ARABIE SAOUDITE : IL FAUT LIBÉRER LOUJAIN AL HATHLOUL SANS CONDITION

Spread the love

TROIS MILITANTES SAOUDIENNES POUR LE DROIT DES FEMMES EMPRISONNÉES

Loujain al-Hathloul, Aziza al-Yousef et Iman al-Nafjan ont été arrêtées en mai dernier. Portraits de ces 3 défenseures des droits des femmes.

Mise à jour du 28/03/2019 : Iman al Nafjan et Aziza al Yousef, ainsi qu’une troisième militante, Ruqayyaa al Mhareb, ont obtenu la libération provisoire. Mais les charges contre elles n’ont toujours pas été abandonnées, et une enquête indépendante sur leurs allégations de torture en détention n’a pas eu lieu. Loujain al Hathloul est, elle, toujours derrière les barreaux.

Mise à jour du 18/03/2019 : Le 13 mars, Loujain al Hathloul, Iman al Nafjan et Aziza al Yousef ont comparu, avec 8 autres militantes saoudiennes, devant le tribunal pénal de Riyadh. Leurs avocats, ni les observateurs internationaux, n’ont pas été autorisés à assister à l’audience. Certaines des femmes ont été inculpées pour avoir défendu les droits des femmes et demandé la fin du système de tutelle masculine. Les femmes sont également poursuivies pour avoir été en contact avec des médias étrangers, d’autres militants et des organisations internationales, notamment Amnesty International. De nouvelles audiences ont été programmées pour le 27 mars 2019.

Ces défenseures des droits humains militent depuis plusieurs années pour que les femmes aient le droit de conduire et pour qu’il soit mis fin au système répressif de tutelle masculine en Arabie saoudite. 

Elles ont été emprisonnées en mai 2018, soit 1 mois avant la mise en œuvre du décret d’application permettant enfin aux femmes de conduire en Arabie Saoudite. Elles risquent jusqu’à 20 ans de prison.

LOUJAIN AL-HATHLOUL

Loujain al-Hathloul a fêté ses 29 ans derrière les barreaux, le 31 juillet 2018. Loujain est une figure emblématique du droit des femmes en Arabie Saoudite, notamment sur les réseaux sociaux. 

Elle a été classée 3ème dans la liste des 100 femmes arabes les plus influentes en 2015. Elle est diplômée de l’université de Colombie britannique (Canada).

Arrêtée pour la première fois en décembre 2014, elle a été détenue pendant plus de 73 jours. 

Cette arrestation faisait suite à la tentative filmée de Loujain, de passer la frontière entre les Émirats arabes unis et l’Arabie Saoudite en signe de protestation contre la loi injuste interdisant aux femmes de conduire dans le Royaume.

AZIZA AL-YOUSEF

© FAYEZ NURELDINE/AFP/Getty Images

Aziza al-Yousef, est une professeure d’informatique universitaire à la retraite. Elle a fait une partie de ses études à l’université de Virginie aux États-Unis. Elle a enseigné l’informatique à l’Université du roi Saud pendant 28 ans. Aziza al-Yousef est une des militantes les plus actives de la campagne contre l’interdiction de conduire et contre le système de tutelle masculine. 

Lire aussi : Arabie saoudite : le droit des femmes menacés

En 2013, avec Eman al-Nafjan, elles sont arrêtées par la Police pour avoir conduit aux alentours de Riyad. Elles ont été obligées de signer une déclaration où elles s’engagent à ne plus jamais conduire.

En 2016, elle lance une campagne de signature pour mettre fin au système de tutelle masculine, et tente de remettre les 14700 signatures collectées auprès du Conseil consultatif Royal qui l’a rabroue en lui demandant de les lui envoyer par mail. 

Elle s’est également engagée auprès des femmes qui ont fui leurs foyers pour des faits de violence. 

C’est une éminente défenseure des droits humains dans son pays et pour autant dans le viseur des autorités saoudiennes.

EMAN AL-NAFJAN

Eman est la fille d’un officier militaire saoudien, elle a une maîtrise en anglais et a effectué une partie de ses études à l’université de Birmingham (UK), elle enseigne l’anglais à l’université et travaille sur une thèse en linguistique.

