intéressant car c’est le seul à avoir été porté en justice, et pour lequel une formalisation des sanctions est connue.

du commandement”.

Marc Bloch, l’étrange défaite : ” certaines défaillances ont eu leur principale origine dans le battement trop lent auquel on avait dressé les cerveaux.” et “quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité

JH Matelly a été rayé des cadres de la gendarmerie en 2010 (puis réintégré en 2011) pour avoir publié et exprimé des points de vue critiques sur le projet de rattachement de la gendarmerie au le ministère de l’intérieur.

J. Piednoir 8 relève ainsi, dans le décret de radiation de J.H. Matelly que le devoir de réserve est défini comme ” l’exigence de loyalisme et de neutralité liée au statut militaire “. Un lien permanent est donc fait entre deux éléments distincts, la notion de réserve d’une part et les exigences statutaires des militaires d’autre part, pour cantonner la liberté d’expression dans le périmètre étroit de la parole institutionnelle. On renonce à donner des limites précises à cette liberté d’expression sur laquelle pèse constamment la menace d’une lettre de cachet timbrée des libellés « loyalisme et neutralité ». Ainsi, la décision de radiation affirme que le devoir de réserve aurait finalement été violé du seul fait d’avoir exprimé ” une désapprobation claire vis à vis de la politique conduite par le gouvernement “, sans considération pour la pertinence des arguments invoqués ou la forme adoptée. Hors quel est l’intérêt d’une prise de parole si elle n’est qu’une reformulation de la ligne de pensée officielle ? Dans ce cas précis, le reproche était d’autant moins fondé que l’article du LCL Matelly critiquait un projet de loi et non une politique menée en application d’une loi déjà votée. Selon cette interprétation du devoir de réserve, il aurait fallu radier des cadres le colonel de Gaulle en 1934, ses propositions allant manifestement à l’encontre des grandes orientations de la politique de défense de l’époque.

La prise de parole critique des militaires, quand bien même elle se veut constructive et vise l’intérêt général, est considérée, d’une part comme une atteinte au dogme d’une certaine infaillibilité institutionnelle, et d’autre part comme la remise en cause d’un monopole de la légitimité à définir une politique de défense. Dès lors, dans cet environnement hostile à l’expression des militaires, ces derniers s’expriment peu sur les enjeux de défense. Il en résulte une certaine atrophie de la pensée militaire. On peine à identifier parmi les contemporains, les successeurs des penseurs militaires du XXème siècle (Poirier, Ailleret, Beaufre…).

D’ores et déjà, les Associations Professionnelles Nationales de Militaires (APNM) constituent, en complément des outils institutionnels, un nouvel espace pour exprimer les idées visant à améliorer les conditions de vie et d’exercice du métier des armes. Cette liberté de se constituer en association ou d’y adhérer, peut être considérée de facto comme une extension de la liberté d’expression des militaires, qui augure d’évolutions futures.

Changer de paradigme ?

En préservant l’institution, le devoir de réserve est fondamentalement destiné à protéger la Nation et ses intérêts supérieurs. L’article 1er du statut général des militaires affirme clairement : “L’armée de la République est au service de la Nation”. Si la libre expression des militaires n’a pas vocation à déstabiliser une institution, le devoir de réserve n’a pas non plus pour vocation de protéger les intérêts d’un parti ou d’un courant politique. Quand le général Soubelet exprime des éléments factuels sur l’action de la gendarmerie, il faut considérer cette prise de parole comme la manifestation d’une loyauté sans détour vis à vis des représentants de la nation et non estimer qu’il outrepasse son devoir de réserve, parce qu’il met en évidence certaines contradictions. Ainsi, il est nécessaire d’accepter que l’expression publique des militaires puisse, dans le cadre d’un débat d’idées interroger des visions, des choix,

Julien Piednoir, ” Affaire Matelly : l’obligation de réserve d’un officier chercheur “, AJFP n°2 mars/avril 2011, p63.

notamment lorsque ceux-ci s’avèrent susceptibles de porter atteinte à l’intérêt de la Nation. C’est une question d’éthique et de courage, au service de la nation.

Ainsi, le loyalisme ne doit pas être compris comme une injonction d’alignement inconditionnel. Ana Beduschi-Ortiz9, propose de le définir comme ” le lien de fidélité absolue, qui peut exister entre l’agent public et l’Etat ou celui qui l’incarne”. Cette fidélité est effectivement indispensable pour le bon fonctionnement des institutions. Cependant, seule une fidélité ” vivante ” peut réellement servir à la fois la Nation et l’État, comme le suggérait Bernanos :

” je crois qu’on ne saurait réellement servir qu’en gardant vis à vis de ce que l’on sert une indépendance de jugement absolue. C’est la règle des fidélités sans conformisme, c’est à dire des fidélités vivantes.”

Si l’on exige des militaires une fidélité de principe en toute circonstance, comment attendre d’eux qu’ils développent le discernement nécessaire pour, “aux heures troubles de l’histoire “, faire le choix de l’autorité légitime, qui ne sera peut-être pas l’autorité légale ?
Un exemple éclairant réside dans l’ouvrage du colonel Mc Master, de l’US Army, Dereliction of duty. Il montre comment un alignement inconditionnel du militaire sur le politique peut constituer finalement un “manquement au devoir”, susceptible d’aboutir aux pires fiascos politiques. Les généraux en charge de la conduite des opérations au Vietnam ont manqué de relever l’incohérence et le flou des buts de guerre assignés par les décideurs politiques : Mac Namara et L. Johnson. Au contraire, ils se sont appliqués à produire des comptes rendus de terrain entretenant faussement l’espoir d’un possible succès militaire, contribuant ainsi à prolonger inutilement ce conflit.

