La vie d'errance de Jean Wyllys, le député gay qui fuit Bolsonaro - DEFI
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HOMOPHOBIE

La vie d’errance de Jean Wyllys, le député gay qui fuit Bolsonaro

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Il a remporté l’équivalent de « Loft Story » avant de devenir l’un des députés de gauche les plus populaires du Brésil. Jean Wyllys, métis et gay, ne pouvait donc qu’horripiler le président Jair Bolsonaro. Menacé de mort, il a fini par quitter le pays. Véronique Mortaigne l’a retrouvé entre deux avions pour lui faire raconter sa vie d’errance.

Le grand malade ce n’est pas l’homosexuel… mais l’homophobe, car pour haïr un être humain juste pour sa sexualité révèle une pathologie grave car dangereuse !
Le vrais racisme c’est uniquement celui-là !
Celui d’une fixation psychiatrique sur un point particulier.

Publié le LUNDI, 09 NOVEMBRE 2020

© Horacio Villalobos/ Corbis/ Getty Images

Rencontre : Jean Wyllys, un homme à abattre

Quand Jean Wyllys s’envole vers l’Europe à la fin du mois de décembre 2018, c’est officiellement pour profiter des vacances parlementaires. Destination Madrid. À cet instant, l’escorte policière qui accompagne le jeune député de Rio pourrait nourrir des soupçons. Pourquoi ces trois grosses valises pour un court séjour touristique ? Pourquoi a-t-il tant pleuré en quittant sa mère, ses frères et sœurs ? Pourquoi s’est-il effondré la semaine précédente dans les bras de sa cheffe de cabinet ? Mais le doute n’entre pas dans les compétences des trois policiers chargés de le protéger. Six mois plus tôt, l’une de ses amies, Marielle Franco, militante LGBT et conseillère municipale de Rio, a été sauvagement assassinée. La menace est là, chaque jour plus présente, plus intime aussi. Dans la rue, Jean Wyllys se fait parfois bousculer, traiter de « pédé ». Alors quand il embarque pour l’Europe, il a le cœur serré. Il sait qu’il ne reviendra pas – pas tout de suite. Et quitter le pays, pour un Brésilien normalement constitué, est un déchirement, une désertion, comme si un gardien de but quittait le terrain en plein match.

Les semaines suivantes, le voilà à Madrid. Le ciel est sombre, il fait un froid de gueux. Élu député pour la troisième fois consécutive, il a observé la flambée de violences qui a suivi l’élection de ce président d’extrême droite, outrancier et vulgaire, Jair Bolsonaro, notamment contre les gays et les transsexuels. Le 20 janvier, près de São Paulo, un fanatique a tué puis arraché le cœur d’une trans de 35 ans pour y placer une image pieuse. Wyllys finit par donner des nouvelles sur Twitter : « Préserver une vie menacée est aussi une stratégie de lutte vers des jours meilleurs. » À l’occasion d’un entretien téléphonique avec le quotidien Folha de São Paulo, il confirme son exil et indique renoncer à son mandat. La famille Bolsonaro, le père et ses trois fils (versés eux aussi dans la politique), applaudit avec ironie la décision sur les réseaux sociaux : « Bon débarras. »

Ce départ rappelle les années noires de la dictature militaire instituée en 1964, quand opposants politiques, artistes, professeurs, scientifiques fuyaient clandestinement le Brésil. En 2019, avec le retour de la droite fasc