En 2008, elle ouvre un blog « Saudiwoman » qui parle des problématiques culturelles et sociales et les droits humains en Arabie Saoudite avec un angle spécial sur les femmes. 

Elle commence à militer pour le droit des femmes à conduire en Arabie Saoudite dès 2011, et conduit près de Ryad en protestation contre cette loi. 

Elle publie des articles dans des médias occidentaux au sujet de la campagne menée par les militantes saoudiennes pour obtenir le droit de conduire. Elle participe également à la campagne contre la tutelle masculine, et fait partie des signataires de la pétition.

En 2013, avec Aziza al-Yousef, elle est arrêtée par la Police pour avoir conduit aux alentours de Riyad. Elle est également obligée de signer une déclaration où elle s’engage à ne plus jamais conduire.

LE NOUVEAU PRINCE HÉRITIER, UN RÉFORMATEUR ?

Les autorités saoudiennes ne ménagent pas leurs efforts pour donner l’image d’un pays qui met en place des réformes d’envergure afin de « moderniser  » le royaume. Le prince héritier, Mohammad ben Salman, a fait appel à des agences spécialisées en relation publiques pour améliorer l’image de son pays et attirer des investisseurs étrangers. 

Depuis le 24 juin 2018, les femmes saoudiennes sont enfin autorisées à conduire dans leur pays. La presse internationale l’a largement relayée et en a attribué les mérites au nouveau prince héritier. 

La levée de cette interdiction est une réforme bienvenue et on la doit aux centaines de femmes qui se sont battues pour l’obtenir. 

Pourtant les militantes qui avaient lutté pendant des années pour obtenir le droit de conduire, ont reçu des appels téléphoniques d’intimidation, leur interdisant de commenter la levée de l’interdiction de conduire. Il était donc clair qu’elles n’étaient pas autorisées à revendiquer leur succès. 

UNE CAMPAGNE DE DIFFAMATION

Le 19 mai 2018, les autorités saoudiennes ont entamé une campagne de diffamation pour accuser cinq des défenseurs des droits humains arrêtés d’être des « traites ». 

Dans un communiqué publié dans les médias, des militants et d’autres personnes sont accusés de constituer une «cellule» menaçant la sécurité de l’État en raison de leurs « contacts avec des pays étrangers dans le but de saper la stabilité et la structure sociale du pays »

Un hashtag les dépeignant comme « agents des ambassades » et un graphique montrant leurs visages a aussi largement circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias gouvernementaux. 

APRÈS LA DIFFAMATION, LES ARRESTATIONS

Eman al-Nafjan, une des défenseures maintenues en prison depuis mai écrivait juste avant son arrestation : 

Maintenant que l’interdiction de conduire a été levée, d’autres problèmes peuvent être résolus. La chose la plus importante en ce moment est le système de tutelle

Le système de tutelle est discriminatoire à l’égard des femmes et des filles parce qu’elles ont besoin de la permission de leur tuteur masculin pour de nombreuses activités. 

Sans cette permission, elles ne sont pas autorisées à voyager, travailler, étudier ou se marier. Les femmes qui s’opposent à cette discrimination sont confrontées à des actes d’intimidation et à des arrestations. 

D’abord détenues au secret pendant plus d’un mois, sans contact avec leur famille et sans accès à un avocat, nous savons désormais qu’elles se trouvent à la prison de Jeddah et qu’elles peuvent communiquer par téléphone avec leur famille selon un agenda très strict. Elles risquent de passer devant le tribunal anti-terroriste et d’écoper de 20 ans de prison, voire la peine de mort !

La vague d’arrestation ne faiblit pas, deux éminentes défenseures des droits humains saoudiennes ont été arrêtées sans motifs aucun fin juillet : Samar Badawi, la sœur de Raïf Badawi et Nassima al Sada.