Enfin, l’expression des militaires est un gage de transparence sur le fonctionnement des armées et les débats qui les animent, bien plus qu’une censure excessive qui incite finalement au contournement. Les groupes Surcouf en 2008 ou Marc Bloch en 2013, ont été, sous couvert d’un anonymat improbable, les succédanés maladroits d’une expression sur les enjeux de défense, dont les militaires se sentaient exclus10. Quand le Général Desportes, en dehors de toute responsabilité opérationnelle et en des termes très mesurés, exprimait des doutes sur la stratégie américaine développée en Afghanistan, son expression s’inscrivait manifestement dans une démarche de recherche de l’intérêt général, en suggérant des orientations alternatives et compatibles avec l’intérêt national. S’il est indéniable que de telles prises de position peuvent gêner, elles sont également la garantie que l’intérêt national n’est pas captif d’une pensée unique, qui en revendiquerait le monopole. Il ne s’agit donc pas de laisser se développer une prise de parole anarchique, mais d’inciter au contraire à une expression argumentée, solide sur la forme comme sur le fond dans l’intérêt de l’institution et de la démocratie.page5image2956061264

Ana Beduschi-Ortiz, ” la notion de loyauté en droit administratif “, p. 944, in AJDA, Ed. Dalloz, 2010, pp.944-95 On peut notamment regretter le nombre trop faible d’officiers présents dans la commission du livre blanc.

Quelle ambition pour l’expression des militaires ?

L’histoire plaide en faveur du rôle des militaires comme acteurs de la cité. Il faut sortir d’une vision caricaturale de l’action miliaire présupposée autoritaire, qui vise à le cantonner dans un état de minorité citoyenne. Comme le rappelle le général Soubelet11, au sein du gouvernement du Maréchal de Mac Mahon et sur les bancs de l’assemblée, une soixantaine d’anciens militaires, ont voté les lois portant sur la séparation de l’église et de l’Etat, la légalisation des syndicats, la loi Naquet sur le divorce.

Certes l’expression des militaires ne doit pas nuire à l’efficacité opérationnelle des armées ni porter atteinte à sa cohésion à travers un prosélytisme politique, religieux ou idéologique déstabilisateur. Mais une approche trop coercitive rigide du devoir de réserve a stérilisé la production intellectuelle des militaires sans pour autant préserver les armées.

La méfiance historique à l’égard des militaires n’a plus de raison d’être. Les prises de parole publiques récentes des militaires ont été guidées par le souci de l’intérêt général, formulées dans des termes modérés, selon un argumentaire solide et ne reprenant que des informations accessibles à tous. En réinvestissant le débat public sur les questions de défense, les militaires contribuent à légitimer l’effort consenti par la Nation, tout en renforçant la transparence sur le fonctionnement de leur institution. En s’exprimant, ils manifestent la loyauté que la Nation attend d’eux mais témoignent également de leur participation active à la défense de ses intérêts.

Non seulement l’interprétation actuelle du devoir de réserve est inefficace, mais elle est contre-productive. Elle prive la nation de la seule ressource stratégique non soumise à des contingences budgétaires : la matière grise des officiers. Or, plus le rythme des évolutions technologiques et des opérations s’accélère, comme dans la période actuelle, plus nous avons besoin d’audace dans la pensée militaire, celle des praticiens, car elle conditionne le renouvellement plus rapide des concepts stratégiques.

La libre expression des militaires est un signe de vitalité démocratique et le plus sûr auxiliaire de la victoire !

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ARMÉE FRANÇAISE

Tribune controversée: 18 militaires signataires vont passer devant un conseil militaire

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Selon le chef d’état-major des Armées, le général François Lecointre, certains signataires risquent la radiation

ARMÉE FRANÇAISE – Les militaires signataires d’une tribune controversée dénonçant le “délitement” de la France et appelant à “soutenir les politiques” qui œuvreront contre vont être sanctionnés, a annoncé ce mercredi 28 avril le chef d’état-major des Armées.

Les 18 soldats d’active identifiés “recevront des sanctions disciplinaires militaires”, a déclaré le général François Lecointre au quotidien Le Parisienen évoquant des sanctions “plus fortes pour les plus gradés”.

“Je considère que plus les responsabilités sont élevées, plus l’obligation de neutralité et d’exemplarité est forte”, a-t-il martelé.

Les généraux en “deuxième section” signataires -proches de la retraite mais qui peuvent toujours être rappelés- risquent pour leur part “la radiation, donc la mise à la retraite d’office”, a-t-il ajouté. 

“Ces officiers généraux vont passer chacun devant un conseil supérieur militaire. Au terme de cette procédure, c’est le président de la République qui signe un décret de radiation”, a précisé le général Lecointre.

“Je souhaite que leur mise à la retraite d’office soit décidée”, a-t-il pour sa part relevé en évoquant “une procédure exceptionnelle”, lancée à la demande de la ministre des Armées.

Florence Parly a demandé lundi des sanctions à l’encontre des signataires, jugeant leurs “actions inacceptables” et “irresponsables”.

“Je vais lui envoyer une lettre pour lui dire qu’il est indigne”

Parmi les signataires, le général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère, a déjà été radié en 2016 des cadres de l’armée pour avoir participé à une manifestation interdite contre les migrants à Calais.

