Amazon : pandémie et book émissaire !

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La désignation d’Amazon comme le responsable du désarroi des libraires français procède d’un réflexe de recherche et de désignation d’un bouc émissaire qui masque les vrais problèmes.

Par Caroline Cuny et Yannick Chatelain.

Nommer des coupables, c’est ramener l’inexplicable à un processus compréhensible – Jean Delumeau

C’est ainsi que lors des grandes pandémies de peste du Moyen Âge, et plus particulièrement lors de la deuxième pandémie qui dura du milieu du XIVe siècle jusqu’au XIXe siècle, les étrangers, les marginaux, les lépreux, les sorcières, les juifs, ont été désignés comme coupables, accusés d’être des semeurs de peste et persécutés.

Deux siècles plus tard, ces réflexes de recherche de boucs émissaires sont toujours présents : lors de la pandémie que nous traversons, quand bien même cette folie des hommes n’a pu se déchainer, elle n’était pas pour autant absente.

La Covid-19, de par son origine avancée a attisé le racisme anti-asiatique dans le monde entier. Lors de la première vague en France des messages haineux contre la communauté asiatique ou d’origine asiatique se sont multipliés, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus – utilisé sur les réseaux sociaux pour porter les faits à la connaissance peut en attester.

Alors que le virus sort de chez nous, de l’Institut Pasteur cette officine qui représente une immense escroquerie… ou nos politiques comme Buzin sont impliqués jusqu’au coup et devraient croupir en prison… même s’il sont manipulés par leur secte juive du Mossad…

Le reconfinement qui a été décidé a encore aggravé les choses : comme le relate Valentin Cebron le 6 octobre 2020  : « Un appel à la violence sur les réseaux sociaux a été suivi de plusieurs violentes agressions physiques. »

AMAZON LE « BOOK ÉMISSAIRE » VERS UN RETOUR AU MOYEN ÂGE ?

Ce recours récurrent au bouc émissaire lors de pandémies est ainsi et malheureusement toujours d’actualité. Lorsqu’il s’agit d’aborder la problématique de l’appel au boycott d’Amazon lancé par plusieurs politiques dont une ministre d’État, il pourra être avancé qu’il ne s’agit là que d’une entreprise. C’est oublier que par-delà la structure proposée à la vindicte populaire, se trouvent également des hommes et des femmes, des familles : Amazon employait fin 2019 quelques 798 000 salariés dans le monde dont 10 000 en France.

Aussi, lorsque Roselyne Bachelot a appelé au boycott d’Amazon pour défendre les petites librairies déclarant : « Ils se gavent, à nous de ne pas les gaver ! » la désignation d’Amazon comme le responsable du désarroi des libraires français procède du même réflexe de recherche et de désignation d’un bouc émissaire.

Pour avoir édité mes livres chez Amazon je peux vous affirmer que vu la qualité de la mise en place et l’efficacité, avec moi ils ont perdu de l’argent. Car ils ont un savoir extraordinaire qui se limite à imprimer les livres un par un et de livrer uniquement à la commande. Sur un produit excessivement difficile à vendre car les gens ne lisent pas… ou sont ces gens instruits qui achètent des livres… et qui les lisent ? Sur mes 15 livres je réalisait 100 € de vente par mois ! Ça ne marche pas… en plus je prend le risque de m’attaquer aux sujets les plus épineux comme l’origine des Rothschild… l’arnaque des algériens qui nous reprochent la colonisation, le voile, le suicide islamique… etc qui sont d’actualités et qui m’ont valus de me faire virer de chez Amazon ! En plus leur marge est ridiculement faible !

L’INVERSION DES RESPONSABILITÉS

Amazon, Facebook, Google… ne sont certes pas des parangons de vertu, entre autres en matière de gestion de données. Comme le rappelle Shoshana Zuboff« il y a dans l’ombre une énorme extraction de nos données personnelles dont nous n’avons pas idée. »

Cependant, est-il nécessaire de rappeler que :

Ce n’est pas Amazon qui a pris la décision de ne pas augmenter la capacité de lits de nos hôpitaux en conséquence, alors qu’une deuxième vague était régulièrement évoquée et que des patients ayant reporté des opérations allaient occuper des lits de réanimation.

Ce n’est pas Amazon qui a pris la décision de démonter en avril 2020 l’hôpital de campagne des armées installé sur un parking de l’hôpital civil de Mulhouse un mois plus tôt.