Si le prince héritier d’Arabie saoudite est vraiment un réformateur, il devrait libérer tous les militants des droits des femmes et ne pas avoir peur qu’elles continuent leur militantisme pour revendiquer le droit à la liberté d’expression, le droit de se rencontrer, de discuter, de s’organiser…

Serait-ce ce qui fait peur aux autorités saoudiennes ? Au point d’’arrêter sans aucune raison valable des défenseures des droits humains pacifiques et de les maintenir en prison ?AGIR

Publié le 26.11.2020

Un nouveau coup dur pour Loujain al-Hathloul, défenseure des droits humains de 31 ans. Le 25 novembre, le juge a demandé que le cas de Loujain soit transféré devant le Tribunal pénal spécial. 

Le bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits humains a été mis sous le feu des projecteurs lors du G20, présidé par le royaume cette année. L’audience de Loujain s’est déroulée seulement 3 jours après la clôture de celui-ci. La famille de Loujain n’en a été informée que la veille, ce qui lui a laissé très peu de tempspour préparer sa défense. Les autorités saoudiennes auraient pu décider de mettre fin au cauchemar de cette courageuse défenseure des droits humains, qui croupit derrière les barreaux depuis plus de deux ans. Au lieu de cela, ils ont transféré son dossier devant le Tribunal pénal spécial.

Ce tribunal est utilisé par les autorités saoudiennes pour réduire systématiquement l’opposition au silence : des procès qui manquent cruellement d’équité y ont lieu et des lourdes peines allant jusqu’à la peine de mort y sont souvent promulguées.

PERSÉCUTÉE POUR DES REVENDICATIONS LÉGITIMES

Loujain al Hathloul n’est pas une criminelle.  C’est une défenseure des droits humains sanctionnée uniquement pour avoir osé prôner le changement dans son pays. Elle aspirait simplement à un avenir meilleur pour les femmes saoudiennes. Le 30 novembre 2014, elle a tenté d’entrer au volant de sa voiture en Arabie saoudite depuis les Émirats arabes unis. Une tentative filmée puis postée sur YouTube, qui a fait des centaines de milliers de vues. Figure emblématique de la lutte contre l’interdiction faite aux femmes de conduire, elle est qualifiée de « traître » dans son pays.

Loujain al Hathloul a mené une grève de la faim de 2 semaines début novembre pour protester contre le refus des autorités de la laisser communiquer régulièrement avec sa famille. Elle est privée de la possibilité de consulter un avocat et n’a été prévenue de la date de l’audience que la veille, ce qui ne lui a guère laissé le temps de préparer correctement une défense.

UN PROCÈS EN HUIT-CLOS 

Selon les membres de la famille qui étaient présents dans la salle d’audience, Loujain tremblait et parlait à voix basse pendant la session, alors qu’elle lisait sa défense de quatre pages. Des diplomates de BelgiquePays-BasDanemarkGrande BretagneÉtats-UnisNorvègeSuisse et du Canada se sont vus refuser l’entrée du tribunal  sous le prétexte de la réglementation Covid-19. L’absence de la France dans cette délégation, dont la présence aurait envoyé un signal politique fort, est à déplorer.

Nous demandons une nouvelle fois la libération immédiate et inconditionnelle de Loujain al Hathloul et l’abandon de toutes les accusations retenues contre elle. Nous demandons également aux autorités saoudiennes de veiller à ce qu’elle soit autorisée à être traitée par un médecin de son choix et qu’elle ait un accès approprié à son avocat et à sa famille.AGIR

ARABIE SAOUDITE : LE TRIBUNAL PÉNAL SPÉCIAL, OUTIL DE RÉPRESSION POLITIQUE

Notre rapport montre comment les autorités saoudiennes, malgré le discours qu’elles tiennent sur les réformes, utilisent le Tribunal pénal spécial pour réduire systématiquement l’opposition au silence.

Parallèlement à ce rapport, nous lançons une campagne pour demander la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes défendant les droits humains qui sont détenues pour s’être exprimées de manière pacifique.

