ALGÉRIE: FINIS LES PÉTRODOLLARS, RÉVOLUE LA PAIX SOCIALE

Image-09-02-2021-a-14.52-1.jpg
Spread the love

Par Fahd Iraqi le 09/02/2021 à 12h47 (mise à jour le 09/02/2021 à 12h49)

Le siège de la Sonatrach. © Copyright : DR

Alors que le prix du brent reprend un trend haussier, le pays voisin se montre incapable de se positionner sur les marchés internationaux. Les exportations de pétrole brut et de gaz atteignent leur plus bas niveau, au moment où le régime a le plus besoin de la manne des hydrocarbures.

C’est un membre du gouvernement algérien qui le confesse! «L’Algérie n’est plus un pays pétrolier», a récemment déclaré, sur les ondes de la radio publique, Cherif Belmihoub, ministre en charge des projections économiques. Des années de mauvaise gestion et le manque d’investissements ont fait des ravages sur les exportations, selon ce responsable, qui concède que la baisse est si sévère que l’Algérie pourrait cesser d’être exportatrice de brut d’ici dix ans.

Les exportations de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié du pays ont chacune diminué d’environ 30 % en 2020, selon les données recueillis par l’agence Bloomberg sur la base du suivi des navires. Il faut dire que l’Algérie et d’autres membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ont convenu de réduire leur production l’année dernière, à mesure que la pandémie du coronavirus clouait au sol des avions et fermait des usines. Mais alors que la majorité des pays de l’OPEP ont violé leurs quotas, l’Algérie n’a même pas réussi à atteindre son plafond.

Selon Bill Farren-Price, directeur de la société de recherche sur l’énergie Enverus, la mauvaise gestion de l’entreprise publique Sonatrach explique cette incapacité à stimuler la production. Cette vache à lait du régime algérien a changé quatre fois de directeur général au cours des dernières années. Et une douzaine de responsables ont occupé ce fauteuil depuis l’année 2010. «Ces changements constants au sommet de Sonatrach n’ont pas facilité la gestion du secteur», a souligné l’expert.

Dans l’article analytique de Bloomberg, Farren-Price rappelle que «l’Algérie dispose de l’un des budgets de bien-être par habitant les plus importants de ses pairs de l’OPEP». Le maintien des dépenses sociales «sera essentiel si l’on veut éviter les manifestations de masse». Lesquels ont d’ailleurs déjà commencé, ciblant même le siège de la Sonatrach qui symbolise, aux yeux des Algériens, la corruption et l’incompétence de ce régime qui n’a plus les moyens d’acheter la paix sociale.

La situation est d’autant plus critique que la descente aux enfers des exportations algériennes se poursuit cette année. Les ventes de pétrole algérien à l’étranger sont ainsi tombées à seulement 290.000 barils par jour le mois dernier, soit 36% de moins qu’en décembre et surtout… c’est là le chiffre le plus faible depuis l’année 2017. Avec sa production anémique, l’Algérie est en train de passer à côté de la récente reprise du cours du baril qui a dépassé les 60 dollars hier, lundi 8 février, pour la première fois depuis plus d’un an. Néanmoins, les prix sont encore inférieurs à la moitié de ce dont l’Algérie a besoin pour équilibrer son budget: selon le Fonds monétaire international, le seuil de rupture budgétaire de 135 dollars le baril est supérieur à celui de tout autre producteur dans le monde arabe.

En définitive, si l’année 2020 a démontré que l’Algérie ne peut plus continuer de dépendre maladivement de ses hydrocarbures, 2021 s’annonce comme étant une année encore plus difficile pour le pétrole algérien. A ce rythme de production, les revenus d’exportations pétrolières de 23,2 milliards de dollars prévus au courant de cette année semblent irréalistes, sachant qu’ils représentent quatre fois les recettes engrangées par Sonatrach au cours de l’année 2020. Le régime n’aura donc d’autres choix que de se tourner vers le financement extérieur, pour trouver les 2000 milliards de dinars (15 milliards de dollars) de transferts sociaux promis à la population. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ces subventions se révèlent insuffisantes, vu l’effondrement du pouvoir d’achat entraîné dans le sillage de la dévaluation du Dinar.

Maintenir une paix sociale à coup d’aides est devenue une équation impossible pour le régime vert-kaki qui doit affronter, de surcroît, la prise de conscience collective de la rue, que la voie pour une sortie de crise commence déjà par l’établissement d’un Etat civil. La prise d’assaut du siège de Sonatrach n’a été qu’un tour de chauffe pour les manifestants, qui s’apprêtent à commémorer le deuxième anniversaire du Hirak, le 22 février. Une date qui approche, et qui fait déjà trembler les chibanis galonnés du régime…

Par Fahd Iraqi

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*