Ce n’est pas Amazon qui a pris la décision de procéder à un reconfinement le 30 octobre 2020, de fermer les commerces de proximité dont les librairies et ce en dépit de leurs investissements et du suivi scrupuleux de toutes les mesures de précaution nécessaires, le tout dans une configuration plus sécurisée, la population française disposant enfin des masques et du gel hydroalcoolique qui avaient tant fait défaut lors de la première vague !

Ce n’est pas Amazon qui a décrété que les produits culturels (livres, CD, DVD, jeux vidéo) ont  étés désignés comme des produits non essentiels au pays des Lumières.

LE CONTEXTE ACTUEL FAVORISE L’ÉMERGENCE DE BOUCS ÉMISSAIRES

D’un point de vue de la psychologie individuelle, le bouc émissaire permet de remplir deux fonctions distinctes :

  1. Maintenir sa valeur morale personnelle en minimisant les sentiments de culpabilité qui émergent dans une situation dans laquelle sa responsabilité est engagée alors que des résultats négatifs sont obtenus.
  2. Maintenir le contrôle personnel perçu en offrant une explication claire pour un résultat négatif apparemment inexplicable ou difficile à contrôler.

Dans une perspective de psychologie sociale, le bouc émissaire est celui qui permet de focaliser tout un groupe sur un objectif : l’exclusion de l’un élément de ses éléments. Ceci permet de souder le groupe en une unanimité de rejets, même si à l’intérieur du groupe les raisons des rejets sont, elles, très différentes. Ainsi, chacun peut rejeter Amazon, quand bien même ce serait pour des raisons variées !

Enfin, dans le phénomène d’illusion groupale décrit par Anzieu (1971), le bouc émissaire permet de fixer une agressivité collective latente, elle-même causée par une angoisse de morcellement et de persécution. En effet, dans la crise actuelle, l’individu JE doit céder sa place au collectif NOUS pour survivre, ce qui est nécessairement angoissant.

LA FABRICATION DU CONSENTEMENT… APPUYÉ PAR LA PUBLICITÉ

Si la désignation d’Amazon par une ministre ainsi que par la maire de Paris comme le responsable de tous les maux de nos libraires – acté par un appel au boycott – apparait comme une dérive préoccupante et d’un autre temps, il est tout aussi inquiétant de voir des enseignes se faire « complice » de ce genre de procédés, en s’appuyant sur ces déclarations pour cautionner une incroyable inversion des responsabilités.

Ainsi,  si d’aucuns se félicitent de la publicité de l’enseigne Intermarché titrant « DÉSOLÉ AMAZON… », cette approche de sauveur – sous couvert de soutenir des victimes – se fait un soutien du recours moyenâgeux à la désignation d’un bouc émissaire.

Cette fuite en avant irrationnelle, infondée, peut in fine, obtenir l’adhésion de l’opinion publique en la trompant et en détournant son attention vers des coupables qui, comme cela a été démontré, ne sont nullement responsables des décisions de fermetures (à tort ou à raison, l’histoire en sera juge ) qui ont été ordonnées par l’exécutif.

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Si nous ne prenons pas la mesure collective de la dangerosité de ce genre d’approche et de ses conséquences, si nous n’en avons pas la lecture : à savoir le recours à l’ostracisation et dans le cas évoqué  nommer des coupables pour se défausser de toute forme de responsabilité dans la situation tragique traversée ;  alors, devant le désarroi grandissant de la population et des commerçants, nous devons nous poser une question : qui seront demain le ou les prochains boucs émissaires ? des entreprises ? des hommes ?

Pensons-y ! Celui que l’on punit n’est plus celui qui a commis l’action. Il est toujours le bouc émissaire. Friedrich Wilhelm Nietzsche – Aurore (1881)

Cette facilité de trouver un bouc emissaire correspond à cette sale mentalité de bassesse populaire du bizutage qui comme du temps des sorcières pousse la meute à lyncher sans discernement le premier venu qui n’est pas en mesure de se défendre.