“Je vais lui envoyer une lettre pour lui dire qu’il est indigne, salit l’armée, la fragilise en en faisant un objet de polémique nationale”, a indiqué le général Lecointre.

“Je leur conteste à tous (…) le droit de prendre des engagements politiciens en mettant en avant leur grade”, a-t-il ajouté.

La tribune, publiée par Valeurs Actuelles le 21 avril, signée notamment par une vingtaine de généraux,  appelle le président Emmanuel Macron à défendre le patriotisme.

Les signataires dénoncent le “délitement” qui frappe selon eux le pays et se disent “disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation”.

“Si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre (…), provoquant au final (…) l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles (…)”, promettent-ils dans ce texte mis en ligne 60 ans après le putsch des généraux d’Alger.

“Le fantasme du putsch me paraît hors de propos. Il n’y a pas la moindre tentation de ce genre”, a répliqué le général Lecointre, interrogé sur le lien avec la guerre d’Algérie.

Tribune de généraux à la retraite : révélation d’une chasse aux sorcières

mercredi 28 avril 2021, par  Adélaïde Motte

“Déshonneur des généraux français”, “putsch”, “coup d’État”, les médias et hommes politiques n’en finissent plus de vouer la tribune des généraux, publiée la semaine dernière sur le site de Valeurs Actuelles, aux flammes de l’enfer. Certains sont même allés jusqu’à rappeler le putsch des généraux militaires contre le général de Gaulle, précisément 60 ans plus tôt. Coïncidence ? Probablement. Rien, dans cette tribune, n’appelle au coup d’État ou à la révolte, au contraire. Les généraux sont “disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation”. Or, la tribune s’adresse au Président, aux membres du gouvernement et aux parlementaires.

Les généraux ne menacent donc pas d’un putsch, mais au contraire offrent leurs services au gouvernement. L’appel de Marine Le Pen à rejoindre son parti, d’une part n’engage qu’elle, d’autre part concerne sa propre candidature à la présidentielle. Là encore, il ne s’agit pas d’une éventuelle tentative future de coup d’État.

Les médias et les politiques ont à nouveau choisi de regarder le doigt plutôt que la lune. M. Mélenchon et Mme Schiappa feraient mieux de se pencher sur les risques liés au racialisme et à l’islamisme au lieu d’accuser ceux qui osent prendre la parole pour pointer ces problèmes.

Puputsch et déliquescence

Une tribune de généraux qui dénonce le délitement français, et c’est tout le pouvoir qui hurle au fascisme. Pour camoufler son incompétence ?

Il n’y a pas de quinquennats faciles, mais en termes de rebondissements dramatiques, celui d’Emmanuel Macron tient pour le moment largement la dragée haute à ceux de ses prédécesseurs, pourtant pas en reste lorsqu’il s’est agi d’enfiler boulettes et bévues, déclencher des vexations et subir les avanies du destin.

Le Président Des Bisous

Pensez donc : alors que Hollande, le Président des bisous, collectionnait essentiellement quelques âneries typiques ainsi qu’une amusante humidité météorologique pendant sa première année, Macron devait rapidement faire face dans le même temps de mandat à une grogne de plus en plus forte d’une partie du peuple, cette partie qui est d’habitude taiseuse et dure à la tâche et qui aura frôlé « l’incident républicain » ultime aux portes de l’Élysée. En quelques mois, l’ex-futur grand homme de notre République avait plongé le pays dans le chaos par ses judicieuses décisions vexantes et taxatoires.

Depuis, le pauvret, ballotté par les événements, enchaîne les doubles saltos périlleux sans parvenir à se réceptionner : confinements ou pas, couvre-feux ou pas, bricolages et improvisations sanitaires, économiques, sociales, tout y passe dans une farandole de ministres aux déclarations toutes plus stupides les unes que les autres.

Le rythme est difficile à suivre, et le feu roulant de l’actualité ne semble pas vouloir laisser souffler le Président débilou qui se retrouve dans un pays prenant l’eau de toute part à y percer des trous en espérant qu’elle repartira par là, auteur inconscient de dissensions internes qui n’y ont pas été aussi fortes depuis deux cents ans à peu près.

Et alors qu’on se dirige droit vers de nouvelles péripéties (faillitesimpôts à gogoterrorisme islamiquedérives judiciaires, j’en passe), voilà que d’enquiquinants pensionnés viennent mettre de l’huile sur le feu : signée par plusieurs généraux à la retraite, une tribune publiée mercredi dans Valeurs Actuelles appelle la classe politique à lutter contre le délitement de la France.

Oui, vous avez bien lu : des (ex-)militaires sortent de leur mutisme pour prévenir solennellement nos dirigeants actuels que la guerre civile menace, et que si, d’aventure, la tendance délétère se poursuivait, une intervention militaire pourrait être nécessaire « dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. »

Quand on lit ça, on se dit que c’est vraiment l’horreur, quasiment le nazisme et ce d’autant plus que Marine Le Pen semble soutenir ce discours. Les zeures les plus sombres de notre zistoire sont en route, à n’en pas douter !

Dans les rangs du gouvernement, passée l’évidente consternation, c’est l’agitation et la condamnation la plus ferme : non, cette odeur de décomposition avancée ne provient pas du pays, mais du compost éco-conscient qu’on est en train de distribuer à tout le monde pour syntoniser le pays avec Gaïa.

Et comme il n’y a pas plus de délitement du pays que de beurre en broche (c’est sûr, c’est l’État qui vous le dit), on va bien vite expliquer que tout ceci n’est qu’une énième tentative de retour ♩ tralali ♪ de la Beuhête Immonheudeux (dont le ventre est fécond, ♫ tralala ♬), circulez, il n’y a plus rien à voir.

