Les marocains sont fiers de vivre dans leur merde ? - CLUB DEFI
Les marocains sont fiers de vivre dans leur merde ?

GLOU GLOU GLOU

Par Zineb Ibnouzahir(@ZinebIbnouzahir) le 10/01/2021 à 12h03Zineb Ibnouzahir

Zineb Ibnouzahir© Copyright : Achraf Akkar

La pluie à outrance a mis à nu les failles qui plombent la gestion des villes et la misère sans nom dans laquelle vivent nombre de Marocains.

Quand on était gamins, la pluie on adorait ça. C’était quelque chose d’exotique, qui arrivait rarement, et l’idée même de se munir d’un parapluie et de chausser des bottes de pluie, les fameuses bottes en caoutchouc colorées de notre enfance, était jubilatoire. ( Bottes fournies par la France ! ) Sous nos cieux, la pluie est à ce point précieuse qu’on la célèbre dès l’enfance avec des chansons qui lui sont dédiées, «achtatatatata, a sabi sabi sabi», et quand elle tarde à venir, on l’invoque par la prière… 

Mais cette pluie torrentielle dont le ciel nous gratifie depuis une semaine, on n’y était pas préparé. Glou glou glou, c’est la douce musique que nous joue en ces jours pluvieux Casablanca, en se noyant… dans un verre d’eau. Car il n’aura fallu que deux jours de pluie pour engloutir à jamais des millions de dirhams, directement tirés de la poche du contribuable, autrement dit toi, plus moi, plus eux, plus lui, plus elle, et tous ceux qui le veulent (ou pas). ( les marocains sont rétifs aux impôts ! Ils n’en payent pas pour la plus part ! )

Il aura suffi de deux jours de pluie pour que les routes se balafrent de profondes tranchées, que les villes s’isolent en îlots inaccessibles, que les égouts débordent, saturés, que des immeubles vétustes s’effondrent comme des châteaux de cartes, que les bidonvilles se transforment en Atlantides, que les voitures fassent la brasse coulée, que les Casablancais se réveillent les pieds dans l’eau au saut du lit… 

Face à cette situation cataclysmique pour les citadins, exceptionnelle pour les agriculteurs, chacun réagit à sa façon. ( Le trop d’eau délave la terre et tue sa biochimie fragile ) . Oui, on a ri en voyant ces vidéos de jeunes mecs inconscients plonger la tête la première dans un bon mètre d’eau sur le boulevard Zerktouni. On s’est bien marré aussi en voyant ce jeune homme faire du rafting debout sur un matelas, ces deux autres remonter le trottoir inondé en jet-ski, ce rat flotter sur une sandale en guise d’embarcation de fortune sur la chanson du Titanic, ou encore ce citadin ingénieux qui a attaché sa voiture à une corde reliée aux grilles d’une fenêtre pour lui éviter d’être entraînée par les flots… ( Leurs soudures copiées sur notre apprentissage sont merdiques et en bon travail arabe ne tiennent pas ! )

Toutes ces images qui ont déferlé sur la toile représentent l’une de nos facettes, qui consiste à faire contre mauvaise fortune bon cœur, à se démerder, à voir le bon côté des choses en bons fatalistes que nous sommes, à rire de tout, à employer toujours, en toute circonstance, ce bon vieux système D, persuadés que nous sommes que de toute façon, personne ne nous viendra en aide. ( Le fatalisme c’est la mort de l’Afrique incapable de lutter contre un climat destructeur )

Toutefois, ce qui devient intolérable, c’est que l’on se serve de notre habitude à évoquer le «mektoub» pour mieux nous faire passer des pilules amères et masquer par la même occasion l’incompétence, la truanderie et la corruption.

La pluie à outrance a mis à nu les failles qui plombent la gestion des villes, le travail déplorable, voire inexistant, de nos élus, l’appétit insatiable de promoteurs sans foi ni loi, la corruption qui plombe les arcanes des institutions, et la misère sans nom dans laquelle vivent nombre de Marocains.

Car parmi les nombreuses images qui ont inondé à leur tour le web, il y a aussi ce SDF qui s’abrite dans une poubelle. Il y a ces gens qui vivent encore dans des bidonvilles, et qui ont perdu le peu qu’ils avaient, cernés par l’eau, la boue et les ordures. Il y a ces gens qui ont été blessés, qui sont morts, qui ont tout perdu dans l’effondrement de leur maison. Enfin, il y a ceux qui redoutent que leur toit ne leur tombe sur la tête et qui vivent maintenant dans la rue, dans le froid et sous la pluie. Pourtant, ce n’est pas faute pour bon nombre d’entre eux d’avoir signalé aux autorités à maintes reprises les dangers que représentent leurs habitations décrépies… 

Aujourd’hui, il n’est plus seulement question de rendre des comptes quant à l’utilisation des deniers du contribuable. Il est aussi essentiel de questionner ce système qui fait si peu de cas de l’humanité, et qui catégorise les citoyens, leurs droits et leur valeur en fonction de leurs revenus. 

Il est vital que les citoyens prennent conscience de l’importance de leur rôle, de leur place sur l’échiquier politique, pour ne plus permettre à des gens sans foi ni loi de cautionner tant d’ignominies en leur nom. 

Il est enfin grand temps que nous nous familiarisions tous avec la loi, son application, et qu’on se dise une bonne fois pour toute qu’elle n’est pas l’apanage des puissants, mais un bouclier protecteur pour tous. 

Par Zineb Ibnouzahir

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