J’ai quarante ans d’expérience de vente par correspondance ; j’avais crée la plus grosse société de porno d’Europe… je peux donc vous confirmer qu’il faut être un fou comme Jef Bezos pour avoir imaginer un tel outil aussi gigantesque alors qu’à petite échelle ce n’est absolument pas rentable. Il a gagné son pari de rentabilité sur la quantité… il suffit de regarder les photos des installations de stockage et d’expédition pour comprendre l’irrationnel qui existe entre ces installations qui coutent des millions et le fait de vous livrer une brosse à dent ! à dix euros ! Il faut être un visionnaire acharné pour réussir un tel DEFI…

Le paradoxe c’est que Jef Bezos est gauchiste, démocrate comme on dit aux USA… qu’il a acheté un journal démocrate, alors que se sont les gauchistes qui lui crachent dessus… Les Républicains comme moi qui défendent TRUMP n’ont pas cette mentalité pourrie à cracher sur la réussite… et bien au contraire je bénis Amazon d’exister car tous mes achats passe par lui et vue les saloperies dans la rue je ne sors plus de chez moi… A souligner l’extraordinaire réussite qui consiste à maitriser tout ce qu’il y a de plus chiant comme la livraison et son suivi… BRAVO AMAZON ! 100% utile !

« Si nous n’avions pas une petite place sur Amazon, nous serions morts »

Un article de l’Iref-Europe

ALEXIS, VOUS ÊTES GÉRANT D’UNE LIBRAIRIE AU QUARTIER LATIN. ÊTES-VOUS CONTENT DE LA VASTE CAMPAGNE DE SOUTIEN AU SECTEUR DU LIVRE SUR INTERNET ET DES MESURES ANNONCÉES PAR LE GOUVERNEMENT EN FAVEUR DES PETITES LIBRAIRIES ?

Que voulez-vous que je vous dise ? Il y a quelques jours, je me suis surpris à penser du bien de plusieurs de nos ministres. J’ai trouvé Gérald Darmanin courageux d’aller à Tunis pour négocier le rapatriement des fichés S, et je me suis dit qu’on avait de la chance d’avoir une ministre de la Culture intelligente qui répondait enfin à une des plus vieilles revendications des librairies sur la question des tarifs postaux…

ET PUIS ?

Pour ce qui est du ministre de l’Intérieur je ne sais pas encore, mais si c’est du même tonneau que ce que Roselyne Bachelot a finalement décidé pour les librairies, ce sera encore un coup pour rien…

POURTANT VOUS ALLEZ PAYER 0,01 EURO POUR POSTER UN LIVRE À VOS CLIENTS !

Pas nous, semble-t-il, seulement les petites librairies qui font l’essentiel de leur chiffre d’affaires dans le livre neuf… Et avec un système très administratif de remboursement… Nous sommes certes une très petite librairie, mais nous sommes spécialisés dans le commerce de livres d’occasion, ainsi que nos quatre confrères installés 500 mètres tout autour de nous.

Nous sommes fermés dans un quartier déserté par ses habitants et ses étudiants. Nous essayons de faire de la vente par correspondance, et voilà que nos confrères du neuf ont un avantage et pas nous… Cela s’ajoute à bien des raisons d’énervement…

PAR EXEMPLE ?

Nous avons tous reçu ces jours-ci le questionnaire de l’équipe municipale récemment réélue à Paris, qui nous demande lourdement (les questions sont tournées de telle manière que si on dit non, on apparaît comme un méchant) de nous prononcer en faveur du développement des boîtes d’échange de livres en libre-service sur le trottoir et de nous prononcer aussi pour la suppression de places de parking au bénéfice des vélos (alors que je ne fais jamais un déplacement sans au moins 4 ou 5 caisses de livres bien remplies dans mon coffre car, vu le prix du mètre carré à Paris, nos stocks sont évidemment en banlieue).

Nous sommes fermés puisque c’est obligatoire et même si nous entrouvrons un peu pour faire du « clique et collecte », il n’y a personne dans les rues et notre clientèle n’est pas une clientèle de quartier, mais une clientèle qui vient (venait car c’était avant les samedis Gilets jaunes et les grèves des transports de décembre dernier) au Quartier latin pour acheter des livres. Donc oui, une mesure nous permettant d’alléger nos frais postaux aurait été utile.

Mais nous en sommes exclus et la mesure annoncée relève du « C’est gratuit, c’est l’État qui paye », c’est une mesure « socialiste », je veux dire démagogique, qui ne durera que peu de temps, le temps du confinement, le temps que la justice s’en mêle car c’est évidemment contraire à toutes les lois libérales et européennes de la concurrence.