Le fait que ces militaires semblent vraiment excédés de constater les problèmes non résolus, cet abandon du régalien quelque part dans un terrain vague entre un échangeur autoroutier et un quartier émotif, tout ça n’est absolument pas un signe de défaillance du pouvoir actuel. Que nenni : c’est au contraire le signe évident qu’il faut lutter contre une société qui sombre dans l’ultra-sécuritaire, pardi, comme l’expose d’ailleurs Agnès Pannier-Runacher avec la finesse de toute une division Panzer en pleine accélération.

Et alors même que les petits staccatos humides de la ministre déléguée n’ont pas fini de rebondir mollement sur les murs du studio de PravdaInfo, on découvre que les jours précédents ont été émaillés de festivités au commissariat de Trappes et au centre de rétention de Plaisir : alors que les politiciens du pouvoir défilent sur les plateaux et devant les gros micros mous de journalistes subventionnés pour expliquer que tout est sous contrôle et qu’il ne faut pas sombrer dans la nauséabondance facile, les attaques au mortier se multiplient dans les banlieues, le terrorisme islamique égorge de-ci de-là, et les incivilités, actes de coutellerie artistique et autres pugilatscontinuent de plus belle sous l’œil atone de nos médias qui trouvent tout ceci sinon normal au moins explicable sereinement à base de lafotalasociété, et le fascisme, m’ame Ginette, le fascisme, voyez-vous.

Apparemment, la crédibilité de la parole politicienne et médiatique, déjà strictement négative, continue d’explorer les abysses.

Du reste, cette négativité est pratique puisqu’elle permet assez bien d’évaluer la situation réelle : le déni que nos dirigeants déploient montre que le délitement est bien là ; leur volonté de poursuivre les généraux inquiets, de sanctionner leur parole, montre qu’ils ont peur que cette parole porte, en elle, les ferments d’un mouvement d’humeur d’une population dont certains, encore au pouvoir, ont déjà pu tâter de l’agacement il y a quelques mois.

Mieux encore : en choisissant cette voie ridicule d’une levée de bouclier contre l’hydre d’un hideux fascisme fantasmée par toute la gauche, l’extrême gauche, l’extrême centre, ce qui passe pour la droite et à peu près tout le reste, cette brochette de guignols au pouvoir choisit (consciemment ou non) de faire l’impasse complète sur les raisons fondamentales de la colère de ces généraux en pantoufles : eh oui, il est bien plus facile de crier au puputsch que de faire quelque chose pour ramener la sécurité là où elle devient maintenant impérieuse et où son absence marque d’une façon cuisante (littéralement) la gangrène mortelle du régalien français.

Et si la situation est pré-insurrectionnelle, ce n’est pas à cause de ces généraux, d’un De Villiers un peu vocal ou d’une Marine Le Pen vaguement réveillée pour l’occasion, mais bien à cause de cet abandon lamentable du régalien depuis des décennies par ces mêmes clowns tristes qui encombrent les ondes et dont les logorrhées insupportables aboutissent à noyer le pays dans les taxes, les lois et les formulaires débiles pour camoufler leur incompétence et leur incurie.

Si cette brochette d’andouilles énarchiques avait un peu de présence d’esprit, elle se saisirait de cette tribune pour enfin régler les problèmes lancinants qui minent la République. Bien évidement, il n’en sera absolument rien, que du contraire même, tant est audible jusqu’ici le bruissement de leurs petits pantalons dans lesquels ils tremblent de peur et de rage impuissante.

Ils ne feront rien et pour cela, ce pays est foutu.


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ARMÉE FRANÇAISE

Les français en ont pris plein la gueule et ne jouent pas les pleureuses ! Ils ont le sens de l’honneur…

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C’était un 27 mars… 1944 : Biarritz bombardée par les Anglo-américains

Ce jour-là, un raid aérien des alliés a lieu sur Biarritz et fait de nombreuses victimes civiles ( environ 117 morts et 250 blessés).