LES VOIX CRITIQUES RÉDUITES AU SILENCE 

Dans notre rapport, nous constatons les terribles conséquences des poursuites engagées devant ce tribunal contre des défenseurs des droits humains, des écrivains, des économistes, des journalistes, des religieux, des réformistes et des militants politiques, ainsi que des personnes appartenant à la minorité chiite d’Arabie Saoudite. Dans de nombreux cas, ces personnes ont fait l’objet de procès qui manquaient cruellement d’équité à l’issue desquels des peines lourdes, y compris la peine de mort, ont été prononcées. C’est le cas du défenseur Mohammad al-Otaibi, membre fondateur de l’Union pour les droits humains, qui s’est vu infliger une peine de 14 ans de prison pour avoir essayé de créer une organisation indépendante de défense des droits humains. Il doit aujourd’hui répondre de nouvelles accusations pour avoir communiqué avec des organisations internationales et tenté de demander l’asile politique.

Nous avons examiné de nombreuses pièces judiciaires, déclarations du gouvernement et textes de droit national et avons mené des entretiens avec des militants, avocats et personnes proches des dossiers recensés. Après avoir écrit aux autorités saoudiennes en décembre 2019, nous avons reçu une réponse de la Commission officielle des droits de l’homme, qui résumait les lois et procédures pertinentes, mais qui n’abordait pas les affaires évoquées dans le rapport.

DES PROCÈS D’UNE INIQUITÉ FLAGRANTE 

 Le gouvernement saoudien utilise le Tribunal pénal spécial pour créer une fausse impression de légalité afin de masquer l’usage abusif qu’il fait de la Loi de lutte contre le terrorisme dans le but de réduire ses détracteurs au silence. Chaque étape de la procédure judiciaire de ce tribunal est entachée de violations des droits humains : privation de l’accès à un avocat, détention au secret ou encore déclarations de culpabilité prononcées uniquement sur la base de prétendus « aveux » extorqués sous la torture. Au moment même où elles ont introduit une série de réformes positives en faveur des droits des femmes, les autorités ont instauré une répression intense contre les militantes qui se battaient depuis des années pour ces réformes. 

Le Tribunal pénal spécial a été créé en octobre 2008 pour juger les personnes accusées d’infractions liées au terrorisme. Depuis 2011, il est systématiquement utilisé pour poursuivre des personnes sur la base de chefs d’inculpation à la formulation vague qui mettent souvent sur le même plan des activités politiques pacifiques et des infractions à caractère terroriste. La Loi de lutte contre le terrorisme, qui définit de manière excessivement générale et vague les termes « terrorisme » et « infraction terroriste », contient des dispositions qui érigent en infraction l’expression pacifique d’opinions. 

Notre rapport  recense les cas de 95 personnes, principalement des hommes, qui ont été jugées, condamnées ou étaient dans l’attente de leur procès devant le Tribunal pénal spécial entre 2011 et 2019. Les procès d’au moins 11 personnes détenues pour avoir exercé pacifiquement leur liberté d’expression et d’association sont toujours en cours devant le Tribunal pénal spécial. Environ 52 autres purgent aujourd’hui de longues peines de cinq à trente ans de prison. 

Plusieurs chiites saoudiens, notamment de jeunes hommes jugés pour des « crimes » qu’ils auraient commis alors qu’ils avaient moins de 18 ans, risquaient d’être exécutés d’un moment à l’autre à l’issue de leur procès devant le Tribunal pénal spécial. Au moins 28 Saoudiens appartenant à la minorité chiite ont été exécutés depuis 2016. La plupart ont été condamnés à mort par le Tribunal pénal spécial uniquement sur la base d’ « aveux » extorqués sous la torture.

DES RÉFORMES URGENTES S’IMPOSENT 

En mars et septembre 2019, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a adopté des déclarations conjointes sur l’Arabie saoudite prévoyant un certain nombre de critères relatifs à des réformes urgentes des droits humains. Aucun n’a été respecté. Les membres du Conseil doivent faire en sorte que cette instance continue de surveiller la situation en soutenant la création d’un mécanisme de suivi et de communication d’informations sur les droits humains. Nous demandons la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers d’opinion ainsi qu’une réforme en profondeur du Tribunal pénal spécial pour qu’il soit en mesure de mener des procès équitables et de protéger les accusés de toute détention arbitraire, torture ou autres formes de mauvais traitements. Les allégations de torture ou d’autres formes de violations des droits humains commises en détention par des représentants de l’État ou des personnes agissant en leur nom doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes et les victimes doivent obtenir pleinement réparation.Télécharger le rapport

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*