VOUS ÊTES DE TOUTE MANIÈRE CONDAMNÉ PAR LA CONCURRENCE D’AMAZON…

C’est une question complexe. C’est surtout la Poste qui nous tue. Depuis des années, elle augmente ses tarifs publics sans proportion avec l’inflation pour compenser le fait que le courrier est en perte de vitesse. Je remarque par ailleurs qu’on la voit multiplier les investissements, un peu comme faisait Charbonnage de France lors de sa très coûteuse agonie.

Des investissements qui tombent le plus souvent à plat, mal conçus, mal expliqués à des personnels bien souvent mal embouchés comme nous savons trop… En revanche, elle discute avec les gros expéditeurs, leur concède des tarifs négociés extrêmement favorables. Et elle est impitoyable avec les petits.

C’EST-À-DIRE ?

Si vous voulez poster un livre au moindre prix de La Poste, du moins en France, il faut mettre le livre dans une enveloppe que vous timbrerez au tarif « Lettre verte », voire courrier urgent, c’est-à-dire normal. Il est possible d’envoyer du courrier assez lourd.

En revanche le paquet ne doit pas faire plus de 3 cm de haut. Cela a été fait pour empêcher qu’on expédie des livres souvent plus épais. De toute manière c’est interdit de mettre un livre dans une enveloppe courrier. Un inspecteur des postes m’a téléphoné un jour pour me le rappeler.

Le principe du secret de la correspondance interdit à la Poste de regarder ce qu’il y a dans l’enveloppe, mais comme la mécanisation s’accompagne d’un pourcentage non-négligeable d’enveloppes déchirées, vous pouvez vite vous retrouver en faute. Vous devez vous rabattre sur un tarif colis. Chacun le connaît.

Cela va bien pour la grand-mère qui envoie une fois de temps en temps un cadeau ou autre chose, mais pour expédier chaque jour professionnellement des livres, c’est d’un prix déraisonnable. Pendant ce temps-là, les éditeurs qui ont beaucoup de services de presse par exemple, et les entreprises importantes de vente par correspondance, ont trouvé le moyen, avec La Poste (dont Amazon est un bon client) ou avec ses concurrents, de payer trois ou quatre fois moins cher que nous.

C’est pourquoi quand Roselyne Bachelot avait annoncé un « tarif trois à quatre fois moins cher pour les petites librairies », je m’étais pris à espérer un rétablissement d’une concurrence normale entre les gros et les petits. Eh bien ce n’est pas ça qui a été décidé et nous nous retrouvons gros Jean comme devant.

ET AMAZON ?

Je vais vous décevoir, mais il y a deux parties dans Amazon. Celle des centres de logistique où les fournisseurs et les personnels sont traités encore plus durement que par les supermarchés, c’est dire.

La voie leur a justement été montrée par les inventeurs de supermarchés qui trouvent maintenant leur maître… Mais il y a aussi une « Market Place », un espace de vente ouvert aux indépendants, également géré très durement, mais vers lequel les clients, qui sont de nature grégaire, vont de toute manière.

Alors si nous n’avions pas une petite place sur Amazon, nous serions morts aujourd’hui car les services alternatifs sont boudés par les clients. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Les gens ont pesté contre la disparition des petits commerçants. Ils pestent contre Amazon, mais c’est là que nos contemporains regardent et comparent tout et achètent.

Ils photographient un livre dans notre vitrine, entrent pour nous demander si ce livre est bien, et puis ils le commandent sur Amazon… Nous ne sommes pas à la tête du gouvernement français, voire européen et nous n’y pouvons rien. La Chine a réagi en créant un contre-Amazon.

Mais nous, à notre niveau, eh bien Amazon tolère encore que nous puissions travailler. Ce qui nous est de plus en plus interdit par les bonnes âmes qui nous gouvernent, nous taxent, nous réglementent… Alors Amazon, dans les circonstances présentes, il ne faut peut-être pas en dire trop de mal.

VOUS ÊTES DÉSESPÉRÉ ?

Pas encore, parce qu’il y a quelques dizaines de clients qui se signalent par un soutien généreux et amical, parce qu’il y a encore des choses que seul un vrai libraire peut dire ou faire et que nous avons ici cette compétence rare. Merci, merci à tous ceux qui feront le moindre geste pour nous permettre de passer encore une fois un cap très difficile pour nous comme pour tant de Français aux limites extérieures du « gros système ».

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