Sur les bombardements alliés ayant ravagé la France en général, on peut lire notamment deux livres : Les Français sous les bombes alliés d’Andrew Knapp et La France sous les bombes américaines de Jean-Claude Valla. Ces bombardements ont fait près de 100 000 morts parmi les civils français ! On n’en parle jamais, contrairement à d’autres choses qui concernent beaucoup moins les Français. Voici comment raconta cette affreuse journée La Gazette de Bayonne, Biarritz et du Pays Basque, dans son édition du 28 mars 1944 (source Pays basque d’antan) : « Biarritz victime d’un raid terroriste anglo-américain. On compte de nombreux morts et blessés. Les dégâts sont considérables. Biarritz bombardée. Biarritz plongée dans le deuil et la désolation. Aucun esprit sensé n’eût pu raisonnablement penser à une pareille éventualité. L’indignation sera grande, partout où cette nouvelle sera connue. Car personne n’admettra un instant que notre station pût abriter des objectifs militaires. Et les Anglo-Américains, autant que tous autres et dont certains venaient chaque été bénéficier des bienfaits exclusivement touristiques, savaient fort bien qu’en passant dans le ciel de Biarritz aucun motif de guerre ne pouvait leur faire actionner le redoutable manche qui laisse s’éparpiller dans l’air les bombes meurtrières. Pourtant la réalité effroyable est là. Depuis hier, les Biarrots connaissent les terribles effets de la guerre aérienne. Quand on leur en parlait, quand, par les journaux, ils apprenaient que telle et telle ville innocente de notre pays avaient été touchées par les bombardiers terroristes, ils réalisaient mal l’atroce guerre que font les Anglo-Américains. Aujourd’hui, ils la connaissent. Et dès hier soir on entendait les réflexions des plus indifférents : c’est horrible, tant de morts, tant de blessés, tant de dégâts. Pour quelle raison?…D’autres qui commençaient à réfléchir envisageaient d’autres conséquences de la guerre : celles du fameux débarquement qui serait, bien entendu, précédé du grand pilonnage aérien. Il a fallu l’épreuve terrible d’hier, il a fallu le chapelet meurtrier des terroristes de l’air, pour que Biarritz réfléchisse, pour que Biarritz comprenne… Une autre terrible leçon s’impose depuis hier à tous les esprits : c’est celle de la prudence. Combien sont descendus dans les caves, dans les abris au moment de l’alerte? La majorité des Biarrots seront contraints d’avouer qu’ils étaient aux fenêtres ou dans la rue. Et c’est la raison pour laquelle le premier bombardement de Biarritz a fait tant de victimes. Soyons certains qu’à la prochaine alerte chacun prendra les précautions nécessaires. Mais, hélas! la leçon aura été dure. C’est à 14 h. 25 qu’a été donnée l’alerte. Peu après on aperçut, venant de l’ouest, un groupe de 11 avions, suivi d’un deuxième de 12 appareils, d’un troisième de 25 et enfin, un peu plus tard, d’un quatrième, formé de 9 avions. C’est le dernier groupe qui laissa tomber sur la ville son redoutable chargement. Ce fut un moment d’affolement et de stupeur. Puis, la vague passée, on se ressaisit. Tous les services de la Défense Passive, les pompiers, la police, la gendarmerie furent immédiatement sur le pied de la guerre, organisèrent les secours. Les dégâts étaient effroyables. Quantité d’immeubles et maisons sont en miettes et les bombes, en démolissant, ont soufflé littéralement tout ce qui se trouvait alentour. C’est un véritable spectacle de désolation. Des maisons sont littéralement coupées en deux, des magasins ont été pulvérisés; partout des volets pendent lamentablement, des balcons, des corniches semblent ne tenir que par miracle. Les rues tout entières sont jonchées de débris de toutes sortes. Des milliers de vitres et vitrines jonchent les trottoirs. Dans les ouvertures béantes des maisons on aperçoit des vêtements, des objets de ménage. Curieux effets du bombardement, là où les murs sont intacts, tout l’intérieur a volé en éclats. De grands édifices ont souffert. Une église elle-même n’a pas été épargnée. Un garage est anéanti avec de nombreuses voitures et tout ce qui entoure la place voisine n’a pas résisté au souffle infernal. Bien entendu, aussitôt après le bombardement les services de Défense Passive ont organisé les secours dans chaque secteur atteint et se sont occupés de dégager les victimes; on s’aperçut rapidement qu’elles étaient nombreuses du fait même qu’elles n’avaient pas cessé de vaquer à leurs occupations. Les morts étaient transportés dans une salle du Grand-Hôtel, dans ce lieu où la veille encore la kermesse de la Croix-Rouge déroulait ses attractions. Les blessés étaient transportés par divers moyens à la Maison de Secours, à la clinique Leroy, à l’hôpital de Bayonne. Certains étaient dans un état lamentable et ne devaient pas tarder à succomber; la liste tragique allait s »allonger durant la nuit. Le nombre des morts est grand, et aussi celui des blessés dont beaucoup sont dans un état grave. Tous les morts qui ont été transportés au Grand Hôtel n’ont pu être identifiés, des femmes en particulier, qui n’ont aucun papier. D’innombrables sinistrés ont dû chercher asile chez des parents ou des amis; d’autres vont être obligés de quitter leur logement, aucun propriétaire n’étant en mesure, à l’heure actuelle, par suite du manque de main-d’oeuvre et de matériaux, de faire procéder à des réparations.

Outre les services de Défense Passive, des Pompiers, de la Croix-Rouge, du Corps Médical, il faut signaler la conduite exemplaire de nombreux volontaires. D’autre part, les services de police, sous la conduite de M. Bastet, commissaire de police et de gendarmerie sous la direction de l’adjudant-chef Dauré se sont dépensés sans compter et ont assuré une garde de jour et de nuit consécutives. Du renfort est arrivé dans la matinée et une cinquantaine d’agents de la brigade de Bordeaux épauleront l’effort de notre police locale. Il faut prévoir, en effet, une surveillance constante des quartiers sinistrés. Des scènes affreuses se sont déroulées à certains points de chutes de bombes; des gens ont été projetés avec une puissance inouïe contre le mur des maisons et tués sur place; d’autres réduits en bouillies, corps et vêtements dispersés en lambeaux… Sur une place où travaillaient six ouvriers, cinq d’entre eux ont été projetés à une grande distance et tués net; le sixième avait eu la précaution de descendre à la tranchée. Plusieurs membres d’une même famille ont péri, ici le père et le fils, là la grand-mère et la petite-fille. La consternation se lisait hier soir sur tous les visages et on était atterré du nombre des victimes on faisait cependant remarquer que le bombardement coïncidait avec la fermeture des magasins et cette circonstance a fait qu’on n’ait pas encore davantage de victimes à déplorer. Biarritz fêtait hier une radieuse journée de printemps. Les vandales sont passés et il ne reste plus dans notre station au passé resplendissant que deuils et que ruines. » 

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ARMÉE FRANÇAISE

150 ans depuis la Commune de Paris

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Il y a 150 ans, le 18 mars 1871, les quartiers ouvriers de Paris se sont soulevés pour empêcher l’armée de voler les canons de la Garde nationale de Paris. L’insurrection et la formation une semaine plus tard de la Commune de Paris ont une importance historique mondiale. C’est la première fois dans l’histoire que la classe ouvrière a pris le pouvoir.

