Avons-nous perdu ? - DEFI
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AFRIQUE

Avons-nous perdu ?

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Bernard de La Villardière

“La peur va changer de camp” a dit le Président. Il était temps ! « Ils ne passeront pas » a encore déclaré Emmanuel Macron d’un ton martial. Allusion au « No Pasaràn » entonné par les républicains espagnols face aux troupes de Franco. Magnifique ! Sauf qu’ils ont perdu ! 

Avons-nous perdu ? C’est ce que pensent presque tous les policiers qui se sont frottés au terrain dans les biens nommés “territoires perdus de la République”. Un temps sous protection policière, j’en ai connu des dizaines. Ils s’appelaient Mathieu ou Mohamed et avaient quitté les Bac, les Brigades anti-criminalité. Ils s’étaient lassés des insultes en bas des immeubles, de la lourdeur de la procédure et de l’attitude des magistrats trop souvent plus méfiants à leur endroit qu’à l’égard des délinquants. Je me souviens de leurs mines désolées lorsque je croisais leurs regards dans le rétroviseur : “c’est trop tard Monsieur” ! Ils en voulaient d’ailleurs aux syndicats de police qui – comme chez les profs – étaient longtemps restés sans réaction. Leurs dirigeants étant plus préoccupés de leur petite carrière et de se faire bien voir du Ministère que de dénoncer la dégradation de la situation. 

Cacher la poussière sous le tapis : c’est la stratégie de la plupart des services publics depuis des dizaines d’années. Education Nationale, APHP, Universités, police, gendarmerie et administrations pénitentiaires n’accueillent pas volontiers les caméras. Et lorsqu’on les autorise, c’est pour une opération de com ! Ainsi à la prison de Fresnes lorsque nous avons tourné, en 2016, le Dossier Tabou sur l’islamisme en France. Fresnes était soi-disant le lieu d’expérimentation d’un programme de “déradicalisation”. Le directeur de l’établissement préférait d’ailleurs parler de “désengagement”. Pour ne pas stigmatiser ! Sauf que le programme en question était de la poudre aux yeux. Les détenus condamnés ou mis en examen pour terrorisme voyaient un imam en tout et pour tout dix minutes par mois. Même régime au centre de détention de Nanterre où les détenus pouvaient par ailleurs commander des ouvrages sur le salafisme édité en Arabie Saoudite ! Et que dire de la RATP qui acceptait les diktats d’islamistes syndiqués à la CGT réclamant de changer de bus au motif qu’une femme l’avait conduit la veille avec le risque qu’elle ait “souillé” le siège de ses règles ! L’État lui-même ne montrait pas l’exemple en matière de fermeté. En 2016, le Ministère de l’Intérieur organisait un colloque sur la radicalisation à l’École Militaire. Dans ce lieu martial, on a assisté à un véritable concours de lâcheté. Le niveau de déni était tel à l’époque que pas une fois on y a prononcé les mots Islam, islamisme, salafisme ou même djihadisme, devenu le mot fourre-tout de la demission sémantique. J’ai écouté – consterné – un haut-fonctionnaire expliquer doctement que la radicalisation pouvait survenir après un accident de la vie. Divorce, deuil, perte d’emploi : vous pouvez alors glisser sur la