Adolphe Thiers
Adolphe Thiers

Les soldats ont mis crosse en l’air et ont fraternisé avec les ouvriers, refusant l’ordre de tirer sur la foule, le gouvernement d’Adolphe Thiers a fui dans la panique à Versailles. Les Parisiens étant armés et le gouvernement ayant déserté la ville, le pouvoir est passé aux mains des travailleurs.

Le 26 mars, les élections à la Commune ont eu lieu. La Commune a adopté des politiques visant à réduire les monstrueuses inégalités sociales créées par le régime capitaliste français et à rallier les travailleurs de France et d’Europe à ses côtés.

La brutalité de la réaction de Thiers fut proportionnelle à la menace ressentie par la bourgeoisie à sa domination de classe. Après deux mois de préparatifs, Thiers a envoyé une armée écraser la Commune et noyer Paris dans le sang. Au cours de l’infâme Semaine sanglante du 21-28 mai 1871, les Versaillais ont pris Paris d’assaut, utilisant l’artillerie lourde et massacrant pêle-mêle hommes, femmes et enfants soupçonnés d’avoir combattu pour la Commune ou sympathisé avec elle.

Mémoire : 30 000 communard·e·s seront tué·e·s dans les combats, ce mai 1871  et 46 835 seront fait prisonnier·e·s…. | Médias Citoyens Diois
Commune de Paris — Wikipédia

Environ 20.000 Parisiens ont été exécutés et 40.000 traînés à Versailles pour être emprisonnés ou condamnés aux travaux forcés et déportés en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie.

Au prix d’un énorme tribut en sang, la Commune a donné à la classe ouvrière internationale une expérience inestimable de la lutte pour le pouvoir. Avec les inégalités sociales grotesques, le militarisme d’État policier et la spéculation débridée du capitalisme contemporain, ces leçons sont plus pertinentes aujourd’hui que jamais.

Plus que tout autre, c’est Karl Marx qui a tiré ces leçons. Ses appels au prolétariat mondial, rédigés pour l’Association internationale des travailleurs alors que la Commune siégeait à Paris, défendaient la Commune pour être « monté à l’assaut du ciel ». Publiés dans toute l’Europe et rassemblés dans La guerre civile en France, ils ont valu à Marx le soutien durable des travailleurs en France et dans le monde.La lutte des classes en France et la conception matérialiste de l’histoire

L’analyse de la Commune par Marx et son grand collaborateur, Friedrich Engels, était le produit de 30 ans d’anticipation théorique, avec l’élaboration de la conception matérialiste de l’histoire. Marx souligna en 1844 le rôle prépondérant de la révolution prolétarienne dans l’émancipation de l’humanité : «La tête de cette émancipation est la philosophie, son cœur le prolétariat…». Le Manifeste du parti communiste de 1847, écrit par Marx et Engels, commence par la célèbre déclaration :

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot, oppresseurs et opprimés, en opposition constante… Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l’époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se scinde de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat ».

Le Manifeste est paru la veille de la première grande éruption sociale de l’Europe du XIXe siècle : la révolution de 1848, qui s’est répandue en Allemagne, en Autriche, en France et au-delà. Une insurrection à Paris a renversé le dernier de la lignée des rois de la restauration, Louis Philippe d’Orléans, suite à la défaite de la France dans les guerres napoléoniennes après la Révolution française. Pour la première fois depuis le 18e siècle et la Révolution française de 1789, la République était à nouveau déclarée en France.

Pourquoi la révolution de 1848 a pris un tout autre cours que celle de 1789 ?

Les Jacobins qui ont pris le pouvoir durant la Grande révolution – pour ensuite exproprier la propriété féodale, abolir la monarchie et fonder la I ère République – s’appuyaient sur les artisans indépendants, les sans-culottes. La bourgeoisie libérale qui a pris le pouvoir sous la IIe République en 1848 a mené quant à elle un conflit mortel contre le nouveau prolétariat industriel.

Lorsqu’en juin 1848, la IIe République a fermé les Ateliers Nationaux bâtis pour employer les chômeurs, les ouvriers parisiens se sont révoltés contre le danger de pauvreté et de famine. Le général Eugène Cavaignac a dirigé l’armée dans une répression sanglante. Il a exécuté plus de 3.000 ouvriers et en a arrêté 25.000, dont 11.000 sont allés en prison ou en déportation.

Ceci a tellement discrédité la IIe République qu’en 1851, le neveu de Napoléon, Louis Bonaparte, a pu lancer un coup d’État, fonder le Second Empire et gouverner sous le nom de Napoléon III.

Marx, dans une lettre à Louis Kugelmann, écrit :

« Dans le dernier chapitre de mon 18 Brumaire [de Louis Bonaparte]je remarque comme tu le verras si tu le relis que la prochaine tentative de la révolution en France devra consister non plus à faire passer la machine bureaucratique et militaire en d’autres mains, comme ce fut le cas jusqu’ici, mais à la détruire. C’est la condition première de toute révolution véritablement populaire sur le continent. »La Commune de Paris et la Semaine sanglante

La Commune est née de la guerre lancée par Napoléon III en juillet 1870 contre la Prusse. Napoléon III tombait dans un piège tendu par Bismarck, la question de la succession du trône d’Espagne.

L’Allemagne venait de gagner une guerre contre l’Autriche et la Bavière (Sadowa) et comptait avec le fusil à répétition Mauser et le canon Krupp plus l’esprit national puissant d’unité allemande ;

Napoléon III, un régime d’affairistes en plein chute libre après l’échec de l’aventure mexicaine, visait à maintenir le rang mondial de l’impérialisme français en bloquant les efforts de la Prusse pour unifier l’Allemagne, tout en réprimant les luttes de classe à l’intérieur.

Six mois plus tôt, en janvier 1870, quand le prince Pierre Bonaparte avait abattu le journaliste de gauche Victor Noir, une manifestation de plus de 100.000 personnes lors des funérailles s’était transformée en tentative d’insurrection.

La guerre franco-prussienne fit chuter le Second Empire. En infériorité numérique, surclassée en artillerie et en logistique et dirigée par des généraux incompétents, l’armée française subit une défaite humiliante.

Napoléon III fut capturé le 2 septembre à Sedan, et l’armée prussienne occupa le nord de la France. Le 4 septembre, sur fond de manifestations à Paris, la IIIe République fut proclamée. Un Gouvernement de défense nationale rassembla des bourgeois libéraux ou bonapartistes comme Thiers, Jules Favre et le général Louis-Jules Trochu. Le 17, l’armée prussienne assiégea Paris.

La bourgeoisie se montra une fois de plus hostile à la démocratie et à la défense du peuple. Le 28 octobre, le général François-Achille Bazaine s’est rendu avec ses troupes à une armée prussienne plus petite après un siège à Metz. Bazaine, dont la haine de la République et des principes démocratiques était bien connue, est largement accusé de trahison. (Une situation qui va se répéter lors de la deuxième guerre mondiale. La moitié de l’État Majeur de guerre français passera au gouvernement de la Collaboration)

La situation à Paris, la capitale assiégée de la nouvelle République, était désespérée.

Les Parisiens, armés et formés en unités de la Garde nationale, résistèrent malgré une famine généralisée jusqu’à la signature d’un cessez-le-feu le 26 janvier 1871. Victor Hugo, revenu à Paris lors de la déclaration de la République, a exprimé la colère générale contre l’élite dirigeante en écrivant : «Paris a été victime de la défense autant que de l’attaque».

La lutte des classes s’avéra bien plus puissante et fondamentale que le conflit national entre les bourgeoisies française et allemande. Thiers, en négociant l’armistice avec la Prusse, s’inquiétait comme Bazaine d’empêcher une révolution.

Quant à l’armée prussienne, à part une occupation de trois jours de l’avenue des Champs-Élysées, elle se tint soigneusement en dehors des limites de la ville de Paris, craignant les quartiers ouvriers de l’Est parisien densément peuplés et armés.

Les classes dirigeantes française et prussienne voulaient avant tout désarmer les ouvriers parisiens.

Le soulèvement du 18 mars 1871 fut la réponse spontanée de la classe ouvrière parisienne à la première tentative de Thiers de la désarmer en s’emparant des canons de la Garde nationale. Les ouvriers fraternisèrent avec les soldats.

Deux généraux qui avaient ordonné sans succès aux soldats de tirer sur les ouvriers – Clément Thomas et Claude Lecomte, qui avait joué un rôle dirigeant dans la répression en juin 1848 – furent arrêtés et fusillés. Le même jour, Thiers a fui Paris.

Canons de Paris portés à Montmartre | La Commune de Paris
Les canons transportés par les Communards 
à Montmartre dans Paris après que
l’armée a tenté de les voler.

Les élections à la Commune et au Comité central de la Garde nationale, organisées par arrondissement donnèrent une majorité écrasante aux quartier ouvriers. Ils sont devenus des organes du pouvoir ouvrier.

Mais leur pouvoir était plus rhétorique que réel. En plus, les Communards ont commis des erreurs militaires énormes, restant sur Paris et n’attaquant pas juste après les Versailles, la réaction était désorganisée et KO. Pire encore, les forts qui dominent Paris furent laissés abandonnés pour plus de trois jours ce qui a permis aux Versaillais de s’en emparer et de les pointer contre La Commune.

La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière… Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable.

Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d’ouvrier.  (Voilà la bonne formule contre les carriéristes). Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent.

Encerclée par les armées française et prussienne, la Commune a toutefois mené des politiques socialistes et démocratiques. Elle a fixé un salaire minimum, créé des cantines municipales pour les travailleurs et donné des appartements vides aux pauvres. Elle a accordé des remises de dettes aux petites entreprises et aux locataires, aux frais des banques et des propriétaires, et laissé les ouvriers reprendre leurs objets de valeur aux monts-de-piété. Elle garantit la liberté de la presse, laïcisa l’enseignement et préconisa que les hommes et les femmes reçoivent un salaire égal pour un travail égal.

La Commune ne faisait aucune distinction de nationalité et défendait l’unité internationale de la classe ouvrière.

La Commune a admis tous les étrangers à l’honneur de mourir pour une cause immortelle. Entre la guerre étrangère perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par son complot avec l’envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps d’afficher son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands habitant en France. La Commune a fait d’un ouvrier allemand [Leo Frankel] son ministre du Travail… La Commune a fait aux fils héroïques de la Pologne [les Généraux J. Dabrowski et W. Wróblewski] l’honneur de les placer à la tête des défenseurs de Paris.

Un conflit cataclysmique émergea entre la Commune, qui luttait pour l’égalité, et la IIIe République, qui luttait pour les privilèges capitalistes. Thiers, en négociant avec Berlin, visait à faire libérer assez de soldats français capturés pour former une armée, recrutée principalement parmi les ruraux, et écraser la Commune. Cette force, abrutie par des rations doubles de vin et renforcée par des jeunes issus de familles aisées ayant fui Paris pour Versailles, donna l’assaut en mai.

S’étant emparés d’une partie mal défendue de la muraille de la ville le 21 mai, les Versaillais ont massacré la Commune au cours d’une semaine horrible. Bombardant Paris à l’artillerie lourde, elle se déplaça vers l’est et les quartiers ouvriers, écrasant les barricades que les communards avaient dressées dans les rues. Thiers lui-même ne laissa aucun doute sur la politique de la IIIe République, déclarant lors d’un discours le 24 mai à l’Assemblée nationale : «J’ai versé des torrents de sang.»

On fusillait les Communards sur-le-champ ou on les envoyait ailleurs pour des exécutions en masse s’ils étaient trop nombreux. Les pelotons d’exécution ou les mitrailleuses travaillaient sans relâche dans les lieux touristiques d’aujourd’hui : Parc Monceau, Jardin du Luxembourg, place d’Italie, École militaire, cimetière du Père Lachaise. Certains prisonniers creusaient leur propre tombe avant d’être fusillés. D’autres, hommes et femmes, abattus ou passés à la baïonnette, étaient déshabillés et jetés dans les rues pour terroriser la population.

Une frénésie meurtrière s’empara des riches. Pour Le Figaro« Jamais une occasion pareille ne se présentera pour guérir Paris de la gangrène morale qui le ronge depuis 20 ans. … Allons, honnêtes gens, un coup de main pour en finir avec la vermine démocratique et sociale, nous devons traquer comme des bêtes fauves ceux qui se cachent »

Pour l’aristocratie financière, la chasse aux ouvriers était ouverte. Des rumeurs folles circulaient dans la presse selon lesquelles des Communardes brûlaient les maisons au pétrole, et toute ouvrière trouvée avec de l’huile était en danger. On assassina certaines qui tentaient d’incinérer leurs maris abattus ou qui avaient acheté de l’huile d’olive. Les foules aisées battaient les détenus communards ou donnaient de l’argent aux soldats qui se vantaient d’avoir tué des femmes et des enfants communards. Dans son livre de 2014 sur la Commune, Massacre, l’historien John Merriman écrit:

On déshabillait les gens pour vérifier si leurs épaules portaient les marques laissées par un fusil en recul. Ceux qui étaient mal habillés, ne pouvaient pas raconter instantanément leurs actions ou qui n’exerçaient pas un métier ‘correct’ avaient peu de chances de survivre à la brève audience devant un tribunal de fortune.

Après que 20.000 Parisiens eurent été fusillés au gré de l’armée, 40.000 furent conduits à Versailles, sans eau ni vivres, pour y être jugés. En chemin, les gardes tiraient à volonté sur les traînards ou les autres prisonniers. Environ 11 000 d’entre eux furent condamnés aux travaux forcés et déportés.

Compte-rendu de lecture : « Criminali, martiri, refrattari. Usi pubblici  del passato dei comunardi « par Enrico Zanette - Usages Publics du Passé

Le 31 mai 1871, dans son journal, le critique littéraire Edmond de Goncourt est revenu sur la Semaine sanglante pour applaudir les projets meurtriers de l’élite dirigeante:

« C’est bon. Il n’y a eu ni conciliation ni transaction. La solution a été brutale. Ça été de la force pure (…) La solution a redonné confiance à l’armée, qui a appris, dans le sang des communeux, qu’elle était encore capable de se battre. Enfin, la saignée a été une saignée à blanc; et les saignées comme celle-ci, en tuant la partie bataillante d’une population, ajournent d’une conscription la nouvelle révolution. C’est vingt ans de repos que l’ancienne société a devant elle, si le pouvoir ose tout ce qu’il peut oser en ce moment. »

Ce fut une leçon inoubliable sur les conséquences horribles de la défaite dans les révolutions. Elle a démontré la férocité de la bourgeoisie, qui accepte de détruire des villes, des pays entiers ou même le monde pour écraser une menace à sa domination de classe. La nécessité pour les travailleurs de réprimer la violence contre-révolutionnaire de la minorité privilégiée exigeait une action déterminée pour prendre et conserver le pouvoir.

Il y aura sans doute ceux qui s’opposeront et rejetteront la lutte des travailleurs pour le pouvoir comme une tentative d’installer la «dictature du prolétariat.» On associe souvent faussement ce terme aux crimes du régime stalinien, qui a dissous l’Union soviétique, en fait, et restauré le capitalisme il y a 30 ans, en 1991. À ces adversaires de la lutte pour le pouvoir des travailleurs, on peut répondre, avec Engels:

Le philistin social-démocrate a été récemment saisi d’une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prolétariat. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat.

Pierre JC Allard | 31 mars 2021 Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest

1 commentaire:

  1. Joset31 mars 2021 à 19:5882 ans après avoir coupé la tête du roi de France, le peuple s’aperçoit enfin que la République n’est pas faite pour la classe ouvrière, mais pour une caste de la bourgeoisie. Aujourd’hui même scénario le citoyen n’est rien face à l’oligarchie de la franc-maçonnerie.Répondre

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